Semaine religieiLse de Québec, 21 décembre
à contempler et à parcourir. Pendant près de deux ans, Mgr Persico promena son zèle au milieu de la désolation et des ruines, exerçant, dans ce pays dévasté, un ministère des plus pénibles mais plein de consolations. Rien n'ouvre mieux l'âme aux conseils de la religion que l'épreuve et le malheur.
L'auteur de cette notice, qui avait rencontré le vénérable missionnaire par pur hasard dès les premiers jours de son arrivée à Charleston, et s'était lié d'amitié avec lui, l'accompagna bien des fois dans ses visites aux divers groupes de catholiques dispersés dans l'intérieur de la Caroline du Sud. Il gardera toute sa vie le plus agréable souvenir de ces courses, tantôt à pied, tantôt dans de misérables charettes traînées par des mules, au milieu des immenses forêts de pin qui couvraient alors une grande partie de ce pays, à travers les champs déserts et les plantations abandonnées.
Quelle joie c'était pour ces familles affligées, décimées, décapitées, de recevoir les encouragements que l'excellent missionnaire savait si bien leur donner ! Plusieurs d'entre elles portaient les plus beaux noms français et conservaient, malgré le dénuement auquel les avait réduites une lutte fratricide, toutes les traditions de noblesse apportées de France. Je ne parle pas des familles irlandaises qui voyaient toujours arriver Mgr Persico comme un ange descendu du ciel. On se figure l'accueil sympathique, chaleureux, que toutes ces braves familles s'empressaient de faire à l'Evêque missionnaire et à son compagnon. Très souvent la course apostolique se terminait par des conversions à la foi catholique. Je pourrais citer des familles entières, et des plus •distinguées, qui durent la lumière de la vérité aux malheurs de la guerre sans doute, mais aussi aux accents persuasifs de la parole de Mgr Persico.
En 1869 il fut nommé évêque de Savannah, Géorgie, comme successeur de Mgr Verrot tranféré à Saint- Augustin, en Floride. Il occupa ce nouveau poste jusqu'en 1873, et fut alors obligé pour cause de santé, au grand regret de ses diocésains qui l'adoraient, de donner sa démission.
Cette même année 1873, sur l'invitation et les instances de Mgr Taschereau, il vaut demeurer à Québec, dont les coutumes
et les mœurs tout européennes l'avaient, au cours d'une visite qu'il y avait faite deux ans auparavant, absolument charmé.
A la suite de la mort soudaine du Révérend M. Harkin, il fut nommé curé de Sillerj\ Les trois années qu'il occupa ce poste, pourtant bien humble, furent pour lui les trois plus heureuses années de sa vie. Combien de fois ne nous l'a-t-il pas répété et de vive voix et par écrit !
Mais le Saint-Siège ne l'avait pas perdu de vue. On n'ignorait pas ses états de service ; on savait que ses voyages, son séjour prolongé dans les Indes Anglaises, puis dans les Etats du sud de l'Amérique, lui avaient acquis, outre la connaissance des langues orientales, de l'anglais, du français, une grande expérience des affaires et des hommes. Rappelé à Rome en 1876, il fut de suite envoyé au Malabar pour une mission très importante dont il s'acquitta à l'entière satisfaction du Saint-Siège. A la suite de cette mission, il fut successivement nommé Evêque titulaire des trois diocèses réunis de Sora, Aquino et Ponte-Corvo, en Italie, archevêque de Damiette in partihus infidelium, puis délégué en Irlande pour y étudier les causes du regrettable conflit qui menaçait d'éclater entre la hiérarchie catholique et les autorités anglaises. Cette dernière mission était des plus déhcates. Il ne put plaire à tout le monde. Mais les conclusions de son rapport après un long débat contradictoire furent adoptées intégralement par le Pape, et sont aujourd'hui encore la base de la règle de conduite suivie depuis, sous la direction de Rome, par le clergé, et les catholiques d'Irlande, au milieu de leurs difficultés nationales et religieuses.
De ce moment la confiance du Saint-Père lui fut définitivement acquise, et sa promotion au cardinalat ne fut plus qu'une affaire de temps. Après un stage assez court dans les postes cardinalices de Secrétaire de la Propagande pour le rit Oriental, et de Secrétaire Général de la même Congrégation, il fut revêtu de la pourpre romaine en janvier 1893.
Sa mort, assez inattendue, quoiqu'on le sût malade depuis quelques semaines, met fin à une carrière pleine d'événements importants, de services considérables rendus à la sainte Eglise.
Ceux qui, comme nous, ont eu le bonheur de connaître le car-
dinal Persicodans Tintimité, ne peuvent oublier les belles qualités d'esprit et de cœur dont il était doué. Rien ne pouvait égaler les charmes de sa conversation et de sa société.
La paroisse de Sillery, l'Archevêché, le Séminaire de Québec, où il comptait des amis dévoués, les Dames Ursulines qui ont encore au milieu d'elles une de ses converties, sa fille spirituelle, comme il se plaisait à l'appeler, garderont au cardinal Persico le culte du souvenir et de l'amitié.
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