A SAINTE-AGNÈS DE LA PLACE NAVONE
Tous les ans, le 18 décembre, le prince Doria lait célébrer un service funèbre pour le repos de lame de la princesse sa femme, dans l’église de Sainte-Agnès de la place Navone. Quelque chapelle de Rome prêtait d’ordinaire son concours à la cérémonie. Mais la profonde piété du prince s’était plaint déjà plusieurs fois d’être troublée par les symphonies trop bruyantes de la musique moderne.
La schola du séminaire français, trahie je ne sais par quelle heureuse indiscrétion, fut invitée avec instances à chanter la messe des morts en chant grégorien. La gravité, l’onction, l’expression douloureuse de ces sublimes mélodies émurent le prince jusqu’aux larmes ; il avoua que, pour la première fois, le chant à l’église avait aidé la ferveur de sa prière. Résultat consolant qui résume le caractère des mélodies grégoriennes et l’impression qu’elles produisent sur tous ceux qui les entendent. Fama volât.
Leur renommée devait, peu de jours après, parcourir toute l’Italie sur les ailes d’un journal. La Musica Sacra de Milan, dans son numéro de décembre dernier, publiait un article d’un de ses éminents correspondants sur le chant grégo-
rien à Rome : « Il semble, disait-il, que sur ce point les élèves de deux séminaires se disputent la première palme : ceux du séminaire français, et ceux du collège germanique. Les premiers suivent l’édition de Reims et Cambrai, la plus commune en France... Cependant ils exécutent certains morceaux de la messe dans le Graduel et suivant toutes les règles de dom Pothier. La perfection de leur chant est telle qu’on ne saurait en désirer de meilleure, et tous ceux qui veulent se faire une idée de ce qu’est la mélodie grégorienne bien exécutée doivent se rendre à Santa-Chiara, et ils seront satisfaits...
» Les élèves germaniques dans leur église...
cultivent avec amour et piété le chant grégorien, — en se servant des éditions de la Congrégation des Rites. Ils suivent la méthode du P. Pothier, laquelle, en substance, est la seule admissible, si on veut que le chant soit un chant. »
« Le baron Kanzler, ajoute le correspondant, a ouvert aussi chez lui une école de chant grégorien. Une élite d’artistes de ses amis, laïques bien entendu, écoute docilement une fois par semaine ses doctes leçons, et s’exerce déjà à l’exécution correcte des mélodies antiques. A son instigation, la société archéologique des cultores martyrum , dont le président est M. le commandeur de Rossi, a adopté, pour les fêtes qu’elle célèbre dans les Catacombes, l’édition de dom Pothier, laquelle répond mieux que tout
autre à son esprit et à ses goûts. Plusieurs fois déjà les antiques mélodies grégoriennes ont retenti sous les voûtes des Catacombes et des basiliques souterraines, lieux de leur naissance. »