CONCLUSION
Les fêtes du centenaire de saint Grégoire sont finies. N'auraient-elles eu d’autre résultat que celui de faire entendre à Rome quelques-unes des mélodies oubliées de ce grand Pape, ce résultat serait justement appréciable. L’attention des musicologues et des professeurs est éveillée.
L’étude et la pratique de l’Antiphonaire grégorien s’imposent à tous ceux qui ont à cœur la bonne exécution du plain-chant dans l’église, et par là même la splendeur du culte divin.
Rcveriimini ad fontes sancti Gregorii. Revenez aux sources grégoriennes.
Ce besoin né se fait-il pas sentir partout dans 1 Eglise, et, faut-il le dire, à Rome plus qu’ailleurs peut-être? Que d’illustres écrivains ont rendu un solennel hommage à la Ville sainte, admiré la pompe de ses cérémonies religieuses, la beauté de ses chants aux grands jours de la semaine sainte, ou de ses fêtes privilégiées ! La renommée de la chapelle Sixtine est universelle. Mais le chant sacré y reçoit-il les mêmes honneurs que la musique ? Hélas ! non. Tous s'accordent à en déplorer la perte. Le peuple, diton, se lait ou déserte les églises, laissant à des c hantres gagés ou a des moines solitaires le soin de louer Dieu. L’élude du plain-chant est négligée dans la plupart des institutions italiennes. La musique moderne, souvent théâtrale,
1 a banni entièrement des grandes basiliques;on lui a substitué un chant monotone et insignifiant. Les meilleures chapelles mêmes ne valent pas, poui 1 execution du chant liturgique, les chêeurs puissants et bien formés de quelques-unes de nos humbles campagnes.
Le Saint-Siège gémit de cet état lamentable ; ses tentatives d’amélioration et ses encouragements sont demeurés sans résultats sérieux depuis de longues années.
Revertimini ad fontes sancti Gregorii.
Le centenaire de saint Grégoire ne marquera-
t-il pas le point de départ d’une ère de restauration et de progrès ?
Celte restauration s’accomplira, il est permis de l’espérer, si partout, en Italie comme en France, on étudie les lois du rythme grégorien, formulées par les anciens, et si on cultive ce chant sacré que les découvertes récentes, suivant le mot du Pape lui-même, ont, « ramené à sa pureté primitive », « Richiamato alla sua antica purezza. »
Rome, le 20 mai 1891.