II. Genres de musique sacrée
3. —■ Ces qualités se rencontrent à un degré souverain dans le chant grégorien, qui est, par conséquent le chant propre de l'Eglise romaine, le seul chant qu’elle a hérité des anciens Pères, qu’elle a jalousement gardé le long des siècles dans ses manuscrits liturgiques, qu’elle propose directement comme sien aux fidèles, que dans certaines parties delà liturgie elle prescrit ex-
clusivement, et que les études plus récentes ont si heureusement restitué dans son intégrité et sa pureté.
Pour ces raisons, le chant grégorien fut toujours considéré comme le suprême modèle de la musique sacrée, la loi générale suivante pouvant s’établir en toute rigueur : une composition pour église est d’autant plus sacrée et liturgique, qu elle se rapproche plus par l’allure, par l’inspiration et par le goût, de la mélodie grégorienne, et elle est d’autant moins digne du temple, qu’on la reconnaît plus dissemblable de ce suprême modèle.
L’antique chant grégorien traditionnel devra donc être largement restauré dans les fonctions du culte, tous devant tenir pour assuré qu'une fonction ecclésiastique ne perd rien de sa solennité, quand elle n’est accompagnée d’aucune autre musique que de celle-là.
En particulier, qu’on prenne soin de rétablir le chant grégorien dans la pratique du peuple, afin que les fidèles prennent de nouveau une part plus active à la célébration de l’office ecclésiastique, comme c’était autrefois la coutume.
4. — Les qualités indiquées plus haut sont également possédées à un haut degré par la polyphonie classique, spécialement par celle de l’école romaine, laquelle a, au xvi e siècle, atteint le maximum de sa perfection, grâce à Pierluigi de Palestrina, et a continué depuis à pro-
duire, même dans la suite, des compositions d’excellente qualité liturgique et musicale.
La polyphonie classique se rapproche fort bien du suprême modèle de toute musique sacrée qu’est le chant grégorien, et, pour cette raison, elle a mérité d’être cultivée de compte à demi avec le chant grégorien, dans les fonctions les plus solennelles de l’Eglise, qui sont celles de la chapelle pontificale. Elle aussi devra donc être restaurée largement dans les fonctions ecclésiastiques, spécialement dans les plus insignes basiliques, dans les églises cathédrales, dans celles des séminaires et des autres instituts ecclésiastiques, où les moyens nécessaires ne font ordinairement pas défaut.
5. — L’Eglise a toujours reconnu et favorisé le progrès des arts, en admettant au service du culte tout ce que le génie a su trouver de bon et de beau dans le cours des siècles, pourvu toutefois que les règles liturgiques fussent toujours sauves. Par conséquent, la musique plus moderne est également admise dans l’église, vu qu’elle offre, elle aussi, des compositions d’une telle valeur, d’un tel sérieux, d’une telle gravité, qu’elles ne sont aucunement indignes des fonctions liturgiques.
Néanmoins, comme la musique moderne est principalement vouée au service profane, on devra veiller avec le plus grand soin, à ce que les compositions musicales de style moderne
qu’on admet dans l’église, ne contiennent rien de profane, n’aient pas des réminiscences de motifs usités au théâtre, et ne soient pas composées, même en leurs formes extérieures, sur le type des morceaux profanes.
6. — Parmi les divers genres de musique moderne, celui qui a paru le moins propre à accompagner les cérémonies du culte est le style théâtral qui, durant le siècle dernier, fut en très grande vogue,spécialement en Italie.Il présente, par sa nature, la plus grande opposition au chant grégorien et à la polyphonie classique, partant à la règle la plus importante de toute bonne musique sacrée. Outre sa structure intime, le rythme et ce qu’on appelle le convention nalisme de ce style ne se plient que malaisément aux exigences de la vraie musique liturgique.