BATTRE
se révèlent non seulement par une réduction ou une exagération des sensibilités de lœil, mais par des phénomènes de gêne ou de douleur. L'équilibre se trouverait bien vite réalisé s’il ne s’agissait que d’un processus physique et physiologique, mais le processus photochimique exige une durée notable qui nous permet de nous rendre compte et de souffrir immédiatement quand nous sommes éblouis.
L’éblouissement peut se produire dans bien des circonstances différentes. La distinction entre éblouissement direct et indirect ne nous intéresse pas plus que la distinction entre source primaire et secondaire. Ce qui intéresse l’éclairagiste, c’est la distinction fondamentale entre éblouissement successif et simultané.
À. — L’éblouissement est dit simultané lorsqu'une partie de la rétine ou sa presque totalité étant éclairée moyennement, il existe en une ou plusieurs autres parties, des images trop éclairées.
Le mécanisme en est le suivant. Les parties suréclairées deviennent le point de départ d’excitations inhibitrices se propageant à la rétine entière, dont elles émoussent les sensibilités élémentaires. Il ne s’agit certainement pas d’un étalement de la destruction photo-chimique, mais il se peut, au contraire, que l’on ait affaire dans une certaine mesure à une extension du processus physique de la désadaptation (mouvement des cellules de l’épithélium pigmentaire) car, bien que physique dans son action, il est physiologique dans son mécanisme et
peut se propager de proche en proche. Mais, pour
Haas, il s’agit surtout, d’une extension du processus proprement physiologique, ou nerveux de ladaptation, c’est-à-dire d’un ensemble de déconnexions dues aux rétractions des prolongements cellulaires des cellules d'association transversale.
Les phénomènes de contraste simultané auraient un mécanisme surtout nerveux et en quelque sorte réflexe. Nous pouvons citer ici de nombreux exemples de tels phénomènes. Lorsqu'une personne se plaint pour son travail d’avoir un « faux jour » c’est qu’une source gênante et supplémentaire intervient. De même lorsque l’œil reçoit le flux réfléchi par certains objets, soit régulièrement (miroirs, métaux polis, verre, etc), soit irrégulièrement (bois vernis, papier couché ou glacé, etc.).
Pour bien faire saisir les effets de l’éblouissement, M. Robert de VArBREUZE dans une conférence à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures recommande les expériences suivantes :
I. Par une belle journée d’été, sous un soleil dur comme celui de midi, regardez un paysage éloigné (dans lequel il n’y ait pas que des arbres, bien entendu) : par exemple, regardez la côte, vue d’un bateau. Vous ne distinguerez pas beaucoup de détails. Mettez alors une paire de lunettes fumées : aussitôt, vous apercevrez une quantité de détails qu’il vous était impossible de voir auparavant et vous éprouverez la même sensation que si vous faisiez usage de jumelles. Il s’agissait ici d’un phénomène d’éblouissement simultané calmé par l’élimination des fortes
brillances.
II. Supposez que vous lisiez dans un fauteuil ou dans votre lit, en tenant votre livre incliné, et qu’une lampe, placée sur une table en face de vous, se trouve allumée. Vous ne vous en apercevez pas et n’y prêtez aucune attention : vous n'avez pas le sentiment que cette lampe vous incommode. Or, si quelqu'un vient à léteindre, vous éprouvez exactement la même sensation que si l’on venait d'allumer derrière vous une lampe supplémentaire éclairant votre livre. Inversement, si l’on rallume la lampe de la table, il vous semble qu’on vient d’éteindre la lampe supplémentaire et vous avez l’impression de ne plus y voir suffisamment clair.
L’explication de ces faits est simple. Le facteur fondamental de la vision est l’éclairement de l’image formée sur la rétine. Quand l'œil est ébloui, la pupille se contracte, le flux lumineux admis dans l’œil est réduit, l’éclairement de l’image formée sur la rétine se trouve diminué, la rétine elle-même se défend et réduit automatiquement sa sensibilité et la vision n’est plus bonne.
B. — L’éblouissement est dit successif lorsqu'il est dû à la production successive, sur une partie plus ou moins étendue de la rétine, de deux éclairements trop différents. C’est ce qui arrive lorsque le regard, préalablement attaché à la feuille d’écriture, vient à rencontrer le filament d’une lampe à incandescence. Il se produit une désadaptation aiguë dans le siège rétinien de l’image de la source. En revenant à sa feuille, l'observateur constate l’image
accidentelle négative de la source. Cette image dure,