‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 18 sur 48 · En Egypte ils ont répandu le sang innocent · texte numérisé non relu

En Egypte ils ont répandu le sang innocent

des enfans de Juda.

Les expressions venez et descendez peuvent correspondre aux paroles de l'ange , jette ta faux et moissonne ou vendange. — La moisson est aussi mûre y ce qui est la même chose que le temps de la moisson est venu.

Au eommeDcement de ce chapitre, Tautear de rApDcalypse se sert d'une comparaison que Ton retrouve dans ÉzéchieL Ce dernier dit, 1$ ^' Puis

fouis le bruit des ailes des chérubins , comme le bruit des grosses eaux, comme le brait du Tout^Puissanif un bruit éclatant. Le bruit du Tout-Puissant est sans doute le tonnerre.

La comparaison correspondante dans l'Apocalypse est cellcH^i : Et f entendis une voix qui venait du ciel, semblable à un bruit de grosses eaux et au bruit dun grand tonnerre. Le grand tonnerre correspond au bruit du Tout-Puissant et au bruit éclatanf« La voix du Fils de Thomme (I, i5) était aussi comme le bruit des grosses eaux.

Jean répète la même comparaison dans le chapi-* tre dix-neuvième, verset 6 : S entendis comme la voix dune grande multitude y telle que le bruit des grosses eaux et celui des grands tonnerres. Ces voix sont suivies également de chants de réjouissance.

Nous passons aux chapitres XYII et XYIU , ayant déjà traité des chapitres XV et XYL

CHAPIÏRES XVII ET XVIIÎ.

La grande ppostituée assise sur la héteé — La grande Babylône copiée de la traie Babylone dans Esafe et Jérémie^ — Sa chute et celle de ^Tyr, imitée d Ezéchieh -^ Applications erronées aux éi^éne-* mens historiques de la béte et de la grande Bahy-^ lone. — * Epoque et causes de la destruction de Bàbj-lone»

PôtJR peindre là gratide prodtituee, Tàtitëur de TApocalypse a emprunté d'Ezéehiel, ch. XXIII , les traits d*Ahola et d'Aholibâ^ detix sœurâ prostituées. La grande pfostituéé a paillarde avec les rois de la terre^ comme les deux sœurs avaient commis pail-» lardise avec des hommes vêtus de pourpre, avec des gouverneurs et des magistrats (i).

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(l) Les inois prostituée et paillat'dise se rencontrent beaucoup trop souvent dans Tancieil T^stameiit* Il pâhiit qtie ce penchant désordonné était pour le moins aussi fréquent alors que dans aucun temps. Les siècles actuels pourraient difficilement fournir des exemples de prostitution poussés au même excès ; il est vrai que Thistoire ne se plait pas k les rapporter.

La peinture qtie fait Ezéchieï dans son ^Vl® chapitre , des paillardises de Jérusalem, est tellement horrible , qùeTauteur de TÂpo-' calypse n*aYàit pas besoih d'aller chercher ailleurs la description de sa grande prostituée. On pourrait mêiiie croire que c'est là qu'il Ta prise : car Jérusalem était parée d'ornemens d'or et d*àrgent; soiit vêtement était de fin lin, de soie et de broderie ; de même la femme prostituée était vêtue de pourpre et d'écarJate4 et parée d or, de pierres précieuses^ etc« En efièt, Aholiba représente Jérusalem*

La grande prostituée fut condamnée au supplice ^ elle tomba ; dû mangera ses chairs. Les deux sœurs furent livrées entre les mains de leurs amoureux ^ qui leur enlevèrent leurs fils et leurs filles pour les tuer; elles fur^ttt aussi tuées et mises en pièces.

Dans une circonstance particulière , le prophète Ezéchiel assimile la ville de Tyr à la seconde sœur ou à Jérusalem ; les amoureux de celle-ci vinrent contre elle avec des chariots , des boucliers, etc. De même le roi de Babylone vint contre Tyr avec des chariots, des boucliers, etc. (Ezéchiel, XXIII , 24? XXVI, 7, 8.)

Dans l'Apocalypse, la grande prostituée et la grande Babylone sont confondues; elles sont parée» des mêmes ornemens. Les rois de la terre se sont prostitués avec l'une et l'autre (XVII ^ 2, 4> 5; XVIII, 3, 16). La grande prostituée est donc la même chose que la grande Babylone ; elle en avait le nom écrit sur son front, tS^. x8 : La femme est la grande ville qui règne sur les rois de la terre.

La grande prostituée était assise sur une bête qui avait sept têtes et dix cornes. Les dix cornes sont dix rois qui ne sont pas encore entrés dans leur règne. Ceci est imité de Daniel, où nous lisons que la quatrième bête que le Prophète vit en songe , avait dix cornes , et que ces dix cornes sont dix rois qui s'élèveront du royaume de la quatrième bête. Le Prophète ajoute , et un autre s élèvera après eux^ qui sera différent des premiers ^ et il abattra trois rois. On trouve une circonstance semblable dahs

FÂpocalypse j où les sept têtes de la bête sont sept rois dont cinq sont tombés: il en reste iin. On re-^ Connaît ici la même bête qtie celle du chapitre XIÎI.

Quoique le nom de la grande Babylohe soit un nom mystérieux, ce qui voudrait dire que ce nom nest quun emblème, cependant TÂpocalypse lui dohiié tous les carat^tères de la vraie Ëabyloné, en les eihpruntant d'Esaïe et de Jérémie. C'est ce que nous allons montrer.

L'Apocalypse dit que ses crimes sont môtited un ciel^ Jérémie avait dit que son procès est parvenu jusqu'aux cieux (ch. LI, g). L'Apocalypse dit que la grande Babylone est tombée , qu'elle est deVenue la demeure des démons, la prison de tout esprit impur , la ^retraite de tous ces oiseaux impurs dont bn a horreur;

Esaïe avait dit : Babylone sera cdmme quand Dieu renversa Sodome etGomàrrhe; elle Hé sera point habitée à jamais. Les bêtes sau^^dges des déserts y aUrgnt leurè f*epaires. — Les chats-huants y Iwbite^ roni et léé lutins f sauteront i — » Ses jours ne seront point prolongés (illl, ig, ii, i22} XlV, 25). Je la balayerai d'un balai de destruction , dit t Eternel des armées. Cet anathèthé tie fut aCdotnpli que plus de trois siècles aprè^. XLVII^ 8 i 11 appelle Babylone voluptueuse.

Jérémie, dans le ch. L^ ^* 55, Sg, l\0^ répète ce que dit Esaie ; et dans le chat>itre suivant ( LI , S7 ) il dit encore , Babylone sera réduite en monceaux et en demeure de dragons i

L'Apoealypse (XVIII, 4) ^*^ • J'entendis encore une voix au ciel qui disait : Sortez de Babylone , mon peuple y de peur que vous ri ayez part à ses plaies.

Jérémie , L^ 8; LI^ 4^ • Fuyez hors de Babjrlone, et sortez du pays desChaldéen$; g : Je vais faire ve-nir contre Babylone une assemblée de grandes na^ iions , — elle sera prise ^ — la Chaldée sera aban^ donnée au pillage.

Apocalypse , XVIII , 6 : Rendez-lui la pareille , rendez-lui le double de ce quelle vous a fait.

Jérémie (LI, 49) 2t,vait dit: Comme Babyione avait fait tomber les blessés à mort d Israël, ainsi les blessés à mort de tout le pays tomberont à Baby^^ lonCj on lui rend la pareille. (Lament. III, 64 ^ 66.)

L'Apocalypse dit que la grande prostituée , ou Babyione, est assise sur les grandes eauar, comme Ezéchiel, s' adressant à Babyione , avait dit^ tu étais assise sur plusieurs eaux (i).

Ces rapprochemens suffisent pour montrer que l'auteur de l'Apocalypse a pris la vraie Babyione pour modèle de sa grande Babyione ; cependant nous allons voir que pour en peindre les malheiirs^ il emprunte tout ce que le prophète Ezéchiei dit de la ville de Tyr^ quoique Babyione et Tyr n'eussent aucun rapport l'une avec l'autre.

(i) Ps. XXlX, 3 : L* Eternel est sur les grandes eaux. Voilà la même expression applicpée à TEternel , il faut qti'elle ait un sent particulier»

L'Apocalypse dit que les pilotés et les mariniers se tiendront loin d'elle; que tous ceux qui avaient des vaisseaux sur la mer s'étaient enrichis de son opulence (XVIII, 17, 19). Ces choses ne peuvent se dire que d'une ville maritime, telle qu'était Tyr, où les mariniers et les vaisseaux pouvaient aborder; mais comment les appliquer à Babylone qui était située surl'Euphrate, à plus de cent lieues du golfo Persique où se jette ce fleuve ?

L'Apocalypse dit encore qu'un ange prit un^ pierre et la jeta dans la mer , en disant : C'est ainsi que Babylone sera précipitée, et on ne la trouvera plus. Cette circonstance, comme les précédentes,^ est imitée de ce qu'Ezéchiel dit de Tyr, qu'elle mourra ou sera détruite au cœur de la mer, qu'elle a été brisée par la mer au fond des eaux. J.érémie (LI, 4^) avait dit ; La mer est montée sur Bahy^ lone; elle a été cou^ferte de la multitude de ^esflots^ Zacharie, IX, 4 • -^^ Seigneur jettera ta puissance de Tyr dans la mer^ et eUe sera consumée par fe feu (i).

Continuons la comparaison de la Babylone de l'Apocalypse avec Ezéchiet parlant de Tyr; car Ezéchiel ne parle nulle part de la ruine de Babylone, c'est Jérémie qui répète ce qu'avait dit Esate sur cette ville.

Apoc. XVIII, 8; XVII;, 16 : Elle sera consumée par le feu i la bête sera aussi brûlée par le feu.

(1-) Z«charie prophc^tisa de T^n 5i9 à 617 avant J. C«.

Ezéchiel, «'adressant au roi de Tyr, dit : X ai fait sortir du milieu de toi un feu qui t'a consumé ^ et je f ai réduit enxendres sur la terre. Ces paroles , quoi-t que adressées au roi^^ pe peuvent guère s'entendre que de sa ville.

Apoc. XVIII, 9 — lo : Les rois de la terre diront ; Ville puissante y comment ta condamnation ^st-^lle ^enue en un moment?

Ezéch. XXVI, 17 : Tous les princes de la terre te diront: Comment as-tu périy ville renommée?

L'Apocalypse, XVIII, 12^ fait rénumération des marchandises qvie les marchands de la terre apportaient à Babylone la grande ville. Ces marchandises étaient de For, de l'argent, des pierres précieuses, du fin lin, de la pourpre, de Fécarlate, des bois précieux, du fer, du vin , de l'huile, du blé, des chevaux^ des bêtefi^ de charge.

Ezéch. XXVII, 7, 12 — 22. De même Tyr recevait de diverses nations et de divers pays du fin lin, de la pourpre et de l'éçarlate , de l'argent, du fer, des chevaux, des mulets, de l'ébène, du blé, de l'hqile, du vin de Helbon. Ses foires étaient pourvues de toute sorte de pierres précieuses et d'or.

Apoc. XVIIl, i£i, 17 : Les marchands se tiendront loin d elle y pleurant et menant deuil. — Tous les pi" loteSy les mariniers se tiendront loin d'elle; ils s'écrie", ront : Quelle ville était semblable à cette grande ville ? J9 : Ils mettront de la poussière sur leur tête , et crieront en pleurant et en se lamen(çn^, et diront :

Hélas ! cette grai^^ ville f copiment a-t^lle été réduite en désert?

Ezéch. XX VU, 29 — 3i ; Les mariniers et les pilotes de la mer quitteront leurs nai^ires et se tiendront sur la terris. — Ils crieront amèrement. — Ib jetteront de la poudre sur leurs têtes ^ et te pleureront ai^ec amer^ iume desprit en menant deuil. — Ils prononceront à haute voix sur toi une complainte en disant ; Qui fut jarnais telle que Tjt, telle que œlle qui a été détruite au cççur de la m^r?

Apoc. XVIII, 21 : Un ange puissant prit une pierre grande comme une meule ^ et la jeta dans la mer en disant : C* est ainsi que Babylone ^ cette grande ville ^ sera précipitée ai^ec violence, et on ne la troui^era plus.

Jérémie (LI, 60—^4) écrivait dans un lii^re tout I0 mal qui deifait venir sur Babylorw, et dit à Sceraja : Sitôt que tu auras acheifé de lire ce liK^re, tu le lieras à une pierre y et tu le jetteras dans VEuphrate , et tu diras : Babylone sera ainsi plongée , et elle ne se re-^ lèifera point du mal que je m en vais faire venir sur elle.

Ezéchiel (XXVII, 34), s'adressant à la ville de Tyr, lui dit : Tu as été brisée par la mer au fond des eaux. XXVIII , 8 : Tu mourras au ce^r de la xner.

On ne sait lequel des deux prophètes TApoealypse a copié ; la circonstance de la pierre jetée dans l'eau ferait croire que c'est Jérémie , mais c'est dans la mer que j^abylone doit êtrô précipitée , et noii dan*

TEuphrate; ce «erail donc Ezéchiel^ parlant deTyr, que FApocalypse aurait imité.

Âpoc. XVIII, 22 : On n entendra plus chez loi ni joueurs de ItarpCy ni musiciens , ni joueurs deflûie et de trompette.

Ezéchiel, XXVI, i3, avait dit de Tyr: Je ferai cesser le bruit de tes chansons ,etle son de tes violons ne sera plus ouf.

Apoc. XyiII^ i6 : Cette grande ville qui était vêtue de fin lin y de pourpre et décarlate^ qui était toute brillante dor^ de pierreries et de perles ! Comment tant de richesses ont^elles été détruites en un instant !

Ezéchiel, XXVIII, i3, iC, parlant au roi de Tyr, ïui dit : Ta cowerture était de pierres précieuses de toutes sortes, et dor. — Je te détruirai d entre les pierres flamboyantes. — r Je i ai jeté par terre.

Nous voyons par ces citations comparées, que la plupart des prédictions d'Ezéchiel sur la ville de Tyr, sont appliquées par l'Apocalypse à sa grande Babylone ; il en fait donc , sans s'en douter ou saus s'en embarrasser, une ville maritime et très-commerçante , où affluaient par la mer une immense quantité de marchandises , les mêmes que celles de Tyr. Cette grande ville périt comme Tyr ; les marchands et les mariniers s'affligent pour elle comme pour Tyr ; elle est précipitée de même dans la mer , et on lui annonce la destruction de ses richesses. Voilà une ville située à plus de cent lieues de la mer, assimilée à une ville située au bord de la mer , et ayant un port où abordaient les vaisseaux de toutea

les nations. Il faudra aussi que Tyr ^ de son côté , ait corrompu la terre par ses impudicités^ comme l'Apocalypse ledit de la grande prostituée. Ici la similitude serait également en défaut.

Ce fut le roi Nébucadnetzar qui détruisit la ville de Tyr } n'est-il pas curieux que ce soit le roi de la véritable Babylone qui^ en détruisant Tyr y détruise la grande Babylone de l'Apocalypse. Il est aussi remarquable que ce soit le roi d'une ville très-corrompue qui détruise Tyr , qui n'était fameuse que par son grand commerce^ se^ richesses , son éclat et sa puis*sance. IPest vrai quEsaïe dit qu'elle paillardera avec tous les rois , mais cela paraît être une expression figurée; d'ailleurs la paillardise appartient à toutes les villes et surtout aux villes maritimes.

Comme dans l'Apocalypse la grande prostituée et la grande Babylone sont la même chose , on est surpris que l'auteur ait choisi Tyr pour la représenter; il est vrai qu'il avait en vue en même temps la vraie Babylone, ville où régnait une grande corruption; il a donC) en groupant ensemble les caractères de ces deux villes, composé une espèce de monstre.

Quapd Ezéchiel dit que Tyr mourra au cœur de la mer, ne fait-il point allusion au parti que prirent les Tyriens ^ lors du siège par Nébucadnetzar , d'abandonner leur ville sur terre pour se réfugier dans une île voisine , entourée des eaux de la mer, où ils bâtirent une seconde ville. Le roi de Babylone s'empara de Tyr après un siège de treize ans. Il ruina entièrement la ville qui était sur la tçrre ferme; elle fut rasée sur la terre j mais avant que le roi de Ba-

bylone l'eût prise ^ le$ h^bitans s'étaient retirés dans une île voisine^ à un demi-mille du rivage, où ils bâtirent une nouvelle ville, et y transportèrent leurs effets ; c'est ainsi que Tyr fut jetée dans la mer. Son nom et sa gloire passèrent à la nouvelle ville ; elle subsista jusqu'au temps, d'Alei^andre-le-Grand , qui la prit et la détruisit , après sept mois de siège , au moyen d'une énorme jetée faite dans la mer, et d'une flotte que les peuples voisins lui fournirent.

L'auteur de l'Apocalypse n'avait pas besoin d'être inspiré pour copier les Prophètes de Tp-ncien Testament, et même en les copiai^ hors de propos^ il nous prouve qu'il n'était pas inspiré; c'est ainsi qu'il réunit des choses incompatibles, telles quQ Babylone et Tyr.

applications erronnées aux éi^énemens historiques de la béte et de la grande Babylone. — Epoque et causes de la destruction de Babylone.

La bête du chapitre treizième est la m|ine qpe que celle du chapitre dix-septième , sur la(|^elle la femme prostituée était assise , et nous avons, vu que la femme avait des r^ipports avec sa monture. Celleci était de couleur écarlate , la femme était vêtue fl'écarlate; la bête avait reçu le pouvoir de faire la guerre aux saints, la femme était enivrée du sang des saints. Nous avons vu aussi que la grande Babylone mystique et la femme prostituée étî^ient la même chose. Nous ayons donc renvoyé jusqu'à pré-

jient à traiter des applications que les théologiens ont faites de la bête et de la gr3.nde Jlabylone^ aux événeraens historiques depuis rétablissement de la religion chrétienne.

Nous avons dit que la description de la bête correspondait à la figure qu'on donne danj le» sphères célestes ^ la constellation de la baleine , ou plutôt aux différens noms d'animaux qu'elle a portés chez difTérens peuples : ce sont ces animaux que l'Apocalypse a réunis dans son monstre marin ^''il a pu}sé ^ la même source que le prophète Daniel , ou bien il a emprunté son monstre de lui, avec cette légère différence qu'il n'a fait qu'une bête ^ quatre formes des quatre bêtes de Daniel.

Maintenant je dis que toute application qu'on voudra faire de la bête de l'Apocalypse, doit pouvoir aussi convenir aux bêtes de Daniel; c'est-à-dire que si l'on croit que cette bête représente quelque personnage ou quelque Eglise des siècles suivans, U en est de même des bêtes de Daniel , et dans ce cas il faudra trouver quatre personnages au lieu d'un, ou quatre Eglises. Si la bête figure le pape ou les princes latins de la Catholicité romaine, comme l'ont pensé plusieurs théologiens , les quatre bêtes figureront quatre papes ou quatre princes catholin ques,ou quatre rois, suivant Paniel (VII, 17); il faudra rapporter les prophéties de Daniel aux memes objets que celles de l'Apocalypse, ce qui, à la première vue, ôte tout fondement à ces applications, car certainement Daniel, qui écrivait près de 600 ana,

avant Jésus-Christ , n'avait en vue^ par inspiration , ni Rome ni le pape. It pouvait bien mieux avoir en vue l'empire de Babylone^ ses rois> les rois des empires voisins, tels que ceux de la Perse, dé la Médie, etc. Alexandre-le-Grand , qui renversa tous ces empires, pouvait être ce roi ou ne royaume qui , selon la vision de Daniel , devait dévorer toute la terre (VU, 25).

Lorsque la religion chrétienne eut pris quelque importance , les pères de l'Eglise ou les théologiens voulurent faire l'application des prophéties de l'Apocalypse; et d'abord, aussi long-temps que les princes qui régnèrent avant Constantin, persistèrent dans la profession de l'idolâtrie, le nom de Babylone fut appliqué à la ville et à l'empire de Rome. Tous les maux que les causes physiques et morales peuvent produire pour affliger une nation florissante lui avaient été annoncés. Oh ! combien je me réjouirai , combien je triompherai , s'écriait le sévère Tertullien , lorsque je contemplerai des mo-^ narques superbes, des dieux imaginaires, poussant d'affreux gémissemens dans le plus profond de l'a^ byme, etc.; des sages philosophes, des poètes célèbres tremblant devant le tribunal, non de iVUnos^ maia de JésuS-Christ (i).

Quand Rome fut devenue chrétienne, et qu'en changeant de religion, elle n'eut pas changé de

(i) Gibbon, Histoire de la tlécadence et de la chute de l Empira fVfnaiHf tome III, p. 5ô-^5gi. Pai'iS) idia.

mœurs y ou plutôt quand 8es mœurs se furent corrompues de nouveau^ et qu'elle fut tombée de nouveau dans ridolâtrie^ alors la bête de l'Apocalypse devint Rome chrétienne administrée par les papes ; ce fut cette Rome idolâtre^ horriblement corrompue et despotique.

On trouve dans la préface sur l'Apocalypse, par Beausobre et Lenfant ^ les détails suivans :

Les auteurs du douzième et du treizième siècle trouvent partout la bête de l'Apocalypse ( ou plutôt la femme qu'elle porte) dans Rome extraordinairement corrompue et tombée dans une espèce d'apostasie, par des doctrines qui renversent les fondemens de la foi chrétienne , et par des mœurs entièrement déplorées. Un grand nombre d'auteurs contemporains font le tableau de cette corruption.

On peut citer le discours que fit Arnulphe, évêque d'Orléans, sur la fin du dixième siècle, dans un concile de Reims, touchant l'horrible corruption de l'Eglise romaine. On doit y joindre Pierre Damien, cardinal d'Ostie, qui dans son livre intitulé Gomor^ rhœusy disait que les eaux du déluge ne suffiraient pas pour laver les ordures de l'Eglise romaine , ni le feu de Sodome et de Gomorrhe pour punir ses crimes. Le fameux saint Bernard, abbé de Clairvaux, et Honorïus, évêque d'Autun, auteurs célèbres dans le douzième siècle , trouvent partout la bête de l'Apocalypse dans les mœurs de l'Eglise romaine.

Au treizième siècle, Guillaume, évéque de Paris^

dit que dans l'Eglise il ne se commet pas seulement des péchés^ iàiieds les plus horribles monstreë de pé^ ches ; (|ue ce n'est pas une Eglise , mais une Baby-^ lone, une Egypte et une Sodome.

Le pape Adrien VI disait à son légat en Allemagne, en i522 : Nous savons que depuis quelques annéesil s'est commis dans le saint siège plusieurs choses abominables, abus des choses. spirituelles^ excès dans les commandemens , çt qu'en un niot tout a été perverti. Ce bon pape travailla en vain à la réformation des péchés crians et des abùâ odieux de la cour romaine. Les pères du concile de Pise , tenu en i5i2 contre le pape Jules II, disaient : La pauvre Eglise est tellement opprimée par les crimes les plus énormes et les plus scandaileux , que si Ton i^e vient incessamment à son secours, le naufrage en parait inévitable.

On peut dire avec raison que du dixième au seizième siècle , c'est-à-dire pendant au moins six siècles , l'Eglise romaine et son clergé furent nonseulement la bête de l'Apocalypse, mais en même temps la femme qu'elle jpôrtait^ sur le front de laquelle était écrit : La grande Babjclone, la mère fies impudiciiés et des abominations de la terre; cette femme vêtue de. pourpre et d ecarlate*

Voici un autre trait d^ resseiïiblance frappant entre Rome et la grande prostituée; celle-ci était enii^rée du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. Et Rome ne s'est-elle pas enivrée du sang^ des^ saints, c^est-Mire dans le sens de l'Apocalypse

loi

même, du sang des Chrétiens. ToUte l'Europe à été la scèûe de ces sanglantes tragédies :. le ier et le feu^ les bûchers , les gibets , les tortures , les tobrntens les plus exquis et les plus recherchés^ pour parler* avec les Pères, n'y oiit point été épargnés. Dans les Pays-Bas seuls , plus de cent mille des sujets de Charles-Quint furent livrés à la main du bourreau : ce nombre extraordinaire est consigné dans les ouvrages de Grotius. On est saisi d'horreur à la seule pensée qu'il y ait eu de telles conformités entre une société chrétienne et la description de la bête ou de la grande prostituée de l'Apocalypse. Môlgré ces conforniités , on verra bientôt disparaître ce rapprochement, quand on se rappellera que l'auteur de l'Apocalypse a emprunté de Daniel sa description. Daniel, parlant de sa bête à dix cornes, avait dit (VII , !ai , 24 , a5 ) , la petite corne qui montait con-^ tre les dix, fesait la guerre contre les saints ; cette corne sera un roi qui détruira les saints du souve^ vain y et assurément Daniel ne parlait pas des perçécutions sanglantes ei^ercées par la cour de Kome çt son clergé contre les Frotestans. Il parlait des IstaéUtes qui avaient été vaincus par le roi de Babylone.

Nous venons de voir que les applications derApoealypse avaient de beaucoup précédé le siècle de la Réforraation ; elles avaient frappé dès le temps de saint Jérôme, savant théologien du 4°'*'^êcle, qui appelle formellement Rome la Babylone et la pros-^ tituée vêtue de pourpre. Dans le 9"''' siècle , les évé-

qtiçs des Pays^Bas^ écrivant à Nicolas I*', lui disaient nettement que Rome est la Babylone prédite par les Prophètes, parce quelle usurpe la divinité, quelle s'égale au ciel , et qu'elle se vante faussement de n'avoir jamais erré et de ne pouvoir errer.

Depuis Grégoire VII (fin du ii"**" siècle), qui est regardé comme le fondateur de l'empire papal , il n'y a rien eu de si commun que ce parallèle de l'empire romain avec la bête de l'Apocalypse ; il faudrait foire un gros volume pour en produire tous les exemples. Dans le 1 5""® siècle, l'archevêque de Salzbourg fit, dans un discours, un parallèle fort dé-taillé de la bête de l'Apocalypse avec le Pape et l'Eglise romaine. Jean Staphylée, évêque de Sebe-^ nico en Dalmatie^ sous Clément VII (élu pape en i525), entreprit dans un discours de prouver à Rome même , que Rome était à la lettre et sans figure la Babylone prédite dans l'Apocalypse: Elle est, disaitil , pleine de noms de blasphèmes , la mère de Vitnpw^ veiéf des fornications et des abominations de la terre. On ne saurait^ dit-il, désigner plus particulière^ ment cette ville qu'elle l'est par ces paroles: de l'Apocalypse , puisque , quoique les crimes régnent presque partout , ils ont néanmoins ici leur siège et leur empire.

Malgré ces parallèles si ressemblafis entre Romef papale et la bête ou la femme prostituée ou la gran-» de Babylone de l'Apocalypse , parallèle fait par le» Catholiques romains eux-même^ et non par les Protestant , on peut être sûr qu'ils sont sans fonde-»

ment^ et que Tauteur de T Apocalypse^ inspire ou non inspiré^ ne songeait pas ][)Ius à Rome qu'à Pékin.

La description de Babylone la grande est emprun** tée de l'ancienne Babylone sous Nébucadnetzar, telle qu'elle est décrite par les prophètes Esaîe, Jérémie et Ezéchiel ; et nous avons vu une chose bien bizar-* re , c'est que l'Apocalypse , pour peindre les malheurs de sa grande Babylone^ emprunte ceux de la ville de Tyr^ lorsqu'elle fut assiégée et détruite par Nébucadnetzar ; ainsi ceux qui veulent appliquer à Rome papale les malheurs décrits dans l'Apocalypse^ choisissent , sans s'en douter, ceux de Tyr, ville maritime, bien différente de Rome à tous égards.

L'Apocalypse annonce la chute de Babylone et sa destruction, XVUl, 2 : elle sera consumée par le feu et embrasée; ^. 18 : elle sera précipitée, et on ne la trouvera plus, cette ville où tous les mariniers ë'étaient enrichis. Ces prédictions d'Ezéchiel regardaient Tyr et ne pouvaient regarder aucune autre ville. Mais Rome subsiste encore , et les prophéties de l'Apocalypse ne se sont point accomplies à son ^;ard. Tyr , dont l'auteur a emprunté la catastrophe, fut détruite il y a plus de vingt-deux siècles.

M. le ministre Basset, voulant que Babylone ou Tyr soit Rome papale , pense que les prophéties de l'Apocalypse sont bien dirigées contre cette dernière ville, mais qu'elles n'ont pas encore eu leur accom- ' plissement ; il déclare donc que la pierre du monlià jetée dans la mer, annoncé la ruine de Rome , capi-

taie du monde catholique ^ et que jamais cette ville ne reparaîtra. Suivant lui > VÂpocalypse^ en disant que Babylone la grande est tombée ^ et qu'elle est devenue une retraite de tout esprit immonde, vou^ lait parier de la destruction de la trop fameuse Rome^ qui n'offrira plus à Toeil que décombres, masures^ et le plus hideux désert (i). Nous laissons le sort de Rome aux décrets de la Providence , et nous ne r abandonnerons point aux rêveries imprudentes de M. Basset.

Michaélis est tombé dans la même erreur que tous les interprètes, qui croyaient que la grande vilie était Rome mystiquement; il dit que la grande i li qui règne sur les rois de la terre ( Apoc. XVII , \ v caractérise Rome, et c'était le nom de cette grande capitale* Mais il s'agissait de Babylone et non de Rome ; n'est-ce pas, disait son roi (Daniel, IV, 5o), ri est '^ ce pai ici Babylone la grande? et lorsque Daniel (II, Sy) lui interprétait un songe, il lui dit : Toi roi y es le roi des rois ^ — Dieu {a fait dominer sur les enfans des hommes. lli^^\ow% était donc la grande ville qui régnait sur les rois de la terre; lui substituer Rome est absolument gratuit*

■r- — ^i^Mfc,

(i) Explication raisoimée de l'Apocalypse , tome III ^ pag. 47?, 474* Paris, i83a.

ioii

Epoque et causes de la destruction dé Bahylonè ^

autrefois Babel.

Il était intéressant de savoir conlmeni la ruine dé fiabylone avait été amenée; pour cela nous avonè Consulté le dictionnaire de Moreri, à Farticle Èàhy-loncy édition dé 1740 , et THistoire ancienne dé llollin (i); en voici le précis: — Cyrus éteignit Tempire des Babyloniens, Tan 538 avant Jésus-Christ, et en laissa la souveraineté à son oncle Gyaxare , ou l)arius Mède; cet empire fut réuni à celui de Médie et de Perse.

Quoique les t^erses y successeurs àes Mèdes , eus^ sent possédé Babylone jusqu'à l'arrivée d'Alexah-* dre-le-Crand y qui eut lieu l'an 35 1 avant Jésus^ Christ, et qu'ils eh eussent démoli iitie partie^ cependant ce conquérant la trouva encore une ville ^considérable ; car voyant qu'elle surpassait en grandeur , en commodité et eh tout ce qu'on peut desi-^ rer pohi* les besoins et les plaisii*s de la vie , toutes les autres villes de l'Orient , il résolut d'en faii'e là siège de soû ehipirè.

Babylone avait beaucoup âôuffert de la rti][>iuré des digues de l'Eaiphrate, dont un des bras fht par*> là détourné , en sorte qu'il i^esta même si peu d'eail dan^ ce bras à Babylone , qu'à peiùë suffîsait-il à

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(1) Toirie VI; page 667, 6S& Parts, 17».

porter quelques petites barques. Peut-être faut-il attribuer cette circonstance fâcheuse au siège qu'en fit Cyrus, qui, pour faire entrer ses troupes dans la ville, avait détourné le bras de FEuphrate qui la traversait. Alexandre entreprit de rétablir la digue, mais la mort Tempêcha d'achever cet ouvrage.

Selon Pline, le voisinage de Séleucie épuisa Babylone et la réduisit en désert. Selon Strabon , les Macédoniens, après la mort d'Alexandre , négligèrent Babylone, principalement après que Séleucus JNicator eut bâti Séleucie sur les bords du Tygre, à 3oo stades de Babylone ; Séleucie prit aussi le nom et les richesses de Babylone. Il y a beaucoup d'apparence que Bagdad a été construite dans l'endroit où Séleucie était autrefois.

Nous trouvons dans cette histoire deux causes de l'abandon <Je Babylone; la première est la privation d'un bras de l'Euphrate qui traversait la ville, et lui fournissait de l'eau et une navigation intérieure. La seconde est la fondation de Séleucie dans son voisinage et dans une position plus avantageuse ; ce fut là que les habitans de Babylone transportèrent successivement eux et leurs richesses ; et ce qui en est une preuve, c'est qu'ils lui transmirent son nom. Babylone fut démolie dans la suite des siècles par les matériaux qu'on lui enleva pour s'en servir ailleurs. Encore à l'époque du voyage de M. J.-C. Riche, il y a douze ou quinze ans, on en tirait des briques et d'autres débris pour les transporter à Hillah, qui est au bord de l'Euphrate , à une lieue au-dessous des ruines.

Venons aux prédictions d'Esaïs touchant Babylone. L'Eternel suscite les Mèdes contre cette Ville, XIII, 17, 20^ 22 : Elle sera comme quand Dieu ren^ versa Sodome et Gomorrhe ; elle ne sera fiabâée en aucun âge; les hêtes saunages y auront leurs repaie res (i), etc. Son temps est prêt avenir^ et ses jours ne seront plus prolongés.

JuR prophète Jéréihîe, qui commença à |dK)phétiaerFan 629 avant Jésus-Christ, répète ce qu'avait dit Esa!e, LI, 26, 29^ Sy : Babylone sera réduite ien monceaux y en demeure de dragon y en désolation, sans qu aucun y habite; 55 : V Eternel s^en va détruire Babylone; 58 : Ses murailles seront rasées. C'était une vengeance exercée sur Babylone et sur les habitans de la Chaldée , à cause des maux qu'ils avaient commis dans Sion, 49 • Comme Babylone a fait tomber les Messes à m/)rt d^ Israël y ainsi les, blessés à mort de tout le pays tomberont à Baby-^ lone (2).

On voit dans le chapitre suivant que Jérusalem subit le même sort dont Jérémie menaçait Babylone. La maison de FEtemel , toutes les maisons ou

(1) A roccasîoD de Tinvasiou de TAssyrie par rempereur Julien, A. D. 363 , rhistorien Gibbon dil que Babylone avait dté convertie en un parc royal, c'est-k-dire 685 ans après la inortd*'Alexandre-lc- Grand. Une expression de M. le prof^ Cellerier, dans sa seconde édition sur l'ancien Testament, pag. 45, ferait croire que Babylone existait encore au troisième siècle, car il y avait alors dans cette ville une acadc'mie juive.

(2) Voyez encore Ezëchiel, ÎX, 7; XI, 6, 7, pour les |f€Wi blessée

Mifices en furent brûlées et ses murailles démolies | pn transporta à B^bylone plusieurs milliers de se$ habitans, L^ prise de Jérusalem po^r les Babyloniens (&ut lieu Fan 606 avant Jés^us-Christ. Jérémie vécut encore seize ans après cet événement.

; gisais prophétisa depuis Fan ^85 à l'an 781 avant Jésus-Christ^ c'est-à-dire environ 44^ ^^^ avant la prise de Bs^bylone par Âlei^andre ; et si nous prenons l'année de la mort d'Alexandre , qui ^ut lieu l'an '3a I ou 324avantJésus-rChrist, nous aurons environ 46q ans* Bal)ylone subsista encore bien des s^niiée^ après cette moft; car ce ne fut qu'après que Séleucie fut devenue une grande vi^le, que les Babylonien? abandonnèrent foyt-à-fait la leur, probablement parce qu'il s'étaU f^^i^ 4^ tels changemens dans Iç pours de TEuphrate , que le site de Babylone n'était plus propre pour une ville.

Maintenant comment devonsrnous interpréter les prédictions d'Esaïe et de Jérémie, lorsqu'elles tom-r bent sur une vielle qui subsista encorp plus de 5oo ans après rf^^a^l^éi^^ prpnpnçé contre elle. Elle ^tait, 4i| Iç prophète Esaîe^ la noblesse des royaurmes et Vexeellence de l'orgueil des Chaldéens. Si un prophète annonçait à la ville de Paris, que dans cinq siècles elle serait réduite en monceaux , que les bètes sauvages y fiurftient leurs repaires , à P^use de l'orgueil de ses habitans et à cause des maux que l'empereq^f JΫ^poleon^ par ses guerres, a fait souffrir aux nations de l'Europe, les Parisiens ne.sefaiçpt-ils pas surpris que les coupables restas^ei^t

impunis^ et que le châtiment retombât sui^ leurs innocens arrière-nevetix.

L'auteur de l'Apocalypse, qui était Juif, avait hérité de la haine des Israélites contre Babylone, où ses ancêtres avaient été captifs, après que Jérusalem eut été prise et brûlée par le roi de Babylone; et, ea conséquence, il lavait choisie pour représenter le mal et pour être la figure du monde de ténèbres et de corruption.

D'iin loutre côté , il avait choisi Jérusalem pour être le monde de lumière, qui doit s*élever sur la ruine du premier, avec Tagneau vainqueur du dra-^ gon et des ténèbrea. Cet agneau traîne à sa suite ta foule des initiés à ses mystère», tandis; que les âmes corrompues des amis du serpent se trouvent enseve* lies sous les ruines de Babylone ou du monde téné* breux (|)« L'auteur noua a dit que sur le front de la fbmme impudique, assise sur la bête, était écrit ce nona mystérieux ; Babylone la grande , la mère des impudicités et des ahominaiions de la terre. Dans un tableau tout opposé, Fa^iteur voit un ciel m^^ çeauetune terre nouvelle y il voit la sainte eité, la noui^elle Jérusalem ^ qui descendait dq ciel d^au prés de Dieu i elle sera le tabernacle de Dieu avec les homme» ^ et il y habitera avec eux ^ C'est dans ce contraste entre Babyloiie et Jérutelem, villes natu-* rellement ennemies, que consiste tout le mystère et le but théologiquede rApocalypsef> dans lequel Kau^

(i) DwjHiw, VI, p. jr35. ' ^

lie

teur'sç prqposait de préparer aux âmes un retour facile vers la lumière sacrée , le séjour Originaire des aiiies:^:«n les préservant de la corruption de la matière terrestre^

; ]Som ajouterons encore quelques remarques. Les ÇrojJ;ièteSy existspérés contre Babylone^ lançaient toutes^leurs foud]::es contre cette ville, et tous leura vceuii^ sç.réuiiissaient pour souhaiter le rétablisse* ment de Jérusalem. Cependant Jérusalem ne valait gi^èi^e mieux que Babylone ^ si nous en jugeons d'àj^ès ceque 4isent les prophètes Jérémiè et Ezéchiel; il«!ycommeUait différentes espèces d'idolâtrie abo* minables»

^ , Jérémie reproche à Juda d'avoir autant de dieux que de villes -^ d'avoir abandonné le vrai Dieu ^ de se livrer à I9. débauche^ d'avoir multiplié ^es forfaits et se^ rébellkj)ns. .Prx>menez'Vous par les rues de Jérur^ falem; et regarde:^ s'il j- a quelqu'un qui fasse ce qui est droite . .

; Dans Ezéchiel y l'Eternel dit : Jérusalem a changé mes ordonnances et mes statuts en une méchanceté

pire que celle dçs^ nations qui sont autour d'elle. PanS' le chapitre XVI ^ Jérusalem est réprésentée dopa J'emblême d'unç feionie horriblement prosti* tuqe; en sorte que Vauteur de l'Apocalypse aurait pu choisir Jérusalem pour modèle de sa grande Babylone y aussi rbi^q^6 la véritable Babylone. ;. Je ne crois pas qu'il soit possible de &ire unjtar bleau plus hideux et jplus dégoûtant que celui fait par Ezéchieli des abominations qpi se commettaient

dans Jérusalem , jusqu'à sacrifier des enfans. L'Eter^ nei lui reproche le meurtre de ses enfans^ et lui dit : Tu t'es plus corrompue que tes deux sœurs Samarie et Sodome : Sodome n'a point fait ce que tu as fait^ et Samarie n a pas fait la moitié autant de péchés que toi : Tu portée sur toi ton énormité et tes abominations^ dit l'Ëtemel. On aurait pu écrire sur son front: Babylone- ha> grùnde , la mère des impudicités et des abominations de la terre.

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