‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 23 sur 48 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Le fleure d^eau vwe, imité (TEzéchiel et de Zacharieu — L* arbre de vie. — La ville éclairée de la lumière de Dieu. — ^attestation de la vérité des réi^élations

. du Prophète. — Ùeux qui ont droit d^ entrer daris la ville sainte^ et ceux qui en sont exclus. — Peines dénoricées contre ceux qui ajouteraient ou qui rvtrancheraient quelque chose de ce liç^re.

Le premier tableau que nous offre ce chapitre est celui itun Jleui^e cTeau wW, clair comme du cristal, iqui sortait' du trône de Dieu et d& V agneau. Aumi*" lieu de la place ^ des deux côtés de ce fieu^e, était Farère de vie qui porte d0uze fruits^ et qui dofirte son fruit chaque mois;* et les feuilles de cet arbre so^ pour guérir les nadous. ' > ^ ' '

Cette fiction se trouve tout entière dans Eizéchiel. Après^nous avoir donné la description delà nouvelte Jérusalem , qui va être rebâtie , et dont il distribue les chambres , comme sont les portes de ta villç sainte dans l'Apocalypsev h propbètt Ezéchiid

ÇaXéYU^ i) fait aussi couler un fleuve ^ ou des e»,ux, ou un torrent^ de la porte qui est vers l'orient^ et qui prend ensuite son couri yers le midi*. Il nous peint un grand nombre d'arbres fruitiers (f. la) qui s'élèvent sur les deux bords du torrent. Leur Teûillage, dît-il , ne flétrira points et ils ne manque^ ront jamais de fruit. Us en porteront de nouveaux tous les mois ; leur /huit sera bon à manger , et leur feuillage serçfira de médicament. A cette dernière phrase correspond la suivante de l'Apocalypse : et les feuilles de cet arbre étaient pour la guérison des nations.

Nous voyons qu Ezéchiel et Jean parlent le même langage, et qu ils ont adopté la même fiction, d où il résulte que Jean a copié Ezéchiel ou qu'il a puisé dans les mêmes sources , savoir dans les cosmogonies orientales des mages et des Chaldéens.

L'arbre de vie, selon Depuis^ n'est autre** chose que le lieu ou la source d'où sont émané<^ les âmes et où elles retournent à la mort , quand la vertu les a dégagées de la matière hétérogjène et ténébreuse; (lî'. i4) elles ont droit à l arbre de vie*

Le prophète ^acharie (Xiy> 8), après avoir dit que dao# la: nouvelle Jérusalem il ne sera point jour et nuit, mais qu'il y aura toujours lumière, ajoute cpx en ce joUr-là des- eaux^ vives sortitvnt de Jérusalem y dont la moitié se répandra vers là mer décrient et Vautre moitié vers la mer d'occident; il y en aura €n été et en hii^er : et I Etemel sera roi sur toute la terre; en ce Jour^àil ny.aura qiiuHÂeul

f/ que sonnant seuL^^^Ony demeurera (dans Jérusalem)^ et U n'y aura plus dinierdiiv

;I>es idées semblables se trouvent dans rApoca* lypse ; . yoioi comme Taiitew* ^exprime ; // ri y aura fim alors danathème ^ mais le trône de Dieu et de T agneau jr se^:-'^Il ri y aura plus là de nuit. Le prophète Zacharie a soin de dire qu'en ce jour^là il n'y aura quun seul Etemel et que son nom seul; mais l'Apocalypse lui adjoint le nom de Tàgneau; ce qui est une sorte de polythéisme > car Fagneau esft la grande divinité dont Timage se reproduit par-* tout dans cet ouvrage apocalyptique. Toutes les créatures lui rendent hommage en même temps qu'à Dieu; il aura son trône avec Dieu dans la* ville céleste: cette ville était éclairée de la gloire de Dieu; et Tagneau était son flambeau.

Dupuis croit que le fleuve d'eau vive qui coule du trône de Dieu et de Tagneau dans T Apocalypse et de Torient dans Ezéchiel ^ est le fleuve d'Orion y FEri^ dan: céleste y qui est placé immédiatement ati-des^ «^ûs des degrés' d'âri!^;^ ou de Fagneau^ et >qui monte à la suite de ce signe ^ qui semble le faire naître à Forient ^ 'd'où il jaillit pour couler au midi ^ comme nous'lerepr^nte Ezéchiel. Les eaux s6r^ taient^ dit-'il^ de>dessous la porte à l'orient^ et descendaient vers le midi. C'est absolument ce que ^it UËridan, comme Finspectioo d'une sphère peut en convaincre. L'homme au visage brillant comme de Pàîi^în'^pblî , quT^conduisait Ezéchiel, le fait tournoyer d'un jcbemki :à un j|iiitre> .eclni iait passer

quatre différentes eaux ^ qui pourraient bien être les quatre détours que l'ËrMan fait dans > 9e <mI (XLVU, 3-^5), Ce phénomène astronomique de rappârition de l'eau de TEridan y à la suite du lever de l'agneau ou d'ariVj, a fait donner à ce bélier Féjïithète de Dux immortalis aquce ipstv les anciens* • -

Les philosophes orientaux croyaient que l'ame vertueuse qui retourne à son principe va jouir de l'éclat lumineux de son immortalité^ dont elle était privée ici-bas ; de même l'Apocalypse dit (f^ 5) que les âmes vertueuses vont habiter une ville où il'ù^y aura plus de nuit et. qu'éclairera- la lumière divine. • Cette lumière divine s'appelait souvent du nom d'époux^ dans les anciens mystères de> Mf thria : 'Je vous salue bel époiiXy lumière nouvelle,' disait* l'ïni* tié (i). Dans l'Apocalypse l'ange dit àJean, XXI^gj : Viensj je te montrerai ïàpouse qui est lo;^ femme, de l agneau j et il lui m6:Dtre la sainte Jérusalem, tout iUumi;iée de Ip. clarté de I>ieu. Jean a conservé !uaé expression mystique dqs mithriaqûes- dans le tilœ ai époux y donné a la lumière sacrée de l'autopsie y à la lumière d'Ormuad ou du monde lumineux^ dans 1er qiDNsl Iqs âmes des initiés doivjent tin jour passer ?^^ juUeSy dit saint; M^tthii^u , Xlll> ^^lluiront comme le soleil f ï<kins le royaume de -leUF Père, ^aniel {XII, 5) avait dit: (h?«^^ quiauroiitétéinielligens luinpnt comme la splendeur de Vétembw, et ceài qui

(i) Fil miciis dé IV^fan. RUKf:. p. 58. Duptiis, ibi;d.'l». 376.

us

en €tfifx>r\t amené plusieurs à lajustipe luiront comme des^étéiles à toujours. -- '

L^uteur de F Apocalypse (^. iiâ) met dans la bouêhe de l'ange qui parle ^ ce 'qn'Esaïe dit de Dieu (XL^ lo? LXII , 1 1) : P^oicitfotre Dieu^ voici^ ton Saui^eur vient; son salaire est par deçfers lui, sa réeçmpense marche dei^ant /ài/ c'est-à-dire que ses faiefifaits envera Jérusalem le précèdent. L'angè ajoute (^. i5) : Je suis Falplia et F oméga, le premier et la dernier. Ces paroles né peuventjettfcore contenir qu'à Dieu y comme le prouve les; trois^ pages d'Esaïe i oui nùas lisoné z'^ C'est mai VEterhel, je suis le prè^

Mièret le dernier. ^^If'Èêerhei à dit: Je suis le premier et le dernier i'^Ç* est jrioi qui suis le premier et ledet^ nier. L'ange qui- pa-rte au ^ophèftf Jean serait-^il •Dieu lùi*-même; è?eit ce qu'il fatidiHa.îti*ttt)pô8èr;, a tticim d'admettre aeif*Jehova:h. '-' ^*' ' •

'L'auteur' dfe rApôtiàlypse (XXII- 6) atteste là vérité dé iei Wrélatîdriij il pfèrttf â tëmoih de là tîertîtûdë'^dë sfëé' jwfrôlés^ le Dieu quî^'itièpire les Pro^ phétes, bu qui dôrthëresprii^rbplié^î^uer. ÏI stiît èti «élâ rèxiempté dé Dàfeid, car ce Propfcéte âvtfit dît; >1IÏ ; '26 : La t>ifsi&h '^à-sôrrèt du lààtin , ùui ïè'èté tf/fp j -est trèS'VéHtahit';^ 6t X V i : Une parole fui ré\fè^ lée à Daniely et cette parole est vraie (i). C'est ainsi que" dans Virgile^ fa: Harpye* atteste* ïàpollon pour

justifier la vérité de ses oracles menaçans. Les

! 3 '; ; ■ '• -il.'. • ...•■■

' (i)SiiitH:ilè^ii;'âanft^dfiEvatigUé, XIX, 35; ^ârlaiitde luî-m^in^, dit : iSon témoignage est véritable^ et il sait qu'il dit vf*ai. * ' '" **'

prêtresses de Fépuzza û'éparghaienit rien ppur persuader aux peuples qu'elles étaient saisies de Teii* thousiasme prophétique/ La sibylle de Cume en ferait autant/ lorsqu'eUe révélait à Enéë sa destinée^ at qu elle l'initiait à la doctrine des Enfers et de l'Elysée (!)•

L'Apocalypse (XXII, i5) interdit l'entrée des portes de la sainte cité aux grands criminels «t aux profanes. Cette proscription^ prononcée contre ceux qui ne seraient point sur le livre de vie de l'agneau , ni n^arqués de son sceau, c'est-à*dire contre les non-initiés, n'était pas particulière à la secte des initiés aux mystèires de là. lumière cle l'agneau et au^ différentes sectes chrétiennes (2). Elle était commune aux anciennes initiations qui condamnaient 9 l*amper dans Iç bourbier au milieu des ténèbres, non-seulement les homicides, les imposteurs ,. les impies, les scélérats, tous ceux qui nia^nt la Providence, ou qui étaient d'une secte qui ne reconnaissait pas les dieux du pays, m^ eiicore en général tous les profai^es ; et par profanes on entendait tous ceux qui avaient négligé de se f^e initier, et.qoe leur .association à la sainte çonfréi^îe U' avait point sanctifiés. Cette sorte d'exclusion était donc une foraiule

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(1) iEueid. III, V. 25i; Yï, v. 78, etc. Dupuis, ibid. p. 58i«

(2) Dupuis, îbid> p. 383: C*est ainsi que nous interdisons la sainte Cène au« impies , nux incrédules et à ^us ceux qui.^9neif^iiii^ rie dëréglëc.

usitée dans toutes les associations religieuses, et l'auteur de l'Apocalypse n'a dit ici que ce que di* saient tous les autres Hiérophantes aux initiés , pour les associer à leur corporation et à la pratique des vertus dont on s'imposait le devoir. '

Tout était sacré dans ces fornoules et dans ces dogmes ; voilà pourquoi lauteur (f. i8, 19) menace des mêmes peines quiconque oserait en altérer la pureté, y ajouter ou en retrancher quelque! chose. La doctrine des mystères devait être crue et pratiquée dans son entier.

Nous avons vu que les imitations que le prophète Jean a faites du livre d'Ezéchiel sont très-* nombreuses; il n'a pas craint, entr autres, de choisir des noms et des lieux qui étaient étrangers à la Phrygie, où il écrivait , et aux- Eglises auxquelles il s'adressait. Tels sont les noms de Gog et de Magog, deBabylone, du grand fleuve Euphrate, sur lequel (IX, i4) sont liés les quatre anges , et sur lequel (XVI, 12) le sixième ange verse sa coupe ; tout cela nous reporte dans les lieux où écrivait Ézéchiel , c'est-à-dire à 55o lieues des villes d'Ephèse et de Smyrne, et de l'île de Pathmos.

Le prophète Jean a imité jusqu'à la comparaison du pasteur qui est dans Ezéchiel ( XXXIV, 12), où Dieu dit qu'il visitera ses brebis , et qu'il les délivrera des lieux où elles avaient été dispersées , qu'il les fera revenir dans leur propre terre , qu'il les fera paître sur les montagnes d'Israël , le lon^ des ruisseaux , dans les pâturages les plus fertiles^.

Pe même Jean (VII, 14) suppose que Je Seigneur r^LsseiQble ses élus qui avaient été dans TafflictiQa , devient leur pasteur ()^. 17), et les conduit aui& fontaines des eaux vivs^ntes.

Dans Ezéchiel , c'est Jérusalem coupable qui est remplacée par une nouvelle Jéirusalem; dans l'Apocalypse, c'est Babylone ouïe monde coupable, qui, après avoir été détruit , se trouve remplacé par la nouvelle Jérusalem. C'est dans cette cité sainte que seront transportées les âmes après la morf et après le jugement universel. Elles vont enfin se reposer agréablement dans le séjour de la lumière et de la félicité , dont le Prophète leur présente, la délicieuse image. Les Perses, d'après la doctrine des mages , pensaient qu'après la résurrection ils mèneraient une vie tranquille et délicieuse sur une terre purifiée par le feu»

Sur les expressions : Je vais venir bientôt , le temps est proche, ou époque de T accomplissement des prophéties de ï Apocalypse,

L'Apocalypse renferme des promesses d'un avenir prochain, ou une révélation de choses qui devaient arrivei* bientôt, et que Jean a reçues par jl'ange de Jésus-Christ j le temps en était proche pour ceux qui vivaient alors. L'ange répète qu'il

déclare les choses qui doivent arriver dans peu^ que Jésus va venir bientôt /que le temps en est proche. Ces paroles étaient pour ceux qui servaient Dieu dans ces temps-là. Il dit à l'Eglise de Pergame, pi, i6 : BepenS'toiy autrement je viens bientôt à toi. Il dit à TEglise de Philadelphie, III , 1 1 : Je viens bientôtl, tiens ferme ce que tu as. Le temps est arrii^éjUl^ i8: que tu dois ju^er les morts et rendre la récompense à. tes seri^iteurs. Heureux celui qui lit les paroles de cette propliétie (1,3), et ceux qui les écoutent et qui gardent les choses qui y sont écrites ^ car le temps est proche^

Déjà dans saint Matthieu , un siècle auparavant^ Jésus «lit à ses disciples, XXIV^ 33, 34 : Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de V homme est proche et à la porte. Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que toutes ces choses narriipent. Saint Luc répète les même choses^ XXt, 3i, 32, 36; et Marc, XIII, ^, 5o.

Ce fut un jour consacré au soleil, ou le dimanche, que le prophète Jean eut Textase durant laquelle il eut la vision de la Jérusalem céleste (i), où les âmes vertueuses doivent bientôt aller se réunir pour y vivre heureuses au sein de la lumière éternelle , aussitôt que le grand Juge qu'on attendait alors à chaque moment aurait décidé du sort du monde^

(i) On se rappellera que cette vision est empruntée de celles d'Ezéchiel et de Zacharie , et qu'elle n'en est qu'une copie.

et qull aurait rendu à chacun selon ses C'était la grande idée i{u on youlait surtout Jncul^ quer aux initiés , que le jugement redoutable né tarderait pas.long-temps à s' exercer sur l'univers , et conséquemment qu'on ne pouvait prendre trop de soin ^. cQouïie le ditcFlaton ^ pour se disposer à paraître devant le tribunal redoutable^ C'était^ en dernière analyse , le grand but de cette initiation pépuzzienne , où Ton s'affligeait sur les maux de la vie^ et où Ton attendait la résurrection et l'appa-* ritipn de la Jérusalem céleste.

L'opinion des sectaires répandus dans la Phrygie était que la céleste Jérusalem était descendue du ciel et s'était manifestée à Fépuzza; en conséquence ils s'y rendaient pour célébrer leurs mystères^ et ils sanctifiaient ce lieu par la religion (i).

L'attente de la vision de la sainte Jérusalem était en vogue dans les sectes chrétiennes. Tertullien dit : (( Enfin ce signe a paru depuis peu ^ dans une dé- (( couverte faite en Orient ; et les Païens mêmes sont a témoins qu'on a vu en Judée , pendant quarante ({ jours^ au matin^ une ville suspendue en l'air, dont « les murs diminuaient à mesure que le jour aug- (( mentait, et qui disparaissait enfin. »

Moreri, dans son dictionnaire , à Tarticle Pépu^ siens ^ dit que c'est le nom que l'on donnait aux montanistes y parce que leur secte avait commencé

(i) Dupuis YI.> p. 6i>58i,

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à Pépuse^ bourg de Phrygie, qu'ils appelaient Jérusalem , où ils voulaient qu'on vînt se rendre de tous côtés. Les femmes y fesaient les fonctions d'évêques et de prêtres (i).

Montan^ dit Moreri , était un hérésiarque du second siècle. Après avoir embrassé le Christianisme , il feignait qu'il avait de nouvelles révélations , qu'il était inspiré du Saint-Esprit, qu'il avait des mouvemens extraordinaires , et qu'il prophétisait l'avenir. Les montanistes , vers l'an 172, composèrent une société séparée , gouvernée par ceux qui se disaient prophètes (2).

Ces deux articles du dictionnaire de Moreri jettent un grand jour sur l'époque où l'Apocalypse fut composée , et sur sort auteur. Il me semble qu'on ne peut douter que Jean ne soit un de ces Prophètes ; il se qualifie lui-même de prophète , et il appelle son ouvrage prophéties (5); il n'était donc pas Jean l'évangéliste.

Ceux qui veulent voir dans l'Apocalypse des pro-

(1) Peut-être la femme Jésabel qui se disait prophëtesse, dont parle TApocalypse m, 20), était-elle une de ces prétresses.

(2) Cette sociëtë était probablement composée des initiés aux mystères du bélier, soit Atys , soit Tagneau honoré en Phrygie , qui s'assemblaient k certain jour pour y jouir de la vue de la sainte Jérusalem ; cette vue était le grand objet de leur désir, et comme le tableau mystique de Tautopsie de ces mystères. Dupuis, tom. YI, pag. 56.

(3) Apoc. 1,2; XXII, 7, 9, 18. L'ange lui dit que les prophètes sont ses frères.

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