DE REFLEXIONS SUR LE SACRIFICE DE JESUS-CHRIST
L'auteur de cette Epître, dit Abauzit (i), s'adresse à des fidèles^ qu'une rude persécution commençait à ébranler. Pour soutenir leur foi chancelante, il élève leurs esprits à Jésus-Christ, il leur représente avec beaucoup de force et la majesté de la personne qu'ils offenseraient, et les malheurs infinis qu'ils devaient attendre , si plutôt que de renoncer aux douceurs de la vie, ils venaient à trahir honteusement la vérité. Ecrivant à des Juifs convertis au Christianisme^ Juif lui-même , et très-bien instruit dans la loi de Moïse ^ il fait servir ses connaissances à son but; il orne son sujet de figures et d'allusions, qu'il puise dans la religion judaïque. Tout ce qu'elle avait de plus grand et de plus auguste, la prophé-
(i) Cette introduction est copiée de l'article intitulé : Explication du premier chapitre de tE pitre aux Hébreux, fesant partie des œuvres diverses d* Abauzit. Londres, 1773, tom. I, p. 99 — 10 1.
lie, le sacerdoce et la royauté, il l'applique à la personne de notre Sauveur et même d'ilne manière plus excellente. C'est ainsi qu'il s'accommode au génie de ces Chrétiens , qui trouvaient avec plaisir la loi perfectionnée dans l'Evangile.
Il commence donc par la prophétie, et à cet égard il oppose Jésus-Christ aux Prophètes de l'ancien Testament. Autrefois^ dit-il. Dieu parlait par degrés et en différentes manières , à nos pères par les Pro^ phètes y enfin il nous a parlé dans ces derniers temps par son Fils ^ quil a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a fait les siècles.
Il ne faut pas s'étonner, observe Abauzit, qu'on dise du Fils unique que c'est par lui que Dieu a fait le monde ou les siècles; puisque Dieu disait à Esaîe : Je iai couvert de T ombre de ma main, pour planter les deux et fonder la terre; c'est-à-dire comme cela s'explique immédiatement après , pour faire de Sion un nouveau peuple. Rien n'était plus ordinaire, dans la bouche des Juifs, que les mots de siècle pressent et de siècle à venir. Ils entendaient par celui-ci le règne du Messie, ce roi qui était l'objet de leurs plus belles espérances. Ainsi , ce que l'auteur appelle les siècles par excellence , et qu'il vient de désigner sous le nom des derniers temps , n'est autre chose que le royaume du ciel dont il est si souvent fait mention dans l'Ecriture. Il oppose les temps d^ autrefois aux derniers temps ; autrefois Dieu parlait par les Prophètes ; dans les derniers temps il a parlé par son Fils, qu'il a établi héritier de toutes
choses et par lequel il a fait les siècles^ c'est-à-dire les siècles de l'Evangile. Car je ne saurais croire avec le commun des interprètes^ continue Abauzit^ qu'on ait eu en vue le temps de l'ancienne création ; cette pensée est assez hors d'œuvre, et rompt sans nécessité le fil du discours ; siècle et monde est un seul et même terme dans la langue sainte.
A l'occasion du troisième verset où nous lisons , lequel étant la splendeur de la gloire de Dieu et T image empreinte de sa personne ^ Abauzit fait remarquer, P^g^ io5, que Philon, docteur juif, avait déjà dit, et presque en mêmes termes , que V homme est r empreinte et la splendeur de cette bienheureuse nature ; en effet Dieu Ta formé à son image , et on aperçoit encore quelques-uns de ses traits ; ainsi cette description appliquée à Jésus-Christ, ne l'élève pas au-dessus de l'homme.
L'Epître aux Hébreux se fait surtout remarquer par le grand nombre de citations du vieux Testament que l'auteur rapporte à Jésus-Christ, comme si c'était de lui dont il était question. Nous allons mettre en regard les passages de TEpître avec ceux du vieux Testament correspondans , et nous accompagnerons chacun de remarques, en suivant l'ordre des chapitres et des versets.