‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 34 sur 48 · CINQUIÈME CITATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CITATION

Hebr. I, lo, ii, la.

Et ailleurs il est dit : Cest toi, Seigneur^ qui fondas la terre au commencement^ et les deux sont Vousfrage de tes mains. Ils périront; mais toi ^ tuesperma^ nent; ils vieilliront tous comme ïm vêtement; tu les plieras comme un manteau, et ils seront changés; mais pour toi, tu es toujours le même, et tes années ne finiront point.

Psaume CII> 26, 28.

Tu as anciennement Jondé la terre , et les deux sont l'ouvrage de tes mains (1); ils périront , mais tu subsisteras ; ils vieilliront tous comme un vêtement; tu les renouvelleras comme un habit , et ils seront changés ; mais toi, tu es toujours le même, et tes années ne finiront point.

Abauzit vient encore nous éclairer sur le but de cette citation, a Une remarque qull faut d'abord

(i) P». XC V, 5 : La mer lui appartient, dest lui qui Va faite, ce sont ses mains qui ont formé la erre. Il s'agit de Dieu.

< faire , dit-il , c'est que clans le psaume cela est manifestement dit de Dieu ^ et il n'est guère possible que les Hébreux à qui Ton écrite l'aient entendu d'une autre personne. Quand Tauteur applique à Jésus-Christ un passage , il en avertit par ces mots , â regard du Fils , ou autrement , et ici il ne fait aucune application expresse. Aussi n'était-elle pas nécessaire , les Juifs allaient droit au Dieu souverain , et le discours les y conduisait de soi-même. Qn venait de dire que Dieu est l'appui de Jésus - Christ ; il était naturel de le représenter ensuite comme un Etre ferme , stable^ tout-puissant, et c'est à quoi se rapporte la citation du psaume. Mais si l'auteur applique ces paroles à Jésus-Christ, et qu'il ait voulu lui attribuer la création du monde , estril possible qu'il l'ait fait d'une manière si vague , comme si les Juifs n'en eussent jamais douté? et cependant rien ne choquait plus directement leurs idées. Et à supposer qu'ils aient compris sa pensée , est -il possible qu'elle ne les ait pas révoltés , eux qui

i étaient si jaloux des droits de la Divinité , et qui avaient en horreur toute apparence de poly-

< théisme ? car il faut se transporter dans leur temps. La scolastique, qui remédie à tout, n'était pas encore venue au secours du dogme ; on croyait de la meilleure foi du monde qu'un et un font

(deux. D'où vient donc que les préjugés ne se

< récrient pas là-dessus , et que le nouveau Testament ne retent-il pas de leurs plaintes? Au con-»

« traire , on y voit régner un profond silence , pas (( la moindre trace d'objection ni de difficulté ; il u s'agit pourtant d'un mystère incompréhensible , (( quia produit mille disputes parmi les Chrétiens, « et qui a toujours été pour les infidèles une pierre (c de scandale et d'achoppement.

« Mais pour ne pas entrer dans la question gé- « nérale , attachons-nous à notre auteur. Comment « fait-il voir à des gens tant soit peu opiniâtres^ « que le passage convient à Jésus -Christ? Certes , « il n'en donne aucune preuve. Dira-t-on qu'il ne (( raisonne pas avec eux , et qu'il emploie ici son « autorité d'Apôtre ; mais le contraire paraît dans « tout le chapitre : et d'ailleurs quel détour n'aurait- « il pas fait dans cette supposition : il veut prouver « que Jésus-Christ est au-dessus des anges , parce « qu'il a été revêtu d'une plus grande dignité. Pour u montrer la vérité de cette proposition , on veut (( qu'il ait appliqué ces paroles à Jésus-Christ: Cest « toi. Seigneur y qui as fondé la terre ; et qu'aban- H donnant tout d'un coup sa méthode y il n'allègue « ici que sa simple autorité. Mais ne valait-il pas « mieux s'en servir d'abord, et dire nettement: Jésust( Christ est le créateur du monde , cette vérité vous a blesse , vous devez pourtant me croire , je vous « parle de la part de Dieu? ne valait-il pas mieux i< en user ainsi , plutôt que d'employer un si grand (( circuit de paroles , puisqu' enfin il en fallait veniru à son autorité ? Car Jésus-Christ étant une fois le « Dieu souverain , qui doute qu'il ne soit supérieur

u aux anges, et ne voilà-t-il pas une grande vérité , w sur laquelle des Juife eussent besoin d'être ins- « truits? La difFiculté consiste à justifier le principe, (( et il ne parait pas qu'il ait voulu rétablir.

i< Mais supposé qu'il ait eu dessein de le faire , (c jamais auteur ne se serait plus écarté de son but. (i Depuis le commencement du chapitre jusqu'à la « fin, il distingue sans cesse Jésus-Christ d'avec la « Divinité suprême; vous diriez qu'il prend à tâche « d'insinuer qu'il n est qu'une créature fort excel- « lente. Il est la bouche de Dieu ^ il a été fait héri- « tier , il est un instrument en la main de Dieu pour « faire les siècles. Il ne possède pas par lui-même la a gloire divine, il n'en est que la splendeur ; il n'est (( pas la propre substance de Dieu , il n'en est que « l'image et l'empreinte. Après avoir fait la purifi- ^ cation de nos péchés , il s'assied à la droite de (( Dieu ; il a été fait plus excellent que les anges , « et il hérite une dignité qu'il n'avait pas auparatf vaut. Les anges ne le connaissaient point , ils ne (c lui avaient jamais rendu leurs hommages ; il faut « que pour cela ils reçoivent un ordre , qui ne leur w est donné qu'après l'exaltation de Jésus-Christ. Il « a un Dieu et un protecteur; et parce qu'il a été

« juste. Dieu l'a oint d'une huile agréable , et lui « a bien voulu faire la grâce de le préférer à ses « concurrens. Après cela , tout d'un coup, et sans y - (( préparer les esprits, on nous apprend que Jésus* « Christ est le Dieu souverain , qui a créé les cieux u et la terre , et qui a toujours été ce qu'il est ; y

u eut-il jamai$ rien de moins attendu ; et quelle sur- « prise pour ces pauvres Juifs , qui n'avaient pas « étudié nos catéchismes ?

(( Disons plus, y eut-il jamais rien de moins suivi? « Après nous l'avoir représenté comme le Dieu suce prême , il le dépeint incontinent sous l'idée d'un « homme que Dieu exalte : ji^sieds^ioi à ma droite , i< pendant que je mettrai tes ennemis sous le marclie- «pied de tes pieds. Serait-ce une chose digne de « l'Apôtre , qui veut relever la gloire de Jésusce Christ, de le réduire à la qualité de créature^ après « l'avoir appelé le Créateur tout puissant? car après « tout, à quelque haut degré qu'il l'élève, la distance a est toujours infinie de la créature au Créateur. « Mais de la manière dont nous avons expliqué ce « passage, la gloire de Jésus-Christ va toujours par « degrés et en augmentant. L'Apôtre avait dit que (( Dieu est le trône et le soutien de Jésus-Christ , « et que , par conséquent ce trône ne serait jamais « ébranlé ; car c'est Dieu qui a fondé la terre , etc. , « et quand même toutes choses périraient , il est c< permanent et toujours le même. Enfin il est in- « troduit parlant à son Fils de cette manière : Place- « toi à mu droite^ pendant que je ferai de tes enne- « mis le marchepied de tes pieds. C'est une figure « empruntée des cours des princes , où le roi est « séant sur son trône , l'héritier présomptif à la (( droite , et les principaux ministres à la gauche. (( Et c'est ici le dernier et le plus haut degré de la a gloire de Jésus-Christ ; après Dieu, il n'y a rien

(( au monde de si excellent , et l'Apôtre ne pouvait « mieux finir son tableau. »

Je me trouve heureux d'avoir pu transcrire tout ce morceau d'Abauzit ; il est fait avec tant d'habileté^ tant de clarté et de profondeur, que c'est un vrai modèle de critique. J'ajouterai seulement que l'auteur de l'Epître n'a pas pu dire que Jésus-Christ fut toujours le même , puisqu'il reconnaît qu'il est mort , et qu'il a été ressuscité par la puissance de Dieu (II, 9; V, 7); si Dieu n'eût pas exercé sa puissance pour ressusciter Jésus-Christ, il serait resté au nombre des morts. Il a donc eu ane absence d'existence; quelque courte qu'elle ait été, il n'est donc pas toujours le même. Lorsque Jésus-Christ reçut la dignité de souverain sacrificateur, il la reçut parce qu'il était homme; il la reçut de celui qui lui avait dit comme à David : Tu es mon Fils y je iai engendré aujourdhui (V, 5).

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