‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 4 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

yisîon du Fils de F homme au milieu des sept chan^ deliers. — Sa description empruntée de DanieL; — Sur le nombre sept. — Sur le titre de Fils de f homme.

Nous avons dit que l'Apocalypse était en grande partie une compilation des livres d'Ezéchiel et de Daniel; nous en trouvons des preuves dès le premier chapitre.

Le prophète Jean annonce sa vision en disant : Je fus ra^i en esprit (i) un jour de dim/incha (jour

t '. rr-rr-t ' r^r-^- — -; f— :

(1) De même, St. Paul (11 Cor. XTI, 2, "à) fut ravi jusqu'au irai-' sième ciel; il fut ravi dans le Paradis i où // entendit des paroles ineffables.

consacré au soleil )f et f entendis derrière moi une voix éclatante: cette voix venait de quelque un qui ressemblait au Fils de V homme; sa tête et ses checeux étaient comme de la laine blanche. Le Prophète avait dit auparavant en parlant du même personnage: Le voici qui vient sur les nuées.

Daniel avait dit ( VII, 1 3 ) : « Je regardai dans lea visions de nuit, et voici comme le Fils de l'homme qui vepait avec les nuées des cieux (i). »

Dans TApocalypse le Fils de l'homme dit: Je

tiens les clés de T enfer et de la mort. Dans Daniel :

On donna au Fils de Vhomme le règne, etc. ; Tous les

peuples le sentiront (2), sa domination sera éternelle.

Ces deux pouvoirs se ressemblent beaucoup.

Apoc. I, 17: Je tombai à ses pieds comme mort.

Dan. VII, i5: H esprit nœ manqua à moiDanielj les visions de ma tête me troublèrent. La vision produit à peu près le même effet sur tous les deux.

La description du génie lumineux qui ressemblait au Fils de l'homme , est essentiellement empruntée de celle de l'homme vêtu de lin, de Daniel: celui de l'Apocalypse était vêtu dune longue robe , et ceint sur la poitrine dune ceinture dorj; sa tête

tw^m^'

(1) n est possible que saint Jean, dans son Evangile (III, i5),ait eu en vue les paroles de Daniel , quand il dit : Nul n'est monté au ciel que delui qui est déscendudu ciel , te Fils de Vhomme,

(2) Mattli. XXV, 3i , 32 : Toutes les nations seront assemblées devant lui^ c'est la même idée que tous les peuples le serviront; U ç'agit aussi du Fils de l'homme.

et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme de la neige; se^ yeux étaient comme une flamme de Jeu; ses pieds étaient sem^ blables à t airain le plus fin qui serait dans une fournaise ardente; sa voix était comme U bruit des grosses eaux; il tenait en sa main droite sept étoiles; une épée à deux tranchans sortait de sa bouc/ie, et son visage était comme le soleil, lors^ quil luit dans sa force. — // mit sa main droite sur moi, et me dit: Ne crains point.

Voici mair^tenant la description de l'homme vêtu de lin, de Daniel (X, 5, 6) : Etfélei^ai mes feux, et je regardai, et voici un homme vêtu de Im, et dont les reins étaient ceints d'une ceinture de fin or d^Uphaz; et son corps était comme de chrysolite^ et son msage brillait comme t éclair, et ses yeux étaient comme des lampes de feu , et ses bras et ses pieds paraissaient comme de V airain poli, et le bruit de ses paroles était comme le bruit dune multitude de gens. — lo: Une m,ain me toucha* — 12, ig: Il me dit: Daniel ^ ne crains points

Il ne manque dans la description de Daniel qu'un seul trait pour être en tout semblable à celle de Jean ; c'est la tête et les chei>eux blancs comme de la laine blanche et comme de la neige. Mais nous troiH vous ce trait, avec quelques-uns des autres, danà la description que donne Daniel de l'ancien des jours (VU, g) : Son vêtement était blanc comme la neige, les clieveux de sa tête étaient comme de la laine nette, son trône était comme des flammes de feu, et ses

roues comme un feu ardent. Ici le trône est mis à la place des yeux, les roues à la place des pieds, mais les comparaisons sont le» mêmes.

Je crois que l'auteur de l'Apocalypse s'est mépris en réiïhissant les deux comparaisons de laine blanche et de neige sur la tête et les cheveux de son génie j il aurait dû , comme Daniel, appliquer la comparaison de la neige à sa robe, et celle de la laine blanche à ses cheveux.

On a pu remarquer qu€ Jean a substitué la comparaison des grosses eaux à celle d'une multitude de gens; mais ce qui prouve que c'est la même idée ^ c'est qu'il dit ailleurs (XIX, 6) : T entendis comme la voix dune grande multitude , telle que le bruit de grosses eaux. Ici les deux similitudes sont réunies* On trouve dans Ezéchiel(I, 24) la comparaison du bruit des grosses eaux , pour le bruit que fe— saient les ailes des quatre animaux ; et encore chapitre XLIII, 2 : Dieu venait avec le bruit de beaucoup deau.

Nous voyons encore au chapitre X de l'Apocalypse un ange qui ressemblait au Fils de l'homme , car il descendait du ciel environné dune nuée ; son visage^ était comme te soleil^ et ses pieds comme des colon-ries de feu.

Le prophète Jean (XV, 6) , pour peindre les sept anges qui devaient verser les sept plaies, imite encore l'homme vêtu de lin, de Daniel, dont les reins étaient ceints d'une ceinture de fin or, et dont le visage brillait ; les sept anges étaient également vé-

tus dun lin net et éclatant , et ceints ^ vers la poitrine y de ceintures dor.

Jean fait encore reparaître le génie lumineux , dont les yeux étaient comme une flamme de feu^ et la bouche armée d'une épée tranchante (XIX, 1 1 — 15); il était suivi des armées du ciel sur des chevaux blancs, vêtus de fin lin blanc et pur. C'est la même image que la tête et les cheveux blancs comme la laine blanche.

Jean et Daniel reçoivent de la même manière , c'est-à-dire par un ange, les explications qu'ils demandent. C'est le génie ou l'ange, dont le visage resplendissait comme le soleil , qui explique à Jean ce qu'étaient les sept étoiles et les sept chandeliers : de même, c'est l'un des anges qui assistaient devant le Seigneur qui explique à Daniel ce qu'étaient les quatre bêtes et les dix cornes (VU, 17 — 24^.

Le génie lumineux , distingué par l'épée à deux tranchans, accompagné de sept étoiles et de sept chandeliers , représente parfaitement le Mithra des Perses tenant une épée à la main , accompagné du système planétaire , dont les mouvemens partent de l'équinoxe du printemps , autrefois le taureau , 'et ensuite jiries ou l'agneau. C'est le Dieu-Soleil, tout rayonnant de lumière , et portant dans sa main sept sphères. En effet, la description des yeux, des pieds et du visage du Fils de l'homme , par leur éclat extraordinaire , ne peut convenir qu'au soleil.

Dans tous les monumens de Mithra , dit Dupuis , on remarque à côté de ce dieu sept autels ou pyrès,

consacrés aux sept planètes, dans lesquels se répand la lumière éthérée. Les sept chandeliers sont la même chose que le chandelier à sept branches du temple de Jérusalem ; or ce chandelier à sept branches représentait les sept vaisseaux qui contiennent la lumière éthérée, ou les sept corps planétaires entre lesquels elle est répandue dans le monde. Les sept branches du chandelier étaient disposées en deux groupes de trois chacun, au milieu desquels s'élevait la branche ou la lampe du soleil, comme est le soleil placé au centre du système planétaire.

Les anciens empruntèrent toutes sortes d'emblèmes pour désigner le système planétaire dans lequel se répand la lumière éthérée. De là le symbole de la lyre à sept cordes, mis entre les mains d'Apollon, ou du dieu père de la lumière. Le visage de celui qui tenait en sa main les sept étoiles était comme le soleil lorsqu'il luit dans sa force.

Les Orientaux peignaient , dit Basnage , Pan à .. figure de feu , le visage enflammé ...... tenant sept

cercles à sa main gauche, et ayant des ailes aux épaules.

Le métal des chandeliers était le même que celui du soleil : c'était For destiné à représenter la lumière première qui brille dans le soleil, distinguée de la lumière réfléchie qui brille dans les planètes. Les ceintures d'or de l'homme vêtu de lin , du Fils de l'homme et des anges, représentaient le zo-» diaque.

On croira qu'il y a quelque chose de hasardé dans l'idée que les sept chandeliers représentaient les sept planètes; mais je demande d'où viendra ce nombre sept si souvent répété j quelle en sera l'origine , sî ce n'est des sept planètes. Nous allons encore donner quelques détails sur ce nombre.

Du nombre sept.

Le nombre sept est répété vingt-quatre fois dans l'Apocalypse, et celui de douze, quatorze fois, parce que cet ouvrage est relatif à l'ordre du monde dans lequel le nombre sept exprime celui des planètes, et le nombre douze celui des signes. Cette répétition est une suite des divisions astronomiques du zodiaque et des sphères à travers lesquelles les âmes voyageaient, soit en descendant ici-bas, soit en montant vers leur principe.

On y voit sept églises, sept esprits , sept chandeliers, sept étoiles, sept anges, sept lampes^ sept sceaux, sept cornes, sept yeux, sept trompettes, sept têtes de dragon , sept montagnes, sept rois , etc Le nombre sept était fameux dans l'astrologie, dans la cabale et dans toute la mysticité ancienne.

Dupuis nous apprend que les livres théologiques des Perses parlent des sept grandes intelligences ^ sous le nom d'Âmschaspands , qui forment le cortège du dieu de lumière, et qui ne sont que les génies des sept planètes. Les Juifs en ont fait leurs sept

archanges, toujours présens devant le Seigneur. Ce sont les sept grandes puissances qu Avenar nous dit avoir été préposées par Dieu au gouvernement du inonde , ou les sept anges chargés de conduire les sept planètes ; elles répondent aux sept ousiarques ^ qui, suivant la doctrine de Trismégiste, président aux sept sphères.

Proclus, auteur payen du 4°"® ou 5™® siècle, dit que le nombre sept fut consacré à Apollon ou au dieu du soleil , comme renfermant l'ordre harmonique de l'univers , dont le soleil est le lieu; il avait pour symbole une lyre à sept cordes. Voilà pourquoi on lui consacra le septième jour> qui fut regardé comme sacré, parce qu'on supposait que c'était celui de la naissance d'Apollon , à qui , en conséquence , on donna le nom d'Hebdomagène.

On lit dans Aulugelle, grammairien latin qui vivait sous l'empereur Adrien , que dans les fêtes du cirque, en honneur du soleil on fesait sept tours-, septem curricula.

Avant de faire tomber les murailles de Jéricho, les Israélites en firent six jours de suite le tour, chaque jour une fois , mais le septième jour ils firent ce tour sept fois; alors le peuple poussa des cris, on sonna des cors^ et la muraille tomba sur elle-même. Josué, VI, i5 — 20.

On voit quelle importance les anciens attachaient à ce nombre sept; ils croyaient aussi que Dieu y attachait la même importance , et qu'il était superstitieux comme les hommes ; car ce fut par ses ordres

que les Israélites procédèrent , comme nous venons de le dire, pour la prise de Jéricho (i).

Voici d'autres exemples où le nombre sept a été employé :

Les sept portes de la ville de Thèbes , portant chacune le nom d'une planète ;

La ville d'Ecbatane avait sept enceintes, teintes de couleurs affectées aux planètes ;

Les sept étages de la tour de Babylone ;

Les sept anneaux prophétiques des Brachmanes , sur chacun desquels était gravé le nom d'une planète; les sept pierres consacrées aux mêmes planètes en Laconie.

Sur le titre de Fils de Vhomme.

Il est bien remarquable que Jésus-Christ ait adopté le titre de Fils de Vhomme comme lui appartenant; il le répète soixante fois dans les quatre Évangiles. Ce titre est emprunté des prophètes, mais dans quel sens?

Beausobre et Lenfant (2) croient que a c'est un titre d'humilité, qui avait du rapport avec son anéantissement. Fils de l'homme, dans les prophètes Ézéchiel et Daniel , disent-ils , marque moins la nature

(1) M. le ministre Basset, sur le nombre sept, a suivi un système très-diffdrent de celui de T Apocalypse ; il croit que ce nombre signifie plusieurs ou divers,

(a) Tom. I^ p. 36 de leur traduction du nouveau Testament.

humaine que la fragilité et le néant de Thomme , et c'est évidemment dans ce sens que cette expression est employée par David (Ps. VIII, 5; et CXLIV, 3) : Qu est-ce que... du Fils de ï homme ^ que taie visites 7 ou que tu en tiennes co/w/7^^? Jé^us s'en serviiit pour insinuer qu'il ne devait arriver à la gloire que par les souffrances et par les humiliations. »

Cette opinion ne me paraît pas suffisamment fondée. L'expression de Fils de V homme ne signifie pas seulement le néant de l'homme , mais aussi son origine et sa fin ; c'est-à-dire qu'il est un être mortel et infiniment inférieur à Dieu. Lorsque l'Éternel , s'adressant à Ézéchiel qu'il avait choisi pour son prophète, le nomme constamment Fils de V homme ^ ce n'est assurément pas pour lui reprocher son néant, son humiliation; c'est pour lui dire homme y ou fils d'homme , ou être mortel et non pas ange. Il en est de même du prophète Daniel (VIII, ig), auquel l'ange Gabriel dit Fils de Vhomme.

Dans les admonitions qu'Élihu adress3 à Job sur ses rapports avec Dieu, il lui dit : Ce n'est pas à Dieu, mais à un homme tel que toi que ta méchanceté peut être nuisible^ et ce ri est quau Fils de T homme que ta justice peut être utile (Job. XXXV, 8).

Ainsi Jésus , en se servant du titre de Fils de l'homme pour lui-même, voulait dire qu'il était semblable aux hommes à tous égards, efll se servait de cette expression long-temps avant ses souffrances et son humiliation.

Ce titre doit avoir aussi ime signification plus re-

levée; car, dans le livre de Daniel (VII, i3, 14), le Fils de l'homme vient avec les nuées des cieux, il reçoit de l'Ancien des jours la seigneurie , l'honneur et le règne ; et ce Fils de l'homme paraît être le même que l'homme vêtu de lin , ce génie éclatant de lumière comme le soleil (X, 5), du moins l'auteur de l'Apocalypse les confond ; c'est alors le Dieu-Soleil, la lumière du monde, c'est le Mithra des Perses; mais pourquoi se nomme-t-il Fils de l'homme, c'est ce que je n'ai pu découvrir.

On regarde la vision du Fils de l'homme, par Daniel, comme un oracle qui annonce la venue de Jésus-Christ; cependant saint Matthieu, saint Luc et l'auteur de l'Apocalypse^ n'appliquent point cette vision à la naissance de Jésus-Christ sur cette terre, mais à son avènement après son ascension , qui n'a point eu lieu. Le Fils de V homme ^ dit Jésus-Christ {Matth. XIII, 41) > ewerra les anges qui 6 ter ont de son royaume tous les scandales... (XXI V^ 3o) : Alors le signe du Fils de ïhjom,m,e paraîtra dans le ciel; alors aussi toutes les tribus de la terre se lamenteront en se frappant la poitrine , et elles verront le Fils de Thom,me venir sur les nuées du ciel aç^ec une grande puissance et une grande gloire. Voyez dans Luc^ XXI, 27, les mêmes expressions.

Ces paroles de Jésus-Christ ont été copiées par l'auteur de l'Apocalypse (I, 7) ainsi : Le voici gui vient sur les nuées, et tout œil le verra. ...et toutes les tribus

de la terre se frapperont la poitrine en le voyant

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