‹ Éclaircissemens sur l'Apocalypse et sur l'Épitre aux Hébreux, ou analyse de leur compositionChapitre 7 sur 48 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le trône dans le cieL — Les vingt-quaire vieillards. — Les quatre animaux ai^ec leurs ailes. — La mer de verre.

Nous-venons de dire que ce chapitre était une copie ou une imitation du premier d'Ézéchiel, en voici la preuve :

Il débute de la même manière. Ézéchiel avait dit : Il arriva que les cieux furent ouverts , et je vis des visions de Dieu. — La parole de FÉternel fut adressée à Ézéchiel ; il vit autour de la nuée une splendeur très-vive.

De même le prophète Jean dit qu'il vit une porte ouverte dans le ciel , et qu'une voix parlait avec lui ; qu'un trône était dressé dans le ciel, que ce trône était environné d'un arc-en-cîel qui avait l'éclat de rémeraude.

Ezéchiel dit que du milieu de la vive splendeur sortait une ressemblance de quatre animaux. — Ils étincelaient comme qui verrait de l'airain poli. — Leur regard était comme des charbons de feu ardent (i) ; le feu courait parmi ces animaux. Ils étaient

(i) Cette comparaison d'yeux brillans ou dtincelaii.s comme des charbons ardens, se rencontre souvent dans les contes arabes.

accompagnés de roues dont les jantes étaient pleines d'yeux autour d'elles.

De même Jean dit qu'au milieu du trône (ou de la splendeur) étaient quatre animaux pleins d'yeux par-devant et par-derrière. Il a supprimé les roues et a donné les yeux aux animaux ; ces yeux tiennent aussi lieu des regards^ comme des charbons ardens ou de l'apparence étincelante , car nous verrons que ces yeux ne sont autre chose que les étoiles dont les constellations sont parsemées.

On sait que les Hébreux donnent au zodiaque le nom de Roue des Signes; ainsi les roues ne sont autre chose que le zodiaque dont les animaux fesaient partie , et en suivaient par conséquent tous les mouvemens ; car Ézéchiel dit que l'esprit des animaux était dans les roues. Ézéchiel paraît faire la description d'une pièce de mécanique astrologique, où l'on fesait tourner le zodiaque verticalement ou obliquement , et sur lequel étaient peints les animaux qui représentent les douze signes. Peut-être y avait-il aussi d'autres roues pour les sphères (i), et au-dessus un firmament de cristal pour représenter le ciel des fixes (I, 22).

Dans Ézéchiel , chacun des quatre animaux avait quatre têtes ou faces. La ressemblance de ces faces était la face d'un homme et la face d'un lion à la droite

(i) Ezdchiel, X, i3, dit qu'on appela ces roues chariot; c'est ainsi qu'on traduit le mot h^reu gatgal , qui peut signifier aussi sphères.

des quatre y et la face d'un bœuf à la gauche des quatre , et la face d'un aigle à tous les quatre.

Jean dit de même (t. 7) que le premier animal ressemblait à un lion y le second à un jeune bœuf , le troisième avait le visage comme celui d'un liomme^ et le quatrième ressemblait à un aigle qui vole (i). Ces quatre animaux avaient chacun six ailes ^ ils étaient pleins d'yeux autour et en -dedans. Nous voyons dans le chapitre X, i5, 20, d'Ézéchiel, que ces animaux étaient des chérubins munis d'ailes. Il les nomme de nouveau au verset 14 de ce chapitre; mais au lieu de la face d'un bœuf , on lit la face d'un chérubin ; les trois autres sont les mêmes , il répète aussi le même jeu de la pièce de mécanique.

En cherchant dans le huitième ciel^ dans la sphère des fixes affectée aux chérubins ^ ou était placé le trône de la Divinité, on trouve à des distances égales, et aux quatre points fixes qui divisent la sphère , quatre figures pareilles à celles que les prophètes Ezechiel et Jean voyaient, et nous les trouvons comme eux dans le ciel et dans le seul ciel où l'on

(1) Il est bien bizarre de retrouver ces quatre animaux ou chérubins dans un conte arabe. Ce conte fbit partie des Contes inédits des mille et une ^uits; il a pour titre Histoire de Djamasp et de la Reine des serpens , tom. I, p. 179. Beloukia voit sous un arbre quatre génies : Tun avait la figure d'un homme , l'autre celle d'an lion , le troisième ressemblait à un taureau, et le quatrième a un oiseau. Ces génies priaient, et l'un d'eux disait : «O mon Dieu et mon Sei- « gneur ! je t'en supplie par ta miséricorde et l'intercession de Mo- « bammed , pardonne k tes créatures leurs pëchés. n Dans l'Apocalypse ces quatre génies rendaient gloire et honneur au Seigneur Dieu tout-puissant.

puisse trouver des animaux , c'est-à-dire dans le zodiaque ou dans le cercle des animaux célestes (i).

En parcourant la sphère contre l'ordre des signes, et en partant du signe affecté au soleil , ou du lion son domicile astrologique , nous trouvons de trois en trois signes , dans le même ordre que l'auteur de l'Apocalypse les nomme , le lion, le bœuf ou taureau, l'homme du verseau , et l'aigle ou vautour qui porte la lyre , et dont la belle étoile , par son lever simultané avec le scorpion , fixe et marque tous les jours l'ascension de ce quatrième signe, qui , sans des raisons mystiques , figurerait à la quatrième place avec les trois autres. Dans les principes des astrologues , le scorpion était un signe malfesant et de mauvaise augure; cette raison le fit écarter et lui fit substituer la lyre ou le vautour céleste.

L'auteur, en disant que ces quatre animaux avaient chacun six ailes, avait en vue la révolution journalière de tout le ciel en vingt-quatre heures, désignées par quatre fois six ailes , et celle du zodiaque coupé en quatre parties. Les ailes fesaient allusion au temps qui circule dans le zodiaque. Les vingtquatre parties du temps qui divisent la révolution du ciel sont appelées vingt-quatre vieillards , comme le temps lui-même , ou Saturne , a toujours été appelé (2).

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(i) Dupuis, VI, p. iSy, i38.

{2) D après les recherches de M. Ghampollion, la division du jour en 24 heures date^ chez les Egyptiens, de Tan 6282 avant J. G.; cette daté remonte a Tépoque du déluge. Beausobre croit que TApocalypse fait allusion aux vingt-quatre familles sacerdotales.

Clément d'Alexandrie dit formellement que les ailes des chérubins désignaient le temps qui circule dans le zodiaque ; donc les figures du zodiaque , qui répondent exactement aux quatre divisions données par les ailes , ne peuvent être que les chérubins à qui ces ailes sont attachées ^ puisque ce sont absolument les mêmes figures d'animaux. — Ce sont aussi celles des quatre anges qui , chez les Perses, doivent sonner la trompette à la fin du monde.

Quant aux yeux dont sont semés les corps des quatre animaux^ il est évident que ce sont les étoiles, dont chaque constellation est parsemée. Manilius appelle les étoiles les yeux du ciel.

Le prophète Jean avait dit que le trône dressé dans le ciel^ autour duquel étaient les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards , était environné d'un arc-en-ciel qui avait l'éclat de l'émeraude ; que quelqu'un était assis dessus semblable au jaspe et à la sardoine , que c'était Celui qui vit aux siècles des siècles , qiii a créé toutes choses.

Tout ceci est encore imité ou copié d'Ézéchiel, qui avait dit (I, 26 , 28) qu'au-dessus des animaux était un trône comme le saphir^ que par-dessus ce trône était une ressemblance comme un homme ^ qu'il avait une splendeur autour de lui qui ressemblait à Tare qui se fait dans la nuée au jour de la pluie; puis il ajoute , c'est là la forme de la représentation de la gloire de rÉternel.

La seule différence, c'est qu'Ézéchiel place l'arc-

n-ciel autour de Dieu , et l'Apocalypse autour de

son trône , ce qui est la même chose ; et que le trône d'Ezéchiel était^comme le saphir , et celui de l'Apocalypse comme l'émeraude.

Maintenant que nous sommes convaincus que les quatre animaux sont quatre signes du zodiaque ou quatre constellations^ que les vingt-quatre vieillards sont les vingt-quatre parties du temps , ce seront ces êtres de raison qui ne cesseront jour et nuit de rendre gloire et honneur à celui qui était assis sur le trône, c'est donc dans son imagination que le prophète Jean les entendait.

Devant le trône était une mer de verre semblable à du cristal. Ézéchiel avait dit qu'au-dessus des têtes des animaux était une étendue semblable à un cristal d'une grandeur effrayante. Dupuis, qui nous a souvent éclairés sur les opinions des anciens relativement aux régions célestes, nous apprend qu'Empedocle était persuadé que la substance du ciel était formée d'eau et de feu, dont il était résulté une cristallisation. On sait que les partisans de Ptolémée attachaient les planètes à des cieux de cristal, et qu'au-dessus du ciel des fixes ils plaçaient le cristallin premier et le cristallin second. L'expression de mer ou de firmament de cristal est prise de cette ancienne opinion sur la substance dont sont composées les sphères, et surtout le firmament, que Ton croyait être d'une substance dure et diaphane tel que le cristal. Ces dénominations de cieux de cristal étaient dans tous les livres d'astronomie avant Copernic , et avaient été empruntées des livres astro-

nomiques et astrologiques des Arabes ^ qui commentèrent Ptoiémée.

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