CHAPITRE V
Le Iwre scellé de sept sceaux. — V agneau déclaré
digne de les oui^rir.
Le chapitre cinquième renferme la vision du livre scellé de sept sceaux, que prend l'agneau muni de sept cornes et de sept yeux ^ qui sont les sept esprits de Dieu. Par ce grand livre, fermé de sept sceaux, le prêtre astrologue désigne le livre de la fatalité et le ciel planétaire dans lequel étaient censés écrits les destins des hommes : c'est le même que le livre à sept feuillets ou à sept tablettes dont parle Nonnus Dionys. Les Egyptiens également désignaient par sept caractères alphabétiques la fatalité. Les Brachmânes de l'Inde donnèrent à Apollonius sept sceaux ou sept anneaux sigillaires, qui portaient chacun le nom d'une planète.
Le cours de la fatalité ou l'impulsion qu'avait primitivement reçue les sphères^ étant censé devoir se rapporter au point équinoxial comme au principe de tous les mouvemens célestes, c'est ^rîes ou l'agneau équinoxial, portant sur son front sept cornes et sept yeux qui sont les sept intelligences planétaires, ou, comme dit le prophète Jean^ les sept esprits de Dieu , qui va recevoir le fameux livre def
destins des mains du Dieu ou du génie placé sur le ciel ou sur le trône, qui s'appuie sur les cieux.
Celui qui doit ouvrir le livre et délier les sept sceaux est appelé d'abord liorif puis agneau. Ces deux figures^ lion et agneau^ sont les seules que l'astronomie ait données au soleil , Tun pour son domicile , l'autre pour être le lieu de son exaltation et de sa plus grande influence. Si le lion avait la prérogative d'être l'animal du soleil et son signe familier, l'agneau avait sur lui l'avantage d'être chef de tous les signes , princeps signorum ^ comme l'appellent tous les livres d'astronomie, dux cœli; et c'est à ce titre de coryphée de tous les chœurs célestes qu'il reçoit l'hommage de tous les cieux et des autres animaux qui s'inclinent devant lui, ainsi que les vingt-quatre vieillards qui forment le concert céleste avec leurs harpes.
On donne à cet agneau sept cornes et sept yeux. Les Arabes appelaient cornes les sept points ou angles astrologiques. On donnait aussi à chaque astre sept rayons, suivant Porphyre. Il n'est donc pas étonnant de voir ces sept points astrologiques désignés par des cornes et des yeux , donnés à l'agneau ou à la constellation qui ouvrait la marche des sept sphères (i).
(i) Jusqu'ici c'est un extrait de Touvrage de Dupuis, sur V Origine de tous les Cultes, tom. VI, pag. 160 — 167. Volney, dans ses Ruinesy p. 245, dit que Tagneau de Dieu, inunolé, comme le taureau de Mithra^ pour le salut du monde , n'est que le soleil, au signe du bélier cëlesle, lequel, dans un âge postérieur (par l'effet de la préces-
L'agneau , dans TÂpocalypse , est une divinité qui a les mêmes privilèges et les mêmes attributs que Dieu; il est déclaré par les^ anges digne de recevoir la puissance^ la gloire et la louapge; il est celui qui sonde les reins et les cœurs ; il rendra à chacun selon ses œuvres (II, 25) ; il reçoit avec Dieu les hommages de toutes les créatures qui sont dans le ciel et sur la terre. Les âmes ressuscitées seront sacrificateurs de Dieu et de Christ. L'agneau est avec Dieu le temple de la ville céleste ; celle-ci est éclairée de la gloire de Dieu, et l'agneau est son flambeau. Dieu et l'agneau y auront leur trône. Le Tout-Puissant est l'alpha et l'oméga ; le Fils de Thomme est aussi l'alpha et l'oméga , le premier et le dernier.
L'Apocalypse reconnaît donc deux divinités^ et c'est probablement sur la doctrine de ce livre que sont fondées les phrases qui terminent la litanie ; prière qui fait partie du culte anglican. Voici ces phrases :
O agneau de Dieu , qui ôtes les péchés du monde , aie pitié de nous! Christ ^ exaucez-nous! Seigneur, aie pitié de nous ! Christ, aie pitié de nous ! Seigneur, aie pitié de nous !
Si le mot Seigneur s'adresse à Dieu , comme cela parait clair, il en résulte que les Anglicans comptent autant sur Christ que sur Dieu , et qu'ils admettent deux divinités. Ils sont en cela inférieurs aux Mahométans , qui disent : Garde-toi de deux choses ,
sion des équinoxes) , ouvrant à son tour Tëquinoxe ^ fut censé délivrer le monde du règne du mal.
ne donne point dégal à Dieu, et ne fais point de mal aux hommes ; je crois à V unité de Dieu; il njr a de Dieu que Dieu : cest lui seul qu il faut adorer. . Cependant on peut dire que l'auteur de l'Apocalypse considère Jésus-Christ ou l'agneau comme une divinité subordonnée et , pour ainsi dire^ créée; car dans cette révélation , Jésus-Christ parle toujours de Dieu comme étant son supérieur, comme étant son Dieu y et comme ayant seul le pouvoir qu'il délègue à son Fils* Quand le prophète Jean voulut se jeter au pied de l'ange pour l'adorer, celui-ci ui dit deux fois : Garde-toi bien de le faire y adore Dieu/ il ne lui dit pas adore Dieu et l'agneau. J'ai dit que l'auteur considère Jésus-Christ comme un être criée ; je me fonde sur ce qu'il dit que Jésus-Christ est le fidèle témoin^ le premier né d^ entre les morts , c'està-dire le premier être créé que Dieu a ressuscité ; et ailleurs voici ce que dit XAmen , le témoin fidèle et véritable y le chef des créatures de Dieu y ou le plus excellent de la création de Dieu , ce qui veut dire clairement que , quelle que fût l'excellence de Christ, il était un être créé(i). En appliquant au Fils de l'homme la description que Daniel fait de l'homme vêtu de lin, il n'en fait qu'un ange.
Tout cela ne s'accorde guère avec le rang supérieur que l'auteur donne à Jésus-Christ dans le ciel, où il est revêtu des mêmes privilèges que Dieu. Il
(i) Voyez page iSa de mon Examen de la doctrine des Ecritures touchant la personne de J. C. Genève, janvier, i83o.
est nommé en même temps que Dieu, comme s'il était son égal ; il partage avec Dieu la puissance , la gloire et la louange; il sonde les reins et les cœurs; il reçoit les hommages de toutes les créatures , même de celles du ciel ; les âmes ressuscitées seront sacrificateurs de Dieu et de Jésus-Christ ; Dieu et l'agneaii sont le temple de la ville céleste; ils l'éclairent Fui» et l'autre; ils sont assis sur le même trône.
Voilà donc un homme, un être créé mis en parai-* lèle avec Dieu. Il paraît que Tauteur de l'Apocalypse savait aussi bien ce qui se passe dans le ciel que sur fet terre.