‹ Eclaircissements sur le cercueil du roi memphite Mycerinus, traduits de l'anglais et accompagnes de notesChapitre 9 sur 12 · M<V£(pT)Ç · texte numérisé non relu

M<V£(pT)Ç

r — - Ai • V. ■*

La lecture des inscriptions hiéroglyphiques donne pour le premier nom Ufo^CjOU*

M. Lcpsius (1), en vertu d'observations qui lui sont propres, attribue constamment au premier caractère employé à la transcription de ce nom la valeur de 3^) ; mais le Uj adopté par Champollion , me parait seul à une égale distance du X d'Hérodote et de Diodore, et du X d’Eralosthène et de Manétbon.

En faisaut abstraction de la valeur toujours équivoque des voyelles, les transcriptions grecques de UJo'X y OTfn’oFrent d'ailleurs aucunes différences essentielles: auC^ égyptien, répondent le ir d'Hérodote, le C de Diodore et le des deux autres historiens : toutes ces lettres sont du même organe; le (s de Xep6r,{ est attiré par le € voisin.

Quant au second nom , les listes d'Eratostliène et de Mauétbon présentent une particularité singulière : c’est la répétition identique du nom précédent. Mais les transcriptions des deux auteurs plus anciens nous font croire à une différence entre les noms du premier et du second roi : nous verrons bientôt, en effet, que, selon toutes les probabilités, le deuxième nom a dû se lircUJ&C^pH , leçon à laquelle correspondent, aussi exactement que possible, le Xtÿpçv d'Hérodote et le Xsffputç de Diodore. Eu laissant de côté les désinences presque toujours données à l’euphonie chez les Grecs, on ne trouve entre ces deux noms d'autre différence que celui du <pau 6. Les transcriptions d’Eratosthène et de Manétbon peuvent aussi , malgré leur ressemblance avec le nom qui précède , se rapporter à la même origine , surtout si l'on fait attention au caractère de scmi-voj elle qu'a presque constamment la lettre p chez les Egyptiens.

La leçon Muxspivoc dans Hérodote est protégée par tous les manuscrits. A la place de Mr/iptvoç, on trouve dans Diodore une variante importante : f*!v %eptvov. Ce qui a empêché qu'on tirât parti de cette leçon , c’est qu'ou n’a pas pu supposer que Diodore eût écrit M«v/«pivo; , au lieu de (vo< : mais voici que les listes de Manétbon

nous offrent la leçon constante McvyépWi presque identique au UcilK&pK des monuments. Diodore, comme Manétbon, parait donc avoir fait usage de transcriptions faites sur les monuments mêmes, lettre pour lettre, et sans égard à la rencontre, ordinairement impossible en grec, de certaines voyelles, telles que le v et le La leçon Moo- ;*pr t ç , dans Eratoslhène, s’éloigne davantage de l’original : la correction Motylpiqç , proposée par Jablouski (Chronol. de Desvignoles, t. 8, p. 7*>2), n’est point admissible. Jablonski suppose qu’à la traduction grecque, répond l'égyptien

AJ-OS-^pK. Mais Jt*01 en égyptien ne signifie pas plu inw, que ^pK ne veut dire soleil, et nous verrons plus bas (2) que c’est à d’autres èl<*mcnts qu’il faut demander compte de U version proposée dans la liste d’Eratosthènc. Les manuscrits du Syncelle n'offrent d’autre variante que la leçon Mooytptc, qui ne vaut pas mieux.

Des difficultés plus graves s’élèvent sur la question de savoir à quelle époque de

(1) y. la lettre de ce «étant ci*eprè«, p. |; ( note a

(t) Vojei p. 45.

l'histoire d’E^jptc on doit placer le roi Myeérinus : uü ne peut , sous ce rapport , résoudre les contradictions des historiens , quVn faisant acception de l'autorité qui appartient à chacun d'eux. Hérodote place les règnes de Chcops, Chcphren et Mycérinus entre celui de Rharopsiuite, prince célèbre par ses immenses richesses, et relu» d'Asychis. O» s'accorde généralement à reconuuitre dans Rhampsinite un des Pharaons de la XIX* ou de la XX* dynastie , princes qui semblent en effet avoir joui paisiblement des richesses accumulées par les conquêtes de leurs prédécesseurs. L’Asychis d'Hérodote , non plus que son successeur Anysis l’aveugle, n’a pas trouvé place jusqu’à ce jour dans les annales régulières de l'Egypte. Mais immédiatement après Anysis, on voit arriver le conquérant éthiopien Sabacon, prince dont les monuments subsistent , et que Mauéthon inscrit en tête de la XXV* dynastie. Si les données fournies par Hérodote étaient exactes , on devrait placer la construction des pyramides entre U FUI* et U XII * siècle avant notre ère : et comme non* connaissons par les monuments, les deux principaux rois de la XXI e , et la plupart des princes de la XXII* dynastie, qui ne sont et ne peuvent être, ni Chéop», ni Chcphren, ni M) cérinus, la place de ces princes devrait être cherchée dans l’espace de 133 ans au plus que comprennent les XXIII* et XXIV e dynasties. Les noms de F etubastès , il' Osorthon , de Fsammu. r, de Bocchoris , attribués par fflanéthon aux rois de cette époque, n’offrent, il faut le dire, aucune analogie avec ceux de Cbéops, de Chéphren et de Mycérrnu». Nous n’avons pus les noms hiéroglyphiques de ces rois cités par Mauéthon ; mais le temps assigne au règne de chacun d'eux paraît avoir été trop court pour des entreprises aussi gigantesques que la construction des pyramides.

Diodure toutefois semble, au premier abord, confirmer le récit d'Hérodote ; mais combien la confusion u'est-elle pas encore plus grande dans le second historien ! Aux deux Séso&tris, reconnus généralement comme des princes de la XVIII* dynastie, nous voyous succéder un tyran Amasis y puis une première conquête éthiopienne sous Actisancs : après quoi les Egyptiens reprennent leur indépendance, et élisent pour roi Mendès ou Marrus , auteur du labyrinthe, auquel succèdent Ce tes ou Protée , Hhemphis , Chembts , Chabryïs , Mcchérinus , Bocchoris et Sabacon , second eonouérnnt éthiopien. On reconnaît là deux versions successive» de la même histoire,

Diodore, 2* version.

ainsi qn’cn pourra convaincre le tableau suivant. Hérodote. Diodore, 1'* version.

Sésoslris. Sésostris 1 .

Pheroo , son fil». Sésostris II.

Protée, »

Khampsimlc. «

Lhéops. **

Chcphren. *

* Cetès ou Protée.

Rhemphis (Nilétis) Chembès.

Chabryïs.

Mycérinus. » Mcchérinm*

Asychis, Amasis, tyran Bocchoris.

Anysis. » "

Sabacon. Actisanès. Sabacon.

(conquête éthiopienne), (conquête éthiopienne). (conquête éthiopienne). Anarchie. Mondes ou Marrua, Anarchie.

Construction du labyrinthe auteur du iabyriuthe. par les 1 U rois. Interrègne . Les 12 rois.

Psammétichus, l’un d'eux, » » Psamractichus.

reste seul souverain.

Si en effet on faisait immédiatement succéder à Scsostris 11 (évidemment le meme que Phéron, fils de Sésostris) , le roi Protée, il y aurait uoe parfaite analogie dans la marche des deux historiens. Diodorc place sous Protée 1a prise de Troie , de même qu’Hérndote ; Rberaphis, comme Rbampsînite , passe pour avoir amassé d’immenses richesses. Les rois, auteurs des trois pyramides, occupent uue place correspondante à celle qu’ils tiennent dans le livre du père de l’histoire. Au lieu d’ Asychis et d’Anysis l’aveugle on voit, il est vrai, paraître Bocchoris; mais, avec l’invasion éthiopienne de Sabacon, le parallélisme recommence. Le songe de Sabacon, sa retraite, l’anarchie qui vient ensuite, les 13 rois, et enfin la restauration de l’ancien trône sous Psammélichus , sont racontés dans Diodorc avec une fidelité qui fait croire que cet historien a en constamment le texte d’Hérodote sous les yeux. La seule différence essentielle, c’est que Diodorr, au lieu de placer Protée immédiatement après le fil* de Sésostris, inscrc entre ces deux règnes des événements et des princes qu’Ilérodote n'a point connus. Ce qui éveille surtout l'attention, c’est la ressemblance de ces événements avec ceux qui suivent presque immédiatement dans la même histoire. Ainsi on ne peut s’empêcher de comparer à A ma si* , tyran cruel , pour être délivrés duquel les Egyptiens appellent le roi d’Ethiopie à leur secours, Bocchoris, dont Us traits étaient repoussants , mais l'dme fécondé en ruses de toute espèce , d’autant pins que chez M&nétbon, ce Bocchoris est brûlé vif par Sabacon, roi d’Ethiopie , ce qui ne s'accorderait guère avec le caractère d’humanité attribué à ce dernier souverain , à la tyrannie de Bocchoris n’avait autorisé un tel supplice. Il est vrai que Diodore place un long intervalle entre Bocchoris et Sabacon (7roXXoîç 2s 6-rtspov ypovoiç, 1. 65). C’est là une erreur de plus qui n’empéche pas que le Bocchoris de Diodore ne soit le même que celui de Manéthon.

Ainsi la conquête de l’Egypte par Àctisanès , roi d’Ethiopie , et celle de la même contrée par Sabacon , me paraissent devoir être considérées comme un seul et même fait, d’autant plus que, ni les autres historiens, ni les monuments surtout , ne connaissent plus d’une conquête éthiopienne. Les faits placés par Hérodote après cette conquête, sont divisés par Diodore entre les deux périodes : Hérodote avait attribué

la construction du labyrinthe aux 12 rois qui précédèrent Psommétichus ; Diodore pla ce le labyrinthe après Actisanès, et les 12 rois après Sabacon. L'anarchie, qui suivit la conquête éthiopienne , figure aussi dans les deux endroits : en un mot , la preuve du double emploi résulte de tous les points du parallèle.

Li conclusion que nous devons tirer de tout ceci, c'est que Diodore, après avoir fait usage d’un récit different de celui d'Hérodote , probablement de celui d’Hécatée d’Abdère, ne s'apercevant pas de la ressemblance fondamentale des événements dans les deux historiens, aura voulu tirer aussi parti des renseignements fournis par Hérodote, et leur aura fait tant bien que mal une place après l'extrait d’Hécatée. Ce procédé sans doute est grossier et indigne de tout écrivain judicieux. Mais Diodore ne saurait aspirer à un tel renom : historien précieux pour nous à cause des emprunts nombreux qu’il a faits à d’autres écrits que nous u’avons plus , il ne mérite du reste aucune confiance, sous le rapport de la critique des sources et de l’appréciation des faits.

Ainsi donc, si nous considérons le récit d’Hécatée et celui d’Hérodote comme représentant la même série d’événements sons des couleurs differentes, le plus grand contraste que ces récits puissent offrir, c'est le silence d’Hécatée sur les auteurs des pyramides. Si Diodore a aussi placé ces princes a une époque comparativement récente, il ne l’a fait qu'en copiant Hérodote, et sou témoignage, qui n’a de valeur qu'autant qu’il reproduit la version d’Hécatée , est ici complètement sans force , puisqu’il ne s’agit que d’un extrait, non d’Hécatéc, mais d’Hérodote.

On a beaucoup cité le canon des rois Thcbains d’Eratosthènc , sans s’iuquiélcr de l’origine et du mérite de ce document. Nous ne pouvons ici nous prononcer sur cette question que d’une manière tout -à-fait concise, et nous devons renvoyer à une autre occasion les développements qui justifient notre manière de voir. Le nom d'Eratostbèue, attribué à ce document, peut-être pour accroître son autorité, ne nous est parvenu que d’une manière médiate ; c’est le Syncclle qni a inséré , dans sa Chronographie , une liste de 58 rois Thébains, empruntée à un certain Apollodore, d’ailleurs inconnu, probablement chrétien , et qui lui-méme prétendait faire usage d’un texte d’Eratosthène. (’.elui-ci, selon cet Apollodore, aurait puisé aux sources égyptiennes, et aurait donné la traduction grecque des noms des rois t (5v yvweiv, fijolv 6 'EpaTOoOtv^ç , XaCwv Aifv- Tctiaxoîç xau ovouaat xatcà irpdçra£tv flflwtXix^v tt, 'EXXaot çaivî) irafé^pacev.

Sync. Chronog.'T. 1, p. 171 • Dindorf ). Eratosthèuc était bibliothécaire do musée d’Alexandrie sous Ptolémée Evergète 1 er ; ses travaux d’astronomie et de géographie sont célèbres : Suidas dit de plus qu’il avait écrit des Histoires ; mais nous ignorons en quoi ces écrits historiques consistaient. Manéthon avait composé son livre par l’ordre de Ptolémée Philadclpbe , prédécesseur d’Evcrgète I* r ; il serait étrange que celui-* t eût demandé un nouveau travail sur cette matière à un Grec , auquel les monuments égyptiens ne pouvaient être accessibles î cette dernière considération rend suspecte l’attribution de la liste des rois Thcbains à Eratosthène.

Mai* quand bien même l’assertion d'Apollodore serait admise , il faudrait encore savoir si le chronologie chrétien uous a donné tout le texte d’Eratosthène , ou s’il n’en a fait qu’un extrait approprié à son système particulier. Dans l’état actuel des choses, et dans l'impossibilité où nous sommes de résoudre de tels problèmes, il ne nous est permis de faire usage de la liste attribuée à Eratoslhènc , qu’a près nous être rendu compte de la manière dont elle a été composée. Pour arriver à ce dernier résultat, si nous comparons la liste d’Eratoslhène à ce qui nous reste des listes de Manéthon, nons acquérons la conviction que les deux séries n’offrent pas entre elles de différences fondamentales ; que leur opposition apparente tient ù ce que Manétbon avait donné le canon complet des rois d’Egypte, tandis qu’Eratostbènc ou plutôt Apollodore n’a rapporté que les principaux de ces rois ; qu’en admettant des intervalles dans la liste d’Eratostbène, les deux séries marchent parallèlement avec toute la régularité désirable ; que par conséquent le titre de rois Thébains donné aux souverains mentionnés par Apollodore n’est point exact , la liste renfermant des rois de toutes les dynasties , depuis la I re jusqu’à la XIII e environ. Voici d’ailleurs quelques exemples du parallélisme d’Eratoslhène et de Manétbon :

Manétbon. I 1. Menés 62 ans. Eratosthènc.

Menés 62

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