‹ Éclairs et tonnerreChapitre 11 sur 63 · FEUX FOLLETS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

FEUX FOLLETS ÉLECTRIQUES

rolamo Leoni de Ceneda ! Une gerbe de feu pareille à la précédente, s'élance du milieu d'une des rues d'un village des environs de Venise, d'une façon aussi imprévue que les flammes de Maffei. Elle plane pendant quelque temps au-dessus de l'endroit où elle a pris naissance. Bientôt elle s'évanouit, comme la lueur azurée de tout à l'heure. Mais cette fois c'est en faisant entendre un bruit épouvantable, qui plonge le bon abbé dans la plus vive terreur.

Pourquoi ne rapprocherions-nous point ces météores des flammes que M. Fouquet a aperçues dans la baie de Sanlorin? Peut-être est-ce la même substance qui descend quelquefois des nuages, et qui vient porter le trouble au milieu de nos demeures.

S'il en est ainsi, pourquoi se disperse-t-elle si aisément quand elle monte vers les régions supérieures ? Pourquoi se contracte-t-elle en boule quand elle s'approche des bas-fonds de l'Océan aérien?

Ne voyons-nous pas la forme sphérique se produire naturellement lorsque de l'huile ou d'autres liquides, incapables de se mélanger avec de l'eau, sont agités en contact avec ce corps. Ne pourrait-on pas dire que les gaz chargés de substances fulgurantes perdent la faculté de se dissoudre dans l'air. Ils se mettent naturelle* ment en boule quand des attractions extérieures les obligent à traverser des couches d'un air pour lequel ils n'ont aucune affinité. N'est-ce point une répulsion analogue qui donne aux comètes leur forme globulaire dans leur voyage au milieu des plages mystérieuses de

cane de nos foudres sphériques ne tombe de l'Océai des inondes, qu'aucun bolide gazeux ne peut échapper, par quelque coïncidence bizarre, à la combustion qui détruit rimmense majorité des substances tirées des carrières inépuisables des cieux par l'insatiable attraction (le notre redoutable sphère? C/est ce que, depuis la publication de notre première édition de cet ouvrage, M. Daubrée se demande dans son mémoire sur les météoristes.

Mais pourquoi suivre péniblement ces analogies mystérieuses? Souvent un globe qui se promenait lentement sur des meules de foin et de paille sans produire le moindre commencement d'incendie, qui touchait le corps d'hommes, de femmes et d'enfants sans leur faire éprouver la moindre sensation de chaleur, éclate en lançant de toutes parts dés serpenteaux incendiaires.

Quand la nue est assez épaisse, assez tenace, peutêtre quand l'air est assez humide, la matière fulgurante l'entraîne quelquefois vers la terre. Ce n'est point un simple globe fulminant qui se précipite vers nous avec fureur: c'est une menaçante colonne qui réunit par un trait d'union effroyable le ciel et la terre. Quelquefois cette colonne marche assez lentement pour qu'un homme à pied puisse la suivre s'il est doué d'un courage suffisant pour ne point s'enfuir. Car ces météores auxquels un souffle fait

perdre terre, ont en eux une puissance incroyable d'intimidation.

La queue de la trombe frappe comme celle d'un immense boa constrictor ! Celle qui ravagea, il y a quelques années, Cortizon, renversa tout un pan des murailles d'Orange: Elle frappa, elle tourbillonna comme une fronde que le bras de Jupiter aurait mise en mouvement. Elle ouvrit avec une force incompréhensible, dans la masse de maçonnerie, une brèche qui avait douze mètres de longueur et cinq de hauteur! D'un coup elle mit en poudre deux cent mille kilogrammes de pierres !

Ces nuages turbulents sont accompagnés de décharges latérales qui auraient dû depuis longtemps mettre les physiciens sur la trace des forces qui les produisent. Cependant c'est seulement depuis la trombe qui dévasta la commune de Chatenay, vers 1840, que Ton commença à croire que Peltier pouvait avoir raison en disant que le tonnerre était certainement pour quelque chose dans l'affaire. Comment douter encore quand on voit que les deux seuls bâtiments écrasés dans cette catastrophe étaient des filatures, garnies d'une multitude de pièces métalliques qui avaient dû surexciter les appétits du tonnerre. Les ouvriers, emportés par le tourbillon et jetés çà et là comme des fétus de paille, ont tous vu surgir autour d'eux de mystérieuses flammes. En outre, à Malaunay, comme à Chatenay, comme à Combaz, comme partout, le tonnerre précède l'explosion des nues. Mais dès que la queue de la trombe

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cesse de se faire entendre. Ou eût dit que Téclair, devenu timide et craintif à son tour, cherchait à se dissimuler, à filtrer en silence ! Qui sait si la nature naturante ne concentre pas ses forces pour faire toucher de près toute sa puissance aux enfants de la terre ?

Quel spectacle, en effet, que cette épouvantable lutte, que ce conflit, que ce choc de deux masses précipitées Tune vers Tautre par deux courants cojitraires! Chargés sans doute d'électricité de même sexe, de même nom, de même nature, ces deux nuages se confondent en une masse unique plus puissante, mais qui ne peut résister à un orage supérieur, et qui est refoulée vers la terre! J'aime à croire que la terre a conspiré avec Forage des hautes régions aspirant la ' vapeur chargée du fluide contraire à celui qui convient à sa nature.

Cette nuée furibonde est comme un trophée céleste tout imprégné de flamme. Avant qu'elle ait touché le sol, on s'aperçoit que la pointe qui la termine est incandescente, tant est puissant l'efl'ort du courant qui jaillit de l'extrémité du cône!

La trombe vient quelquefois d'en bas. Ce ne sont plus des vapeurs qui prolongent la nue, ce sont, au contraire, des tourbillons de poussière qui s'élancent vers les nimbus, avec un efl'rayant mouvement giratoire.

M. Khanikofl', voyageur russe, a aperçu, il y a quelques années, dans les déserts du Kurdistan, un ouragan de ce genre qui semblait monter jusqu'aux nues. Un tourbillon aussi surprenant s'est montré en

Angleten'e vers la fin de juin 1866. Ces étranges colonnes se détachaient comme un tube léger de dentelle noire sur le fond transparent du firmament. L'extrémité inférieure, animée du terrible mouvement rotatoire commun à toutes ces tempêtes, brisait des réservoirs, comblait des trous à fumier, arrachait des moulins et des chaumières. Des foudres sortant à droite et à gauche frappaient à la fois dans tous les sens! Peutêtre ces trombes sont-elles plus souvent qu'on ne le pense associées par couples de deux branches se complétant Tune l'autre. Tune ascendante, l'autre descendante, formant un circuit de deux tempêtes jumelles. Quelquefois, comme dans le grand orage de Malaunay et dans celui de Combazon, les deux branches conjuguées étaient assez vofsines pour être aperçues par les mêmes observateurs. Il peut en être de même des coups de foudre. Quelquefois on peut, comme l'illustre Peltier, voir en même temps deux sillons lumineux sortir parallèlement de terre, et s'élever côte à côte jusqu'aux nues. En même temps, le tonnerre fait entendre des roulements extraordinaires, analogues à la voix rauque de la foudre qui accompagne les trombes. Mais l'aurore boréale accompagne l'aurore australe; les lueurs qui poétisent les cieux de l'Ourse appellent celles qui décorent la Croix du sud; voilà des éclairs qui étendent sur toute la sphère des voiles de lumières ! Pourquoi, lorsque nous ne voyons qu'une branche de la foudre, ne croirions-nous point à l'existence d'une autre cachée au-dessous de l'horizon. Pourquoi certains tonnerres ne régneraient-ils pas sur

touteune vaste province? n'auraient-ils point des branches assez écartées pour enjamber un empire?

L'orage de Chatenay s'arrêta sur un étang où sa fureur sembla s'épuiser, car à partir de ce moment ses mouvements perdirent leur vivacité. Les éclairs qui l'accompagnaient languirent. Tous les poissons de l'étang furent foudroyés, et des centaines d'arbres, couchés les uns à côté des autres, montrèrent la force de la tourmente. Comment ne pas comprendre, en voyant la fureur de la trombe se déchaîner sur un misérable étang, que Teau aiguise les appétits du tonnerre? La facilité si grande avec laquelle elle se prête à tous les mouveinents des fluides, provoque en quelque sorte les tourbillons électriques à se précipiter audessus des mers.

Souvent on voit une pointe de vapeurs sortir des nuages, se diriger vers la surface agitée des océans; c'est, s'il est permis de s'exprimer ainsi, une tentative de trombe non suivie d'exécution. Dès que la colonne de nuages parvient à une certaine distance des flots, il est rare que les flots ne s'insurgent point à leur toui* contre la pesanteur, qu'il ne surgisse point une espèce de protubérance, de mamelon, de promontoire ! Je ne pourrai comparer ces étranges excroissances qu'à celles que l'on observe quand on fait arriver par des pointes

métalliques rélectricité d'une machine au-dessus d'un vase de cuivre rempli d'eau.

Quelquefois les affinités électriques sont si puissantes que la vague se joint aux nuages. Alors un tube immense établit une effrayante communication entre le

Formation d'one trombe marine.

Ciel et rOcéan. La nuée cylindrique que le capitaine Lebrun observa en 1806 n'avait pas moins d'un kilomètre et demi de longueur. Quelquefois ces colonjies effrayantes, dont le chapiteau est la nuée orageuse, se forment au-dessus de masses d'eau d'une étendue limitée.

Dans le cours de Tannée 1741, M. Jalabert vit se former devant lui un trait d'union gigantesque entre la vague courroucée, rageuse, du lac de Genève, et les nimbus qui descendaient du mont Blanc avec fureur; cette lame étrange, semblait avoir l'intention de se lancer dans Tair, en s'insurgeant contre les lois de la pesanteur. Étrange spectacle, d'autant plus étrange qu'à quelques pas de distance l'air était d'un calme parfait! A trois cents pieds de la mystérieuse colonne rien ne venait troubler le repos de Tatmosphère.

Un an plus tard, le même observateur vit surgir encore une fois du lac une masse cylindrique hardie. Aucun nuage ne lui servait de chapiteau, rien ne l'aidait à se soutenir dans l'air. Elle s'avançait fièrement, obéissant à des attractions invisibles. Peut-être faut-il que le tremblant édifice des trombes, vomi par une mer aussi étroite, soit couronné par les nimbus pour acquérir un certain degré de solidité, car on vit disparaître la colonne de Jalabert avant qu'elle pût parvenir à atteindre le rivage contre lequel elle se précipitait avec fureur.

Beaucoup de nuées sont plus robustes. Ainsi, Peltier lui-même vit naître une colonne de vapeur qui, lancée avec force contre une des plages du lac, la couvrit de vagues qu'elle avait entraînées à sa suite.

Le 17 mai 1773, Forster vit la mer bouillonner et blanchir soudainement, à quelque distance du navire à bord duquel il se trouvait en qualité de physicien explorateur. L'expédition, commandée par le capitaine Cook, était alors parvenue dans le détroit de la Princesse-

Charlotte, espèce de golfe ou de bras de mer plus large et plus profond que la rade de Brest, et situé à la pointe nord-est de l'île sud de la Nouvelle-Zélande. Bientôt cette écume blanchâtre se tuméfie; les marins de la Résolution voient sortir une petite colonne d'eau,

TroDvbe de mer.

qui ne tarde pas à se gonfler. La voilà qui s'élève et qui, appelée par une affinité merveilleuse, finit bientôt par rejoindre les nuages. Mais cette union même ne paraît pas suffire pour satisfaire les immenses affinités électriques, les désirs inconnus, les étranges appétits de TOcéan immense! Trois nou-

velles colonnes de dimensions beaucoup plus grandes s'improvisent et se groupent autour de la première. La principale trône à un kilomètre au plus du navire. Elle prend des dimensions fantastiques, celles que Ton voit dans les rêves ou dans les contes des Mille et une Nuits.

Forster, écrivain très-sérieux, très-peu enthousiaste, prétend que le diamètre de cet effrayant monolithe liquide s'élève à 400 pieds. Violemment agitée par les forces inconnues, l'eau soulevée par un mécanisme incompréhensible s'élève en vapeurs tumultueuses, et le soleil ne tarde point à les recouvrir de lugubres teintes jaunes.

En s'approchant de plus près de cet objet effrayant à tant de titres, on ne tarde point à reconnaître qu'il est composé de deux cônes opposés par h pointe, réunis par un étranglement dont le rayon dépasse à peine un pied ! En même temps un torrent d'eau salée monte en suivant une étrange spirale, merveilleuse vis d'Archimède, improvisée dans cet effrayant désordre ! électricité ! n'est-ce point un de tes traits ! ne te reconnaît-on point à ces merveilles que seule tu semblés en état de nous faire admirer?

L'intérieur de cette étrange colonne semble entièrement vide. Nous laisserons à d^autres le soin d'expliquer comment il se fait que l'eau, dont les molécules sont toujours prêtes à glisser sous le moindre souffle, puisse acquérir une sorte de solidité provisoire sous Faction de l'agent qui réduit les rochers en poussière.

Peltier n'a pas recueilli, dans son Traité des trombes^ le récit de moins de 137 phéaomènes distincts, tous authentiques, dus à des marins ou à des hommes dont la bonne foi ne saurait être mise en doute. A chaque pas de ce curieux ouvrage, Télectricité fait briller une multitude de problèmes.

Les circonstances accessoires portent, jusque dans les plus petits détails, ce que nous pourrons appeler le sceau et la marque du fluide merveilleux, de ce protée qui sait prendre tant de formes, et duquel on peut dire qu'il n'est jamais semblable à lui-môme. Tantôt les vagues produisent un sifflement aigu qui déchire Toreille ; tantôt c'est un roulement rauque qui fait entendre un son écrasant de majesté; tantôt un mugissement sourd est accompagné de nuages de poussière, et ces nuages de poussière vont fraterniser avec les nimbus sans que leur pied abandonne la surface de la terre.

Un jour, en naviguant à l'embouchure de la rivière Gambie, le docteur Leymerie voit une colonne de lumière qui s'élance de la mer; elle jette une fauve phosphorescence, et fe Vautour^ son vapeur, semble tracer sur le fleuve une brûlante ornière!

Dix ans après, presque jour pour jour, le capitaine Napier aperçoit dans ces mômes parages une trombe qui se balance à trois encablures de son navire. La mer est en ébullition, et l'eau monte à flots comme si elle glissait le long des ailettes d'une turbine, tournant sur elle-même avec une rapidité qui n'appartient point aux œuvres de nos mécaniciens. En même temps, l'ef-

frayant météore valse avec une rapidité merveilleuse. terreur! voilà que, tourbillonnant sur lui-môme, le valseur fantastique, gigantesque, s*élance à la rencontré du navire.

M. Napier a une inspiration sublime... Il se rappelle qu'il a des pièces d'artillerie à son bord. Il charge, il pointe, il tire. On dirait que la trombe hésite. Le hardi capitaine redouble. Un boulet habilement dirigé attrape la partie effilée, il frappe le nœud vital,' le col allongé qui rattache les vagues aux nuages. Victoire! la cohésion est rompue. La masse est brisée en deux morceaux qui flottent au hasard. Puis... on dirait les deux moitiés d'un serpent qui cherchent à se rejoindre. Ils y parviennent en effet, après quelques tâtonnements effrayants. Mais le charme a disparu, le prodigieux nuage noir, qui cachait presque entièrement la vue du soleil, se résout en déluge!

Le Times^ du \ novembre 4868, contient le récit de deux apparitions du tonnerre en boule qui ont eu lieu dans les mers australes, et qui doivent être rapprochées des phénomènes précédents avec lesquels elles offrent plus d'un rapport.

Le i7 août, vers minuit, une de ces terribles boules fulminantes se précipita sur le schooner Urania^ en faisant entendre une explosion formidahle. Elle semblait amenée par le vent qui soufflait en tempête et venait du sud-ouest. Le matelot qui tenait la barre fut mortellement frappé. Quelques minutes après, il expirait sans avoir pu prononcer une parole. Son cadavre exhala rapidement une odeur si épouvantable de putré-

Marins tirant le canon contre une trombe.

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faclion que Ton fut obligé de le jeter sur-le-champ à la mer.

La lumière produite par l'explosion de cette boule fulminante fut si intense que le cuisinier, qui était dans Fentreponl, couché sur son cadre, vit jaillir au dehors du sabord une vive lumière analogue à celle d'un immense éclair. Au moment où cette boule terrible aborda le navire, toutes les personnes de l'équipage ressentirent une violente commotion indiquant surabondamment la nature électrique de ce terrible phénomène. Le salon fat rempli d'une fumée épaisse et d'une odeur insupportable. Tous les papiers furent noircis, toutes les peintures furent couvertes de suie, comme si le navire avait été enfumé. Le lendemain matin, on trouva sur le pont des substances noirâtres analogues à celles qui tombent de la cheminée d'un bateau à vapeur.

Personne ne peut donner une explication rationnelle, complète, au moins dans l'état actuel de la science, d'un phénomène aussi extraordinaire. Une heure après, un autre vaisseau anglais, le steamer la Lady Young^ qui naviguait dans les mêmes parages, aperçut une autre boule de feu marchant également à sa rencontre.

Le timonier, qui l'aperçut, donna un coup de barre pour l'éviter, comme s'il se fût agi d'un écueil. Soit à cause de cette circonstance, soit à cause du pouvoir mystérieux exercé par le fer, la boule reste à distance. Bientôt elle éclate en faisant entendre un bruit épouvantable et en répandant une lueur immense. Cette Visiteuse mystérieuse ne fit de mal à personne, mais elle répandit dans l'esprit de tous les spectateurs une

invincible terreur. Il faut ajouter que cette apparition eut lieu au milieu des ténèbres d'une nuit sans lune, pendant laquelle le tonnerre se déchaînait avec fureur et les éclairs sillonnaient le ciel dans tous les sens.

Ajoutons que ces apparitions étranges coïncidaient avec la grande éclipse de soleil.

Ce récit, inséré dans les journaux anglais du mois de novembre, appela l'attention du public sur les éclairs en boule. Un correspondant du Daily-New raconta qu'il avait vu un de ces météores de la grosseur de la lune sortir d'un gros nuage noir pendant un orage qui eut lieu à Mayence dans le courant de 1822. En éclatant avec un bruit épouvantable, cette boule infernale mit le feu à une maison qui fut brûlée avec une rapidité prodigieuse. En un instant il ne resta plus que les quatre murs.

M. de Donjal raconta également en cette occasion le récit d'une aventure qui lui arriva au mois de juillet 1830. Ce gentleman se trouvait à bord d'un bateau à vapeur naviguant sur la Clyde, quand un météore éclata à quelque distance, mais sans faire de mal à personne. Peut-être, dans ce cas comme dans le précédent, la masse de fer du navire a-t-elle produit l'effet d'un paratonnerre. Sans doute le danger d'être foudroyé serait nul à bord d'un navire à vapeur en fer, contrairement à ce que l'on pourrait croire au premier abord. Ce n*est donc pas, en y réfléchissant bien, sur le feu du ciel que l'on peut compter pour débarrasser le genre humain des navires de destruction qui courent les mers dans ce siècle de prodigalité guerrière.

Lors de Torage qui éclata sur Paris le 8 avril 4866, la foudre est tombée dans la cour d'une maison située derrière le cimetière Montmartre. Le météore est descendu à terre, suivant le tuyau de décharge des eaux pluviales, comme il arrive presque toujours ; mais par un heureux hasard, ce tube n'aboutissait point directement au sol. Il se rendait dans un réservoir de tôle épais de plus de deux centimètres.

En passant dans ce récipient, la foudre produisit des effets de torsion inexplicables, si Ton ne veut point admettre que la matière fulgurante obéit à un énergique mouvement de rotation. On dirait, en effet, en regardant le dessin que nous avons fait exécuter d'après nature, que le vase de tôle a été roulé en hélice; il semble que les spires ont été imprimées sur le métal par un géant aux doigts de flammes. Les barres elles-mêmes qui retenaient le réservoir dans le mur ont été descellées d'une façon étrange; on les a trouvées renversées les unes à droite, les autres à gauche.

Cette circonstance ayant attiré notre attention, nous nous sommes livré à quelques recherches dans les forêts voisines de Paris pour retrouver, s'il était possible, des traces de torsion dues à l'action de la foudre. Nous avons pu nous convaincre facilement que ce phénomène n'était pas rare, quoiqu'il n'ait point été signalé dans

les auteurs classiques. Nous avons rencontré dans la

Réservoir foudroyé derrière le cimetière Montmartre (1866).

forôt de Saint-Germain, près de TÉtoile du grand

Arbre foudroyé dans la forêt de Saint- Germain.

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