‹ Éclairs et tonnerreChapitre 13 sur 63 · YS · texte numérisé non relu

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dant le mois de septembre 4868. Il vit tomber la foudre à deux ou trois mètres du train, dans la forêt de Fontainebleau. D'après ce qu'il nous a raconté, il aperçut très-nettement comme une sorte de tire-bouchon lumineux très-incliné sur son axe. Il vit une sorte de torrent hélicoïdal, qui tombait avec une énorme cliarté au milieu d'un champ, après avoir plané pendant quelque temps; on eût juré qu'il choisissait le point où il devait frapper la surface de la terre.

Les anciens semblent avoir reconnu que les zigzags de la foudre ne sont produits que par la vue perspective des spirales du tonnerre, car la plupart des foudres que Jupiter tient dans ses mains sont représentées par des faisceaux de spires, repliées plusieurs fois sur ellesmêmes. Mais ce qui ne saurait manquer de soulever définitivement tous ces doutes, c'est que des spirales ceranniques ont été dessinées jusque sur des cadavres. Le Nautical Magazine rapporte qu'un gardien de phare, foudroyé pendant son sommeil, portait une cicatrice taillée en forme de vis d'Archimède. On eût dit la marque d'un fer rouge promené à la surface du corps. Ce fantastique sillon, partant du cou, allait jusqu'à la cuisse, après avoir tracé une sorte de ceinture autour du corps. Dans d'autres cas, où la foudre avait tracé ses spires, le sillon oblique descendait de l'épaule droite et parvenait jusqu'à l'orteil gauche.

Le 24 septembre dernier, un navire qui revenait des grandes Indes aperçut à la fois deux trombes, à l'embouchure du canal d'Irlande. Une de ces trombes, qui passa à deux ou trois cents mètres du navire, éclata de-

vanl les marins stupéfaits. L'autre disparut du côté de TAmérique, et tant que les marins purent la suivre, ils virent une immense colonne d'eau qui continuait de rattacher la terre aux nuages.

Ce n'est point un vent ordinaire, soufflant naïvement droit devant lui, qui donne une impulsion si extravagante au ressac des vagues furieuses! c'est, comme nous avons déjà essayé de le faire comprendre, une force soustraite aux lois de la dynamique ordinaire qui donne rendez-vous à une multitude de lames furibondes! Effrayantes, désordonnées, rageuses, etc., elles arrivent à la fois de tous les points de l'horizon, se brisant l'une contre l'autre, et protégeant par leur multitude même les marins; si la vague ne choquait la vague, chacun de ses coups pourrait défoncer le navire.

Ces gigantesques tempêtes exécutent une danse infernale à la surface des Océans bouleversés. Car c'est en valsant surj elles-mêmes qu'elles s'approchent constamment du pôle de la terre. Heureux devons-nous nous estimer quand elles disparaissent derrière les glaces virginales de la Banquise sans avoir pu toucher nos côtes!

Seules les cataractes électriques du ciel peuventfourn ir la force nécessaire pour conserver unesorle d'individua- Dté à ces prodigieuses masses d'air, pour les remorquer le long de leur oblique trajectoire. Mais une règle fixe domine encore ce désordre affreux, c'est le pouvoir magnétique de la terre. Les forces polaires régnent despotiquement sur ces nuées vertigineuses. Que sont en

effet les tourbillons électriques qu'elles vomissent, devant la merveilleuse effluve aurorale? Ce que le plus mince ruisseau est vîs à vis du fleuve Amazone. N'estce point Tanlagonisme des propriétés électriques des pôles du monde qui explique pourquoi les cyclones du monde boréal semblent suivre le mouvement apparent du soleil, tandis que ceux du monde austral effectuent leur rotation en sens contraire? Cette étonnante inversion que tous les navigateurs ont contemplée avec une Stupéfaction profonde, s'étend-elie aux spirales de la foudre? Tous les tourbillons de matière fulgurante valsent-ils dans le même sens dans leur course échevelée, furibonde? Est-ce une direction rotatoire inverse que prend la foudre ascendante des anciens augures, la branche conjuguée des orages doubles par laquelle le flux électrique remonte de la terre vers les régions supérieures?

Quoi qu'il en soit, aucune étincelle de la foudre ne doit briller à nos yeux sans être orientée, modelée par ce grand régulateur mystérieux, incompréhensible, qu'on nommé le pouvoir magnétique de la terre.

La loi de l'orage dépasse peut-élre l'intelligence des atomes pensants, dont l'ambition est de comprendre l'empire de la nature. Qui sait si les idées que nous trouvons les plus sublimes ne sont point autant de rêves forgés par les tristes génies de nos pauvres fourmilières? Mais ce que l'on ne saurait nier, c'est qu'il y a un ordre supérieur qui règle le déchaînement de la tempête, aussi bien que l'épanouissement de la plus humble fleur. Qu'elles' doivent être sublimes les

harmonies de la nature, qui dominent Touragan et la grande voix du tonnerre ! Mais sont-elles, hélas ! à la portée des Ampère et des Arago, des Hugo et des Bernardin de Saint-Pierre?

Les faits considérés comme les plus extraordinaires seraient reconnus communs et vulgaires, si Ton avait organisé sur des bases suflSsamment larges la police météorologique de nos observatoires. Les foudres globulaires, qui paraissent tout à fait inexplicables, avaient été considérées comme fabuleuses; on osait à peine mentionner leur nom dans les livres élémentaires, comme s'il s'agissait d'une invention ridicule. Voilà que ledocteur Sestier, dans un seul livre sur la Fowrfre, présente cent cinquante observations différentes, auxquelles a donné lieu la foudre globulaire. Encore ces cent cinquante observations ont-elles été recueillies dans une période de temps qui n'excède pas un siècle et demi, et sur une surface qui ne dépasse point un pour cent de Taire totale de la terre.

Prenons comme point de départ les chiffres cités par le docteur Sestier. Tous les trois ou quatre jours, il doit tomber un globe de feu en un point quelconque de la terre, presque toujours dans un lieu inhabité, inaccessible, perdu au milieu des océans ou des glaces polaires.

En se bornant aux faits prouvés par des documents

indiscutables, on arriverait à conclure malgré soi, que ces phénomènes, si longtemps considérés comme apocryphes par nos académies, sont même loin d'être rares.

Tous les deux ou trois jours, les saint Thomas de la science devraient donc crier au miracle, si les journaux ou revues étaient mieux renseignés sur les événements dont notre monde sublunaire est le théâtre.

Mais ce nombre d'apparitions de la foudre globulaire est bien loin de représenter ce qui se passe dans la nature. Qui oserait prétendre que, malgré l'activité et le zèle dont il a fait preuve en recueillant les éléments de son bel ouvrage, le docteur Sestier soit parvenu à recueillir tous les témoignages épars dans les recueils académiques, dans tous les écrits où il a été question de foudre globulaire? Est-il admissible de plus que tous ces météores, même ceux qui sont tombés dans le voisinage des capitales de la civilisation, ont été aperçus par des personnes capables de comprendre l'intérêt du spectacle dont le hasard les faisait jouir ?

Hélas ! bien des siècles s'écouleront encore avant que rinstruction soit assez répandue pour que ces magnifiques phénomènes trouvent toujours un observateur, même en France, en Allemagne ou en Angleterre! En serait-il ainsi, est-ce que les feux du soleil, de l'aurore au couchant, ne suffiraient pas pour éclipser une infinité d'apparitions merveilleuses?

Il est peut-être heureux que la nature dissimule en quelque sorte les coups qu'elle frappe, de manière que

des dangers qu'il Court. Supposons en effet que les orages qui éclatent pendant tout le cours d'une année soient réunis en une seule et même tempête : les plus braves seraient plongés dans une stupéfaction voisine de la frayeur pendant un orage qui, chaque année, durerait environ vingt-quatre heures.

Vainement les statistiques d'Arago et de M. Baudin prouveraient-elles alors que la foudre ne tue pas annuellement plus de 70 à 80 de nos concitoyens. Chacun verrait certainement revenir avec terreur ce jour funeste, terrible, pendant lequel, depuis Dunkerque jusqu'aux Pyrénées, depuis Mulhouse jusqu'au cap Finistère, la France serait enveloppée d'une nuée, épaisse, de laquelle sortiraient sans interruption des tonnerres et des éclairs. Chacun éprouverait sans. doute le sentiment qui animait les Athéniens lorsque le cours de l'année ramenait la fatale aurore où le navire aux voiles noires emportait les proies du Minolaure!

Chaque année la foudre fait 60 à 80 victimes, nombre qui n'a rien d'effrayant, si on le compare au million de cadavres dont s'enrichit chaque année la France d'outre-tombe; beaucoup plus terrible, si l'on songe que la durée moyenne de la période pendant laquelle ont lieu les accidents est d'un jour fractionné par petites parties tout le long âe Tannée. Pendant que l'orage règne, on peut dire que les statistiques ont tort. En ces moments, rares il est vrai, la foudre est devenue en réalité une cause de mort assez active. En effet, si elle éclatait constamment avec la même énergie que pendant les vingt-quatre heures qui lui sont dévolues

chaque année pour la durée totale de ses saturnales, elle frapperait à peu près une armée de trente mille hommes.

Quoi qu'en puissent dire certains optimistes, le risque de mort par fulguration est donc en réalité supérieur à celui que courent les voyageurs en ballon et môme en chemin de fer!

Mais le risque de mort n'est pas le seul dont les hommes cherchent à se garantir. Presque toujours leurs biens leur sont plus chers que leur propre existence, puisque pour conserver ou accroître leur avoir, ils ne craignent point de compromettre leur santé, d'exposer leur vie même. Or, il est certain que les pertes constatées par les compagnies d'assurances ne s'élèvent pas à moins d'une quarantaine de millions seulement pour la France. Il en résulte que, malgré la sublime invention de Franklin, le tonnerre nous coûte plus d'argent que nous n'en dépensons chaque année pour mettre les enfants des pauvres à môme de lire, de compter et d'écrire ! En un mot, nous ne le disons point sans un profond sentiment de tristesse, soixantedix ans après une révolution glorieuse qui avait le bien du peuple pour but, cent ans après l'invention des paratonnerres, la liste civile de la foudre est supérieure à celle de l'instruction primaire!

Ce n'est pas tout. Quelquefois la foudre a allumé des incendies qui ont paru inexplicables, car personne n'a vu passer le rayon brillant, et la voix du tonnerre n'était point assez éclatante pour frapper l'oreille distraite des habitants du voisinage. Plus d'une fois la

vindicte publique poursuit, peut-être à tort, comme incendiaires, les vagabonds, les errants, les malheureux, ceux qui ont trop souvent le droit de maudire le sort que quelquefois ils ne se sont point fait eux-mêmes.

Si notre justice imparfaite est exposée à frapper des vagabonds rendus responsables des œuvres du tonnerre, avons-nous le droit de nous en laver les mains? nullement, quand même nous aurions fait d'incessants efforts pour tirer parti de la sublime invention de Franklin. Mais, hélas ! combien nous sommet loin d'avoir fait honneur à la lettre de change que nos prédécesseurs ont tirée sur nous, lorsqu'ils nous ont légué cette découverte admirable !

Le rôle merveilleux que joue l'électricité atmosphérique dans la vie de la nature a toujours frappé les observateurs dignes d'interroger ses mystères. Tout philosophe qui a pénétré plus loin que le vulgaire dans l'étude de l'économie du monde a compris qu'il était nécessaire qu'un feu subtil purifiât de temps en temps l'atmosphère, dont un nombre infini de miasmes de toute nature altèrent nécessairement la pureté primitive. Mais si le tonnerre doit éclater pour débarrasser l'air, il faut bien que la foudre tombe quelque part. Les forces génératrices ne peuvent s'inquiéter de ce qui arrive à chacun de nous en .particulier. C'est à nous qu'il appartient de pénétrer leurs lois et de nous en

servir à noire profil personnel. Puisque le feu du ciel doit atteindre une surface couverte d'hommes, d'animaux et d'objets combustibles, pourquoi négligeonsnous de lui tracer la voie qu'il doit suivre?

Mais avant de chercher à tracer des voies nouvelles au fluide, commençons par conserver intactes celles que la nature a préparées, et auxquelles nous ne saurions suppléer, quelque énergiques que soient nos efforts. Malgré notre orgueil civilisé, nous devons reconnaître que nos bûcherons ont fait un mal que nos ingénieurs ne sauront jamais réparer, eussent-ils pris à tâche de le faire. Malgré le nombre de tiges de paratonnerreà qui s'élèvent dans tous les départements de l'empire, en vertu des immortels principes de Franklin, le ciel et la terre se sont de plus en plus isolés Tun de l'autre. Les communications électriques sont plus rares et plus difficiles certainement entre les deux réservoirs que du temps où les druides n'avaient pu rêver aux paratonnerres, mais où d'immenses forêts couvraient le sol de la France.

Le nombre des malheureux foudroyés sous les arbres des forêts et des jardins augmente d'année en année ; voilà non-seulement un malheur, mais encore un enseignement terrible.

Les habitants des forêts qui sentent le voisinage d'une éleclricilé bienfaisante embaumer l'air de leurs futaies ne diront jamais que tout était ridicule, chimérique dans l'opinion des païens qui attribuaient un rôle prolecteur aux dryades amies des hommes. Les tiges des peupliers et des chênes peuvent offrir un cer-

tain danger quand une causé mystérieuse agite les lames de feu de Tocéan invisible, et Ton fera sagement de fuir leur abri. Mais ce n'est point une raison pour méconnaître Tutilité de leur rôle protecteur. Que de tonnerres silencieux, que d'éclairs obscurs filtrent par ces charmants rameaux chargés de feuilles gracieuses!

Arbres de nos forêts, vous protégez plus efficacement la fortune et la vie des insensés qui vous dédaignent que les orgueilleuses tiges de fer. Vous écartez les grêles, comme MM. Becquerel père et fils l'ont prouvé par d'admirables travaux. Vous provoquez la formation de l'ozone, principe inconnu, insaisissable, qui semble porter partout la santéj et la vie.

C'est à ces panaches verdoyants, dont une insatiable avidité voudrait priver la France, que l'on doit cette senteur embaumée particulière aux bois, où les fleurs sont le plus rares ! Sous le gracieux abri de leur voûte tremblante, notre cœur, ébranlé par le spectacle des affaires de ce monde, retrouve enfin une douce cour fiance dans l'avenir. Ces tiges menacées rayonnent la paix, l'harmonie et l'amour, quand leurs feuilles dentelées se balancent harmonieusement dans les airs.

Chaque ramuscule laisse échapper un filet de vapeurs impalpables, qui se dispersent, sans que l'on s'en aperçoive, dans les flots de l'Océan aérien, qu'il par-t fume et qu'il épure. La multitude de ces sources innombrables forme un nuage invisible au-dessus duquel Taéronaute ne peut passer sans que son ballon semble entraîné vers la terre par une attraction irrésistible!

Voyez les branches de ce chêne dont nous avons

Arbre électrisé.

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tracé une image imparfaite ! Elles rayonnent la paix et l'amour ses feuilles verdoyantes qui se balancent harmonieusement dans les airs ! En môme temps, par leurs millions de pointes, elles soutirent un million d'atomes de l'électricité des nuages; elles diminuent la fureur de la foudre ! Quelquefois elles semblent couronnées d'une lueur féerique . qui aurait dû depuis longtemps enseigner l'usage auquel elles avaient été destinées par la nature! Arago n'avait point méconnu l'importance de leur rôle protecteur. Il avait compris que la fréquence des grêles, croissant en proportion des progrès des défrichements, indique un trouble profond venant du fait de l'homme, et que Thomme doit réparer! Il avait donc proposé de soutirer Télectricité des nuages par une série de ballons armés d'une pointe de fer, espèce de paratonnerres ancrés au milieu de l'atmosphère, retenus par des cordes dans lesquelles se trouverait une âme de cuivre, et qui aurait conduit à terre le feu arraché aux célestes vapeurs! Désarmés, les plus gros nuages auraient cessé d'élaborer ces grêles furibondes; ils n^auraient plus eu la puissance de planer comme une menace sombre sur la tête des cultivateurs !

Mais les principes de physique suffisent pour dissiper ces beaux rêves ; ils montrent que chacun de ces ballons ne pourrait efiScacement protégeir qu'un carré de cent hectares : même en supposant que chacun d'eux pût s'élever deux fois plus haut que lé captif de M. Giffard, sa tige orgueilleuse ne mettrait encore qu'un imperceptible canton, noyé dans Timmensité dé

la surface de la France, à l'abri des grêles et des foudres. Quel budget pourrait supporter la dépense suffisante pour entretenir le demi-million de ballons nécessaires pour garantir cinq cent mille kilomètres carrés dont se compose notre territoire? Que de frais pour réparer les enveloppes, pour pourvoir à la transpiration insensible provenant de la déperdition du gaz ? Du reste, est-ce que le plus souvent, couchés par le vent d'orage, les ballons ne seraient point hors d'état d'agir, frappés d'impuissance précisément au moment où l'on espérait en tirer quelque service sérieux?

Pour combattre efficacement la nature, ce qu'il faut évidemment faire, c'est d'avoir recours à la nature elle-même, c'est d'employer contre ces forces qui agissent sans frais, sans secours extérieurs, d'autres forces qui agissent aussi d'elles-mêmes!

Excellents pour garantir, dans certains cas, quelques points choisis, comme Tenceinte d'une capitale encombrée d'hommes, de monuments, de matières combustibles, les paratonnerres deviennent promptement insuffisants quand il s'agit de garantir un pays tout entier contre les suites de la dévastation désordonnée des générations ignorantes.

Si nous ne sommes pas fatigués de voir nos cultivateurs ruinés par de terribles orages, si nous ne reculons pas devant l'exemple de la décadence des Romains, châtiés par l'invasion, parce qu'ils avaient méprisé les lois de la production naturelle, portons hardiment la cognée sur nos dernières futaies. Au contraire, si IMiisloire nous a rendus plus sages, que

Paragrèle.

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