LA PHARSALE ET LA FOUDRE
trouvera un autre César capable de fonder un autre empire! Commode, Néron, Domitien, tous ces monstres vont être écrasés à la fois.
Le ciel est écrase de vapeurs accablantes, Sous le poids du nuage il ne peut résister ; La vague redressant ses crêtes turbulentes, Va lécher le nimbus qui parait hésiter.
Nous renonçons à suivre le poëte dans la description qu'il donne de cet affreux mélange des nuages et des vagues. Il en est de même des présages qui accablent les Pompéiens d'Afrique avant Tarrivée de César. On comprend combien ils devaient être supérieurs à leurs contemporains qui croyaient aux augures, ces héros que tant de signes funestes n'ont point ébranlés. Qui sait-même si aujourd'hui, malgré les progrès des sciences, nous saurions tous les regarder sans frémir?
Terminons cette trop courte analyse en citant la description que Lucain donne du tertre que la foudre de Jupiter vient de visiter, de ce gazon qui cache les restes du grand Pompée. Lucain ne veut point que Ton trouble cette humble tombe rustique. Il s'écrie, pour protéger le vaincu de Pharsale contre de brillantes funérailles :
<t Ta gloire souffrirait d'un éclat ridicule, tt Et Ton t'insulterait, en ornant ton cercueil. « Car en cachant tes os, cet humble monticule • (( A sauvé ta fortune et vengé ton orgueil ! a Ce vil rocher, battu par le flot de Libye, « Est plus sacré déjà que l'autel du vainqueur. « Le Romain qui refuse au tyran d'Italie
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« Et la pourpre et Tencens, et son bras et son cœur, « Sur ce gazon flétri gloriOe ta mémoire ; tt Car un foudre y tomba, tout éclatant de gloire, « Ainsi que toi, laissant un peu de cendre noire.
LE COUP DE FOUDRE DE L'ÉGLISE D'ANTRASiE
Dans le courant de juin 1752 la foudre frappa l'église d'Antrasme. Elle descendit du clocher en suivant une route tortueuse et pénétra dans la nef, où elle produisit une foule de dégâts. Elle fondit les dorures des cadres des tableaux qui décoraient le sanctuaire, elle noircit le contour des niches à saints, elle grilla les burettes d'étain qui étaient rangées dans une des armoires de la sacristie, enfin elle sortit par deux trous ronds tellement réguliers qu'ils semblaient percés avec une tarière dans le fond d'une chapelle latérale. Le curé s'empressa de faire disparaître les traces du sinistre : on redora les cadres, on blanchit le contour des niches à saints, on acheta d'autres burettes d'étain, enfin, l'on boucha les deux trous ronds de la chapelle.
Mais le 20 juin 1764, douze ans après, presque jour pour jour, la foudre vint de nouveau visiter la même église, elle frappa le même clocher, elle pénétra une seconde fois dans le môme sanctuaire de la même manière en suivant religieusement les traces de son premier passage, détruisant tout ce qui avait été fait
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pour réparer les dégâts commis dans sa visite précédente.
Les cadres des tableaux de sainteté furent une seconde fois dédorés, le tour des niches à saints fut noirci de nouveau, les burettes d'étain furent grillées de rechef, les deux trous ronds de la chapelle furent encore une fois débouchés.
Cette observation suffirait à elle seule pour montrer que l'électricité n'a point de caprices, qu'elle obéit fidèlement à des attractions inévitables, en un mot qu'elle est l'esclave des objets près desquels elle passe. Ne serait-il point absurde de prétendre que la rapidité fantastique de son passage peut l'affranchir de toute concession avec les choses d'ici-bas? Car il y a des milliards de chances à parier contre une que ce n'est point le hasard qui lui a fait suivre à deux reprises une route aussi compliquée.
Si la foudre tombe sur un point déterminé, c'est qu'il existe une affinité naturelle entre le feu du ciel et les matières qui composent l'édifice, le sol et même le sous-sol. Ce qu'il faut faire pour empêcher le retour de catastrophes bien autrement terribles que le coup de foudre de l'église d'Antrasme, c'est, dans le cas où Ton ne serait point libre d'éloigner les substances douées d'une attraction dangereuse, de tracer à la foudre la route qu'elle doit suivre.
Quelque temps après le second accident se répandit fusage du paratonnerre que venait d'inventer un savant étranger, un des insurgés républicains de la Nouvelle-Angleterre. Malgré la répugnance de certains
ecclésiastiques à accepter les innovations qui diminuent Tintervention merveilleuse de TÊtre suprême dans les affaires de ce monde, on mit Téglise d'Antrasme sous la protection d'une tige de fer. Désarmée d'une façon merveilleuse, la foudre n'a plus touché ni aux cadres, ni aux niches, ni aux burettes. Les trous de la chapelle sont restés bouchés depuis 1764; ils le sont sans doute pour toujours.