UN BATON PEUT-IL PROVOQUER LA CHUTE OU TONNERRE
Le 3 septembre 1789, la foudre frappa un homme qui s'était réfugié sous un des chênes du parc d'un comte d'Aylesford. En relevant le cadavre, on trouva le sol percé d'un trou large et profond, revêtu d'une vitrification pareille à celle des fulgurites, placé dans l'axe du bâton que la victime tenait à la main quand elle reçut le coup fatal. Mais la facilité avec laquelle la foudre franchit les distances nous est si. familière, que nous n'avons pas besoin d'admettre qu'elle ait eu la singulière fantaisie de suivre un corps aussi peu con-
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ducteur qu'un morceau de bois. De môme qu'elle avait abandonné l'arbre pour se précipiter sur l'homme, elle a dû lâcher l'homme pour se précipiter sur le jnorceau de fer qui, suivant toute probabilité, terminait le bout destiné à s'appuyer sur terre.
Qui sait si ce n'est point à cette circonstance que l'accident est dû? Car on a vu des paysans foudroyés, parce qu'ils portaient des sabots cerclés avec un bout de tôle.
Les journaux ont raconté, au mois d'août 4868, qu'un gendarme avait vu ses bottes mises en pièces par un orage. Quel sacrilège ! les bottes ne sont-elles point au gendarme ce que le Saint-Sacrement est à l'Église! Que de gens trop économes ont été punis de leur parcimonie, frappés pour avoir mis de trop gros clous à leurs souliers, comme d'autres l'ont été pour avoir porté avec trop d'ostentation des galons d'or, ou avec trop d'avarice des bourses bien garnies! Tant de tonnerrets éclatant au ciel, qu'il y a évidemment des foudres pour tout le monde!
Au mois de septembre 1865, le Phare de la Loire ûous apprend qu'un bûcheron va chercher un abri sous un arbre,, portant sa hache sur son épaule. A peine a-t-il pénétré sous l'ombre, qu'une foudre éclate et le tue. S'il avait eu l'idée bien simple de placer à terre le morceau de fer, qu'il devait trouver pourtant assez lourd, entre l'arbre et lui, ce qui fit sa perte faisait son salut. Ainsi va le monde !
Est-il possible, comme je l'ai lu dans je ne sais.quelle feuille, que la foudre soit tombée sur le bâton qu'un
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homme tenait en main, sans lui faire le moindre mal? . Le fluide avait passé si près de son visage qu'il avait senti comme un souffle provenant du frôlement de la matière fulgurante ; il avait vu comme un voile de lumière s'agitant devant ses yeux.
Ces phénomènes merveilleux peuvent-ils être rejetés, quelque extraordinaires qu'ils paraissent? Évidemment non, si nous pensons que le bâton fut conducteur et que la peau de Thomme ne le fut pas. Disons que le héros de cette étrange aventure portait une canne à épée et des gants : le phénomène serait certainement moins invraisemblable. Mais en fut-il ainsi? Je ne sais, puisque Thisloire se tait. Cependant il n'est guère raisonnable de s'étonner que ces détails ne nous soient pas parvenus. Notre incrédulité n'offre aucun dan-^ ger pour la liberté ou pour la bourse du foudroyé; mais les cannes à épée sont strictement prohibées ; or, je ne crois pas que Ton trouve beaucoup de tribunaux disposés à voir une circonstance atténuante dans la chute de la foudre. Le procureur impérial trouverait difficilement que le malheureux a été assez puni par la . peur qu'a dû lui faire éprouver, quelque brave qu'il pût être, le passage du météore.