‹ Éclairs et tonnerreChapitre 26 sur 63 · LE TONNERRE PEUT-IL FONDRE UN VERRE DE CRISTAL SANS LE ROMPRE · texte numérisé non relu

LE TONNERRE PEUT-IL FONDRE UN VERRE DE CRISTAL SANS LE ROMPRE

Boyle, illustre chimiste trop oublié dans ces derniers siècles, a décrit un accident qui semble singulièrement

VERRE FONDU PAR LE TONNERRE. f67

contredire les idées que nous devons nous faire de la nature du verre. Deux grandes coupes en cristal sculptées avec soin et incrustées de substances précieuses, étaient placées Tune à côté de Tautre sur une table somptueuse; elles faisaient Tornement d'une riche salle à manger. La foudre eut la fantaisie de venir visiter cette opulente demeure. On retrouva les verres à là place qu'ils occupaient avant l'explosion, et Ton put croire au premier abord que la foudre les avait dédaignés. Mais on rie tarda point à s'apercevoir avec une vive surprise que l'un et l'autre avaient été soumis sur place à l'action d'un feu ardent qui les avait fondus sans les faire éclater ! L'un d'eux avait été si fortement déformé qu'il se tenait avec peine en équilibre sur sa base.

Étrange merveille! direz-vous, si vous connaissez la, délicatesse avec laquelle il faut traiter le verre pour changer sa forme sans la rompre.

Par quel miracle ces deux vases ont-ils pu supporter sans la moindre précaution, une chaleur qui aurait été dangereuse peut-être dans un four à réchauffer, puisqu'elle a été suffisante pour les fondre à l'air libre? Comment ces vases d'élection sont- ils restés entiers après avoir résisté au pas3age de la foudre, qui est plus impatiente de contradiction que le plus volontaire sultan du monde, et qui fait voler en éclats tout ce qui ne lui livre pas sur l'heure un facile passage?

Deux effets qui paraissent également opposés aux nolions admises, s'expliquent complètement l'un par l'autre. On dirait que certaines contradictions sont de

, nature à s'éclairer mutuellement. Il y a dans ces cas extraordinaires comme une espèce d'interférence inverse à celle de la lumière, car elle fait que de la clarté glut résulter, dans des circonstances particulières, de la superposition de ténèbres ajoutées à d'autres ténèbres.

Les deux objets de cette étonnante observation avaient été fabriqués avec un cristal riche en plomb et par conséquent assez fortement conducteur; ils ont donc eu très-légitimement le droit physique d'attirer la matière fulgurante qui passait dans le voisinage. Cependant ils n'étaient pas d'une conductibilité assez parfaite pour que le passage d'une masse notable de fluide pût avoir lieu sans dégager une quantité de chaleur suffisante pour les amollir. Les feux qui volatilisent du plonib^ du fer, du cuivre môme, sont bien susceptibles, on. l'avouera, de liquéfier du verre de constitution peu réfractaire. Cette chaleur, qu'on ne perde pas de vue la circonstance étrange ! est développée dans l'intérieur même de la matière; elle ne vient pas du dehors, comme celle que nous produisons par nos procédés vulgaires. En effet, l'électricité chauffé les objets à sa manière, d'une façon en quelque sorte inimitable. Les diverses moléaules sont portées individuellement et au môme instant physique à une température qui, quelque élevée qu'elle soit, est partout identique. Il en résulte qu'aucun défaut d'homogénéité, dans la répartition de la chaleur, ne peut produire de secousse de nature à rompre la cohésion de la matière.

Un veFre qui n'aurait pu contenir quelques gouttes

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