LA POUDRE ET LA FOUDRE
Nous pourrions citer beaucoup d'exemples qui nous montreraient que souvent la foudre semble dédaigner la poudre. L'éclair passe avec tant de légèreté, tant de rapidité, qu'il ne prend pas le temps de donner naissance à l'explosion. Cependant nous aurions grandement tort de conclure de cette circonstance que la poudre doive être considérée comme un objet inerte au point de vue électrique, incapable d'agir sur la matière fulgurante. En effet, la foudre va quelquefois chercher 1^ poudre dans des réduits où les hommes, si empressés, hélas! à s'en servir, ignorent eux-mêmes jusqu'à sa présence.
Ainsi on nous a raconté qu'un jour le feu du ciel révéla bruyamment la présence d'une poudrière oubliée à des Musulmans qui ronflaient insoucieux sur ce trésor. Le réveil, il est vrai, fut terrible, car la majeure partie des dormeurs ne purent se rendre compte de ce qui avait interrompu leur sommeil que dans le paradis de Mahomet. Si l'on ne savait par la chimie que la poudre est composée avec le charbon, substance éminemment conductrice, l'électricité atmosphérique se char-
gérait de nous l'apprendre ! En effet , si • quelque matière amie de là foudre n'entrait dans la composition du petit tonnerre des hommes, l'on ne pourrait com-. prendre comment il se fait que l'infernal mélange produise tant d'accidents, qu'il sache si facilement soutirer l'électricité des nuages!!
Quelques jours après le coup de foudre du 5 juillet 4862, qui frappa le magasin de Béthune, quoiqu'il fût pourvu d'un paratonnerre en bon état, le ministre de la guerre demanda des instructions à l'Académie des sciences, qui mit cinq ans à délibérer avant de faire connaître son opinion.
Dans notre première édition des Éclairs et Tonnerre, nous avons protesté contre ce long silence, que la commission académique a rompu pour demander un supplément dans le nombre des paratonnerres. Aimez-vous les paratonnerres? vous serez contents, car on en amis partout!
Nous serions tentés de croire que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de fractionner les dépôts de poudre^ car l'on sait que les substances de conductibilité médiocre finissent par l'emporter sur l'or et sur le cuivre, quand leur masse est suffisante. Les tonnes aveuglément accumulées dans les arsenaux produisent un effet analogue aux quintaux de fer réunis dans les boutiques des maréchaux et des forgerons, qui ont tant de fois à se reprocher la chute de la foudre. Si le feu du ciel se précipite tant de fois sur nos poudrières, c'est que le contenu des magasins est complice le plus souvent du sinistre.. Les souverains qui veulent que