LES ORAGES ET LES CLOCHES
fluences; les esprits tentateurs, les tourbillons, les coups de foudre et de tonnerre ! Qu'elles dissipent les embûches de notre ennemi, le fracas de la grêle, les tourbillons, les ouragans et les tempêtes ! »
. Yoilà quelles sont à peu près les paroles dont on se sert encore de nos jours dans les cérémonies du baptême des cloches de nos églises.
Vainement plusieurs évêques ont protesté contre cette pratique superstitieuse par de beaux mandements que probablement beaucoup de leurs successeurs n'oseraient renouveler en notre siècle de lumières. Vainement, dans le courant de Tannée 1747, l'Académie des sciences de Paris déclara que ceux qui s'avisaient de sonner les cloches en temps d'orage s'exposaient au danger d'être foudroyés à mort. Ces pratiques superstitieuses ont bravé, comme tant d'autres encore plus funestes à l'humanité, le progrès des lumières.
Toutes les fois qu'on a recours au tocsin pour proléger un canton contre la foudre, on acquiert le droit de dirç que c'est à ce bruit incommode que l'on doit le salut du pays, s'il arrive qu'elle ne tombe pas dans le voisinage. Oa peut même ajouter, si la foudre tombe par hasard, que les sacristains n'ont pas sonné assez fort. Qui sait s'il ne reste pas encore la ressource de prétendre, en désespoir de cause miraculeuse, que le sinistre aurait été incomparablement plus terrible sans le pouvoir magique des cloches mises en branle? Mais cette fois le bronze sacré n'a pu tout faire! L'abbé Thiers se garde bien défaire figurer remploi
des cloches, dans son Traité des superstitions ^ qu'il publiait il y a environ un siècle.
CoUin de Plancy, qui écrivit sur le même sujet il n'y a pas cinquante ans, ne se montre pas plus hardi.
Aucun des collaborateurs de X Encyclopédie catholique de Tabbé Migne ne prend parti pour les évoques courageux qui s'élèvent contre une superstition plus dangereuse encpre qu'elle n'est ridicule.
Bayle, peu crédule cependant, n'osa point mettre en doute un fait triomphalement établi par un nombre immense de témoignages de toute nature. Il se borna à chercher une explication qui nous fait regretter, hélas! la foi naïve du charbonnier.
En effet, le célèbre sceptique expose assez péniblement que le tonnerre est produit par la chute des nuages de l'étage supérieur se précipitant sur les nimbus qui planent dans les régions plus voisines de nous. C'est ainsi, dit-il, que les neiges et les glaces qui couronnent les Alpes roulent dans le fond des vallées, dont les gorges se remplissent alors de bruits rauques et sauvages.
En partant de pareils principes, il était difficile d'arriver à une explication rationnelle; après avoir essayé de donner une tournure philosophique à ces pensées bizarres, Bayle ajoute que les cloches délivrent du danger des orages, parce qu'elles facilitent la dissolution des nuages indispensables à la production du tonnerre. Le misérable mouvement imprimé au moyen d'une corde à quelques kilogrammes de bronze lui suffit pour expliquer la dissolution de nuages situés à plusieurs