‹ Éclairs et tonnerreChapitre 35 sur 63 · LA POUDRE ET LES BOUSSOLES. 48S · texte numérisé non relu

LA POUDRE ET LES BOUSSOLES. 48S

marchand de Wakefield eût peut-être exposé sa vie en ne gardant pas le silence.

Si le pouvoir magnétisant du tonnerre produit des effets merveilleux à terre, quelle influence étrange ne doit-il point avoir sur les destinées des navires? Car les moindres fluctuations, les moindres filets de foudre qui glissent ignorés dans les airs agissent sur la frêle aiguille de la boussole délicate qui oscille dans rhabitacle» sur laquelle le pilote doit garder ses yeux attachés nuit et jour.

L'on reconnut, en 1748, le même fait à la suite d*un coup de foudre qui atteignit le Dover. Beaucoup de pièces de fer restant dans Tameublement du navire avaient été traitées comme les outils du savetier, comme la pacotille du marchand de Wakefield, comme les aiguilles que nous avons tenues entre les mains.

Lorsque le paquebot le New-York arriva à Liverpool. après les deux coups de foudre qui ont rendu son nonl célèbre dans les annales de la physique, on trouva une foule d'objets revêtus de puissance attractive ; les clous des cloisons et des panneaux brisés, les ferrures des mâts tombées sur le pont, les couteaux et les fourchettes qui étaient dans la soute aux biscuits, enfin les pointes d'acier des instruments de mathématique, tout cela avait été aimanté.

Ce n'était peut-être pas que le pouvoir magnétique fût développé avec une énergie beaucoup plus grande que dans maintes occasions où elle n'a point été notée. Mais à bord se trouvait le fameux capitaine Scoresby,

obseiratenr très-distingué, qui ne négligea pas une si belle occasion d'interroger la nature.

Les aimantations développées par la sidération d'un navire peuvent pervertir les indications de tous les instruments sur lesquels comptent les navigateurs.

Quand il arrive qu'un coup de foudre aimante les diverses pièces en acier d'un chronomètre, le magnétisme terrestre agit directement sur la marche de l'appareil ; il produit des frottements qui causent dans l'heure des altérations dont il serait injuste d'ac* cuser le constructeur. Gonmie les forces mises en jeu sont excessivement faibles, la petite attraction exercée par les pôles de la terre sur les petits aimants qui viennent d'être improvisés, modifie la vitesse de rotation des aiguilles. Ainsi les chronomètres du paquebot le New- York étaient en avance de 34 minutes sur le temps qu'ils devaient marquer, quand le navire revint à son port d'attache quelques mois après son départ.

Dans la nuit du 21 au22 février 1812, la foudre tomba à bord du vaisseau leGolymin, et blessa un M. Rihouet. Toutes les pièces en acier d'une montre à répétition qui se trouvait suspendue près de sa tête, furent si fortement aimantées que le magnétisme développé en moins d'une seconde dura pendant vingt-sept années consécutives!

Les personnel qui savent que les chronomètres sont destinés à prendre la longitude du navire ne seront pas étonnées d'apprendre, après ces faits merveilleux, que le magnétisme émanant d'anciens coups de foudre ait

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