LA FOUDRE ET LES BOUSSQLES
pu entrer comme facteur efficace dans une multitude de naufragés!
On se demandera sans doute de plus si ce danger ne mérite point d'être pris au sérieux ; s'il ne serait point sage de bannir tout à fait le fer ou Tacierdela construction de machines aussi délicates qu'indispensables au salut du navire. Peut-être cette précaution contre la sidération ûiériterait-elle d'être ajoutée à celles si multiples déjà que l'on prend pour amener la parfaite régularité de la marche des montres marines à la mer?
Longtemps on a mis sur le compte de la crédulité dès marins les histoires qui couraient dans les ports à propos de navires dont la boussole avait été faussée sans raison visible. Mais comme Tàiguille est taillée dan^ une feuille d'acier fortement trempée, nul ne niera qu'elle se trouve dans les meilleures conditions que Ton puisse imaginer pour garder longtemps les dispositions dues au passage d'un courant atmosphérique. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour comprendre qu'il peut arriver que le magnétisme ait été annulé ou diminué, ou renversé, de telle sorte que le pôle boréal soit venu prendre la direction opposée à sa station ordinaire.
Arago raconte deux événements tragiques qui ont eu pour cause unique un simple changement de sens. Le premier coûta des avaries graves au navire de guerre français la Baleine, qu'Arago lui-même vit entrer tout désemparé dans la rade de Palma. Le second, qui produisit des effets beaucoup plus funestes encore, occasionna la perte complète d'un bâtiment génois qui vint
se briser sur la côte barbaresque, à qnelqaes milles d'Alger. On apprit par les marins échappés au naufrage que, trompé par la position anormale prise par sa boussole, le capitaine croyait faire voile vers le Nord tandis qu'il se précipitait sur les rocs inhospitaliers qui bordent la côte habitée où régnait la milice des janissaires.
Le même phénomène se produisit à bord du navire t'Aibermale^ qui se trouvait à une centaine de lieues du cap Cod, quand il fut frappé, dans le courant de juillet 1681, d'un coup de foudre assez violent. En effet, il en résulta de graves dégâts dans les mâts, dans les voiles et même dans la coque. Heureusement la nuit était claire et pennit aux marins de regarder les étoiles. Ils constatèrent bientôt que deux de leurs trois boussoles avaient été renversées, et l'accident n'eut pas d'autres suites.
Le navire le Dover, dont nous avons déjà parlé, fut moins bien traité, car le magnétisme de ses quatre boussoles fut renversé dans le coup de foudre du 9 janvier 1748. Heureusement les marins de l'équipage reconnurent également leur erreur.
Quelquefois il arrive que la force du coup de foudre est juste assez grande pour produire une pondération merveilleuse. Alors le magnétisme des aiguilles se trouve radicalement annulé, et elles ne valent pas mieux qn'un morceau de fer ordinaire.
Ce phénomène bizarre fut constaté sur plusieurs des boussoles que le paquebot le New-York avait à son bord. Presque toutes avaient été rendues folles sur leur