LA FOUDRE ÇT LA PHILOSOPHIE ANTIQUE
Le moindre fragment de la statue de Jupiter Olympien suffirait pour déceler le ciseau de Phidias, car le génie créateur s'imprime d'une façon pour ainsi dire indélébile sur chacune des parties du marbre qu'il taille. Pourquoi le^ physicien confondrait-il avec des conceptions vulgaires les débris des théories antiques qui lui sont parvenues à travers les siècles? Est-ce que le marbre serait mieux traité par l'esprit d'analyse que Tesprit lui-même?
Tâchons donc de dépouiller les opinions des grands philosophes de cette rouille que les âges de troubles et d'épreuves ont accumulée, et qui nous empêche de contempler leur grandeur. N'imitons point l'indifférence de ceux qui traitent les croyances des instituteurs de l'humanité comme des rêve^ sans conséquence, et qui les condamnent, telles qu'elles nous sont parvenues après avoir traversé une période d'ignorance. Ne nous privons point volontairement d'Une multitude de lumières inestimables. Qui sait si sous ces ruines nous ne retrouverons pas Tétincelle qui bfùle encoi*e !
Nous ne sommes guère moins embat'rassés (JUe les anciens lorsque nous voulons doiiner une théorie des beaux phénomènes de la foudre. En effet, il ne suffit • pas d'invoquer les vibrations de l'éthet* des physiciens» cette substance qui agit peut-être sur la tnàtière comme l'eau d'un océan sur les corps qui y sont plongés; il faut admettre qu'une espèce de fluide universel est susceptible de se trouver associée à la matière pesante, qu'il peut s'accumuler, se raréfier, se concéiltrërj dis^ paraître avec une facilité merveilleuse;
Quelque nom qu on lui donne, ce fluide universel pourra être invoqué comme semblable à Tesprit de la nature, ce principe insaisissable et terrible, ce feu subtil qui, suivant Gœthe, monte et descend, va et vient, se montre et disparait! Si cet élément merveilleux ne laissait quelques traces de son passage, nous nous demanderions, quand nous croyons le voir briller, si nous ne sommes point des rêveurs, des visionnaires. On dirait qu'il appartient à un monde presque immortel, qu'il sert de transition entre la substance sensible et la vérité intelligible. Par lui-même il n'est rien ; mais en s'appuyant sur les atomes, il arrive à se manifester à nos sens et à toucher notre raison. N'est-il point caché dans ces manifestations surprenantes, dans ce magnétisme universel qu'a célébré Kircher, et que les mondes recueillent en errant le long de leurs orbes dans l'immense océan planétaire.
De Saussure, Becquerel et une foule d'observateurs ont lancé vers le ciel des flèches, comme la tradition prétend que les Thraces et les Hyperboréens avaient l'habitude de le faire. Mais les projectiles des savants modernes étaient munis d'un fil conducteur qui les rattachait à un électromètre. Les feuilles d'or renfermées dans la case de verre ont toujours manifesté paisiblement un écart susceptible d'être gradué qui a trahi l'état électrique de Pair, et qui a enrichi
la science d'un fait de la plus haute importance. Au contraire, la tentative inutile des anciçns doit être rangée à côté des blasphèmes d'Ajax, fils d'Oïlée, reléguée parmi les pratiques inutiles et superstitieuses.
Les observations faites dans les ascensions aérostatiques n*ont pas produit des résultats moins décisifs. Cependant ce n'est point seulement dans les régions inférieures que le feu céleste se trouve répandu; car il n'a pas besoin, comme la vapeur d'eau, que la chaleur lui donne des ailes !
Pendant longtemps on a pu railler les opinions du Stagyrite, qui croyait que la terre est enveloppée du feu éternel, du plus pur des quatre éléments, du seul qui soit incorruptible. Mais une couche épaisse, active, un fluide, la substance ignée par excellence, semble inonder les régions supérieures; une force immense paraît régner aux limites de notre atmosphère comme Aristote renseignait à ses élèves deux mille ans avant le jour où Ton devait tirer du verre la première étincelle qui permit de lutter avec les foudres de Jupiter.
De son côté, la terre est imprégnée d'un fluide également énergique, frère ou plutôt ennemi irréconciliable du premier, comme Ormuzd Tétait d'Ahrimane. Contraire dans ses propriétés à celui qui règne dans la haute atmosphère, il semble profiter des brouillards pour sortir du sol et s'élancer dans les airs. Ses manifestations sont multiples, puissantes, de sorte qu'il parait digne de se mesurer avec son éternel adversaire.
Les anciens sages avaient également reconnu l'impossibilité de rattacher à un principe unique la nature
transcendante de leurs dieux créateurs. Ils les partageaient en deux personnes indissolublement attachées Tune à l'autre, cependant essentiellement distinctes. Pourquoi ne point faire pour l'électricilé ce que l'on a fait pour les dieux hommes-femmes de Tlnde?
Nous admettrons donc hardiment, avec Peltier, un des plus célèbres physiciens de ce siècle, que deux substances impondérables quand elles sont unies, douées d'un poids énorme quand elles sont isolées, se partagent l'empire du monde.
Si l'on veut nous permettre cette métaphore, nous ajouterons que c'est le principe femelle qui imprégnerait Gérés, Téternelle épouse de Chronos. Au contraire, les énergies masculines portées sur l'aile des zéphirs rempliraient le réservoir supérieur. Comme l'enseignaient les brahmines, les êtres vivants seraient produits par les noces éternelles du ciel et de la terre*
L^aurore australe nous semblera briller d'une grâce toute féminine; mais nous dirons que les couleurs qui décorent les nuits du pôle boréal ont quelque chose qui rappelle la force et la violence.
Ce n'est point tout encore; ces deux principes, qui s6 recherchent, qui s'appellent avec fracas, qui s'attirent avec fureur, sont séparés l'un de l'autre par un infranchissable rempart. Étrange contradiction ! il est imposa feible de ne point reconnaître que ce rôle inerte est assigné à l'air atmosphérique, c'est-à-dire à l'élément qui entretient notre vie, qui réchauffe, qui purifie lé sang de no^ veines.
Quelquefois la pression exercée sur les couches inter-^
médiaires devient trop énergique pour que la séparation des deux électricités se maintienne absolue. Les mouvements de la terre dans son orbe, la rotation diurne, les orages qui éclatent dans la photosphère solaire, les circonstances inconnues, mystérieuses de la vie de notre sphère, une multitude de causes produisent des accès fébriles dans les affinités des deux substances qui aspirent Tune à Tautre.
Nous sommes isolés, perdus au milieu de l'immensité d'un océan invisible. Par secousses et par intervalles nous sentons l'existence d'un monde caché qui nous domine de toutes parts. Telles sont les falaises de nos côtes quand les vagues de l'immense Océan viennent s'y briser avec fureur.
Le fluide céleste agit à distance, il filtre à travers notre atmosphère, il agite la substance ignée que renferme la terre ; des orages surgissent quand les mouvements astronomiques augmentent sa masse ou son ardeur. Les actions inconnues qui s'opèrent dans les régions profondes ne sont pas moins puissantes. Le tremblement de terre du Pérou semble amener l'orage de la Saint-Napoléon dans nos parages.
Il y a une merveilleuse corrélation qui fait que rien de ce qui se passe au-dessous de nos pieds n'échappe à la surveillance que le feu supérieur exerce sur tout ce qui respire.
Lés régions intermédiaires ne peuvent devenir plus riches ou plus pauvres en vapeur d'eau sans que des échanges nombreux, rapides, bruyants, lumineux, se produisent. Tantôt c'est le feu du ciel qui descend vers
la terre, tantôt c'est le feu de la terre qui monte vers le ciel. Quelquefois, sans doute, chacun des éléments fait la moitié de la route pour se joindre.
Parfois un brûlant fluide sort des objets inertes, une flamme irrésistible se dégage des êtres animés, de f eau, des pierres elles-mêmes. La merveilleuse apparition produit les mêmes effets que la flamme qui descend des hauteurs du firmament. Presque toujours il est impossible de deviner si c'est la terre qui a frappé le ciel, ou si c'est le ciel qui a provoqué la terre.
Ne dirait-on point que quelque ressort s'est dérangé dans l'admirable machine du monde? S'il en est ainsi, soyons assurés que l'architecte qui Ta construite, conserve réellement une neutralité attentive ; qu'il s'empresse d'intervenir, chaque fois que Tétat des affaires de la nature semble nécessiter un acte d'énergie de sa part.
Si Ton admet l'hypothèse de Peltier, l'existence des deux réservoirs, nous pouvons nous comparer à des prisonniers enveloppés par des flammes, à des fourmis emprisonnées sur l'armature intérieure d'une gigantesque bouteille de Leyde.
Que dirions-nous de l'intelligence et de la raison de ces pauvres recluses^ si nous voyions qu'elles négligent de s'inquiéter de la tension des fluides pressant, exprimant la mince enveloppe de verre qui les sépare de la mort?
Nous trouverions, sans aucun doute, qu'elles sont bien insouciantes des conditions de leur existence même. Cependant, aurions-nous réellement le droit de
les blâmer de leur négligence? Est-ce que nous n'avons point omis de rétablir les libri fulgurales qui servaient, il y a quinze siècles déjà, de manuels aux anciens augures? Est-ce que ceux de nos savants qui se donnent tant de peine pour recueillir la moindre goutte de pluie, pour mesurer la moindre élévation de chaleur, pour déterminer môme la force et la direction du vent, sont sans reproches à se faire? Est-ce qu'ils ne négligent pas, non-seulement de constater ces oscillations de Félectricité atmosphérique, mais encore d'évaluer le pouvoir magnétique de la terre ?
Les aréonautes qui sont parvenus dans les régions qu'habitent les derniers nuages, ont reconnu que ces corps sont composés d'une multitude infinie de fines aiguilles de glace, presque microscopiques. Mais ces atomes glacés n'auraient point évidemment la force de voltiger dans la haute atmosphère s'ils n'étaient soutenus par les puissantes affinités du feu supérieur, s'ils ne recevaient leur légèreté de l'élément merveilleux qui règne aux limites de notre atmosphère, aux frontières où commence le milieu planétaire. N'est-ce point l'électricité d'en haut qui peuple les solitudes ultimes de légions innombrables de diamants presque invisibles, de gouttes d'eau merveilleusement sculptées par un froid éternel ?
Souvent les harmonies électriques se trahissent par des harmonies lumineuses. Quand elles donnent aux facettes des aiguilles glacées une orientation régulière, nous apercevons des parhélies, des anthélies, des parasélènes.
Des physiciens allemands ont calculé que ces filaments légers à peine perceptibles, même lorsque le ciel est pur, renferment plus d'eau cristallisée, que les glaçons arrachés par un soleil d'été à la banquise ! Nous mesurerons leur longueur et leur largeur un jour où le gaz de notre ballon sera assez pur!
Nous verrons bien alors avec un électromètre, si c'est le merveilleux fluide qui tient en main ce que nous appelons les girandoles du lustre de la nature. Quoi qu'il en soit, ces cristaux diaphanes ne sauraient tomber sans détruire toute l'harmonie du monde, sans que nos yeux soient blessés par des lumières aveuglantes, et par des ombres sortant du sein de la nuit profonde. Mais que disons-nous ? Si l'électricité naturelle cessait un seul instant d'exercer son office, les poussières glacées tomberaient sous forme de pluie. Elles inonderaient toutes les plaines du monde, et la race humaine serait emportée par des eaux furibondes. Cessons donc de nous plaindre des ravages produits par quelques éclairs. En effet, ne sont-ils point dérivés de cette force bénie, qui tient en quelque sorte les écluses de l'abîme fermées au-dessus de nos têtes? N'est-ce point une parcelle de feu divin qui nous, sauve à chaque instant d'un nouveau déluge?
« Montrons pendant quelques minutes aux regards des hommes notre face qui change à chaque instant et
qui cependant durera autant que rÉternilé ! Élançons* nous frémissantes du sein de notre père Océan ! Gravissons sans perdre haleine le sommet neigeui des montagnes! Soutenons-nous à ces hauteurs d'où nous ne pouvons plus apercevoir notre image réfléchie sur le miroir azuré des mers ! Nous cessons d'entendre le son grave murmuré par les flots, mais nous pouvons écouler la sublime harmonie des fleuves divins. Que notre rôle est merveilleux!. N'est-ce point nous qui avons reçu de Jupiter la mission de faire briller aux yeux des hommes toutes les richesses du firmament? N'est-ce point de notre sein fécond que tombent les pluies qui mettent en mouvement le cycle de la vie terrestre. Enfin, n'est-ce point nous encore qui protégeons la nature créée par les dieux contre la plus cruelle des destinées ? Ne sommes-nous point la gaze légère qui sépare le monde vivant du froid impitoyable du domaine de la mort éternelle. »
Voilà certes un magnifique langage. Cependant il fut employé par Aristophane, qui le prêta aux Nuées pour tourner en ridicule Socrate et sa philosophie. 11 prépara les voies à la ciguë !
Dans la haute région où les bruits de la terre ne sauraient parvenir, la nuée est calme, majestueuse, homogène. Elle prête son large flanc à toutes les recherches de Taéronaute. Mais au contact des rocs que la terre a vomis en un jour de colère, les nuages deviennent violents et rageurs. J'en ai vu dans les Alpes qui se cramponnaient aux pics ; ils ne lâchaient pas prise, sous le soufile d'Éole, sans av«ir offert une héroïque résistance.
Quand ils cèdent de guerre lasse, c'est le plus souvent en faisant entendre en manière de protestation un violent coup de tonnerre.
Humboldt, Boussingault ont décrit la profondeur, la forme, les teintes de leurs nuances si sombres, on
Nuages électriques arrêtés par un pic.
pourrait dire si pesantes. Combien Peltier a eu raison de dire sans doute qu'ils sont tous chargés d'électricilé négative échappée au réservoir inférieur?
Quelle différence avec ces jolis nuages légers, blancs comme de la neige, presque lumineux, qui sont peutêtre formés d'une sorte de lumière imparfaite,, et qui
semblent fournir d'aussi doux parfums que la rose naissante.
Mais il ne faut pas s'y fier, car Beccaria, à l'aide de gros fils métalliques, a reconnu qu'une force immense, terrible quelquefois, réside dans les nuées les plus séduisantes qui volligent au-dessus de nos têtes.
La danse électrique commençait bien avant que l'orage eût éclaté au-dessus du vaste édifice où l'incomparable électricien avait établi son paratonnerre. Un roulement continu d'étincelles sautillait d'un fil à l'autre, dès que la moindre nuée venait à marbrer le zénith. On comptait jusqu'à dix explosions par minute, quoique le Valentino fût couronné de sept toits pyramidaux, dont chacun devait produire un effet pareil. Combien de bâtiments, de montagnes plus efficaces que cent mille Valentinos, travaillent sans relâche à diminuer la tension du feu latent qui bouillonne sur les nimbus.
Mieux vaudrait faire comme Esope, qui proposait à son maître Xantippe d'épuiser les océans, plutôtque de chercher à enlever la terrible cargaison électrique de ces nuées épaisses de mille mètres, recouvrant plusieurs milliers d'hectares et que parcourt en se jouant le plus timide aéronaute. Mais le génie humain aime à lutter avec l'infini, ce n'est jamais une impossibilité qui l'écrase. Aussi est-ce avec l'intention d'épuiser la force fulgurante des nuages que Franklin a terminé ses paratonnerres par des pointes.
Plutarque raconte avec enthousiasme que les matelois de Lysandre virent un feu se placer de chaque côté de la galère de ce capitaine, au moment où il sortit du port de Lampsaque pour aller surprendre la flotte athénienne dans la rade d'iEgos-Potamos. C'était, suivant le crédule et savant historien, le présage de la victoire qui devait livrer à la cité de Lycurgue l'empire du Péloponèse! Procope nous apprend avec un enthousiasme non moins grand que les piques des soldats de Bélisaire lancèrent des étincelles pendant que le Scipion attardé préparait sa grande expédition contre les Vandales. Ces feux annonçaient au peuple, au sénat de la seconde Rome, des succèsinespérés dans une guerre qu'ils tremblaient même d'entreprendre!
Jamais les anciens historiens n'oublient de mentionner avec un soin minutieux ces apparitions effrayantes. Quoiqu'il eût la prétention d'être un esprit fort. César ne néglige pas de nous apprendre que les pointes des javelots des légionnaires de sa cinquième légion se couvrirent de flammes pendant la guerre d'Afrique, où il se rendit après Pharsale, pour couronner le naissant édifice de son impériale fortune. Castor et Pollux (c'est ainsi que les anciens nommaient, chacun le sait, les feux Saint-Elme) annonçaient qu'il dissiperait les restes du parti pompéien !
Sénèque raconte comme un présage étrangement si-
gnificalif qu'une étoile vint voltiger sur le bouclier de Gylippe, lorsque ce général se préparait à lutter contre Nicias et Démosthènes, les deux généraux qui conduisaient les Athéniens au siège de Syracuse.
Nous voyons encore les feux Saint-Elme, lumières célestes au seuil de l'histoire moderne, associés à un des plus grands événements qui se soient accomplis à la surface de la terre. Ils apparurent, dit la chronique, à la flèche du grand mât du nayire que montait Christophe Colomb, en octobre 1453, dans son second voyage si nouveau.
De nos jours, les matelots attachent encore une certaine importance à ces signes; car ils supposent généralement que l'apparition des lumières naturelles indique la fin de l'orage. Ont-ils tort, s'il est vrai que l'électricité soit le moteur caché de la tourmente?
Cette matière lumineuse est quelquefois si abondante, qu'elle semble alimenter une foule de torrents de flammes, sortant de toutes les pointes, s'élançant dans les airs avec une impétuosité terrible.
La nuit était sombre et sans lune, le ciel sillonné d'éclairs et de tonnerre annonçait une violente tempête. Tout à coup FoFtin, qui conduisait la flotte française aux Baléares, voit apparaître le feu Saint-Elme, à la girouette du grand mât, comme un vaste pavillon tissé en matière lumineuse. En même temps une foule de lignes enflammées surgissent des différents points de la mâture. Si. l'amiral eût conduit les vaisseaux d'Athènes, il eût cru voir l'annonce de la prise de Port- Mahon ; mais, chrétien et serviteur du roi de France,
il s'imagina qu'il pourrait éteindre la gerbe la plus menaçante, immense panache incandescent qui lui semble devoir mettre le feu à son navire. Il fait enlever la lige de fsr qui surmontait le grand mât. La gerbe sort du bois comme elle était sortie du métal, et la flamme indocile ne s'éteint que lorsque Torage a apaisé sa fureur.
Ces apparitions sont assez fréquentes. Au mois de mars i866, une flamme brillante s'installe au sommet du mât d'un vapeur en fer, qui naviguait dans les eaux de la Manche. Le capitaine voit une gerbe de flamme briller au bout de la girouette du grand mât, voltiger sur chacune des vergues. Le capitaine, qui connaît les propriétés du feu Saint-Elme, ne songe point à arrêter rémission de cette lueur, mais il a la curiosité de l'étudier de près. Il se glissé donc jusqu'au point où la matière fulgurante s'élance dans l'espace, il se glisse le long du mât de beaupré.
Un peu ému sans doute par la nouveauté du spectacle, il approche la main de ce foyer merveilleux; sa surprise ne tarde pas à être extrême, il s'aperçoit que cette flamme si brillante ne rayonne aucune quantité de chaleur appréciable. Son corps sert de conducteur au fluide, ses doigts deviennent subitement électriques. merveille! c'est du bout de ses ongles que sort le feu qui est lancé dans les airs. Il ne ressent aucune secousse; il n'éprouve aucune commotion, et cependant il sert d'ajutage vivant à ce courant de matière fulgurante, feu mystérieux qui coule pendant tout le temps de la tempête. Combien aurait-on pu nourrir
Les feox Saînt-Elme.
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