AURÉOLES MYSTÉRIEUSES
Les anciens, qui faisaient intervenir le tonnerre dans tous les actes de la vie publique et privée, ne pouvaient supposer qu'il négligeât de se faire entendre dans les grandes circonstances, lors de la naissance des héros ou des princes, des philosophes ou des plus fameux scélérats.
Il y avait dans les mains de Jupiter des foudres en réserve pour toutes les éventualités, pour tous les événements fastes ou néfastes, présents, futurs ou passés.
Les aruspices, fort bons courtisans de leur nature, voyaient dans chaque coup de foudre une occasion de réchaufl'er l'enthousiasme populaire.
On se rappelle que des foudres avaient frappé Velleski, patrie d'Auguste, lors de sa naissance, et elles furent rapportées à sa future grandeur.
Le tonnerre ayant retenti près du Capitole lors de la
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mort de César, on déclara, après la fuite de Brutus, que c'était le ciel qui manifestait toute sa colère. Quand Auguste dut cesser de faire le bonheur du peuple romain, Jupiter s'émut encore^ suivant les aruspices pensionnés par Tempire. Il ne voulut pas priver le monde romain de son guide sans envoyer un messager de feu, une foudre terrible qui visita le Capitole, et enleva la première lettre du nom du prince, dans une inscription; celle précisément qui se trouvait sur la statue que, peu modeste, il s'était fait ériger de son vivant.
Il n'est point jusqu'à la mort de Claude, cet empereur sachant à peine être ridicule, pour laquelle on ne trouvât également à exploiter un petit coup de tonnerre de circonstance. Le feu du ciel tomba sur la statue de Drusus, le prenMermari d'Agrippine, ce modèle des impératrices et des épouses. Les augures eurent peut-être plus de mal que d'ordinaire à se regarder sans rire, mais ils déclarèrent, sur la foi des livres sybillins, que c'était un heureux présage, annonçant sans doute que Néron ferait les délices du genre humain !
S'il nous était permis d'exercer notre imagination dans un autre sens que ces flatteurs des Césars, nous pourrions tirer bon parti de l'orage du 8 avril 1866.
Certes, un aruspice indépendant n'aurait pas manqué de voir après coup, dans la multitude étonnante de ces foudres inoffensives, une annonce du peu d'effet que la neutralité attentive de la France était appelée à produire sur la destinée du monde.
M. de Bismark, qui haranguait les Berlinois après la bataille de Langensalza, ne laissa point échapper Toccasion offerte par un splendide coup de tonnerre accueillant sa péroraison. On eût dit que la nue allait s'ouvrir. « Ne voyez-vous pas, s'écria le grand ministre, que le ciel est avec nous? »
Nous pardonnera-t-on d'ajouter qu'une pluie battante accompagna la procession que firent les Viennois la veille de la bataille de Sadowa, pour appeler la bénédiction divine sur les armes impériales.
C'est surtout lorsque la matière fulgurante prend pour pôle le corps même de l'homme, que le spectacle est véritablement merveilleux. Comment, en effet, voir sans émotion une flamme qui s'épanouit en auréole, à peu près comme les gloires entourent la tête du Sauveur, de la Vierge et des saints ! Les annales de tous les peuples faisant mention d'apparitions de cette nature, il parait difficile de révoquer en doute leur authenticité, malgré l'envie qu'oi> en pourrait avoir.
Lorsque les Troyens pleuraient la mort de Creuse, des flammes apparurent sur la tête du jeune Ascagne; le vieil Anchise, — qui n'aurait pas commis la même erreur à sa place? — crut lire dans ce merveilleux présage l'avenir réservé à la race qui devait sortir de son petit-fils et venger la ruine de Troie.
Tite-Live raconte que l'on vit Servius Tullius enveloppé de flammes dans son berceau, lorsque sa mère était esclave du roi Tarquin l'Ancien.
Ces étranges phénomènes, dont nous pourrions continuer la nomenclature, ne sont pas tout à fait contraires
Atiré&lu àl<:RLrii|tie.
aux principes physiques. Les philosophes, les «âges, pourraienl être, jusqu'à un certain point, favorisés par les lumières cachées de la nature, sans que cela parût absurde à notre raison égalitaire. Rien n'empêche de supposer que les sujets nerveux, impressionnables, comme le sont en général les thaumaturges, les initiateurs de l'humanité, soient plus puissamment imprégnés d'électricité que les organisations vulgaires. Peutêtre y a-t-il des âmes sympathiques favorisées à cet égard, susceptibles de provoquer l'écoulement de l'électricité du sol, de lutter jusqu'à un certain point avec de mauvais paratonnerres. Au contraire, le riche égoïste et sensuel lutte en vain contre l'insomnie dans son fauteuil. Chaque mouvement du fluide mystérieux provoque des convulsions dans ses membres.
Quand le feu électrique s'allume à la surface de notre atmosphère, aux frontières qui nous séparent de l'océan éthéré, ce n'est point d'une façon désordonnée; l'apparition de l'aurore boréale est pleine d'harmonie, de grâce, de mesure. Brillant à travers l'immense épaisseur du milieu respirable, elle nous fait involontairement songer aux splendeurs de l'Olympe.
Une haute arcade de lumière irisée, majestueuse voûte de plus de 100 kilomètres de flèche, se montre alors. Une voile circulaire, féerique baldaquin, ombrage la coupole céleste au centre de laquelle se trouve le
pôle magnétique de la terre. De longues banderoles, également tissées avec celte matière insaisissable, s'élancent de ce dais merveilleux dans une foule de directions divergentes.
Cependant ces feux divins sont frères de nos éclairs les plus violents, les plus saccadés; c'est la même foudre qui s'étale là-haut et produit ces merveilles, qui, près de nous, se condense en traits aigus, en tourbillons de flammes. Si les éclairs ordinaires ont perdu ce caractère harmonieux, c'est qu'ils s'approchent plus de nous. Ils ont pris quelque chose de nos imperfections, ou bien l'ordre trop voisin de la pauvre humanité échappe à la faible raison des inventeurs dont le génie nous sert de phare. Ne faut-il pas que l'éloignement voile les détails pour que nous puissions reconnaître l'ombre d'une loi immuable, pour ne pas nous perdre dans l'infinité des choses en rapport direct avec notre taille! A mesure que les feux célestes descendent près de la terre, ils deviennent plus terribles, comme s'ils participaient à nos misérables passions humaines. Heureusement, il y a bien des nuances de dégradation par lesquelles peuvent passer les lueurs sublimes de la haute atmosphère avant de se changer en foudres brutales et vulgaires, pareilles à celles qui éclatent dans Tair épaisjsi de nos régions inférieures. L'étincelle se promène encore sans grand bruit, sans grands efi'orts dans les régions intermédiaires au milieu des légers cumulus. Un aigle, un aéronaute, qui se trouverait surpris par ces flammes larges, épanouies, diaphanes, ne se douterait pas qu'il vole au milieu de flammes
sœurs de celles qui sèment si souvent^ Tépouvante sur la terre. M. le maréchal Vaillant est le premier physicien qui ait rendu hommage à l'excellence de leur nature inoffensive. Comment Arago n'avait-il vu, dans ces flammes douces et tendres, que les reflets de nos foudres de l'étage inférieur, ce feu qui dessèche, brûle, et tue! Ne serait-il pas plus sage de croire, avec les jeunes filles et les poètes, que c'est le ciel qui s'ouvre? Dans la théorie de la foudre, qui parle tant au cœur et à l'esprit, ce n'est point toujours la science fi*oide et prosaïque qui triomphe.
Est-ce que le Prussien Geissler n'a pas inventé les tubes merveilleux dans lesquels nous voyons avec quelle facilité l'électricité circule en lame épanouie, dès que l'air est moins dense? Là-haut l'obstacle est supprimé. Car des décharges qui ont lieu dans un milieu suffisamment conducteur sont incapables de donner naissance à des détonations, à des troubles quelconques. Tant qu'on n'essaye pas de lui résister, l'électricité se joue doucement autour des corps.
Il est assez rare que ces gracieux et poétiques éclairs illuminent indifféremment tous les azimuths. Le plus souvent ils semblent obéir à une espèce de mot d'ordre magique. Un astronome d'Angleterre en a fait la remarque à propos d'un orage qui a éclaté au mois de juin 1866. Les éclairs de chaleur nombreux, immenses, brillants, paraissaient sortir d'un centre d'émanation dont on pouvait suivre les mouvements pendant près d'une heure. Suivant un compatriote de cet observateur, le centre d'un orage du môme mois et de la même
année éprouva un changement brusque, et passa pour ainsi dire instantanément du nord-est au sud-ouest? Dira-t-on que l'on voyait, dans ce dernier cas, les reflets de deux orages éloignés, venant éclater Tun après l'autre dans un point opposé de Thorizon du second observateur?
Nous croyons bien plutôt que les nuages légers de l'étage intermédiaire épuisaient leur artillerie alerte en luttant les uns contre les autres. Cessons de considérer les éclairs de chaleur comme des marques d'hostilité de la nature. Qu'ils soient les bienvenus! Puissentils nous annoncer souvent l'anéantissemen l de tonnerres de hautes régions qui auraient pu réduire en cendres nos palais et nos chaumières ! Quand les joyeux cumulus échangent des foudres, nous autres, pauvres habitants de la terre, nous ne sommes pas le moins du monde menacés. Nous pouvons admirer ces luttes aussi inoffensives que les brillants tournois d'éloquence des whigs et des tories d'Angleterre. Le danger ne devient sérieux que lorsque l'orage descend dans l'atmosphère plus épaisse des nuages inférieurs.
Quoique réduite en vapeurs invisibles, l'eau qui descend vers les régions inférieures ne semble point renoncer à son rôle de calmant universel, de médiateur du monde physique. N'est-ce point en effet elle qui agitpresque toujours comme températeur, non du froid
et du chaud seulement, mais des bonds de T^lectricité?
Dès que Tair se charge d'humidité, la substance fulgurante du haut commence à se mettre en rapport avec celle du bas. Avec quelle activité les nuages travaillent, lorsque nous croyons, nous autres, qu'ils sommeillent !
Voilà des vapeurs qui s'étalent en bancs épais; elles semblent peser sur nous d'un poids immense, quoique le baromètre éprouve une dépression marquée. Ne les voyez-vous pas qui planent au-dessus de nos têtes? Estce qu'elles ne semblent pas frapper la nature de stupeur? Est-ce qu'elles ne produisent pas une universelle torpeur? Cependant ce repos, si complet en apparence, si rassurant, n'est qu'un mensonge. Ces masses tourmentées, dont nous admirons maintenant la nonchalance, il suffit de s'armer d'une lunette d'un très-faible pouvoir grossissant, pour saisir leur effervescence, pour reconnaître que les plus indolentes sont précisément celles qui se trouvent en croie à la fermentation la plus extraordinaire.
La' vapeur monte et descend à la fois, elle se forme en même temps qu'elle disparaît. Le nuage envoie en Tair des cornes menaçantes, qui se retirent avec une rapidité non moins grande, à moins qu'un souifle invisible ne les arrache et ne les disperse au loin dans les airs.
On dirait que c'est une vie fébrile qui anime ces masses nébuleuses, s'il n'était évident que la vie a besoin de plus de stabilité pour se produire. Ces nues tourmentées et tourmentantes sont le véhicule ordinaire de l'électricité terrible, celle qui frappe la sur-
face de la terre. Elles sont en quelque sorte les défauts de notre armure atmosphérique, du verre de notre gigantesque bouteille de Leyde.
Cependant, môme dans ce cas, toutes les décharges ne sont pas fulgurantes : Tair cède toujours quand ses molécules peuvent rouler assez rapidement les unes sur les autres! c'est lorsque la capricieuse électricité exigerait une vitesse plus grande, que les molécules refusent de la suivre. On dirait qu'elles s'allument en frottant les unes contre les autres, qu'elles s'enflamment par la résistance !
Mais que de fois n'a-t-on pas vu de belles flammes, douces et calmes, plus poétiques encore que les éclairs de chaleur, briller à la surface des nuages voisins de nos demeures. Nicholson et Beccaria ont décrit en termes émus cette splendide parure des vapeurs aériennes si proches parfois de la terre.
Tâchez de les saisir par transparence, alors qu'une nuée plus épaisse, suspendue à une plus grande hauteur, servira d'écran pour conserver leurs plus délicates nuances. Alors vous verrez étinceler entre deux coups de tonnerre ces clartés tremblotantes, ces feux follets aériens qui semblent faits pour dramatiser les paysages aériens! Quand donc quelque poëte au génie sympathique sera-t-il distrait de ses rêveries par les apparitions mystérieuses que notre prose semble hors d'état de peindre? Quel est donc le nouveau Lucrèce, qui nous fera partager son enthousiasme, qui nous apprendra à admirer ces merveilles?
Ne faut-il point, en effet, inventer des termes nouveaux
pour décrire ces nuages éclairs, ces voiles de lumière, qui ne sont môme jaloux d'aucune clarté, car ils laissent entrevoir les étoiles les moins brillantes.
Si la matière fulgurante, trésor étincelant, brille à nos yeux, c'est qu'une sorte de vapeur légère lui permet pour ainsi dire de prendre un corps.
N'admirez-vous pas cette association de deux éléments que nous sommes habitués à considérer comme antipathiques? Voilà Teau et le feu qui se mettent à vivre en bonne intelligence! N'est-ce point aussi l'électricité, feu céleste, qui a suspendu les aiguilles glacées par un froid prodigieux dont nos thermomètres se refusent peutêtre à donner la mesure? Le tonnerre nous montrera bien d'autres merveilles.
Si nous voulons comprendre comment les nuages peuvent se couvrir d'un divin phosphore, nous n'avons qu'à répéter une expérience bien connue des anciens physiciens. Faisons évaporer quelques grammes d'eau que nous aurons placés dans une capsule après les avoir teints d'un liquide noirâtre. Nous n'aurons point de peine à reconnaître que les masses de vapeurs ainsi produites sont composées d'une infinité de petites sphères qui paraissent creuses. Chacun de ces globes est formé par une légère couche liquide et voltige, sans se soucier des mouvements de son voisin, dont il est séparé par une petite couche d'air. Cette expérience montre la constitution des nuages, rosée céleste qui se dépose sur les plaines de Talmosphère. Des myriades de petits ballons à parois liquides voltigent de conserve au-dessus de nos têtes. La nacelle de l'aéronaute dis-
perse les flots serrùs de Jeurs bataillons pressés, lorsque, se dégageant d'un ciel couvert, il s'élance vers la clarté du soleil.
Ce phosphore gracieux est la terrible matière fulgurante. Bientôt peut-être la foudre va frapper un coup terrible. En attendant l'explosion, un fluide si actif ne saurait rester en repos. Il folâtre de globule en globule, comme l'étincelle morcelée de la bouteille de Leyde, qui se promène à la surface des carreaux étincelants de nos laboratoires. Mais souvent il arrive, grâce à ces vapeurs lumineuses, que le ciel et la terre échangent sans danger pour nous, d'innocentes caresses. Le plus souvent nous éprouvons alors un sentiment inexplicable de satisfaction et de bien-être, produit par l'apaisement de ces affinités mystérieuses. Non seulement Arago décrit les splendeurs de cette électricité disséminée sur les nuages, mais il raconte que ses feux subtils se marient à l'eau liquide elle-même, qu'ils font étinceler les vagues de l'Océan. On a vu des lueurs, qu'il n'était pas possible de confondre avec les lumières sécrétées par les légions d'infusoires, s'élancer de la crête des vagues et briller au milieu des ténèbres des nuits tropicales.
Le grand physicien qui nous a révélé le magnétisme de rotation, qui a inventé l'électro-aimant, semble surexcité par la contemplation d'aussi magnifiques phénomènes. Il se demande si le pouvoir éclairant du soleil ne tient point à un commerce permanent entre les deux électricités de ce globe immense ! Quelle image merveilleuse, quelle conception sublime ! L'astre qui nous
éclaire et nous échauffe, serait donc illuminé par un phénomène physique que nous pouvons observer sur une échelle microscopique à la surface de notre terre.
Que faudrait-il en effet pour que Thypothèse d'Arago fût admissible? Bien peu de chose, en vérité! Qui sait si la clarté continue que Tastre nous envoie ne serait pas si intense, précisément parce que les brumes y sont suffisamment épaisses?
Nous aurions certainement de bonnes raisons pour affirmer que l'atmosphère du soleil est plus conductrice que la nôtre, si nous admettions que des métaux en fusion y nagent. Rien ne nous empêcherait de multiplier immensément les effets à cause de l'immensité des dimensions d'un globe auprès duquel la terre elle-même n'est qu'un grain de sable. Mais ce n'est pas sans motif que l'immortel ami de Humboldt s'est borné à esquisser cette hypothèse dans une note égarée au bas d'une de ses trois ou quatre cents pages. Ne soyons pas plus audacieux, nous autres, et hâtons-nous de redescendre du ciel sur la terre.
LA FOUaRE GLOBULAIRE
Supposons que des poissons plus intelligents que les épinoches habitent les derniers bas-fonds de l'Océan. Ces philosophes à branchies, que leur organisation attache au rivage ultime, voient tomber avec un effroi facile à comprendre les sondes de nos ingénieurs. Ils contemplent avec plus de sang-froid peut-élre le câ-
ble à l'aide duquel Cyrus Fieled Varley et Thompson ont réuni les deux moitiés de la famille humaine, cette race orgueilleuse dont là renommée ne saurait
Étincelle électriqae.
être descendue au fond de TOcéan. Quelles opinions bizarres ces poissons civilisés ne vont-ils point émettre dans leurs académies, s'ils ont eu l'ingénieuse idée de réunir en conseil leurs savants et leurs sages! Croit-on sérieusement qu'ils seront] assez perspicaces
LA FOUDRE GLOBaLAIRE.
pour deviner à quoi peuvent servir les cylindres de cuivre dont il leur sera d'autant plus impossible de deviner la nature, qu'ils seront privés, sans aucun doute.
ÉtincjUe électrique.
(le tous les instruments nécessaires pour entamer l'enveloppe de gutta-percha qui l'isole et qui le protège! Soyons persuadés que nos physiciens n'ont point été moins exposés à l'erreur, lorsqu'ils se sonf proposé
des nuages, de ceux qui s'élancent des cailloux que nous foulons aux pieds, des dalles de nos trottoirs, du parvis de nos églises.
Ce que nous aurions de plus simple à faire, ce serait évidemment de tourner en ridicule la crédulité des auteurs qui ont attesté la réalité de faits si fort embarrassants pour d*honnétes physiciens. Malheureusement pour notre amour-propre scientifique, il n'est point permis de dissimuler notre ignorance sous le masque usé d'un scepticisme de commande. Quelquefois on a vu les foudres en boule éclater en présence de cinq ou six cents spectateurs réunis dans une église, dans un théâtre ! notre insuffisance sera d'autant plus pénible à confesser que nous ne pourrons rattacher ces faits extraordinaires à l'ensemble de nos idées scientifiques, que nous ignorons la nature de la substance fulgurante, que nous connaissons à peine les phénomènes dont elle est sinon l'agent, du moins la matière première.
Quand bien même la théorie des paratonnerres serait incomplète et tronquée, nous ne pouvons nous empêcher de tenir compte des cent cinquante cas de foudres globulaires authentiques réunis par le docteur Sestier dans son savant ouvrage. Le grand Frédéric triomphera de Franklin, si nous n'expliquons pas pourquoi, le 18 août 1777, à neuf heures du soir, on vit un globe de feu de 2 à 3 pieds de diamètre frapper le paratonnerre de Tobservatoire de Padoue. Il n'est pas moins urgent d'expliquer comment le même phénomène fut observé au village de Villers-la-Garenne , le 18 août 1792; comment, le 24 décembre 1821, une troisième boule