‹ Éclairs et tonnerreChapitre 9 sur 63 · E NEW ^C^T · texte numérisé non relu

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LA FOUDRE GLOBULAIRE. 5i

de feu atteignit le paratonnerre d'une maison de Grabow, etc., etc.

Devons-nous cacher également que la foudre globulaire semble animée d'une affection toute spéciale pour les gouttières, les tuyaux de décharge des eaux pluviales, qu'elle aime les balcons, qu'elle raffole des tuyaux de gaz, de toutes les parties métalliques dont les maisons se trouvent garnies sous un prétexte quelconque? Faut-il blâmer Daquin d'avoir eu Tindiscrétion de raconter qu'un globe de feu s'élança des nuages et vînt frapper avec impétuosité une tour ; que, se laissant en quelque sorte enchaîner par une gouttière, venu de si haut faire tant de bruit pour une' issue pareille, il la suivit doucement depuis le faite jusqu'au plancher, où il disparut comme un gnome laissant derrière lui un peu d'odeur sulfureuse?

Nous voyons dans les Annales de Poggendorf qu'il y a une vingtaine d'années, un autre éclair en boule se montra près de la ville de Cœthen^ dans le duché d'Anhalt. Tous les spectateurs, qui étaient en nombre, virent la sphère merveilleuse couverte d'une teinte d'un vert clair. Pourquoi verte? Le tonnerre en boule se montre sous tant de formes, tant de nuances, que nous n'essayerons pas de le décrir'é. M. Colon, vice-président de la Société de géologie de Paris, a vu une boule descendre lentement du ciel sur la terre en suivant l'écorce d'un peuplier. Elle a besoin de cinq à six longues minutes pour parvenir jusqu'à la base, comme si elle

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et disparaît sans avoir éclaté. Qui la rendait si solide?

Égarée dans les régions inférieures, elle a compris

Étincelle électrique.

qu'elle faisait fausse route; est-ce que la belle visiteuse n'a point eu raison de se hâter de regagner sa céleste patrie?

Quelquefois les choses ne se passent pas d'une façon si paisible. On voit qu'il y a une lutte terrible. L'esprit

le plus prosaïque songera, malgré lui, aux chevaux de feu des fées, au char étincelant des génies !

C'est ce qui arriva en 1823, dans un orage observé au-dessus de la forél Noire, par le professeur Schûbler. Ce savant paisible aperçut deux globes lumineux remorqués par deux langues de flammes. L'un de ces météores semblait â son aise; il tirait aussi régulièrement son nKM^voill(îux fardeau qu'un cheval de fiacre marchant h Iheure sur le macadam du boulevard. L'.iTilre, au contraire, qui semblait impatienté du joug, décrivait une foule de zigzags : il semblait en proie à une agilation tout à fait extraordinaire.

Souvent les gbljes flamboyants semblent éprouver une certaine répugnance, une sorte de crainte inexplicable en s'approctismt de nos demeures.

L'amiral Dupericy raconte qu'il aperçut, dans les îles de la Sonde, un efl'rayant nuage sphérique qui lançait dans ioul.es les directions des éclairs et des tonnerres, et qn'\ di-spai ut sans avoir cessé de se tenir à dislance respectueuse de la terre.

Un certain jour U)S habitants de Northampton virent un globe <le f'^u iini passait au-dessus de leurs têtes. Il faisait entendre des sifflements terribles, comme si, ne pouvant les frapper, il tenait au moins à les plonger dans répouvante.

Quand ces étonnants météores parviennent à triompher des difficultés qu'ils paraissent éprouver à s'approcher du sol, ils se comportent comme s'ils aimaient à se mêler à la société des hommes. Il y a environ un siècle qu'une paysanne allemande était en train de

faire sa cuisine. Tout d'un coup elle voit une boule de feu de la grosseur du pouce, descendre par la cheminée, passer entre ses pieds sans la blesser, continuer sa route, en respectant Taplomb de menus. objets qu'un souffle aurait pu renverser. La pauvre femme se précipite vers la porte, mais la boule de feu vient en sautillant la suivre.

Quelquefois Tallure du tonnerre en boule est si paisible, si honnête, qu'on serait tenté de le traiter avec une sorte de familiarité audacieuse.

Le 10 septembre d845, le tonnerre en boule se présente sur le seuil d'une autre cuisine, située au village de Salagnac, dans le fond de la Corrèze. Trois femmes qui s'y trouvaient ne prennent pas peur, en présence de l'étrange sphère. Elles crient à un jeune homme aux pieds duquel elle roulait, de l'écraser pour l'éteindre.

Heureusement ce paysan, qui était venu à Paris, s'était fait électriser pour deux sous dans les Champs-Elysées. Il avait appris à respecter le fluide mystérieux et ses secousses : malgré les exhortations imprudentes de ses compagnes, il laissa passer la boule, qui roula où elle voulut. Bien lui en prit, car la traîtresse éclata quelques secondes après dans une écurie voisine. Elle foudroya un porc qui s'y trouvait renfermé,. et qui, ne connaissant rien aux merveilles de l'électricité, osa la flairer d'une façon tout à fait inconvenante.

Le rayon de ces sphères brillantes n'est jamais bien considérable. Sur quarante et une observations qui évaluent approximativement les dimensions du mé-

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téore, on le compare presque toujours au globe apparent de la lune, quelquefois môme à une bille d'enfant.

Presque toujours ces boules fulminantes se déplacent avec une lenteur surprenante. Des curieux purent marcher pendant trois ou quatre minutes derrière une de ces foudres en boule qui alla échouer sur la croix d'un clocher: encore une pointe de fer! Quelquefois les observateurs qui voient passer ces curieux météores s'imaginent qu'ils sont entraînés par un léger courant d'air, tant, leurs allures semblent nonchalantes : quelquefois ils s'arrêtent au milieu de leur route, comme s'ils délibéraient sur le côté où ils doivent se diriger. Une boule fulminante qui se trouve à la porte d'un salon est intimidée par la présence des personnes qui s'y trouvent. Elle a besoin de se recueillir pendant quelques instants pour s'avancer jusqu'au milieu de la chambre.

Je ne serais sans doute pas 4rès-rassuré en voyant ces étranges visiteuses passer près de mon ballon, cependant je serais curieux de voir si c'est elles ou les aéronautes qui auraient le plus peur.

En tout cas je donnerais l'avis de se méfier grandement de ces hypocrites météores.

Malheur aux imprudents qui partageraient l'erreur des bonnes femmes de Salagnac ! Car dix-neuf fois sur vingt, les éclairs en boule sèment autour d'eux les plus épouvantables ravages.

Du globe de feu qui fit invasion dans l'églisef^de

avec un énorme fracas. Le globe fulminant de Beaujon fil autant de dégât, autant de bruit qu'une machine infernale qui aurait éclaté dans la rue. 11 lança une douzaine de foudres en zigzag, qui frappèrent de tous côtés les objets environnants. Une d'elles troua un mur comme Taurait fait un boulet de canon.

Un autre éclair perça, à Efîels, le mur d'une grange et tua deux vaches et une jument qui s'y trouvaient attachées. Un globe fulminant, ayant éclaté à Everdon, au milieu d'une grange remplie de moissonneurs, blessa ou foudroya plusieurs de ces braves gens. On trouva à la surface du corps des victimes un grand nombre de brûlures lenticulaires.

Il est décidément impossible de se soustraire à l'idée qu'il existe en dehors de toute substance tangible une espèce de matière subtile, susceptible de s'unir temporairement avec la matière ordinaire. C'est cette substance fulgurante qui jouirait de la propriété d'entraîner dans ^a course des sphères fabriquées le long de sa course et composées de gaz ramassés dans l'air. Elle donnerait à ces effrayants mobiles des mouvements tellement bizarres que l'on semble obligé de les croire volontaires, si on cherche à expliquer toutes leurs apparentes contradictions.

Qu'est-ce en réalité que cette matière fulgurante dont Arago parle à chaque instant dans sa notice sur le tonnerre? Nous ne nous chargerons pas plus qu'il ne l'a fait lui-même de la définir. Qu'est-ce qui a jamais expliqué ce que c'est que la vie ? Cependant les physiologistes en parlent à chaque instant.

FEUX FOLLETS ELECTRIQUES. 59

Est-ce que Ton a défini la ligne droite autrement que par ses propriétés? Nul pourtant n*a songé à en faire un crime aux géomètres. En effet, dès qu'on reconnaît des idées qui s'imposent, on rencontre des mots inévitables ; sans leur secours, on ne saurait penser, ni surtout trouver une formule pour fixer l'idée dans cette espèce de cage transparente qui se nomme le langage humain.

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