‹ Ecole buissonnièreChapitre 17 sur 39 · s ÉCOLE BUTSSnWTTÊBE · texte numérisé non relu

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l'âme des sentiments nobles et purs. Tel était l'avis de Théophile Gautier, tel n'était point celui de Victor Hugo. Le soleil est beau, disait-il. et il est utile. D'ac cord, mais le soleil n'est pas un objet d'art.

Que de fois, d'ailleurs, Hugo n'a-t-il pas prêché contre son saint, en écrivant des vers qui n'étaient que de brillantes descriptions ou d'admirables images !

Mais nous parlons d'art et non de Httérature. Celle-ci entre dans l'art par le vers et s'en éloigne par la prose. Si quelques grands prosateurs sont parvenus à la rendre artistique par la beauté, l'harmonie de leurs périodes, le pittoresque de leurs expressions, l'art n'est point sa nature. Aussi, à part l'indécence crue, ce qui serait immoral en prose cesse de l'être en vers, pairce qu'ici l'art reprend ses droits dès qu'il apparaît : la forme éclipse le fond. C'est pourquoi un grand poète, Sully-Prudhomme, a préféré la prose au vers quand il a voulu parler philosophie, craignant, dans le sens contraire, de n'être pas pris au sérieux.

C'est aussi pour cela que des parents font entendre à leurs jeunes filles des opéras, dont les pièces sans la musique les effraieraient. Quel chrétien s'est jamais choqué de la Juive ? Quel catholique s'est effarouché des Huguenots ?

Et c'est aussi parce que la prose s'éloigne de l'art qu'elle s'accorde mal avec la musique, en dépit de la mode favorable à cette union mal assortie.

Quant à la poésie, on a voulu la rendre artistique au point de la réduire à la forme seule et d'écrire des vers dépourvus de toute espèce de sens ; mais cette fantaisie n'a pas duré longtemps.

Revenons, je vous prie, à l'aphorisme de M. de Mun.

« Ne pas prendre parti, a-t-il dit, voilà ce qui n'est pas permis à l'écrivain. » L'éminent orateur a parfaitement raison, s'il s'agit des ouvrages en prose ; on pourrait ne pas être de son avis, s'il s'agissait de poésie.

Dans une ode merveilleuse, La Lyre et la Harpe, Victor Hugo a mis en présence le Paganisme et le Christianisme ; chacun parle à son tour, et le poète, dans une dernière strophe, semblerait leur donner raison à tous deux, ce qui n'empêche pas l'ode d'être im chef-d'œuvre. En prose, ce n'eut pas été possible. Dans le poème, la poésie emporte tout.

Comment des génies comme Victor Hugo, des esprits distingués, des penseurs, des critiques très profonds, conmie j'en connais, se refusent-ils à voir que l'Art est une entité spéciale, répondant à un sens particulier, et n'ayant rien à voir avec ce qui n'est pas elle ? Si l'art s'accommode à merveille, il faut en convenir, avec la morale, avec la passion, il ne se suf&t pas moins à lui-même : et c'est alors qu'il est le plus grand.

Le premier prélude du Clavecin bien tempéré, de Sébastien Bach, n'exprime rien, et c'est une des merveilles de la musique.

La Vénus de Milo n'exprime rien, et c'est une des merveilles de la sculpture.

Pour tout dire, il est bon d'ajouter que, pour n'être pas immoral, il faut que l'art s'adresse à des gens qui en aient le sentiment. Là, où pour l'artiste il n'y a que de belles formes, pour des gens grossiers il n'y aura que des nudités. J'ai vu un brave homme scandalisé à l'aspect de la Source, d'Ingres

Résumons-nous. De même que la morale n'a que faire d'être artistique, l'Art n'a que faire d'être moral. L'un et l'autre ont leur fonction et sont utiles à leur manière. Le but de la morale, c'est la morale : le but de l'Art, c'est l'Art, et pas autre chose.

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