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DÉPARTEMENT DE E’AIN

Lorsque Dieu dit à la Femme, après qu'elle eut mangé du fruit défendu : « Je vous affligerai de plu- » sieurs maux pendant la grossesse; vous enfanterez » dans la douleur » (i); il lui donna un salutaire avertissement , et la prémunit contre les dangers imprévus auxquels devaient l'exposer l’état de grossesse et le travail de la parturation. C'est à cette époque qu'on doit donc faire remonter l'étude que l'homme a faite de ce phénomène naturel, et des règles qu'il a tracées à ce sujet. Mais cette étude a été difficile , et ces règles ont dû être fort longues à rassembler et à réduire en principes immuables, tels que ceux qui composent l'art des accouchemens qu'on professe dans les écoles et qu’on enseigne dans les livres. Toutefois, cet art est arrivé parmi nous, parmi tous les peuples civilisés, à un haut degré de perfection. Les Gouvernemens éclairés par leurs intérêts, dirigés par les principes d'une fécondante charité, mus par les sentimens d'une religion qui a pour base l’équité, la douceur, et une juste répartition des droits

(1) Genèse, chap. 5, verset 16 : Multiplicaho œrumnas tuas , et conceptus tuos : in dolorç paries fUias .

naturels , qui font la force de l'homme et en assurent la • dignité, ont fait depuis long-temps des efforts pour répandre les bienfaits de cet art sublime, en protéger l'existence , et en assurer les succès. Le Gouvernement français a employé, plus que tout autre peut-être, les mesures les plus sages pour étendre au loin les précieux secours qu'on obtient parla culture de l'art des accouchemens; il a pris, plus que tout autre peut-être, en créant, à Paris, une école centrale destinée à former de jeunes filles à la théorie et à la pratique des accoucliemens , la voie la plus sûre pour mieux propager ses bienfaits, et pour ménager la pudeur du sexe, cette fleur délicate que le moindre souffle d'impureté ternit pour toujours; mais, si l'on nous permet de dire notre opinion, il a trop centralisé ses précieux secours, et une seule école établie dans la Capitale, quels que soient le nombre des jeunes élèves qu’on y admet, l'instruction qu’on leur donne, ne peut assez fournir de sujets pour que son influence se fasse sentir, d'une manière convenable , dans tous les départemens.

Deux hommes, profondément imbus des principes d'humanité, qui ont pesé dans la balance de la justice ce que présente de positif cette observation, qui ont senti tout ce qu'a d'avantageux l'école de Paris , se sont rencontrés dans une petite ville de province, se sont entendus, réunis, pour saisir l'idée du Gouvernement, la mettre à exécution, l’étendre, et la féconder. Ainsi s’est formée, la première en ce genre, l'Ecole d'Accouchement du département de l'Ain, en 1819, par l'active sollicitude de son préfet , M. le baron Du Martroy, et par la noble coopération d'un médecin, M. le docteur Pacoud, aussi estimable par les qualités de son cœur que par celles qui lui ont mérité la haute réputation dont il jouit. Soutenue et protégée depuis cette époque par le digne successeur de M. le baron Du Martroy, M. le

chevalier Rogniat (1); alimentée par les secours que vote annuellement le conseil-général du département, qui sent toute son utilité; perfectionnée par le professeur qui la dirige, et qui a présidé à sa création , cette école marche, nous ne craignons pas de le dire, sur la même ligne que celle de la Capitale, et compte une amélioration inappréciable dont est privée celle-ci , c’est le compte-rendu que fait chaque élève de sa pratique, c'est la correspondance obligée qu’elle doit entretenir toute sa vie avec le professeur. Ce compte - rendu et cette correspondance tiennent chaque sage-femme sans cesse en haleine, la forcent à suivre les principes avoués par l’expérience, qu’on lui a enseignés, et que lui retracent chaque jour les livres dont on lui a fait présent; ils la préservent de cette indolence, de cet abandon, qu’on observe si souvent chez les personnes éloignées du foyer où elles puisèrent les lumières qui , dans le temps de leurs études, éclairèrent, alimentèrent leur esprit, de cette indolence, de cet abandon qui conduisent à la routine, cette ennemie jurée de tout perfectionnement, dont la fastidieuse et assommante répétition des mêmes actes est si contraire aux nobles élans du génie.

Ajoutons, nous sommes en droit de le faire, si l’école du département de P Ain n’a pas produit autant de bien que celle de Paris, c’est que celle-ci s’est formée long-temps avant elle; c’est que, établie sur un plan plus vaste, alimentée par des fonds plus grands, placée dans une situation plus favorable, elle a dû fournir un plus grand nombre d’élèves, et répandre par là, plus loin et en plus de lieux, sa bienfaisante influence; mais elle n’a jamais,

(i) Voyez le Mémoire sur la distribution des prix de Fëcole d’accouchement du département de l’Ain , du 28 février 1821# page 5; imprim, de P. -F. Boîtier,

quels que soient les talens des hommes célèbres qui la dirigent, et auxquels personne plus que nous ne rend hommage, enseigné de meilleurs principes, produit de plus sûrs résultats. C’était beaucoup pour une simple ville de province de marcher l’égale de la Capitale ; il lui fallait encore, pour rehausser sa gloire, former comme elle des colonies. L’Ecole de Bourg , à laquelle celle de Paris a servi de modèle, possède davantage de plusieurs améliorations difficiles ou impossibles à introduire dans celle -ci 5 elle a eu l’honneur de donner naissance à Fécole qui prospère actuellement dans le département du Puy-de-Dôme (1), et de proposer au Gouvernement la création d’un journal pratique d’accouchement pour les sages-femmes, dont les matériaux seront puisés dans la correspondance dont nous avons parlé; journal propre à souteuir l’émulation qu’elle entretient parmi les élèves, et à alimenter parmi ces agens inférieurs du ministère de la santé, le feu sacré de la science, qu’on a allumé dans leurs esprits; à répandre parmi eux les fruits fécondai! s d’une judicieuse observation, et les utiles semences des progrès et des perfectionnemens opérés par Je temps et le travail (2),

Parler de la fondation de l’école d’accouchement de Bourg, présenter quelques-uns de ses avantages, ne serait pas la faire connaître, et suivre le dessein que nous avons formé : nous allons donc dire sur quelles bases elle est fondée, quelle est son organisation, le temps qu’on met à instruire les élèves, et le mode et la nature de cette instruction. En parcourant et traitant chacun

(1) Voyez son Procès-Verbal de la distribution des prix , faite le i5 mars 1825, imprimé à Clermont-Ferrand, chez Thibaud-Landriot

(2) Voyez Rapport de M. le docteur Martin, sur l’utilité et les avantages de cette correspondance pendant l’année 1825. Mémoire inédit.

de ces sujets, nous espérons arriver à notre but, et remplir la tâche que nous nous sommes imposée.

i.° Fondement de l'Ecole.

Une somme de dix mille francs , votée chaque année par le conseil-général du département, est mise à la disposition de M. le Préfet, protecteur-né, administrateur particulier de cet établissement. Cet administrateur s'entend à cet effet avec M. le docteur Pacoud, seul professeur et directeur, pour le nombre des élèves à recevoir, les améliorations intérieures à faire, les changemens avantageux à opérer, etc.

Cette somme suffit aux dépenses locatives d'une vaste maison , convenablement distribuée pour ce genre d'établissement, à celles que nécessite l’entretien pendant 4 mois, temps fixé pour les études, de 3oà 32 élèves, de 4o à 5o femmes enceintes qui se succèdent pendant les cours pour y faire leurs couches; de deux religieuses et une portière, qui restent continuellement; elle suffit pour les honoraires du professeur, de deux maîtresses sages-femmes, de trois sous-maîtresses, et les frais de médicamens, instrumens, etc.

L'existence de cette école, assurée par les fonds, l'est encore plus par les régîemens qui la régissent (i), qu'a sanctionnés Son Exc. le Ministre de 1 Intérieur, et par l'ordre et l’économie qui président â toutes les dépenses. Ces régîemens donnent d’autant plus de latitude au professeur, que, seul, et ne devant rendre compte qu'à M. le Préfet, il peut opérer à volonté tous les change-

(i) Voyez l’Exposé des travaux et de renseignement suivi à l’école d’accouchement de l’Ain, en 1819; par M. le docteur Pacoud, chargé de l’instruction des élèves - accoucheuses., Bourg, imprim. de P. -F. Bottier; 1820.

mens avantageux qu’il croit convenables. Cette grande extension de pouvoirs est tout en faveur de rétablissement, car nul n'a plus d'intérêt que le professeur à sa prospérité. Ainsi, ce qui pourrait être un grand mal dans toute autre occasion, est un bien inappréciable dans celle-ci. Cependant, une surveillance annuelle a lieu, à l'époque des examens, par la commission même qui y préside, et a été jusqu'à présent à l'avantage de l'école: tant son infatigable directeur a pris de précautions pour assurer tous les genres de succès.

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