‹ École de MégareChapitre 12 sur 18 · D. L. II · texte numérisé non relu

D. L. II

(1) Voy. pl. haut, p. 120.

(2) Arist. Met. VIII , 3. « )jày ov cmec uaxpw •

(3) Id. Ibid . — Corif. V. 29.

dite si c’est le dissemblable que l’on compare au semblable , oubliant que du contraire au contraire il n’y a rien à conclure.

Telle est l’interprétation historique que Ritler nous livre (1) et dont nous lui renvoyons l’honneur avec la responsabilité. Mais il reste une difficulté. L’intention d’Euclide est-elle d’abonder dans l’étroit rigorisme d’Antisthène , de proscrire , outre la notion de l’essence absolue, celle des qualités purement relatives et de frapper d’interdit l’intelligence tout entière? Ou, au contraire, veut-il revendiquer les droits de l’intelligence et ruiner le principe d’Antisthène par l’absurdité de ses conséquences? Pour Ritler , la question n’est pas douteuse. Antisthène , regardant comme impossible la définition rigoureuse , admet du moins l’explication analogique. Euclide rejette jusqu’à ce moyen. Puis, vient celte conséquence que Ritler ramène sans cesse : Euclide regarde la définition comme impossible , donc il n’admet pas la théorie des idées. (2)

On ne saurait mieux raisonner , mais on pourrait partir de prémisses moins contestables. Nous dirons : Il a été démontré qu’Euclide admettait la théorie des idées ; l’interprétation de Ritter n’est pas d’accord avec cette vérité; donc elle est inadmissible. Voici une autre réfutation non pas plus concluante, mais plus directe.

(1) Rhein. Mus., p. 324.

(2) Rhein. Mus. , pass. cit. — Hisl.ite la phi l. — T. II, p. 110.

La doctrine qu’il est impossible de déterminer par la définition la véritable essence des choses suppose une multitude d’essences distinctes, isolées, séparées les unes des autres , absolument irréductibles entre elles; en un mot l’individualisme le plus absolu. Euclide enseigne que l’être est un , que l’un est l’être , que le divers n’est pas , que le multiple n’est qu’une apparence. C’est le dogme de l’unité qui est au précédent comme le contraire est au contraire. La doctrine qu’il est impossible de déterminer par la définition la véritable essence des choses , suppose encore un seul nom pour une seule chose : tv è<f évoç , disait Àntisthène (1). Euclide enseigne que le bien est un, mais prend plusieurs noms. C’est toujours le même rapport entre ces doctrines.

Nous soutenons que l’intention d’Euclide est clairement indiquée dans les paroles de Diogène. Au lieu de juger du semblable par le semblable , disait Euclide , il vaut mieux considérer les choses en elles-mêmes. Donc , s’il défendait de juger du semblable par le semblable , c’était afin que l’on considérât les choses en elles-mêmes ; que l’on prît pour objet de son étude l’essence même des choses. Et il n’en pouvait être autrement ; car dans toute théorie des idées , c’est par la contemplation de l’idée ellemême que l’esprit arrive à la connaissance. Tous les procédés indirects , la comparaison par exemple ,

(1) Met. V. 29.

ne donnent qu’une lumière empruntée, souvent qu’une lumière trompeuse qui ne peut tenir lieu de la pure et vraie lumière. Voilà ce qu’Euclide a voulu dire et ce qui ressort de ses paroles. Sa dialectique est donc en parfaite harmonie avec sa métaphysique et peut en être regardée comme la conséquence rigoureuse.

Nous ne savons rien de plus sur ce point. Il est bien probable , comme l’a remarqué Schleiermaeher (1 ) , qu’une grande partie des sophismes contenus dans l’ Eulhydêmc de Platon et dans les Arguments sophistiques d’Aristote ont été empruntés aux premiers des Mégariques. Mais quels sont ceux de ces sophismes qu’on peut leur attribuer avec certitude? c’est ce que Schleiermacher et M* Deycks (2) ne croient pas pouvoir dire. Quiconque lira les deux ouvrages , affirmera , sans hésiter , que cela est impossible.

(1) Einlcitung. z. Euthyd. , p. 403 et suiv.

(2) Ouvr. cit . , p. 60 , 62.

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