ESPRIT, OCCUPATIONS, AMUSEMENTS
En parcourant les différentes parties de l'établissement, classes, ateliers, salles de récréation, etc, le visiteur attentif constatera avec plaisir que tout en gardant son caractère propre, l'Ecole de Réf :me de Montréal présente en mème temps un certain carhet d'esprit de famille et de sérénité. Il ne tardera pas à s'apercevoir
.e les petits protégés n’y vivent pas sous une loi de contrainte et «@e rigueur, mais bien sous celle de la bonté et de la douceur, ssaisonnée d'une sage fermeté et d'une juste sévérité. Dans les L.asses où, sous la conduite de maîtres bienveillants et dévoués, les petits gars âgés de moins de quatorze ans, se livrent avec entrain et bonne humeur à leurs tâches scolaires, comme aux ateliers où les élèves-apprentis manisnt allègrement et avec adresse, marteaux, tranchants, aiguilles, ciseaux, alènes, composteurs, etc., etc. partout il voit régner une activité à la fois sérieuse et gaie. Il est agréablement impressionné de n’y point rencontrer, comme peutêtre il pourrait s’y attendre, de ces regards mornes et maussades, de ces mines moroses, qui dénotent le chagrin et le mécontentement. Et comme d'ordinaire les dehors révèlent assez bien les dedans, il conclut avec raison que ces enfants sont contents de leur
sort et ne sentent pas trop la séparation d'avec les leurs.
En récréation comme ailleurs, la présence des maîtres n’a rien de gênant pour les élèves; bien au contraire, la plupart de ceux-ci recherchent la compagnie du maître et s’entretiennent volontiers avec lui. Survient-il un différend entre deux ou plusieurs joueurs. c’est au maître qu’on s'adresse pour le faire trancher, c’est aussi le maitre qui généralement est choisi pour présider aux parties de jeux. C’est donc assez dire que les rapports entre maîtres et élèves sont des plus amicaux et, dans la mesure du possible,
comme ceux de père à fils.
Tous les matins, les élèves assistent à la sainte messe pendant laquelle beaucoup d’entre eux s’approchent de la sainte table. C’est un spectacle édifiant et réconfortant que celui de voir la ferveur et la piété de ces jeunes chrétiens pendant les offices divins; quel gage rassurant pour leur avenir. Outre le sermon du dimanche, tous reçoivent, deux fois la semaine, une instruction religieuse de la nart de Monsieur l’Aumônier. Le chapelet est récité journellement en commun, après le repas du soir. Les dimanches et fêtes d'obligation sont célébrés avec toute la solennité possible ; il y a grand’'messe à 8 heures, vèpres et bénédiction avec le très-saint Sacrement dans l’après-midi. La ligue du Sacré-Coeur est établie dans chacune des trois divisions; les élèves qui veulent en faire partie doivent mener une conduite exemplaire et avancer vers le
mieux.
On le voit, la part faite à la religion est large et il est bon qu'il en soit ainsi. L'expérience a démontré que plus un enfant est imprégné de religion, meilleur il en sera. N'est-ce pas Cousin luimême qui disait que les principes religieux sont mille fois plus nécessaires que les codes civils et les institutions politiques? et un
autre auteur célèbre disait à son tour: “le christianisme, et surtout
le catholicisme, étant un système complet de répression des tendances dépravées de l’homme, est le plus grand élément d'ordre social.” Mais le catholicisme, pour donner toute son efficacité, doit être pratiqué intensément et intégralement, n'est-il pas vrai? et voilà pourquoi les directeurs de l'Ecole de Réforme de Montréal ont mis la religion comme première base de leur système édu-
catif et s'efforcent d'en bien pénétrer ceux qui leur sont confiés.
Le temps consacré au travail dans les ateliers est d'environ sept heures par jour. Les métiers qu’on y pratique sont les suivants: imprimeurs-typographes, tailleurs et couturiers, cordonniers, ferblantiers, tailleurs de cuir, et monteurs en chaussures. Un religieux placé à la tête de chaque atelier, est chargé de la direction disciplinaire des élèves, tandis que l'enseignement du métier est confié à un maître artisan. À dates fixes, on fait donner à ces futurs
artisans des conférences techniques sur leurs métiers respectifs.
Il y a six classes où, chaque matin, les élèves-apprentis reçoi-
vent une heure d'instruction dans les différentes matières que comporte un programme scolaire primaire. De plus, il est donné aux éièves chez qui l'on devine les aptitudes requises et que l’on croit capables d'en tirer profit, des causeries et conférences littéraires propres à leur inspirer le goût et l'amour d’une culture intellectuelle personnelle. Ces causeries et conférences ont lieu deux et parfois trois fois la semaine; les jeunes auditeurs les suivent avec une attention soutenue et un intérêt appréciatif. C’est que l’aimable et disert conférencier qu'est Me F. Bourbonnière, C.R., connait parfaitement son métier et ses jeunes disciples. Il sait admirablement se mettre à leur niveau intellectuel et les captiver par
l'attrait et le charme qu'il a le secret de donner à ses leçons. En
Mécène véritable, Me Buurbonnière ne cesse de se montrer un ami sincèrement dévoué à l'oeuvre de l’Ecole de Réforme et à ce titre, il a droit à la meilleure reconnaissance des directeurs et des
élèves; honneur à lui!
Quant aux petits qui n’ont pas atteint l’âge de quatorze ans, is suivent des cours réguliers de français, d'anglais, d'arithmétique, de géographie, d'histoire, de dessin, etc., environ six heures par jour. Pour tout le reste, ils sont soumis au même règlement que les apprentis, mais n’ont absolument pas de rapports avec eux. En effet, les élèves de l'Ecole de Réforme sont divisés, suivant leur äge, en trois sections distinctes, et toute relation entre élèves de
section différente est strictement défendue.
Le chant et la déclamation font partie du programme et sont mis à contribution pendant les récréations du soir et les jours de
fete.
Le cours de culture physique est confié à M. le professeur Scott, si avantageusement connu du public canadien, et se donne
deux fois la semaine.
Les jeux de balle au champ, de gouret, de ballon, etc., etc.,
sont en honneur à l'Ecole et y trouvent de nombreux amateurs.
Durant l'hiver, les cours :e jeux sont tranformées en patinoires et alors comme il fait bon de voir tout ce petit peuple glisser, patiner, gambader, y prendre ses ébats, à qui mieux mieux. Dans les salles de récréation, les élèves ont à leur disposition divers passetemps et jeux à la fois amusants et instructifs. De plus, chaque salle de récréation est pourvue d’une bibliothèque choisie et
passablement garnie.