III . i
eiécution. Kous croyons que, dans la foi primitive et dès l'origine du monde, le médiateur promis a été considéré comme Agneau de Dieu, immolé pour le salut de l'homme (1) ; que les justes de l'ancienne alliance n'ont honoré Dieu, ne lui ont rendu un vrai culte de remerciement et de louange, n'ont obtenu le pardon, la grâce, la justification, le salut, que par cette foi au sacrifice futur du Calvaire. Nous croyons que tous les rits, les offrandes religieuses faites à Dieu par les hommes fidèles aux lois primitives, avant et après la loi écrite, n'ont plu à Dieu, n'ont tiré leur efificacité et leur vertu latreutiques, eucharistiques, expiatrices, impétratoires, que du mérite infini du sacrifice de la croix. Jamais l'homme n'a pu faire quoi que ce soit digne de Dieu ; jamais il n'a rien pu obtenirdelui, dans l'ordre de lagràceet dusalut, qu'en ce Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Comme il y eut pendant, sous l'aucieune loi, des sacrifices vrais, qui, d'une manière matérielle et sensible, à la vérité, mais véritable, ne figuraient et ne représentaient pas seulement aux yeux , mais qui , eu quelque sorte, prévenaient, renouvelaient couliaueilement le sacri fiée de la croix, en appliquaient le mérite et en obtenaient le fruit ; ainsi il doit y avoir sous la loi nouvelle un sacrifice réel, qui renouvelle continuellement le sacrifice accompli de la croix d'une manière plus spirituelle, plus noble, plus parfaite ; un sacrifice qui, non-seulement le rappelle, mais le répète;
(1) Agnus occisus ab origine mundi {Apoo).
qui en applique les mérites et en obtienne les fruits d'une manière plus spirituelle et plus distinguée.
L'unité du sacrilice eucharistique avec celui de la croix est encore prouvée par le sacrifice de fleur de farine offert daus l'antique alliance, non-seulement avec l'huile et l'encens, mais encore avec le vin (1). n y avait effectivement, dans ce sacrifice mystérieusement prophétique, un caractère très-siagulier ; c'était qu'il devait toujours accompagner toute autre espèce de sacrifices, qu'il fût commun ou particulier, pubhc ou privé, volontaire ou obligatoire ; que, sans cette condition, aucun sacrifice n'était licite ou agréable (2). Le sacrifice grand et continuel des deux agneaux offerts chaque jour, au soir et au matin, devait toujours être accompagné du sacrifice de la fleur de farine et de l'effusion du vin ; ce qui le rendait aussi continu que le sacrifice des agneaux (3).
Que de beauté, d'expression et d'éloquence ne renfermait pas cette figure du mystère chrétien ! Quelle réfutation anticipée des blasphèmes hérétiques, rejetant le sacrifice eucharistique, le Saint-Esprit n'y a-t-il pas attachée? Qu'y a-t-il de plus concluant que ce sacrifice sanglant des agneaux toujours accompagné du sacrifice non sanglant de la fleur de farine et de l'effusion du vin, pour indiquer que le sacrifice
(i) Pundetque super eum oleum et vinum ad liba fundenda iNum. xr). (2i Anima cum oblulerit oblalionem sacrificii Domino, simila erit oblatio ejus.
(3) Agnos duos et decirnam partem similse et vinum ad libanduin, saciificium est Domino oblatione perpétua [Exod. xxb).
sanglant du divin Agneau sur la croix serait un jour constamment uni au sacrifice non sanglant du pain et du vin de l'Eucharistie? Quelle prophétie plus significative, pour en conclure que l'Eucharistie n'est pas une simple cérémonie, un rit sacré, mais un véritable sacrifice , puisqu'aucun des sacrifices anciens n'était agréable, sans défaut, si celui de la fleur de farine et du vin ne l'accompagnait; c'est-à-dire, sans l'intervention de la figure de l'Eucharistie, qui leur donnait tout leur mérite et qui en perpétuait le fruit? Au surplus, qui pourra croire jamais que Dieu n'ait voulu figurer qu'un emblème et non un sacrifice réel, en prescrivant le sacrifice du pain et du vin et en le déclarant aussi nécessaire et aussi important?
Le sacrifice des agneaux et celui de la fleur de farine et du vin, offerts simultanément, formaient un seul et même sacrifice. Pouvait-on donner une preuve plus sensible de cette grande vérité, que le sacrifice de la croix et celui de l'Eucharistie ne seraient jamais non plus qu'un seul et même sacrifice, uniquement différenciés par la manière de les offrir ; que le sacrifice du Calvaire serait concentré dans celui de l'Eucharistie, et qu'il serait continué jusqu'à la fin du monde (I) ? Oh ! combien les figures de l'Ancien Testament et les témoignages multipliés du Nouveau ne donnent-ils pas de clarté, d'évidence a la foi catholique, au sacrifice eucharistique ?
(1) Oblatione perpétua.
0 contradicteurs insensés de ce sacrifice auguste, qui ne voient pas ou qui refusent de voir qu'en niant ce mystère si saint, si pur, si relevé, ils outragent la Providence, l'amour du Sauveur, en faisant descendre le christianisme au-dessous du judaïsme lui même ! Si TEucharistie ne contient pas réellement le corps du Seigneur ; si, en l'instituant, il n'a voulu fjue nous laisser une simple nié ..oire ou un signe de sa passion; pourquoi aurait-il choisie cette fin le pain et le vin ? pourquoi aurait-il aboli les sacrifices anciens? Le rit de l'immolation de l'agneau, qu'il avait ordonné dans l'ancienne alliance comme un signe et un souvenir de son immolation future, ne pouvait-il pas demeurer le souvenir et le signe de son immolation passée? Un agneau sacrifié en présence du peuple, son sang répandu sur l'autel, n'auraient-ils pas été, au contraire, une image plus naturelle, plus vive, plus émouvante, plus complète, pour signifier, pour rappeler l'Agneau de Dieu immolé et son sang répandu sur la croix, que celui du pain et du vin dont l'offrande est si loin de représenter un sacrifice sanglant ? La chair de la victime, mangée par les pontifes et par ceux qui l'avaient offerte (comme cela se pratiquait chez les Juifs), n'aurait-elle pas figuré beaucoup mieux l'union des chrétiens avec Jésus- Christ, leur croyance en son incarnation, que la manducation du pain eucharistique ? Indépendamment du sacrifice de l'Agneau pascal, l'ancienne alliance avait des sacrifices, des rits, des figures sans nombre, d'une force singulière, d'une vivacité
merveilleuse pour faire impression, d'une magnificence splendide, oJBFrant dans leur ensemble l'idée la plus sensible, la plus sainte, la plus auguste, la plus accomplie du sacrifice de Jésus-Christ. Or, TEuiharistie n'est une représentation plus noble de ce gacrifice, qu'autant qu'elle contient en réalité le corps du Seigneur, que ce même corps y est mystiquemeiri. immolé, non en figure, mais en vérité : sans cela, elle n'est plus qu'un peu de pain et un peu de vin bénits. Dans cette hypothèse erronée, Jésus-Christ n'aurait donc plus aboli les sacrifices anciens, qui parlaient si éloquemmcnt et qui auraient continué à parler de son sacrifice au cœur et aux sens, que pour y substituer la manducation d'un peu de pain, le breuvage d'un peu de vin, à peine capables de retracer d'une manière obscure et éloignée l'immolation d'une victime ; actes dépouillés de toute signification, muet pour le cœur comme pour les sens ! Il n'aurait donc supprimé l'appareil splendide, la majesté du culte judaïque, que pour les remplacer par la cène calviniste, cérémonie la plus pâle, la plus morte, la plus inepte et la plus insignifiante ! il n'aurait donc légué à sa religion parfaite, que le culte le plus indifférent, le plus imparfait ! Au lieu d'améliorer le culte de sa religion, il l'aurait, à force de le simplifier, amoindri, anéanti! C'est-à-dire que Jésus-Christ n'aurait point été le Dieu d'une sagesse infinie , ni le christianisme la perfection de la religion.
Chez les chrétiens, en efifet, qui ont détruit le sacrifice eucharistique, il n'y a plus de culte propre-
ment dit ; car c'est dans le sacrifice que le culte se concentre ; c'est par lui qu'il s'explique , c'est à lui qu'il emprunte sa dignité et son efficace : point de culte sans sacrifice. Par une conséquence naturelle, l'abolition du culte a produit la destruction du sacerdoce. Comme l'Eucharistie n'est pour eux que le signe du corps du Seigneur , ainsi leurs ministres ne sont que des figures de prêtres. Ils en portent les insignes et le nom, sans en avoir le caractère ni la puissance. Ils ne sont qu'un corps d'apparence, de comparses, une institution puérile, n'ayant rien d'important ni de sérieux , tout leur ministère sacerdotal se bornant à préparer et à partager un peu de pain et de Tin ; action assez insignifiante de sa nature. C'est ainsi que le sacerdoce a disparu avec le culte, et que, chez ces chrétiens infortunés, la nouvelle alliance est devenue inférieure à l'ancienne, la vérité aux figures, le mystère aux allégories, l'Évangile à la Loi, Jésus- Christ à Moïse.
n est constant que le culte est à la morale et au dogme ce que la parole de l'homme est à sa pensée. Le culte est l'expression, la manifestation extérieure et sensible de la croyance et de la morale d'un peu- [;le. Yeut-on savoir ce qu'il croit, ce qu'il pratique, en matière de religion ? Qu'on examine comment il honore la divinité : on trouvera son symbole et son décalogue tout entiers dans sa liturgie. Tout en manifestant la pensée, la parole la développe et la conserve. L'homme qui n'exprimerait jamais ses pensées ni par des signes ni par des mots finirait, avec le
temps, par perdre aussi l'aptitude à penser ; il deviendrait stupide , hébété , idiot ; en cessant de parler sa pensée , il cesserait , en quelque sorte, de penser sa parole. De la même façon , le culte, en manifestant la foi et la morale d'an peuple, la maintient toujours vive, toujours en honneur , toujours en action. D'où il suit que, le culte une fois détruit, la foi, aussi bien que la morale, tombe peu à peu en discrédit, en oubli. C'est en vain que les protestants ont conservé ce qu'ils appellent les dogmes fondamentaux du christianisme et la morale de l'Evangile : en abolissant le sacrifice , en lui et par lui le vrai culte , ils ont sapé eu même temps la base de la croyance et de la loi. A défaut delà manifestation extérieure et de l'appui d'un culte solide et vrai, cette foi et cette morale sont allées en s'afiFaiblissant sans cesse dans l'esprit et dans le cœur des peuples ; la faiblesse est passée enfroideur, la froideur en indifférence, l'indifférence en mépris, le mépris en perte totale de toute foi et de toute morale chrétienne. C'est ainsi que les esprits orgueilleux qui se van talent d'avoir réformé le christianisme, n'ont fait que le rendre difforme et informe, que le dégrader, le détruire. Voilà la sagesse de l'homme! voilà ce que peut produire la raison humaine guidée par les passions ! Tout en pleurant sur le crime et l'infortune de ces chrétiens aveugles et obstinés, qui rejettent le signe visible, le plus grand prodige, la gloire du christiav. nisme ; tout en faisant servir ce discours à notre édification, n'oublions jamais qu'un sacrifice' aussi
auguste impose des devoirs particuliers, et à ceux qui l'ofirent, et à ceux pour qui il est offert, et à ceux qui y assistent. Le moyen, pour ces derniers, d'y être présents , avec attention d'esprit , avec dévotion et tendresse de sentiment, afin d'en retirer des fruits copieux , c'est de se rappeler qu'il est tout à la fois, comme nous l'avons vu, un sacrifice latreutique, eucharistique, propitiatoire et impétratoire. Telles sont les idées élevées, les pensées salutaires dont notre esprit doit s'entretenir en entendant la messe ; tels sont les sentiments dont nous devons nourrir notre cœur. Nous devons nous unir d'intention avtc le ministre de l'Eglise, et, avec lui et avec l'Eglise, offrir à Dieu son propre Fils : premièrement , comme hommage à sa majesté et à sa grandeur infinie, à son souverain domaine sur nous , en reconnaissance de notre soumission et de notre dépendance à son égard : nous devons, en conséquence, produire des actes d'humilité , d'adoration profonde envers l'auguste Trinité ; nous devons nous y reconnaître comme ses serviteurs^ ses adorateurs, et lui, comme notre seul Créateur, notre Maître, notre Dieu ; le suppliant d'agréer ces actes défectueux et imparfaits en eux-mêmes , en union avec les adorations sublimes que, dans ce sacrifice, le Fils de Dieu rend à son Père. Secondement, en remerciant Dieu de tous les bienfaits reçus dans l'ordre de la grâce et dans celui de la nature, dans l'âme et dans le corps : des dangers dont nous avons été délivrés, des faveurs particulières que nous avons obtenues ; résumant tous ces dons par la pensée, et
y opposant notre peu d'empressement et notre ingratitude , nous devons nous appliquer à des actes de sincère reconnaissance, de bénédiction, de louange, d'ofiFrande de nous-mêmes à Dieu, en union avec Jésus - Christ. Troisièmement, en expiation de nos fautes, nous les rappelant et les confessant à Dieu , dans l'amertune d'un cœur humilié et repentant, en demandant pardon, par les mérites infinis du sang du Sauveur et par la satisfaction infinie qu'il en a donnée; passant ensuite à des actes de contrition, de propos ferme et sincère de nous corriger véritablement. Quatrièmement, finalement, pour obtenir les grâces dont nous avons besoin pour l'âme et pour le corps , nous exerçant à demander les secours spirituels et corporels qui nous sont les plus nécessaires, à recommander notre prochain et nous-mêmes, espérant tout obtenir par les mérites infinis de Jésus- Christ, à qui nous nous unissons, et nous voir exaucés. Avec quelle rapidité ne s'écoule pas le temps consacré à la messe , lorsqu'on s'entretient dans ces pensées et dans ces affections ! au lieu que cette durée si courte paraît si longue aux tièdes et à ceux qui n'y sont présents que de corps ! Oh ! comme le sacrifice devient alors un acte sublime , parfait et souverainement utile, pour activer notre foi et nos sentiments religieux ; pour nous affermir dans le service de Dieu, nous servir de gage et de voie pour l'acquisition du salut éternel !
Pour nous, prêtres du Seigneur, qui offrons ce sacrifice, souvenons-nous, comme nous le verrons bien-
tôt, qu'une sainteté éminente était exigée des pontifes qui n'offraient que les pains de proposition (1). Or, si telles étaient les exigences imposées par la figure, que seront celles que demande le figuré ; si telle était la condition de ceux qui ne manipulaient qu'un pain bénit, quelle sera la nôtre, puisque nous préparons et recevons eu nous-mêmes l'auteur de toutes bénédictions, le corps très-saiut du Fils de Dieu? Quelle pureté d'intention, quelle humilité d'esprit, quelle intégrité de vie, quelle chasteté de cœur, quels sentiments de religion, et quelle piété d'affection ne devrons-nous pas apporter à ce mystère auguste et redoutable? De quelle monstrueuse ingratitude, de quel grand péché ne serions-nous pas coupables ; de quel terrible châtiment ne serions-nous pr.s passibles, si, pendant que nous séparons le corps et le sang de Jésus-Christ , que nous représentons d'une manière claire et distincte la séparation violente de son âme et de son corps, et l'effusion de son sang sur le Calvaire ; si, pendant que nous avons sous les yeux, au moyen de notre action, une représentation si vive de la mort du Sauveur ; si, pendant qu'il se rend présent à notre prière, et que son esprit, comme une flamme céleste, convertit le pain et le vin en son corps et en son sang ; si, pendant que nous élevons vers le trône du divin Père ce prix infini de notre salut et du salut universel, en qualité de ministres de l'Eglise , de représentants de Jésus-Christ luimême, d'intercesseurs visibles entre le ciel et la terre,
(1) Et ideo sancti crunt Deo suo.
entre Dieu et les hommes ; si, pendant que nous accomplissons des fonctions aussi sublimes, un acte aussi grand et aussi mystérieux, nous agissions de manière à montrer que nous procédons sans gravité, sans réflexion; que nous prononçons sans intelligence, sans amour, des paroles divines de puissance, de piété et dévie !
Non-seulement, nous commettrions nous-mêmes un grand péché, mais nous serions encore une cause dépêché pour beaucoup d'autres. Oh ! combien do fois la dissipation, la légèreté des assistants, au sacrifice de la messe, n'est-elle pas causée ou encouragée par Tindifférenee et la froideur des sacrifica, teurs? Comment exiger des assistants au sacrifice dé ■votionet piété, si celui qui l'offre en est privé et n'en nontre point lui-même ?
Songeons donc, en montant à l'autel, à la fonction divine que nous allons y remplir; annonçons, par notre modestie, par notre gravité, par notre recueille ment, par notre ferveur, la grandeur et la sainteté du mystère ; afin que l'on voie et que l'on dise aussi de nous que, vrais Melchisédech, vrais pontifes du Très-Haut, non moins par le caractère que par la sainteté de vie, par la ferveur de dévotion, nous offrons pour nous et pour les autres le vrai pain et le vrai vin, le vrai sacrifice d'adoration et de louange, de récon ciliation et de pardon, de bénédiction, de grâce et de salut (1).
(I) Proferens panem et vinum : erat enim sacerdos Dei altissimi; et benedixit ei.
- SECONDE PARTIE
Jésns-Christ n'est pas seulement notre sacrifice et notre \ictime, lorsqu'il s'offre à Dieu à la messe, mais encore lorsqu'il demeure dans nos saints tabernacles. Souvenons-nous ici que, parmi les offrandes que les Juifs faisaient à Dieu dans le temple, en vertu de ses ordonnances, il y avait celle des douze pains que le pontife plaçait chaque sabbat sur une table de bois incorruptible et recouverte de l'or le plus pur, dans la partie du temple appelée Sancta, séparée seulement par un voile du Sancta Sanctorum, qu'ils ne les ôtaient que pour y en substituer de nouveaux. Ces douze pains étaient ainsi toujours exposés au regard de Dicu(l). C'est pourquoi on les appelait lespainsdela proposition, ou, d'après le texte original, les pains de la face de Dieu (2) ; les Juifs considéraient ces pains comme le signe visible elpermanejit de l'alliance que Dieu avaitfaite avec son peuple 3). L'offrande de ces pains, toujours accompagnée de l'huile et de l'encens, symboles de la grâce et de la prière, était considérée comme la plus sainte, la plus auguste espèce de sacrifice. C'est pourquoi, elle exigeait une sainteté exempte de tout péché, de toute tache, chez les sacrificateurs (4). Comment ne pas voir dans toutes ces conditions une figure prophétique et une preuve
(1) In conspectu meo.
(i) Panes faciei Dei.
(â; Fœdere sempiterno.
(4) Incensum Douiini, et panes Dei offcrent, et ideo sancti «mat Deo sao.
— 'iOC — delà vérité du mystère eucharistique 2 Comment, en efifet, douze pains ordinaires, parfumés d'encens, pouvaient-ils être devant Dieu le sacrifice le plus saint, le plus élevé et le plus important, s'il n'avait pas été la figure du pain eucharistique offert dès le principe à Dieu par les douze apôtres, qui furent les premiers prêtres, et ensuite parleurs successeurs? Comment l'Eucharistie, si elle n'eût pas contenu le vrai corps de Jésus-Christ, si elle n'eût été qu'un pain ordinaire; comment, dis-je, pouvait-elle procurer au pain antique, qui n'en était que la figure, une si grande sainteté, que les oblateurs en devaient être saints ; et un si grand mérite, qu'on attribuait à la présence de ces pains l'exercice de la protection et de la bonté de Dieu pour son peuple.
Que de beautés n'offre pas cette figure de Jésus- Christ dans le sacrement, réellement présent sous les espèces du pain, sans cesse exposé sur l'autel ou renfermé dans nos tabernacles ! Il nous est impossible d'imaginer et d'exprimer les grands mystères qu'il accomplit dans un état si caché : les cris qu'il pousse pour nous vers le ciel , dans un silence si profond, le grand amour dont il brûle sous des accidents si froids et si indifférents , la magnificence de la miséricorde et de la bonté qu'il exerce dans une obscurité si complète ! Ce qui est incontestable, c'est que Jésus-Christ, dans le sacrement, vrai pain de proposition ou de la face de Dieu (1), est, pour
(1) Paais faciei Dei-
ainsi dire, dans un état constant d'immolation secrète, de sacrifice intérieur, permanent, sous les yeux de son divin Père. Ce qui est incontestable, c'est que, voilé et mort pour nos sens, il vit néanmoins toujours pour continuer sur la terre la grande fonction de notre intercesseur, qu'il répète dans le ciel (1). Ce qui est incontestable, c'est qu'il y est comme le signe visible, le témoignage perpétuel, la preuve authentique, la mémoire vivante de l'amour de Dieu pour nous ; j'oserai dire qu'il y est comme la bannière blanche, le drapeau conciliateur, l'étendard pacifique, le gage de l'alliance irrévocable du divin Rédempteur avec les hommes qu'il a rachetés (2).
Yoilà pourquoi l'Eucharistie est la gloire de l'Eglise, la consolation, les délices des hommes fidèles, l'ornement le plus riche, le trésor le plus précieux de nos temples sacrés. Ah ! la sainteté, l'importance de nos églises dérive et dépend du sacrifice eucharistique que l'on y offre, du pain eucharistique que l'on y conserve. Otez l'Eucharistie, et l'autel n'est plus qu'un amas de pierres ; l'église, un lieu indifférent comme tous les autres lieux ; elle devient ce que sont les temples des protestants, qui en ont éliminé ce mystère ; elle devient une synagogue juive, une salle de compagnie, où rien ne parle de Dieu ni à l'esprit ni au cœur ; où rien ne provoque
(1) Semper vivens ad interpellandum pro oobis.
(2) Fœdere sempilerno.
le sentiment religieux, ne commande le reeueiliement, n'excite la piété.
Que deviendrait notre terre sans la présence corporelle dans ce sacrement ? L'Eucharistie n'est-elle pas ce qu'il y a de plus excellent, de plus auguste, de plus précieux sur notre globe ? C'est elle qui le conserve, qui le rend supportable à la justice divine, malgré les superstitions qui le déshonorent, les erreurs qui le dégradent, les vices qui le défigurent, les fautes qui l'avilissent. Le sacrifice eucharistique que l'Eglise, répandue partout, ofifre continuellement au ciel pour tous les péchés de la terre, la présence réelle et permanente de Jésus-Christ dans ce mystère, apaise la colère de Dieu et provoque sa miséricorde; elle arrête les châtiments et obtient la grâce et le pardon. Ce n'est que par le mérite de ce sacrifice, de ce sacrement qu'ils ignorent, qu'ils nient ou qu'ils blasphèment, que les infidèles, les hérétiques, sont temporellement épargnés, endurés, attendus à conversion. C'est principalement à ce mystère que les catholiques doivent la foi qui se maintient parmi eux, la protection divine qui les défend, la grâce qui les convertit, les vertus qui les rendent agréables à Dieu, le mérite qui les enrichit, la persévérance qui les couronne.
Efforçons-nous donc de répondre à tant de bienfaits, à tant d'amour, par de vrais transports de reconnaissance ; visitons souvent Jésus présent dans nos temples. Rendons-nous souvent auprès de notre bon Sauveur dans ce mystère où il s'est fait le com-
paguon de notre exil et notre consolation dans cette vallée de larmes. Retranchons quelques instants du jour aux conversations inutiles, aux entretiens dan. gereux avec les enfants des hommes , pour venir rendre hommage au Fils de Dieu, traiter avec lui de cœur plus que de bouche, des misères de notre âme, de l'affaire de notre salut. Heureux , dit le Prophète, si nous mettons notre gloire, nos délices à fréquenter la maison sainte, le temple sacré, où le Seigneur réside corporellement dans son sacrement, afin de rester le plus longtemps possible dans sa compagnie (1). Ce commerce de foi, de confiance, d'affection, de mérite, avec le Dieu Sauveur^ nous comblera de grâce, de force, de douceur; il nous rendra heureux dans le temps et nous assurera sa société de gloire, de bonheur dans l'éternité (2). Ainsi soit-il !
(1) Beati qui habitant in domo tua, Doniiue.
(-2) Beati qui habitant in donio tua, Domine : in saecula sœculorum laudabunt le {Psalm.),