III. f
la méprise comme pleine de péchés, et Jésus-Christ l'indique comme riche de mérites (1); le pharisien la croit indigne même de toucher les pieds d'uiî prophète, et Jésus-Christ la déclare digne de tout son amour (2) ; le pharisien Taccuse, et Jésus-Christ la défeud (3); le pharisien la condamne, et Jésus-Christ l'absout (4) ; le pharisien la blâme, et Jésus-Christ la loue (5) ; le pharisienlajuge grande pécheresse, et Jésus-Christ la proclame grande sainte (6) ; le pharisien la voudrait condamner aux peines de Teufer, et Jésus-Christ lui ouvre les portes de la paix céleste (/)• Tous les prodiges que la divine miséricorde vient d'opérer chez Simon le pharisien, en faveur de Madeleine, se renouvellent à chaque instant dans l'Eglise catholique en faveur de toute âme sincèrement contrite. A peine cette âme a-t-elle achevé la confession de ses fautes ; a peine a-t-elle reçu l'absolution sacramentelle, qu'elle ne se ressemble plus en rien. Oh! si nous pouvions considérer ce changement ineffable que la grâce sacramentelle vient d'accomplir ! Oh ! comme nous en serions surpris, émerveillés, ravis et enchantés! La noirceur de ses fautes se change en la blancheur de la colombe, de
(i) Non cessavit rigare pedes meos.
(2) Dilexit multum.
(3) Unguento unxit pedes meos.
(4) Remittuntur ei peccata multa.
(5) Fides tua te salvam fecit.
(6) Dilexit multum.
(7) Vade in pace.
la neige. Elle était remplie de péchés, elle devient pleine de grâces. Elle avait perdu le mérite de toutes ses bonnes mœurs , elle le recouvre plus grand et plus copieux. Le péché l'avait dépouillée, les vêtements précieux de la charité l'embellissent. De malade qu'elle était, elle devient saine ; de la mort, elle revient à la vie ; elle était difforme, elle est embellie ; elle appartenait à l'enfer, et le ciel lui est rendu ; d'esclave du démon, elle en devient la maîtresse ; elle était odieuse, insupportable à Dieu, elle en est devenue la fille, l'amie, l'épouse chérie (1).
Finalement, tout en étant une institution sublime de la grâce, la confession est aussi conforme aux lois de la nature. Nous l'avons déjà fait remarquer dans une autre circonstance : l'homme est un mystère pour l'homme même II a plutôt l'instinct confus que la connaissance claire et distincte de ses besoins spirituels. Le sentiment les lui fait souvent deviner, mais sans qu'il les découvre par sa raison. Il était donc nécessaire que Dieu, qui seul connaît intimement sou œuvre, révélât l'homme à l'homme lui. même ; qu'il lui apprît son origine , sa fin et les moyens d'y parvenir. Tel est le but de tout le christianisme ; et c'est dans ce sens que tous ses dogmes, toutes ses lois, toutes ses institutions, toutes ses grâces, tous ses sacrements sont surnaturels, divins, puisque c'est Dieu qui les a révélés, institués, dis-
(1) Est confusio adducens gloriam.
posés pour la perfection et pour le bonheur de l'homme. Tous les êtres tendent nécessairement à leur perfection, à leur félicité. La félicité est donc la perfection, l'état naturel des êtres ; ou, si Ton veut, tout ce qui les perfectiouue et les rend heureux est jiour eux naturel et conforme à leur nature. Or, les dogmes, les lois, les mystères, les institutions, les sacrements ciirétiens, tendenttous à réformerTIiomme, à le sanctifier, à le perfectionner, à le rendre heureux. Donc, en ce sens, tous sont naturels ; tous ont leur racine, leur raison intime et secrète dans les profondeurs cachées delà nature humaine, dans ses besoins réels et lui doimeut le moyen de les satisfaire.
Telle est, manifestement, la confession sacramentelle. Elle est une institution divine, fondée sur un besoin réel de notre nature. Qu'y a-t-il, en effet, de plus naturel que le mouvement d'un cœur qui cherche un autre cœur pour y déposer ses secrets ? Le malheureux, déchiré par les remords ou par le chagrin, a besoin d'un ami, d'un confidentqui l'écoute, qui le dirige, qui le console : les entrailles qui contiennent un poison et qui se soulèvent pour le rejeter, sont l'image naturelle d'un cœur où le crime a versé ses toxiques : il souffre, s'agite, se contracte, jusqu'à ce qu'il ait rencontré l'oreille de l'amitié et de la bienveillance où il puisse le déposer (1).
Tous les anciens Pères ont considéré, sous ce point de vue, la nécessité de la confession sacramentelle.
(1) De Maistre, Du Pape, liv. III.
Origène dit : « Comme ceux qui ont des humeurs corrompues, lesquelles compriment leurs entrailles, ne peuvent être soulagés qu'en les rejetant (1), ainsi ceux qui ont péché sont toujours inquiétés et comme étouffés par l'humeur coupable de leurs fautes ; ils ne sont délivrés des causes de leur maladie spirituelle que quand ils en rejettent le poison par la confession (2).» Observez cependant, ajoute saint Basile, en insistant sur la même idée ; « observez cependant que, comme les maladies du corps ne se découvrent pas a tous, mais seulement au médecin qui peut les guérir ; ainsi la confession des péchés ne doit point se faire à tou3, mais à ceux-là seuls qui peuvent en absoudre (3). » Saint Chrysostome dit également : « La pénitence est un véritable remède que la bonté divine nous a légué, afin de guérir toutes les infirmités du péché (4). Mais en quoi consiste ce remède, et comment faut-il en faire usage ? Dans le repentir et dans la confession de ses péchés (5). » Enfin saint Jérôme dit à son tour : « La médecine ne guérit point les maux qu'elle ignore. Le malade doit donc
^1) Sicut ii, qui habent intus flegmata stomacho imminentia, si vomuerint, relaxantur.
(2) Sic is qui peccaverit sufFocatur flegmate peccatl, et dum confiteur simul evomit el delicta atque omnem morbi egerit causam.
(5) Sicut Tiiia corporis non quibusvis honiïnes aperiunt, sed iis tantummodo qui rationem curandi tencaat; ita peccatorum confessio fieri débet apud eos qui ea possunt curare.
(4) Dédit pœniu-ntiae mediciuam, quae possit omnia peccata delere.
(5) Quale est isiud remedium, et quomodo conficitur ? Seipsum condemn&ndo et confitendo propria peccata.
se résoudre à découvrir son mal au médecin (1). » Telle est précisément la situation de celui qui a été mordu parle serpent infernal. S'il se tait, s'il refuse d'avouer au prêtre les plaies du péché, le prêtre ne saurait le soulager, bien qu'il ait le pouvoir de le faire par une seule ^parole (2),
Ei, pour que rien ne manque à la comparaison, de même que tous les remèdes corporels sont désagréables à prendre, nauséabonds et amers, de même le remède spirituel de la confession humilie, fatigue, inquiète celui qui le prend. Mais comme l'amertume et le dégoût qu'on éprouve en prenant les remèdes se changent en une joie douce, après le recouvrement de la santé; ainsi la confusion, et la répugnance ressenties dans la confession du péché, se transforment en allégresse intérieure, après que, moyennant la grâce de Dieu, on a récupéré la santé de l'âme : cette répugnance est semblable, dit saint Isidore, aux douleurs de l'enfantement, lesquelles, après la naissance de l'enfant, se changent, pour la mère, en un sujet de satisfaction(;^). Considérez Madeleine ; combien sa vanité féminine, son orgueil, n'eurent-ils pas à souffrir à se présenter publiquement dans la salle d'un festin, à y déclarer ses fautes par les
(1) Si erubescat aegrotus \ulnus suum medico confiteri,qiiod ignorai niediciiia non curât.
(2) Si, quem serpens diabolus momorderit, tacuerit, nec magistrg vulnus suum volucrit coiifiteri; niagisler, qui linguam habet ad curandum, prodesse non potest.
(3) Sun! dolores parturientis, fructum gaudii afférentes,
démonstrations extérieures de sou repeiilir ? Mais qui pourrait exprimer le calme, la paix de son esprit, la consolation, les joies de son cœur, dès que, après cet aveu magnifique, elle en eut reçu le pardon de la bouche du Sauveur? Jésus-Christ, en lui disant : «Allez en paix (1),» ne lui rendit pas seulement la paix par cette parole toute-puissante, mais il déclara, au surplus, que Madeleine était, dès cet instant, entrée en possession de la paix (2),
Oui, le fruit le plus naturel, le plus assuré de ce sacrement, c'est la paix de Dieu qui surpasse toute jouissance charnelle. A peine le prêtre a-t-il prononcé sur 1 ame véritablement pénitente cette grande parole : « Je vous absous, » qu'il l'assure du pardon de Dieu. En un instant, cette âme passe d'un état d'agitation à un état de calme ; le repos succède au trouble, la confiance à la crainte, la consolation au remords, l'hurmonie et la paix au bouleversement : paix entre l'âme et le corps, entre la chair et l'esprit, entre la nature et la grâce, entre les pensées et les afi'ections, entre la foi et les œuvres, entre l'homme et Dieu ; de là enfin la béatitude qui, comme le dit saint Augustin, consiste principalement dans la paix du cœur (3). Il n'y a que ceux qui reçoivent ce sacrement avec les dispositions requises, qui puissent en attester l'efficacité et la douceur. C'est par l'expérience bien mieux que par les discours qu'on connaît le prix inestima-
(1) Vade in pace.
(2) Vade in pace.
(5) Beaûludo consistit ia quietatione appetitus.
ble de cette iastitution sublime et divine. 0 vous, âmes pécheresses qui, dégoûtées du désordre où vous viviez, avez élé déposer aux pieds du prêtre, ministre de l'Eglise, le fardeau de vos fautes, et qui eu avez obteuu le pardon par îa sincérité de votre repentir, dites-nous vous-mêmes si, dans aucun instant de vo tre vie, vous avez jamais eu un moment plus délicieux; si, parmi les plaisirs du monde, il s'en trouve qui ne semblent pas de la fange, en comparaison de la paix de Dieu, du calme mystérieux, delà douceur ineffable, de la consolation céleste et divine dont vous vousf êtes senties comblées? Et vous, âmes pieuses qui, tourmentées de doutes, d'incertitudes, de scrupules, affligées de tribulations et de disgrâces, recourez au vrai prêtre pour votre direction et votre encouragement, dites-nous comment une seule de ses paroles vous calme, vous tranquillise, vous excite à vous approcher sans craiute de la divine Eucharistie, et répand un baume suave sur vos blessures, une rosée consolatrice sur vos peines?
0 sacrement de la confession vraiment sanctifiant ! et par là vraiment consolant, puisque tout ce qui sanctifie l'homme, le console en même temps ; si Jésus- Christ ne l'avait institué, il faudrait l'inventer , tant il est utile, nécessaire à l'homme pécheur ; tant les effets qu'il produit sont précieux ; tant les forces qu'il procure, même aux saints, aux justes, aux timorés, aux pieux, sont grandes ! Eu réalité, si Jésus-Christ ne l'eût établi, l'homme n'eût jamais su l'inventer et bien moins encore en imposer l'obligation et le voir
pratiqué. Qui donc eût jamais imaginé de contraindre l'homme à manifester à un autre homme toute la misère, toute rinjustice,toutelaperversité, toute la turpitude de son cœur, et cela avec autant de sincérité qu'on en mettrait auprès de Dieu lui-même? L'inventeur de ce grand remède.aussi salutaire à la vertu qu'amer et répugnant pour l'orgueil, aussi conforme aux besoins de la nature que supérieur à ses forces; l'inventeur, dis-je, de ce remède ne devait-il pas craindre d'éloigner l'homme de la religion qui eu faisait une loi ? En effet, les rehgions d'invention humaine, loin de songer à établir la coiifessoa là où elle était inconnue, l'ont abolie là où elle était pratiquée, afin de se concilier, par cette indulge ce funeste, la faveur des passions et de conquérir plus de sectateurs. La sagesse divine a donc pu seule inventer, la puissance infinie a donc pu seule rendre efficace, l'autorité divine seule a pu persuader à l'homme l'usage d'un remède aussi nouveau, aussi difficile, mais aussi nécessaire à ses misères et à ses faiblesses.
La confession, en effaçant les péchés anciens, garantit l'homme contre les nouveaux ; tout en étant un remède contre le passé, elle est un préservatif puissant pour l'avenir; chaque péché commis étant une disposition à un autre péché, et un motif pour se dépraver toujours davantage, chaque confession bien faite est une disposition, un gage pour se corriger davantage, pour se sanctifier de plus en plus. La confession est donc ainsi la mort des vices, la mère des vertus chrétiennes; c'est el'e qui préserve l'homme
du désespoir et de l'endurcissement, tandis que le péché ne peut s'implanter longtemps dans le cœur de l'homme sans l'entraîner dans l'un ou l'autre de ces abîmes.
L'hérésie qui a détruit la confession chez tant de nations chrétiennes a donné, par cela seul, un coup terrible à toutes les vertus, à toute la morale chrétienne. Elle a ouvert la porte à tous les vices; elle a ôté tout frein aux passions. L'hérésie, ennemie de Dieu et de l'Évangile, est encore ennemie de l'homme et de sa félicité. Cruelle ! elle lui a ravi le remède de ses péchés, le soutien contre ses chutes, la plus grande de ses expiations, l'appui de sa faiblesse, le fondement de ses espérances, la source secrète de sa force, de la vraie paix de l'âme, de la vraie consolation, du vrai contentement.
Aussi Mélanchthon, quoique hérésiarque et disciple de Luther, fauteur et complice de son apostasie, ne peut-il jamais pardonner à son patron la destruction de la confession. Voilà pourquoi bon nombre de protestants, tout en niant ce dogme, n'en maintiennent pas moins la pratique, et se confessent spontanément à leurs ministres. Voilà pourquoi on lit dans le Catéchisme de la protestante Genève: «Il est convenable d'exonérer sa conscience dans les mains du pasteur, pour en recevoir les directions nécessaires. » Ainsi l'hérésie elle-même, après avoir détruit la confession comme sacrement, s'est vue contrainte de l'insinuer comme conférence spirituelle (1), tant le besoin que
(1) On peut lire d'autres réflexions sur cette confession directrice
l'homme en a est grand, tant elle est dans la nature et daas les lois secrètes de l'humanité !
SECONDE PARTIE
Il semblait qu'après avoir été assurée, par la bouche de Jésus-Christ, du pardon qui lui avait été accordé, Madeleine n'eût plus à s'occuper de ses péchés. Il semblait qu'après avoir reçu la paix des lèvres mêmes du Fils de Dieu, Madeleine dût demeurer tranquille, sans inquiétude et sans trouble avec sa conscience. Il fut cependant loin d'en être ainsi : dès le moment, au contraire, où tous ses péchés lui furent remis, elle y pensa plus que jamais. Dès l'instant où elle entra en paix avec Dieu, elle commença contre elle-même un combat incessant, obstiné ; car, ayant fait un adieu complet au démon et à toutes ses œuvres, au monde et à toutes ses pompes, à la chair et à tous ses désirs ; toujours humble d'esprit, toujours souffrante dans son cœur, le front constamment triste, les joues blêmes, les yeux larmoyants, le regard modeste, la bouche silencieuse ; toujours simple dans ses vêtements, abaissée dans sa contenance, elle fit consister toutes ses délices à suivre Jésus -Christ dans ses voyages, dans ses prédications, auprès de sa croix, à son sépulcre, et à lui prouver incessamment son amour et son repentir. Après l'ascension du Seigneur, s'étant séparée
des hérétiques et des schismatiques dans le tome second des Beautés de la foi, \ect. iv, § 18, et tome UT, lect. viii.
de tout commerce avec les vivants, et, ensevelie vivante dans une grotte sombre, près de Marseille, elle se mit à s'exténuer par le jeûne, à déchirer sa chair avec la discipline. Modèle de véritable pénitente au ciel et sur la terre, elle continua trentetrois ans cette vie d'austérité et de douleur pire que la mort. Elle ne cessa de se mortifier et de souffrir qu'en cessant de vivre.
N'en soyons point étonnés, puisque, selon la belle doctrine du prophète David, le maître et le théologien, non moins que le modèle et l'exemple de la vraie pénitence, c'est le propre de l'esprit du vrai repentir de faire passer dans le cœur du pécheur les sentiments d'indignation, de haine, de vengeance que Dieu ressent contre le péché (1). De là vient que Tertullien définit très -bien le pénitent, un homme en colère, en guerre continuelle contre luimême (2). Il dit encore ailleurs que la vraie pénitence est un sentiment de vengeance et de haine qui pousse le pénitent à châtier en lui les fautes qu'il se repent d'avoir commises (3). Ainsi le vrai pénitent, même après avoir confessé ses péchés avec les dispositions requises, même après en avoir reçu l'absolution, se met en la place du Dieu qu'il a offensé, se souvient continuellement des fautes commises et que Dieu a oubliées en les lui pardonnant.
(1) In me transierunt ira tuae {Ps. lxxxtii).
(2) Est homo irascens sibi.
(3) Pœnitenlia est quœdaru dolentis vindicta, puniens in se quod dolet commisisse.
11 se punit de son propre gré, parce qae Dieu Ta épargné ; il se met à se hiiïr,à se détester lui-même, en proportion de ce que Dieu l'a aimé davantage (1). Que devrons-nous donc penser de tant de pécheurs qui, après avoir confessé les écarts honteux, les excès horribles d'une ou de plusieurs années, ne s'en souviennent plus; qui les jettent dans l'oubli, les considèrent comme une dette payée, et comme si, les avoir confessés, était la même chose que ne les avoir jamais commis? de ces pécheurs qui ne reviennent jamais eu arrière sur leur vie passée pour s'en attrister, s'en humilier, eu demander à Dieu le pardon qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir obtenu? Que dis-je ? de tant de pécheurs qui, loin de concevoir la moindre haine , le moindre dégoût contre leur personne, après s'être reconnus et confessés ingrats, rebelles, audacieux contre Dieu, se ménagent, s'adulent, se posent comme s'ils eussent été toujours innocents, toujours purs et fidèles? Que penser de tant de pécheurs qui, après avoir réprouvé leur esprit orgueilleux, leur chair rebelle, leur imagination légère, leur volonté débile, leur cœur perverti, au lieu de s'imposer volontairement des actes d'humiliation, de jeûne, de mortification ; au lieu de s'interdire ces fréquentations, ces liaisons où leur fragilité a été mise tant de fois à une épreuve humiliante, accomplissent à peine la pénitence qui leur a été imposée , pénitence qu'ils accompagnent de
(1) In me transierunt irse tuae. Est homo irascens sibi.
murmures et de plaintes, comme étant trop lourde et trop sévère, et qui, dissipés, irréfléchis, joyeux, reviennent à la même conduite et aux mêmes occasions?
Ils se sont confessés, disent-ils , ils n'ont absolument rien caché à leur confesseur. Oui, ils se sont confessés, mais comme Saûl, et non point comme David. Ces deux rois d'Israël, tous deux pécheurs, tous deux le front humilié, la parole humble, les yeux pleins de larmes, s'étaient confessés à deux prophètes de Dieu, Néanmoins, tous deux n'obtiennent pas le pardon. J'ai péché, dit David à Nathan. A peine avait-il prononcé cette parole, que le prophète lui répondit sur-le-champ : « Eh bien! moi je vous dis qu'en ce moment Dieu vous a pardonné votre péché (1).» J'ai péché, dit à son tour Satil à Samuel, et celui-ci répliqua aussitôt :«Le Seigneur vous a rejeté, et vous ne serez plus roi en Israël (2). » Pourquoi le même aveu eut il des résultats si opposés? Parce que Saiil, après avoir confessé sa faute, dit à Samuel : « Ilùtez-vous, honorez-moi en présence des anciens du peuple. » C'est-à-dire que, tandis que David gémissait d'avoir offensé Dieu, Saiil regrettait d'avoir déplu au peuple ; tandis que David gémissait de s'être exposé à perdre son âme, Saiil regrettait de s'être exposé à perdre son trône ; tandis que David se prenait à détester cordialement
(1) Dominus quoque transtulit peccalum tuum.
(2) Projecit te Dominus, ne sis rex super Israël.
le péché qu'il confessait de bouche, Saûl confessait avec la langue son péché dont il n'avait aucun repentir dans le cœur ; tandis que David était un véritable pénitent, Saiil n'était qu'un hypocrite, un imposteur. Qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que l'un entendît proclamer son pardon, l'autre son châtiment?
En conséquence, lors même que ces chrétiens si habiles, si industrieux, si persévérants à pécher et si peu soucieux de se rappeler, d'expier, de réparer leurs fautes, s'en confessent à la Pâque : pareils à Saiil, ils se confessent pour des motifs naturels et humains, et non spirituels et divins ; ils se confessent pour assoupir les remords les plus cuisants de leur conscience, pour en faire taire les cris, en se disant à eux-mêmes : Je me suis confessé ; ils se confessent pour se conformer à un usage, et non pour recevoir un sacrement ; ils se confessent pour s'épargner l'excommunication, pour sauver les apparences, pour conserver l'estime de leurs supérieurs, les faveurs de leurs amis, l'affection de leur parenté; ils se confessent par crainte du châtiment, et non par horreur du péché (1). £n agissant de la sorte, ils ne font qu'ajouter, chaque année, une confession mal faite, une profanation, un péché, un sacrilège de plus aux péchés qu'ils ont commis durant toute l'année, dans lesquels ils vivent et qu'ils renouvellent sans cesse. Le grand remède de la confession, un des bienfaits les plus insignes de la divine miséricorde se change
(1) Et nunc honora me coram senioribos.
— 272 -, pour eux en poison el en sujet de nouveau triomphe pour le démon.
Ah! souvenons-nous bien, comme l'a déclaré le saint Concile de Trente, que la condition principale, nécessaire, essentielle du sacrement de Pénitence, est un repentir sincère , une douleur vraie des péchés commis ; que, dans tous les temps, ce repentir et cette douleur ont été nécessaires pour oblenir le pardon (I). Persuadons-nous bien que la haine du péché est ce qui constitue proprement la pénitence vraie et certaine (2). Travaillons donc, en nous disposant à recevoir ce sacrement, à exciter en nous cette contrition et cette douleur ; et, si nous nous sentons le cœur froid, insensible, indifférent devant toutes les considérations qui devraient le frapper, rébranler, le briser , demandons à Dieu ce repentir sincère par d'humbles supplications : Dieu l'accorde aux mérites de la prière. Le cœur contrit et véritablement humilié nous inspirera tous les actes qui doivent précéder, toutes les pratiques qui doivent suivre notre confession ; il nous en assurera les effets miraculeux ; il nous obtiendra de Dieu notre pardon et nous procurera la paix véritable (.3). Ainsi soit-il î
(1) Primum locum, inter pœnitentiae actus, habel, et fuil omni tempore ad impetrandam veniam peccatorum hic contritionis motus Mecessarius (Loc. cit.).
(2) Pœnitentiam certam non fecit nisi odium culpae.
(3) Remittuntur tibi peccala tua : vade in pace.
TREME-CIAQIIÉIIE HOMÉLIE.
La Communion.
Verbum caro factum est, ei habitavit in nobis plénum gratiœ et veritatis.