‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 18 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

qu'il semble avoir voulu commenter, expliquer en disant dans sou évangile : « Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous plein de grâce et de vérité (1). » C'était, en effet, comme s'il eût dit : Dans le Verbe qui s'est fait réellement chair, dans le Dieu qui s'est fait véritablement homme et qui a fixé sa demeure au milieu des hommes avec toutes les richesses, les mérites, les avantages dont il est comblé, s'est enfin accomplie cette grande prophétie, que le Messie serait Dieu-Homme, Dieu en nous et avec nous (2). Mais, soit l'oracle du prophète, soit le commentaire de saint Jean, semblent indiquer clairement non plus une demeure temporaire, passagère de Dieu avec l'homme, pareille à celle où, comme le Prophète l'avait annoncé, le Messie ne fit qu'apparaître sur la terre et ne conversa avec les hommes que durant trente-trois années (3), mais un séjour permanent, durable, semblable à celui dont il a dit lui-même : « Voilà que, dès cet instant, je serai avec vous jusqu'à la fin du monde (4).»Isaïe et saint Jean paraissent avoir voulu indiquer non pas une demeure du Fils de Dieu parmi nous, figurée et morale, mais réelle et corporelle ; non pas une demeure générique

(1) Vcrbum caro factum est, et habitavit in nobis... plénum gratiœ et verilatis.

(2) Nobiscum Deus, Nobiscum Deus.

(3) Post hœc in turris \isus est, et cuin hominibus conversatus est {Baruc. m).

(4)Ecceegovobiscuni sum usque ad consunimationein sxcvlIî {Matth. xxvin).

— 275 ^ et commune avec uotre nature, mais particulière, individuelle avec notre personne (1).

Or, quel est le mystère qui nous offre l'accomplissement le plus parfait et le plus littéral de ces oracles et de ces prophéties? n'est-ce pas celui de la communion eucharistique, où Jésus-Christ donne, sur l'autel sacré, à chacun des fidèles, comme il donne à chacun des apôtrôs, avec l'amour le plus tendre, son corps à manger, son sang à boire (2)?

0 mémorial ! ô mystère de charité infinie ! notre doux Sauveur, avant de retourner auprès de sou divin Père, ne se contenta pas de fixer moralement sa demeure parmi nous et en nous, au moyen de ses mystères toujours vivants, de sa doctrine toujours vraie, de sa grâce toujours abondante, de son vicaire toujours infaillible, de son sacerdoce toujours subsistant, de sa providence toujours bienveillante, de sa protection toujours eflBcace ; mais il voulut établir sa permanence corporelle au milieu de nous et en nous dans son sacrement eucharistique toujours immortel, oii il se donne personnellement à chacun de nous en particulier. C'est ainsi qu'il résulte de cet expédient ineffable de sa sagesse, de sa puissance, de son amour, que le Sauveur du monde, une fois descendu du ciel, n'a plus jamais abandonné la terre ; que, venu de Dieu, il ne s'est plus jamais séparé des hommes, et que, s'étant rendu une fois

(1 ) Nobiscum Deus. Habitavit ia nobis.

(2) Accipite, et nianducate : Hoc est corpus meum. Bibite eX eo omnes : Hic est sanguis meus.

parmi nous, il est resté pour habiter sans cesse, non-seulement avec nous, mais en chacun de nous et au dedans de nous (1).

Vous ayant déjà entretenus, précédemment, de TEncliaristie, relativement à la révélation qu'en fit le Seigneur, à l'institution qu'il en accomplit, au sacrifice qu'il y institua ; désirant examiner avec vous, en dernier lieu, ce mystère relativement à la communion de son corps et de son sang qui nous y est préparée, je ne veux pas m'éloigner de l'idée que, dans les paroles de mon texte, le disciple de l'amour semble nous avoir donnée de ce mystère d'amour. Je m'appliquerai à vous faire envisager la communion eucharistique comme le complément, l'achèvement, le sceau, la gloire de l'Incarnation ; comme le mystère dans lequel et par lequel le Verbe fait chair se communique tout entier à nous de la façon la plus intime et la plus parfaite, et habite personnelleraent avec nous et dans chacun de nous avec l'abondance de sa grâce, avec la lumière de sa vérité (2). Commençons.

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