‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 20 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

fétichisme et à ses superstitions (1 ) . Mais l'état de développement intellectuel où le christianisme a porté la raison humaine en Europe ; mais la permanence des vérités fondamentales chrétiennes au sein des nations hérétiques, que trois siècles de négations, de doutes de la raison et du sens privé n'ont pu détruire entièrement; mais l'influence secrète, exercée par l'Église catholique, même dans les contrées protestantes, par son enseignement, ses exemples, sa foi et sa seule existence; mais les habitudes des peuples sur lesquels ont passé quatorze siècles de christianisme : toutes ces causes, tant que ces circonstances seront les mêmes, rendent la renaissance de l'idolâtrie impossible en Europe. Qu'ont donc fait et que font encore les hérétiques, pour suppléer au défaut du Dieu de l'Eucharistie, c'est-à-dire au défaut du voisinage, du commerce familier, intime, personnel avec le vrai Dieu, et dans l'impossibilité où ils sont de se forger des dieux faux? Les grands, les riches, que le dieu du siècle a aveuglés, ont disposé leur vie de telle manière, ont arrangé les soins du corps et les distractions de l'esprit, les plaisirs et les affaires dans un ordre si continu, que, dans le jour tout en-

(1) Il y a, même chez les protestants instruits, une prédilection remarquable pour l'idolùlrie. Chacun sait que l'horrible Gibbon, parmi les accusations et les torts qu'il attribue au christianisme, y range celui-ci : d'avoir détruit le culte des idoles. Dans la vie, les ministres de certains gouvernants protestants monin^iilla synipaihic lu plus décidée pour le paganisme; ils accordent au culte des idoles pUs que la liberté, ils y ajoutent encore la protection.

tier, il ne leur reste pas un seul instant où l'esprit et le cœur puissent se livrer aux pensées sérieuses de l'âme, de Dieu, de la religion, de l'éternité. Ils vivent par là dans un état de dissipation, d'ivresse perpétuelle ; ils ne sentent ou feignent de ne pas sentir les reproches de leur esprit, le vide, les remords, les angoisses de leur cœur. Les autres se font un dieu ou des honneurs, ou des richesses, ou de la volupté ; ils s'y abandonnent sans réserve ; ils en font l'objet principal et unique de tous leurs soins, de tout leur amour; sans cesse occupés, toujours en compagnie de ces idoles de leur création, ils sentent moins le défaut de conversation du Dieu incréé. Quelques sectes ont substitué à la manière ineffable , réelle , divine qu'ont les catholiques de communiquer avec le vrai Dieu, mille autres cérémonies tout humaines, et, par conséquent, toutes fautastiquos, ridicules, extravagantes et bizarres. Les piétistes allemands et les quakers anglais, avec leur enthousiasme, leurs prières, leur tremblement, leurs convulsions, leurs cris, par où ils cherchent à se mettre en communication intime et directe avec Dieu, ne font que publier, reconnaître cette grande vérité : le besoin impérieux, naturel, qu'a l'homme de posséder Dieu en lui et avec lui. Les hallucinations étranges qu'ils éprouvent véritablement dans cet état fébrile de leur âme, et auquel l'action démoniaque participe aussi largement, satisfait au mieux, ou plutôt trompe, séduit le besoin que leur cœur a de Dieu ; il leur fait croire qu'il converse

véritablement et personnellement avec lui : c'est cette persuasion qui les rend si obstinés, si fanatiques dans leur secte. Enfin les philosophes, qui ont répudié tous les dogmes positifs du christianisme, toutes les vérités traditionnelles et communes de l'humanité, et qui ont pris pour point de départ de leurs recherches, pour base unique de leur science, le moi individuel, le moi personnel et privé , désespérant de parvenir, par celte voie, à communiquer véritablement avec un Dieu en dehors de l'homme, ont fini par donner à l'homme un Dieu dans l'homme lui-même, faisant de l'homme un Dieu ou une partie d'un tout, qui est tout Dieu. Là est venu aboutir le panthéisme moderne ou le protestantisme, dans différentes contrées de l'Europe, (1). Il n'est pas difficile de montrer que cet horrible système est, en effet, extravagant, honteux, diabolique et absurde ; car ce n'est pas avec des raisons qu'on peut combattre chez un peuple qui, avec la vraie religion, a perdu le vrai moyen de communiquer avec Dieu. Ce système subsistera toujours chez un tel peuple, sous des noms divers ; détruit sous une forme, il reparaîtra sous une autre. L'homme qui cesse de reconnaître le Dieu vrai, sera infailliblement entraîné

(1) Tout ce qui existe, étant ou esprit ou corps, le panthéisme s'est, à ce propos, partagé en trois sectes : le kantisme, pour qui Vuniqut tubstance ouïe Dieu tout n'est qu'esprit; le saint simonianisme et le fouriérisme, pour qui le Dieu tout ou la substance unique n'est que «orps, chair, matière ; et le schlegelisme, pour qui la substance unique, it Di«u universel est à la fois esprit et chair.

par l'instinct qui le pousse vers Dieu, à se fabriquer un dieu faux.Ila'y a, entre la religion et l'idolâtrie, aucun point d'arrêt où l'humanité puisse se fixer. Que si, pour les raisons que nous venons d'indiquer, l'idolâtrie proprement dite, l'idolâtrie extérieure lui est impossible, l'homme se plonge dans l'idolâtrie intérieure de lui-même ; il finit par faire un dieu de lui-même, de toute l'humanité, de tout l'univers : il lui semble alors satisfaire au besoin de rester uni à Dieu, vu que, par une croyance semblable, il a ce Dieu en lui-même, et qu'il est lui-même dans le Dieu dont il a besoin. C'est ainsi que le panthéisme, que nul, dans notre siècle, ne se serait jamais attendu à voir surgir du scepticisme du siècle dernier, est la dernière conséquence du renoncement à la vraie religion, l'enfantement monstrueux, il est vrai, mais légitime et naturel de l'hérésie (1).

(1) M. Cousin a démontré dans ses Cours de Philosophie que la philosophie antique en Orient et en Occident, en Chine, dans les Indes, en Perse, en Grèce, à Home, à Alexandrie, et la nouvelle, en Allemagne, en Angleterre, en France, a eu toujours et constamment quatre phases : \<> elle s'est détachée du dogme religieux positif; 2* elle a embrassé le sensualisme ou l'idéalisme-, 3° elle est arrivée au scepticisme; i" enfin, elle s'est arrêtée au mysticisme, soit au panthéisme : il a établi cette filiation des systèmes philosophiques comme une loi nécessaire de l'esprit humain. Voilà donc un philosophe, un chef d'école qui fait la censure la plus atroce, la satire la plus poignante de la philosophie dont il s'est donné comme le restaurateur : que peut-on dire, en effet, de plus concluant pour démontrer la vanité, la nullité, le danger de la philosophie qui se détache du dogme positif, quand on a proclamé qu'elle aboutit toujours et partout, et nécessairement au scepticisme et se fixe dans le panthéisme? Cette observation à part, la doctrins de

Mais redisons-le sans crainte : nons sommes, durant cette Tie, dans un état d'enfance perpétuelle relali- Ycment à la connaissance de nos besoins spirituels et au mode de les satisfaire. Nous sentons, mais sans le comprendre, si ce n'est d'une façon fort confuse et incertaine, le besoin intime et naturel de notre cœur d'avoir Dieu avec nous et en nous : a combien plus forte raison ne pouvions-nous pas comprendre ni même soupçonner la manière ineffable et miraculeuse de l'apaiser ? Mais la Mère divine a pensé à nous ; dans sa sagesse infinie, elle a connu et nous a révélé ce besoin intime et caché de l'homme, sa créature et son enfant ; dans son amour infini, elle nous a préparé le moyen unique d'y satisfaire. Après cette révélation et cette marque de généreuse charité, nous savons clairement aujourd'hui pourquoi Jésus-Christ nous a laissé son corps et son sang dans le sacrement • pourquoi il l'a institué sous forme de nourriture et de breuvage ; pourquoi il a choisi le pain et le vin afin de s'y cacher. Nous voyons clairement que le Sauveur, voulant se trouver personnellement présent en tout lieu, avec tous ses fidèles dispersés par tout le monde, converser avec eux, se donner à eux en nourriture, s'unir intimement à chacun d'eux, ne

M. Cousin, est l'ample commentaire âc cette grande vérité : que l'homme a un besoin inné de Dieu, de converser inlimcnient avec Dieu, et que la vraie religion , qui seule peut l'y conduire, étant une fois perdue, ou il se jette dans l'idolâtrie, ou, dédaignant l'idolâtrie comme chose trop honteuse et absurde, il s'abajidonne et se perd dans le panthéisme.

pouvait rien faire de mieux que d établir, , coranife il l'a fait, la sainte Eucharistie, ce mystère de foi grand, incompréhensible, que la raison ne scrutera jamais sur celte terre. Quant au mode dont ii l'exécute, la raison \oit clairement (puisque cela lui a été révélé) pourquoi il s'opère ; elle en saisit les relations intimes, nécessaires avec nos besoins, avec les dispositions les plus secrètes du cœur, avec ce qu'il y a de plus mystérieux, de plus intime dans la nature humaine, non moins qu'avec les autres dogmes et les autres vérités du christianisme. Sans doute Tintelligence créée reste stupéfaite, accablée devant ce prodige permanent, multiplié de la puissance divine, devant ce fruit généreux, ineffable de l'amour d'un Dieu qui se donne tout à l'homme, qui s unit à lui de la façon la plus intime et la plus parfaite, en se faisant son aliment et son fortifiant. Mais, la croyance en étant une fols admise, loin de sembler un prodige superflu, un excès inexprimable de la part de Dieu , on voit et l'on comprend qu'il a sa raison d'être dans les dispositions, dans les inclinations imprimées par Dieu lui-même dans le cœur de l'homme; on voit que, quelque indigne que l'homme fût devenu par le péché de cet excès de la bouté divine, il convenait néanmoins à cette divine bonté, supposé qu'elle s'était libéralement et miséricordieusement décidée à racheter l'homme, à le réhabiliter, à réparer toutes ses pertes, à le replacer à la hauteur du rang d'où il était descendu, à l'élever à l'état déifique et parfait ; il lui

convenait, dis-je, d'instituer l'Eucharistie, afin de répondre à tous les instincts primitifs, naturels, légitimes de l'homme ; de se communiquer à lui de la manière la plus intime, de le transformer en ellemême; ce qui constitue son bonheur, sa perfeclionet sa gloire tout entière. On voit, maintenant que le mystère nous a été manifesté, que, sans cette marque de la bonté infinie de Dieu, notre félicité terrestre eût été incomplète ; que quelque chose eût manque à notre amour. Loin de nous paraître comme une institution accidentelle, accessoire à la vraie religion, la vraie religion cesserait d'être intelligible sans ce mystère qui en est le comble, le complément, le sceau, la magnificence, la dernière perfection possible sur la terre.

0 mystère eucharistique, que vous êtes grand, admirable, précieux, magnifique! ô divin mystère, recevez aujourd'hui les humbles hommages de notre foi, de notre amour! Non-seulement nous vous croyons et nous vous adorons, mais nous vous reconnaissons encore et nous vous louons comme le mystère où le Yerbe fait chair a voulu étendre et accomplir, même en chacun de nous en particulier, le prodige de son incarnation , s'unir à nous , habiter en nous , nous enrichir des trésors de sa sagesse et de sa bonté (1).

(1) Verbum caro factum est, et liabitavit in nobis.. . plénum gratias 9t veritatis.

SECOKDE PABTIE.

La manière la plus convenable de témoigner notre gré, notre reconnaissance à celui qui nous a donné une chose, c'est d'en user promptement, souvent, avec joie, avec plaisir et complaisance. Le mode le plus convenable, le plus agréable à Jésus-Christ, de lui témoigner notre reconnaissance pour le don insigne , précieux qu'il noi;s a légué dans la communion eucharistique, est donc de communier souvent. Surtout que, eu communiant fréquemment, avec les dispositions requises, outre que nous montrons à notre bon Sauveur l'estime que nous faisons de ce don ineffable de son amour, nous nous procurons encore les plus grands avantages; car le témoignage de notre gratitude envers Jésus -Christ nous est d'autant plus utile, qu'il lui est à lui-même plus agréable. Aussi les Pères ne cessent-ils de recommander l'usage fréquent de la communion. Considérez, nous dit saint Jean Chrysostome, avec quelle avidité l'enfant s'attache au sein de sa mère et comment il le presse de ses tendres lèvres pour en obtenir le lait. C'est avec le même empressement, et même plus grand ; c'est avec le même transport, et même plus vif, que nous devons nous asseoir au banquet divin où Jésus-Christ, comme une bonne mère, nous présente son sein spirituel rempli de son sang; que, pareils à des enfants allaités, nous devons y demeurer attachés, afin d'y sucer l'aliment de la grâce et

de la vie spirituelle (1). Saint Cyprien disait : « Lorsque, dans rOraison Dominicale, nous demandons à Dieu notre paia quotidien, nous demandons Jésus- Christ dans rEuchurislîe, puisque, dans ce sacrement, Jésus-Christ est pain de vie, pain non commun a tous, mais seulement à nous chrétiens; et nous demandons que ce paia nous soit donné journellement, vu que, ayant une fois recouvré la vie de la grâce et commencé ù vivre en Jésus- Christ, la communion fréquente est le moyen le plus efficace pour ne plus nous séparer de ce corps divin et pour conserver en nous sa sanctification et son amour (2).» Saint Basile le Grand recommande aussi chaleureusement, comme une pratique souverainement fructueuse et pieuse, la communion quotidienne du corps et du sans; très- précieux du Sauveur : parce qu'il est manifeste, dit-il à ceux qui veulent l'entendre, que la participation fréquente à l'auteur de \'A vie est la môme chose que vivre souvent de lui et avec lui (3). Saint Augustin déclare (et saint Isidore

(1) Tanla igitur charitale affecli, non lorpeamus. Non videtis quanta infantes animi alacritate mamillas arripiunt; qua pressione papillis infligunt labia ? Non mincri cupiditate nos quoque ad hanc mensani et ad hujus Calicis spirltualem papillam accedamus : imo vero niajori desiderio, quasi lactenies pueri, graliam spintus sugamus [Homil. 83 in MaUh .

(2) l'anis vitae Christus est, et Panis hic omnium non est, scd nosler est ; et ideo panem nostrum, id est t.hristum dari nobis quotidie petimus , ut qui in Christo manemus et vivimus, a sanctificatione cjus et corpore non rccedamus [De Oration. Domini).

(5) Singulis certe diebus comniunicare et participare sancto Corpori et

de Séville a mis cette déclartion en canon) que recevoir Jé-us-Christ indignement, c'est le recevoir en état de péché mortel et sans avoir reçu préalablement le sacrement de pénitence ; mais que, hors ce cas où il est interdit au chrétien de s'approcher de l'autel, les fautes légères ne sont pas une raison pour se priver de la communion journalière , puisque cette communion journalière en est le remède le plus assuré (1).

Personne n'a, plus que saint Arabroise, insisté sur b. pratique de la communion de chaque jour. Yoici comment il s'exprime : « Si Jésus-Christ lui-même nous a révélé que son sang divin est toujours consacré, toujours répandu pour la rémission des péchés, je dois donc recevoir constamment en moi ce sang divin, afin que mes péchés me soient toujours remis ; et comme je suis toujours porté, exposé à pécher, ainsi je dois toujours avoir en moi l'antidote et le remède contre le péché (2). » Ce même saint docteur continue à dire : « Si l'Eucharistie est le vrai pain

Sanguini Christi, bonum et fructuosum est. Jam vero quis dubitat, quin vitœ frequentius participare non sit aliud omnino quam fréquenter vivere {Epistol. 289 ad Caesariam, Patriciam)?

(1) Hoc est indigne accipere, si eo tempore accipiat, quo débet agere pœnitentiam. Cœterum peccata, si lanta non sunt ut excommunlcandus quisquam homo judicetur, non débet se a quotidiana tnedieina Dominici Corporis separare (Epistol. H8 ad Januarium).

(2) Si quotiescunque funditur Sanguis, in remissionem peccatorum funditur, debeo illum semper accipere, ut semper mihi peccata dimiitantur. Qui semper pecco, semper debeo habere medicinam (De 5acram., lib. IV).

quotidien, par quelle imprévoyance, ô homrne, ne te mets-tu en peine de ne le recevoir qu'une fois l'an? Ali! comme le besoin que tu en as est journalier, la force qu'il te donne est aussi journalière : décide-toi à le manger chaque jour, à la condition, cependant, de vivre de manière à pouvoir le recevoir chaque jour. Ne dis pas que tu ne te crois pas assez saint pour pouvoir communier journellement ; car il ne faut pour cela que l'éloigneraent pour le péché; et si tu ne vis pas dans cet éloiguement, tu ne mérites pas même de communier une fois chaque année (1). Quand on aune plaie au corps, on ne cesse d'y appliquer le baume propre à la guérir. Et, puisque nous sommes tous sous l'empire des conséquences funestes du péché, que nous avons tous une âme remplie de plaies, tous nous devons fréquenter l'auguste sacrement, seul remède propre à la guérir (2).» Saint Cyrille d'Alexandrie s'élève avec toute la force de son zèle contre ceux qui entrent à peine une fois l'an dans l'église, ou qui ne reçoivent presque jamais la divine Eucharistie, affectant pour excuse le respect religieux, la crainte révérentielle que ce sacrement leur inspire : il dit que c'est un respect malentendu que celui qui éloigne le chrétien

(1) Si quotidianus est panis, cur post annum illud sumis? Accip« quotidie, quod quotidie tibi prosit. Sic vive, ut quolidie merearis accipece. Qui non meretur quotidie accipere, non meretur post annum accipe«(l««i., Ub. IV).

Ci) Qmï vulnus babct, medicinam requirit. Vulnus est, quia sub pectalo suTOUs : medicina est cœleste et venerabile sacrameLlum {Ibid.).

de la communion fréquente ; que ce respect n'est pas une vertu, mais un vice, une vaine excuse, un prétexte emprunté, par où les chrétiens de peu de foi cherchent à couvrir leur froideur, leur indifférence pour cet aliment divin. Malheureux! ajoute-t-il, qui ne vous apercevez pas que votre éloignement de l'autel est une religion fausse, un scandale réel, un piège pour votre âme ; car, en refusant de vous approcher de celui qui seul peut vous vivifier, vous vous excluez vous-mêmes de la vie éternelle (1 ) ! Ah ! si vous saviez, en tenant cette conduite, quel est celui dont vous suivez les inspirations et dont vous secondez les séductions ! Vous cédez aux suggestions du démon ; vous êtes le jouet de ses astuces toujours variées et funestes. Vous ne vous apercevez pas qu'après vous avoir entraînés dans toutes les habitudes du vice, en vous inspirant aujourd'hui de vous éloigner des saints autels, il vous fait haïr, prendre en horreur la source unique de la grâce qui pourrait vous guérir (2) !

C'est pour ces motifs que le saint Concile de Trente a déclaré que c'est son désir et son vœu que les fi-

(1) Intelligant qui cunctanter et vix ecclesias adeunt et longo temporum spatio eulogiam frequentare desinual ; et ex eo quod nolunt Christo myslice communicare damaosum metum ac reverentiam praeslaut ; œlerna vita seipsos excludere dum vivificari renuunt; et recusationem illam tametsi a metu ac religione praefecta videatur in lapsum et scandalum cadere.

(2) Satanae yariae ad decipiendum artes : postquam eos malis inquignavit, ipsam quoque ratiam cogit exhorrescere {Comment. inJoan., lib. III).

dèles puissent communier, non-seulement spirituellement, maïs encore sacramentellement à chacune des messes où ils assistent (1). Et cela non-seulemenl parce que la communion est partie intégrante du sacrifice ; et, pour cette raison, comme tous les fidèles qui y assistent, l'offrent simultanément avec le prêtre, ainsi ils devraient tous communier simultanément avec lui ; mais encore parce que ce serait le moyen de retirer du très-saint sacrifice le fruit le plus copieux (2). C'est pour ces raisons que les fidèles de rÉglise primitive communiaient chaque jour, nonseulement les prêti'es et les vierges, mais encore les laïques et les gens mariés. C'est pourquoi les grands saints suscités de Dieu au XVP siècle, pour la réforme du christianisn.e (en opposition aux monstres d'héi*ésie que le démon vomit pour le détruire), un saint Gaétan , un saint Ignace, un saint Philippe de Néri, un saint Charles Borromée, un saint François de Sales, un saint André Avellin, un saint Pierre d'Alcantara, un saint Jean de la Croix, une sainte Thérèse, mirent tous leurs soins à attirer les fidèles à la communion fréquente. Par cette pratique salutaire, qu'ils encouragèrent de leurs discours et de leurs écrits, ils réussirent à réformer les mœurs relâchées des peuples, à ranimer la piété à demi éteinte,

(1) Optaret sancta synodus , ut singulis iiiissis fidèles adstantes non solum spiritual! affeclu, sed et sacramentali etiara Eucharistiae perceptione conmiunicarent (Sess. '22, Can. 6).

(2) Quod ad eos hujus sauciissiini Sacrificii fruclus uberior proveniret {Ibid.).

à faire refleurir toutes les vertus de TEvangile. Je n'ignore pas les difficuités que vous voudriez ra' opposer : c'est-à-dire qu'on voit dans un grand nombre de ceux qui s'approchent des autels toutes les misères, toutes les faiblesses de l'homme, et rien de la sainteté du chrétien. Je ne prétends point contester ces faits , bien qu'il y ait beaucoup à retrancher de ce que l'on croit et de ce que Ton dit. Oui,, cela est vrai, malheureusement, et je le sais comme vous et mieux que vous. Aussi n'ai-je pas la prétention de vouloir défendre les sacrilèges de quelques âmes horriblement hypocriteS;, qui ne communient fréquemment qu'afin de voiler, par cet acte de piété feinte, leurs passions réelles, leur désir de captiver l'estime du public et de détourner les yeux du monde des turpitudes secrètes de leur conduite. Je déplore, je réprouve, je condamne avec vous et plus que vous le scandale de certaines âmes qui ne retirent pas d'autre fruit de leurs communions que le droit prétendu de se pardonner à elles-mêmes, et de se voir pardonner aussi par autrui, la dissipation de l'esprit, l'obstination à leur jugement;, l'indocilité envers les supérieurs, les jalousies et les mépris envers les égaux, la hauteur avec leurs inférieurs, la licence des murmures, la satisfaction de la gourmandise, la servilité du respect humain, les pompes du luxe, l'attachement à l'intérêt, le goût des spectacles, la fureur des divertissements, les flatteries, les caprices de l'amour-propre, les bizarreries de la dévotion. Je déplore, réprouve, condamne avec vous

et plus que vous l'illusioa funeste, Terreur volon-, taire de quelques âmes qui, négligentes, indifférentes quand il s'agit de corriger leurs défauts, de mortifier leurs passions, de réprimer leur humeur, d'acquérir les vertus chrétiennes, de montrer du zèle, d'exercer la charité, d'accomplir les devoirs de leur état, sont cependant tout feu pour communier souvent, faisant consister toutes les obligations de la vie chrétienne à se montrer souvent aux pieds de nos saints autels. Oui, je réprouve, condamme tous ces abus, parce que la religion elle-même, l'Eglise les condamne et les réprouve. Malheur, dis-je, à ces âmes hypocrites, fausses, téméraires, sacrilèges qui convertissent en poison ce divin aliment de vie! Mais qu'est-ce que tout cela prouve? Gela prouve que, comme il y en a qui abusent des saintes Ecritures, ce qui enfante les hérésies, ainsi il y en a qui abusent du divin sacrement, ce qui produit les sacrilèges. Mais cela ne prouve rien contre l'utilité et la nécessité de la communion fréquente : pratique appuyée par l'exemple des premiers fidèles, insinuée par les Pères, recommandée par les conciles, provoquée par les saints, suivie par les âmes véritablement chrétiennes de tous les temps et de tous les lieux. Car, si l'abus qu'on fait d'une chose suffisait pour en condamner indistinctement l'usage, il faudrait condacner toutes les pratiques de religion , vu que, comme il n'y a rien de si iuoffensif , de si salutaire dont quelques-uns n'abusent pour le corps ; ainsi il n'y a rien de si innocent, de si saint dont d'autres n'abu-

sent pour l'âme. Il est doue tout-à-fait déraisonnable, absurde de condamner la fréquente communion pour la raison que quelques-uns abusent de cette pratique très-sainte et très-utile, afin de couvrir leurs torts, d'entretenir leurs vices, de contenter impunément leurs pencliants mauvais.

Mais qui sont ceux qui s'élèvent avec plus de force contre l'abus que quelques-uns fout de la communion fréquente? Sont-ce peut-être les hommes d'une foi vive, d'un zèle pur, d'une vie irréprochable et sainte? Sont-ce les hommes qui s'approchent rarement, il est vrai, des autels, mais qui y viennent avec un esprit d'humilité , la délicatesse de conscience, la pureté de cœur, la dévotion affectueuse qu'exige la communion ?A h ! non, sans doute; ce sont, au contraire, ces hommes profanes dans les idées, dans les maximes, dans les affections et dans la conduite ; des chrétiens qui n'ont que l'apparence de la religion qu'ils professent, qu'ils déshonorent par leurs vices, qui ne communient jamais ou qui le font seulement une fois l'année, mus par la peur des nnathèmcs de l'Eglise ou par l'influence du respect humain. Ce sont les ennemjs secrets de la religion, qui, mécontents de ce que d'autres exécutent ce qu'ils n'ont pas le courage de faire eux-mêmes, cherchent à décrier toutes les pratiques de la vraie vertu et de la vraie dévotion. Ames chrétiennes, ; ui ne rougissez pas de fréquenter le banquet divin,, combien ne vous est-il pas glorieux d'avoir pour enseurs de pareils ennemis!

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