‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

Voici ce qu'au fond il y a en tout cela de plus commun, de plus certain, de plus évident : si, dans les personnes qui usent fréquemment de l'Eucharistie, on découvre bien des défauts; on ne voit aucune vertu dans vous, hypocrites, critiques injustes, zélateurs douteux : les faiblesses des dévots indiquent qu'ils n'ont pas cessé d'être hommes, malgré la fréquente communion ; mais, pour vous, vous montrez que vous n'avez pas même commencé à être chrétiens. Par les chutes que font les âmes spirituelles, chutes dont elles s'humilient, se confondent, s'affligent, elles indiquent que l'œuvre de leur perfection n'est pas encore achevée ; pour vous,, vous montrez à tout le monde que vous n'avez pas encore mis la première main à votre salut : ceux-là pourraient être plus saints; mais vous, vous êtes dominés par tant d'habitudes coupables, par tant de passions, que vous pourriez à peine devenir plus pécheurs.

Effectivement, où trouve-t-on, où admire-t-on plus purs et plus parfaits la piété sincère, la délicatesse de conscience, l'accomplissement fidèle de tous les devoirs de religion et de société; la pudeur timide, l'honnêteté incorruptible, Tamour de la justice, le zèle sincère pour la religion. îa charité généreuse, les vraies et solides vertus chrétiennes, sinon dans ceux qui communient souvent avec les dispositions requises? Où trouve-t-on, au contraire, réunis ensemble, le libertinage éhonté, ïa sordide avarice, l'oppression cruelle du pauvre, Tambition effrénée, l'esprit de calomnie, de médisance, l'oubli de toute

maxime religieuse, le mépris de toutes les lois de Dieu, de l'Eglise, Tindifférentisme religieux, l'impiété, tous les vices en un mot, si ce n'est chez ceux qui n'usent jamais, ou presque jamais des saints mys» tères ?

Au lieu donc de censurer les autres, ô juges impudents de la vraie dévotion ! censurez, condamnez, humiliez-vous vous-mêmes, tremblez pour vous; car, selon la menace manifeste que vous a faite Jésus-Christ , apostats volontaires de son corps et de son sang, vous serez un jour les exilés contraints de son royaume (1).

Pour vous, âmes vraiment attachées à Jésus-Christ, qui faites vos délices, votre consolation, votre gloire de son sacrement, rendez-vous supérieures aux censures iniques des faux docteurs, aux critiques méchantes des chrétiens les plus mauvais, aux moqueries sacrilèges des impies. Continuez à fréquenter la table divine avec un esprit toujours plus humble, avec un cœur toujours plus pur, avec un amour toujours plus tendre, des désirs toujours plus ardents; en recevant souvent en vous, en donnant un asile continuel au Verbe fait chair, avec toute ia plénitude de sa grâce et de sa vérité, vous multiplierez vos droits, vos mérites pour le posséder dans la gloire : là Tunion et l'habitation de lui en vous et de vous en lui sera plus intime , la participation à sa grâce

(1) Nisi manducaveritis carnem filii hominis et biberilis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis.

et à sa vérité plus abondante ; là, conséquemment, vous pourrez redire au milieu des transports toujours croissants de reconnaissauce et de louanges : Verbum caro factim est, et habitavit in nobis, plénum

gratiœ et veriiatis»

TREOTE-SIXIÉME HOÎBÉIIE.

L'entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem.

s. Matthieu, chap. xxi; S. Marc, chap. xi; S. Luc, cbap. xix; S. Jean, chap. xn.

Exulta sati?, filia Sion : Ecce Rex tuu3 venit tibi justus (niansuetus) et Salvator: ipse pauper , et ascendens super asinam et super pullura, filium asiase; et dissipabitur arcus belli, et loquetur pacem gentibus, et polestas ejus usque ad terminos terrae. (Zach. ix.)

Ainsi que Jésus-Christ est homme et Dieu , aiusi ses mystères sont un assembla{?e de simplicité et de grandeur, de modestie et de majesté, de pauvreté et de magnificence. Mais de même que les misères réelles de la nature humaine dont il était revêtu, n'altéraient en rien la vérité de la nature divine de sa personne ; de même les apparences humbles n'obscurcissaient en aucune manière la grandeur, la magnificence et la gloire de ses mystères. Admirez, en effet, le mystère d'aujourd'hui, tel que, sept siècles auparavant, Zacharie Ta décrit, en évaugéUttâ

plutôt qii*en prophète. Il est vrai que Jésus-Christ, selon cette admirable histoire plutôt que prophétie, entre aujourd'hui dans Jérusalem, accompagné seulement de ses apôtres , sans autre armée que la foule qui lui est dévouée , sans autre arme que la palme et l'olivier , sans autre monture qu'une abjecte bête de somme, sans autre parure que les vêtements simples de ses disciples ; sans autre pompe que la modestie de son regard, la douceur de son visage, la pauvreté, la mansuétude de sa contenance (1). Néanmoins, ajoute le prophète, sous des apparences aussi simples, aussi abjectes et aussi pauvres, il ne s'en montre pas moins le Fils de Dieu, Sauveur de l'homme (2); il ne s'en montre pas moins le roi juste et puissant des Juifs, qui, brisant les armes de ses ennemis, assujettit et incorpore en ce jour les Gentils à son royaume pacifique (3) ; il ne s'en montre pas moins le Dieu créateur et maître de tout, dont l'empire n'a d'autres confins que l'univers, d'autre terme que l'éternité (4). Aussi cette entrée, si insignifiante en apparence, n'en est pas moins un des prodiges les plus frappants, un des plus grands événements de la vie du Seigneur ; événement digne de l'admiration et des transports de la véritable Sion et de

(1) Ascendens super asinam et super filium asina, venii tibi mansuetus et pauper.

(2) Salvator.

(3) Rex tous, justus; et dissipabitur arcus belli, et loquetur pacem gentihus.

(4) Etpotestas ejus usque ad lerminos terra.

l'Eglise (1). Nous tâcherons de con^id^rer ce soir (2) comment le Seigneur, par sou entrée à Jérusalem, a rempli aujourd'hui une prophétie aussi remarquable; comment, sous des apparences si humbles, il s'est montré vrai Dieu, vrai roi et vrai Sauveur du monde, ^'ous tâcherons, pour la gloire de >otre-Seigneur, de découvrir ces mystères que l'orgueil méprise, parce qu'il ne les coanaît pas ; mystères cependant infiniment précieux à la foi qui les croit, les goûte et les admire. Commençons.

Page 1