Àd
vo}'ons-iious en effet, tout d'abord, en ce moment sur le Calvaire ? Kous y voyous Marie et Jean, Joseph et Kicodème, les femmes pieuses et les autres fidèles dévoués qui, réuuis en fonle autour du corps mort de Jésus laissé eu leur pouvoir, le prennent, le traitent et le touchent comme un objet qui leur est propre et s'empressent de le baiser, de le servir et de lui rendre hommage. Aucun des Juifs, ennemis de Jésus, ne se mêle à cette auguste compagnie. Les Juifs, retirés de cette société de saints, leur laissent, leur abandonnent le corps du Sauveur. 0 corps admirable de mon Seigneur! des mains des Juifs impies, qui l'ont déchiré et vilipandé, il passe aux mains des pieux disciples qui le vénèrent, l'adorent, le contemplent avec amour et s'estiment heureux de le posséder! tout en le déposant dans le tombeau, ils n'aspirent qu'au bonheur de le posséder dans leur cœur ! Ce corps diviu, après s'être offert en sacrifice pour tous les hommes, se donne en particulier à ceux-là seulement qui croient en lui et qui espèrent en lui. Après avoir été en butte à le rage de l'enfer, après qu'il a satisfait à la justice du ciel, il devient le gage de la miséricorde, le bouclier de défense, la source des cousolations de la 'terre. En effet, ô mystère tendre et enchanteur! ces âmes généreuses, Marie à leur tête, so:it l'Eglise qui vient de naître du sang et de l'eau échnrj)és du côté ouvert de Jésus-Chîist. En ce moment donc l'Eglise reçoit le corps du Seigneur qui lui est abandonné par la Synagogue. La Synagogue s'en prive, elle le
dédaigne^, le méprise ; et TEglise l'accueille^ se l'ap prcprie, s'eu rend raauresse, pour exercer le droit de le reproduire par la consécration eucharistique, de le conserver toujours en elle et avec elle. Elle commence par sa foi, par sa pureté, ];ar son zèle, par son courage, à lui témoigner sa reconnaissance, son respect, son amour et sa tendresse !
0 Joseph î ô ^'icodème! ô personnages fortunés! choisis de Dieu pour accomplir ses pieus^ mystères! Ce sout eux qui, après L'avoir embaumé et entouré de langes éclatants do blancheur, l'élèvent et l'offii îît au divin Père pour leurs péchés et ceux de tout le monde ; il? comtiîencent a répéter ce sacrifice immortel qui durera jusqu'à la fin des siècles sur nos autels terrestres^ pour se perpétuer ensuite dans les cieux, dans les abîmes de l'amour infini. Ils ne consacrent pas ce corps divin eucharistiquement, puisqu'ils l'ont yisiblement , réellement entre leurs maiiis: mais ils l'offrent à Dieu et l'exposent du haut du Golgotha à l'adoration de tous les hommes. Au lieu même où Jésus et sa très-sainte 3Ière offrirent le sacrifice sanglant, les disciples offrent ce même sacrifice non sanglant, Joseph et iXicodème sont en quelque sorte les premiers pontifes de l'Eglise. J'oserais presque dire que la première messe fut célébrée par les hommes sur le Calvaire, puisque celle du cénacle le fut par Jésus lui-même. L'Eglise, eu effet, selon l'observation de Bède, a appris de ces saints personnages comment on traite, comment on ensevelit mystiquement le corps de Jésus. C'est en mé-
moire de rcmbaumeraent de ce corps divin, de son enveloppement dans des langes très -purs, de son dépôt non plus dans une bière, mais sur une dalle de pierre, faite par Joseph et INicodème , que TE glise se sert à son tour d'une pierre d'une seule pièce pour autel, qu'elle y répand du baume, y dé^ pose l'auguste sacrement sur un linge blanc, qui, se nomme corporal, du corps du Seigneur: coutume très' ancienne dans l'Eglise et convertie en loi par le pontife saint Sylvestre (1). Maîtres de l'Eglise, ils l'ont été en même temps de tous les vrais fidèles, Joseph, époux immaculé de Marie, avait fourni autrefois les langes dont cette Mère divine enveloppa Jésus-Christ à sa naissance (2); les rois mages avaient apporté la myrrhe mystérieuse pour l'honorer. Maintenant, après la mort de Jésus-Christ, un autre Joseph fournit le saint suaire pour l'envelopper (3) ; IXicodème et les autres Marie , comme d'autres mages , donnent la myrrhe pourl'embauraer (4). Avec cette différence, cependant, que les langes et lamjrrhe emplovés àsa naissance , étaient la prophétie de la condition de son corps réel ; et que les langes et la myrrhe qui ont servi à sa mort, sont une instruction sur la manière de traiter son corps mystique, c'est-à-dire les fidèles.
(1) Hinc Ecclesis mos ohtinuit, utsacrificium allaris nou in serico, neque ia jianno, sed in lino celebrclur : sicut corpus Douiini esi in sindone niunda sepuUus , juxta illud quod a B. Sjlve&lru legimus esse slaltitum (In Marc).
(2) Et pannis involvit {Luc. ii).
(5) Joseph auieni niercatus siudonem [Luc. Sô).
(4) Nicodemus venit ferens mixturam inyrrhw (Joan. 39).
Jésus-Clirist, entouré à «a naissance de langes blancs, de myrrhe odorante, c'est Jésus-Christ venant au monde pour y mener une vie pure et amère, innocente et pénitente, et qui^ exempt de l'ombre même du péché, sera sujet aux intirmités, à la douleur, à l'ignominie, aux souffrances, à la mort, à toutes les peines du péché; c'est Jésus-Christ saint, immaculé, vu qu'il est vrai Dieu, mais passible et mortel, vu qu'il est vrai honirae. Jésus-Christ cependant, qui, déjà mort, ne veut être entouré que de langes trèsblancs, oint que de substances amères, la myrrhe et l'aloès, c'est Jésus-Christ enseignant au fidèle que les dispositions avec lesquelles il doit le recevoir dans la sépulture mystique de son cœur, sont la pureté de l'âme, l'amertume de la pénitence et de la mortification du corps. C'est pourquoi l'Époux céleste, dans le Cantique des Cantiques, loue son épouse, figure des âmes fidèles, venant à sa rencontre ornée d'une part d'une beauté pure et sans tache (1), et de l'autre, les mains distillant le baume de la myrrhe (2).
Saint Marc fait encore remarquer que Joseph, dont la maison noble et riche ne manquait certainement pas de linges blancs et délicats, voulut cependant acheter le suaire sacré qui devait envelopper le corps du Seigneur '3). Il a voulu nous apprendre par là que non-seulement ce suaire n'avait servi à aucun autre usage, mais encore que, pour recevoir Jésus-
(1) Tota pulchra es, arnica mea, et macula non est in te.
(2) Manus tuae stillaverunt myrrham (Cant.).
(3) Joseph (Ut supra).
Christ, il faut quelque chose de neuf et de pur. Un linceul neuf et pur est une sorte de virginité. Envelopper le corps du Seigneur dans un linceul neuf, nous dit Bède, ce n'est pas autre chose que le recevoir avec un cœur sincère et purifié (1). « Le Seigneur, dit Théopbylacte, voulut encore être enseveli dans un sépulcre neuf, afin de nous indiquer la nouveauté de vie que nous devons mener après l'avoir accueilli dans notre cœur, et comment nous devons nous renouveler en lui après une telle grâce (2). » Saint Grégoire disait également : « La conduite du vertueux sénateur Josi.'i)h doit être la règle et la loi de la nôtre (3); » c'est-à-dire que nous devons prendre les mêmes précautions, quand nous recevons le corps du Seigneur dans l'Eucharistie. Nous devons nous garder de l'envelopper dans le linge sordide d'une conscience immonde ; nous devons nous garder de l'accueillir dans le sépulcre d'un cœur corrompu, plein des os des morts, des œuvres du péché (4).
Le mystère du sépulcre offre encore d'autres enseignements plus graves. Observons d'abord que si Jésus-Christ n'était pas mort, il n'aurait pu ressusciter,
(1) nie in sindone munda involvil Jesum, qui pura cum mente suscdperit.
(2) Novum sepulcrum, futuram novitatem manifestât; etquomodo p«r sepulluram Doniini innovaudi sumus in illo.
(3) Quod ab honcsto senalore gestum est, nobis sit tanquam lex.
(4) Ut idem quoque nos prœstcnius, cum illud corporis munus suscipimus : nec iu sordido conscitnliaj liiio involvamus, nec lu cordis mouumento rcponamus, pleno omni inunuaditia et ossibus mortuomm.
et sans sa résurrection, sa mort n'eût servi de rien. Oh! dit saint Paul, si le drame d'une passion aussi humiliante et aussi cruelle n'avait pas fini, pour Jésus- Christ, par la résurrection , il n'aurait été rien de plu squ'uu homme juste, martyr de son zèle pour la loi de Dieu et de son amour pour le prochain ; mais nullement le Rédempteur de l'homme, le Fils de Dieu; nos dettes envers Dieu demeureraient intactes ; nos péchés subsisteraient encore ,et avec eux notre servitude et uoîre condamnation. En conséquence, la prédication et la foi évangélique seraient inutiles et vaines, le christianisme entier ne serait qu'une absurdité, et les chrétiens, condamnés à toutes sortes de privations dans le temps, pour accomplir la loi du Seigneur, sans avoir rien à espérer dans l'éternité, seraient les plus infortunés des hommes (1). La résurrection seule du Sauveur efface les ignominies de sa mort, fait connaître que cette mort a été dun prix, d'une valeur, d'une efiîcacité infinie pour notre rédemption, puisqu'elle fait connaître que celui qui l'a soufferte était véritablement Dieu (2) ; elle est par conséquent la preuve fondamentale de sa religion. Mais ces deux dogmes très-importants, la mort et la résurrection du Seigneur, sont reliés l'un à l'autre pai celui de Sa sépulture; c'est elle qui les démontre et
(1) Si Chrislus non resurrexit, inanis est prredicatio nostra, inanit est et fides noslra : adhuc enim estis in peccalis veslris. Si in hac vita lantum in Chnslo speraules sumus, iniserabiliores suiuus omalLus hominibus (1 Cor. xv).
(2) Dcclaratur Dei Filius ex resurrectione mortuorum [Ibid.].
qui les rend évidents. Voilà pourquoi ce mystère est expressément formulé dans le symbole entre ceux de la mort et de la résurrection ; voilà pourquoi saint Paul y a tant insisté, pourquoi les évangélistes l'exposent dans toutes ses circonstances.
Ils nous disent, effectivement, que le sépulcre où le Seigneur fut placé, n"était éloigné que de quelques pas du lieu où il fut crucifié, et qu'il était dans un jardin, sur ce même Calvaire (1). Il était donc dans un lieu découvert, et il ne fallut pas de longs détours pour y parvenir. Il n'y eut donc ni facilité, ni latitude pour échanger le corps et le cacher. L'inhumation en fut publique et prompte, comme l'embaumement et la mort l'avaient été. Les saints évangélistes marquent encore que les mêmes spectateurs qui l'avaient vu expirer sur la croix, oindre de parfums, lier de suaires, le virent placer dans le tombeau (2), et que, dans ce tombeau, ils voulurent encore considérer, et contempler de leurs propres yeux le corps qui venait d'y être déposé (3). Les historiens sacrés ajoutent, au surplus, que le sépulcre était neuf (4); ils avertissent encore, avec un soin tout particulier, qu'on n'y avait jamais mis aucun autre cadavre (5), afin que, selon l'observa-
(1) Erat autem in loco, ubi crucifixus est, horlus, et in horto monunientuin (Joan. 41).
(2J Âspiciehanlubi poiieretur {Matih. 47).
(ô) Vidcrunt monunientum et queinaiiniodiiiii jiosilum erat corpus ejus [Luc. 55).
(4) Monumenlum novum.
(5) In quo nondum quisquam positus fuerat (Luc. 53).
tion de saint Chrysostome, Ton ne put pas dire que celui qui ressuscita, fût quelque autre homme juste, quelque autre prophète (1). On nous dit aussi que le monument n'était pas une grotte souterraine ou un composé de ciment, de pierres, qu'on aurait pu détacher et rétablir ; mais un antre tout d'un bloc, pratiqué avec le ciseau dans le roc vif, adossé à la montagne, inaccessible aux reptiles, impénétrable aux hommes; qui n'avait et ne pouvait avoir aucune communication intérieure, ouvert uniquement du côté du midi (2), afin qu'on ne pût point dire qu'en soulevant la terre, ou en trouant la maçonnerie, quelqu'un était venu secrètement en extraire le corps. Il est dit enfin que la seule entrée qu'il y eût, fut close avec une pierre d'une grandeur démesurée, scellée avec de la chaux et du bitume, et qui ne pouvait être remuée que par plusieurs hommes, avec de grands efforts, un grand bruit et beaucoup de temps (3); en sorte qu'il était impossible que le corps qui y était recelé fût soustrait silencieusement et instantanément.
Il y a plus encore : les ennemis de Jésus euxmêmes, par leur haine aveugle, leur fureur infernale, et qui, après l'avoir vu expirer, voulaient encore insulter à sa mémoire et à son nom, contribuèrent à confirmer son triomphe. Les pharisiens, après s'être
(1) Ne, Christo résurgente, quis alius prius in eo sepultus resurrexisse putaretur {In Joan.).
{t) In iiionumento cpiod erat excisum ex pelra {Marc. o4).
(») Et advolvit saxum magnum ad ostium nionnmpnli {Mallh. 60).
assurés que le corps était vraiment dans le tombeau, et que ce corps était rceliemeut celui de Jésus- Christ , recommencèrent à le fermer et à sceller la grande pierre qui en bouchait l'entrée avec du bitume et du ciment. Après en avoir obtenu la permission de Pilate, ils firent construire une sorte de barrière autour du sépulcre (1) ; ils rentourèrent de gardes prétoriennes armées, de sentinelles militaires qui se donnaient la consigne en en gardant raccès : alin de prévenir et d'empêcher toute voie d'infidélité chez les gardes eux-mêmes, ils apposèrent sur la pierre les sceaux de la Synagogue, et les gardes devaient répondre de leur intégrité (2). 0 Juifs aveugles ! que venez-vous de faire? dit saint Jérôme: tandis que vous prétendez empêcher la résurrection, vous ne faites qu'en redoubler les preuves et les arguments (3) ! 0 sagesse de Dieu ! comme vous vous jouez de la méchanceté humaine et la faites servir à l'accomplissement de votre miséricorde ! C'est la haine qui détermine les Juifs c'i établir une garde; et partant, c'est .Dieu qui, parleur entremise, fait honorer la tombe de son Fils ; tandis que les Juifs se fatiguent si fort, afin que son corps ne soit pas enlevé, ils travaillent à faire croire qu'il est vraiment ressuscité !
Apres de semblables précautions, il sera aussi
(1) Muniorunt scpulcrutn (Matth. 66).
(2) Signantes lapitlem cum cuslodibus (Ibid.).
(3) Quauto magis reservatur, tanto niagis virius Resurrectionis ostenditar.
absurde de dire que les disciples de Jésus-Christ ont soustrait sou corps durant la nuit, que de soutenir que les chrétiens en ont inventé les prophéties. Comme le dépôt de ces prophéties demeure entre les mains des Juifs, ainsi le corps de Jésus, après sa mort, est également resté en leur pouvoir : leurs barrières l'entourent, leurs gardes le surveillent, leurs sceaux l'authentiquent. C'est donc de leurs mains, et non des nôtres, que le Seigneur sortira vainqueur de la mort. Au rapport de saint Chrysostome, ce sont eux-mêmes qui, sans s'en douter, établissent la vérité du grand mystère par où celui qu'ils ont osé nommer le Séducteur, s'assiéra sur la tête de ses ennemis comme sur un escabeau. Ces satellites de la Synagogue sont donc les gardes fidèles de l'Eglise; l'incrédulité des Juifs les y a apposées, et elles contribuent à justifier notre foi (1).
Le mystère de l'ensevelissement du Seigneur est encore la manifestation et la preuve d'autres mystères non moins importants et non moins précieux. D'abord, ce tombeau n'est point la propriété de sa famille, il n'appartient point à sa persoime ; mais il lui a été fourni par la charité d'autrui. Chose étonnante, dit ïhéophylacte ! ce Fils de Dieu fait homme, n'ayant point eu de berceau propre à sa naissance, n'eut point non plus de maison à lui appartenant durant sa vie, ni même de tombeau propre à sa
(1) Inviti veritatis demonstrationetn adjuvant; quantum in illis est nianuni apponunt, ut diligentia eorum fidei noslrae proficerel (Loc.
mort (1). Mais cette fïrande condescendance par où le Fils de Dieu, étant riche, \oulut, selon le langage de s^iint Paul, se faire pauvre et indigent, naître, Yivre et mourir dans une extrême misère pour notre instruction, pour notre exemple et pour notre encouragement (2) ; cette pauvreté, dis-je, fut encore, selon les Pères, une preuve de sa grandeur et de sa divinité. C'est à bon droit, déclare Origène, que le linge qui enveloppe le corps du Soigneur est blanc, que le sépulcre qui le reçoit est neuf, que la pierre qui le recouvre est grande (3). Ah ! il ne peut être que Dieu, celui auprès du corps de qui tout respire candeur, nouveauté et grandeur! Saint Augustin fait observer que le Seigneur, par sa déposition dans le sépulcre d'autrui, indique qu'il est mort pour le salut d'autrui (4). Les autres hommes, mortels de leur nature, ont la mort propre, comme ils ont un tombeau propre; mais Jésus-Christ, pour qui la mort n'était pas une condition propre et nécessaire, n'avait aucun besoin d'un sépulcre propre : en ayant un tombeau étranger, il prouve que la mort lui était étrangère (5). Quel besoin pouvait avoir
(1) Qui non habuit donium in vita, neque niortuus habuit sepullu» ram.
{"2) Qui, cum dives essel, factus est pro nobis egenus.
(r») Munda sindon, novuni sepulcruni, magnum saxum : quia, omn» quœ suiit circa corpus Jesu, et nova, et muiula sunl, et niagua valde.
(4) laeo in aliéna sepullura ponitur, quia pro aliéna salute nioriebatur.
(5) Ut quid ilU propria sepultura, qui propriam mortem non habebat?
d'un tombeau sur la terrre celui dont Thabitation propre est dans les deux? Pourquoi un tombeau propre à celui qui ne devait y séjourner que quelques heures seulement? il n'y entre pas comme un mort, mais comme celui qui se repose et se délasse sur un lit (1). Ainsi le défaut d'habitation et de tombeau propre démontre que son royaume n'est pas de ce monde ; qu'il n'est pas du monde : en ne possédant rien en particulier, il se montre le maître de tout.
Saint Ambroise dit également : Les grands du monde se font de magnifiques mausolées pour avoir un lieu où ils puissent se dissoudre magnifiquement ; mais le vainqueur de la mort n'avait nul besoin d'un lieu propre pour y tomber, à l'instar des autres hom* mes, en cendres, et pour finir de mourir (2).» De même qu'il est mort pour des motifs bien autres que ceux pour lesquels les hommes meurent ordinairement ; de même, c'est pour des motifs bien différents qu'il est enseveli. Il est enfermé dans le tombeau, afin que la vérité de sa mort en demeurât certifiée, et non pour y souffrir la corruption de la mort : il y est déposé comme momentanément et pour en sortir, et non comme dans la retraite perpétuelle de la mort et pour y demeurer.
Néanmoins, ce sépulcre que Jésus-Christ emprunte
(1) Ut quid tumulus in terris, qui sedem habebat in cœlis ? Ut quid illi scpulcruin, qui iritUii lar.lum spatio nontam in sepulcro jacuit, quam in iecto quievil?
(2) Viclor niurlis proi'rium iiinnihmi non h.ihehat.
pour quelques heures appartient au bienfaisant Jo^ seph. 0 belle corrélation de fonctions et de noms, s'écrie Cornélius! Jésus entra autrefois dansle monde h l'ombre de la chasteté de Joseph, époux de Marie ; il en sort aujourd'hui à l'ombre de la piétô cCmi autre Joseph (1) : le sépulcre, d'après saint Léon, est l'image de la virginité de Marie (2). Ainsi donc que le premier Joseph, qui avait M:iric pour épouse, la laissa intacte au Verbe éternel, aiin qu'il pût en être conçu; ainsi le second Josep!i, qui avait construit pour lui le sépulcre, le céda, dans sa charité, pur et neuf à Jésus-Christ, afin de pouvoir y ressusciter. Dépositaires fortunés du même trésor, l'un le revêtit à sa naissance, l'autre à sa mort; l'un fut le témoin de la conception miraculeuse de la virtrinité de lu Mère ; l'autre, le témoiu de la résurrection et de lu divinité du llîs.
Le sépulcre est simple, sans marbres, sans métaux, sans ornements ni faste; c'est ainsi qu'il condamne, dit saint Jérôme, le fol orgueil, l'ambition insensée des riches qui ne veulent pas même se séparer de leurs richesses après leur mort (3). Mais, en renonçant à la vanité, le Seigneur ne renonce pas à la pureté ; c'est plutôt dans un sépulcre neuf que dans un sépulcre simple qu'il veut être déposé. C'est aiusi
(1 ) Notandum est Christum introisse in munduni per Joseph, sponsum
•Virginis, ac rursus per Joseph exisse de imiiido.
(2) Wovuiii sepulcruin Mariae virgiuilatein demoiislrat,
(51 Ex simplici sepultura Domini, ambitio divituin condemnatur, qui
nec in Uimulis volunt curere divitiis.
— 4î;, — qu'auparavant il avait voulu naître d'une mère pauvre mais vierge : nul ne fut jamais déposé dans ce tombeau avant ni après le Sauveur (1 j. Le sépulcre qui reçut le corps du Seigneur, selon que le dit saint Léon, a toujours été vierge, comme le sein qui le conçut (9). Joseph, continue le même Père, est îiomme par l'Evangile un noble décurion, mais eu même temps le juste, comme ilarie la Vierge. Que de beauté dans ce mystère! c'est un sein virdnnl qui engendre le Seigneur à sa naissance; c'e^t à un sépulcre neuf que son corps est confié, quand il meurt (3). 0 corps vraiment saint, adorable et heureux! qui n'eut pour mère que la virginité et pour garde que la justice (4) ! Il igaora, dans les entrailles de Marie, le désordre de la concupiscence humaine; dans le sépulcre de Joseph, il demeure étranger à a corruption de la mort; en tout temps et en tout lieu ce corps très-saint, pauvre, humble, souffrant, afflige, nest jamais séparé de la pureté ni de la samteté (5). Il se montre donc ainsi toujours et partout vrai homme et vrai Dieu : vrai homme, en pas- Ci) Sicut in Mariœ virginis utero nemo ante iilun,, nemo post illuin conceptus est; ita in hoc monumento nemo ante illuni, nemo post illum sepuUus est (S. August.).
(2) Dominica ergo et virgo vulva, et virgo est sepulinra. (o) Cum nasciîur, utero virginis gignitur; cum moritur, sepulcro jusli conimendatur.
^4) Beaiii,,; plane corpus, quod virginitas peperit, justitia custodi-
7it !
(5) Illuc viri pollutione non tangilur; liic mortis oorruptioue non lœditur. Ubique beaio corpori defertur simnitas atque virginitas.
sant par tous les états les plus abjects de rhumanité; irai Dieu, en se montrant avant tout jaloux de la sainteté et de la pureté, comme de la seule compagnie digne de sa personne, du seul ornement conveuableà sa majesté (I). Ainsi qu'en naissant il dédaignâtes palais des rois ; ainsi en mourant il rejette les mausolées des augustes. Mais comme en naissant dans une pauvre cabane, il voulut que cet humble abri fût relevé par la virginité de Marie, par la foi de Joseph, par l'innocence des pasteurs, par l'humilité des mages ; ainsi en mourant il voulut être placé dans un sépulcre simple, creusé dans le roc et n'ayant qu'une seule entrée : il ne permit point que ce sépulcre fût sous la dépendance de mains profanes, d'yeux malveillants, et de cœurs impurs ; mais il voulut y avoir pour couronne la constance de Marie sa mère, la virginité de Jean son disciple, les larmes pénitentes de Magdeleine, la piété des Marie , le courage de INicodème;, la justice de Joseph, la fo^ du centurion. Les fleurs mêmes du parterre où se trouvait le sépulcre (2), à l'apparition du corps de Jésus, s'épanouirent et inclinèrent leur tige pour lui rendre hommage, figurant ainsi les fleurs bien plus agréables pour lui de toutes les vertus qui l'accompagnèrent et le proclamèrent pour le Dieu de toutes perfections. Ce n'est qu'à un homme-Dieu qu'il couvenait de mourir comme Jésus-Christ, sans faiblesse ;
(1) Domum tuam decet sanctitudo.
(2) In borlo ei'at inonuinentum.
ce n'est qu'à un homme-Dieu qu'il convenait d'être enseveli comme il le fut, entouré de la pureté et de la sainteté (1). 0 sainteté, ô pureté, ô enchantement des mystères chrétiens ! 0 sainteté, ô pureté, ô enchantement de la religion chrétienne !
SECONDE PARTIE
Vrai homme et en même temps vrai Dieu, jamais, dans tous ses mystères tendres et sublimes, Notre- Seigneur ne sépara les intérêts, la cause de Dieu de celle de l'homme. De là -vient que, même dans le mystère de sa sépulture, il n'a pas seulement en vue le triomphe de la religion et la gloire de sa divinité, mais encore notre instruction et notre encouragement.
C'est d'abord saint Paul qui a vu, tracé et exprimé, dans ce mystère, l'instruction la plus importante sur l'esprit de la morale et de la sainteté de l'Evangile. « Sachez bien, disait-il aux premiers chrétiens, que nous n'avons été baptisés que pour retracer en nous, dans toutes ses circonstances, la morf. de Jésus-Christ ; en sorte que , être baptisé est le même chose qu'être enseveli avec lui (2).» C'est à cet enseignement de saint Paul que saint Cyrille faisait allusion quand il disait aux baptisés selon le rite ancien de la triple immersion : « Vous avez été plongés
(i) DoiTium luam decet sancliludo.
(2) Kescitis quia qui baptizati sumus in mortem ipsius baptiiati sunius, consepuUi ei in baptisnio [Cotos^. ii) ?
trois fois dans Teau, et trois fois vous en êtes sortis; et, par cette cérémonie sainte, vous avez retracé en vous le mystère de Jésus-Christ, qui demeura trois jours dans le tombeau (1). » Saint Epiphane disait à son tour aux fidèles : « Sou venez- vous du jour où vous étiez conduits à rabl'jtion sainte du baptèiie, comme Jésus-Clirist fut porté dans le tombeau (2). » Ainsi, d'après l'Ecriture et les Pères, le baptême est un engagement solennel que nous contractons à la face du ciel et de la terre, de mourir et de nous ensevelir mystiquement avec le Sauveur, afin de participer au mérite de sa mort et de sa sépulture réelle , de recevoir le caractère, les privilèges et les grâces de ces grands mystères dont le baptême est la figure (3).
Effectivement, Jésus-Christ mort, c'est Jésus-Christ complètement séparé à l'extérieur du commerce des hommes, de toute occupai ion, de tout intérêt terrestre et humain. Le chrétien, en jurant au baptême de renoncer à toute suggestion de Satan, à tout péché charnel et à toute pompe | ro ane, devi nt comme mort au monde, à la chair, au démon. Il meurt mystiquement avec Jésus-Christ (4). Mais, pendant que Jésus mort était encore suspendu à la croix,
(1) Mersi ter in aqua, rursus emersistis; alque per hœc symbola triduanam significastîs sepulluram,
(2) Ducebainini ad sanctuin baptismi lavacruni, sicut Christus ad sepuUurani.
(5j Baptizati sumus in niorteni ipsius; consepulli ei in baptismo (4) Baplizali (Ut supra).
la vue de son très-saint corps, bien que sans vie,, le faisait considérer en quelque sorte comme vivant encore. Ce ne fut donc qu'après avoir été déposé dans le tombeau, recouvert d'une grande pierre, qu'il demeura com.me entièrement séparé du monde. Et ne le voyons-nous pas tous les jours? Pendant que le cadavre d'un homme mort est encore sur la terre, il inspire de l'intérêt, il provoque des regrets et des affections ; la sépulture, en l'ôtant des yeux, en fait bientôt oublier la mémoire, achève la séparation, comble l'horreur et consomme le triste mystère de la mort. C'est ainsi que le chrétien, pour remplir les engagements de son baptêine, ne doit pas seulement avoir renoncé à tout, être comme mort avec Jésus-Christ; il doit encore, par son amour pour la solitude, la retraite, le recueillement, et par une entière séparation du monde, être comme enseveli avec le Seigneur (1). Le premier devoir du chrétien, continue saint Paul, est de mourir au monde et à lui-même ; mais cela ne suflSt point encore ; il faut qu'enseveli comme dans le secret de sa foi, dans l'obscurité de ses vertus, et comme celui qui est enfermé dans le tombeau, sans se mettre en peine de l'estime ni des mépris du monde, il mène une vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu (2).
Le corps de Jésus-Christ enfermé dans le tombeau, est toujours avec la personne du Yerbe, à qui il est
(1) Consepulti (Ut supra).
(2) Morlui enim estis, et vila vestra abscondita cum Christo in Deo Colot. m).
uni hyposlatiquemeut, et avec les anges qui l'adorent. Yoilé aux regards des hommes, il est toujours avec Dieu. C'est de la même façon que nous chrétiens,, dans la sépulture mystique où nous sommes descendus, par notre divorce avec les intérêts du monde et les passions, nous sommes unis à Dieu par la grâce sanctifiante; que nous vivons pour Dieu, vu que nous sommes morts au monde (1). Nous devons, par Texercice continuel de la prière, nous tenir eu la compagnie de Dieu; et, séparés eu esprit de la terre, nous tourner vers le ciel et converser avec lui (2), attendant avec une foi vive, une espérance ferme, le jour où notre bon Sauveur, de qui nous aurons imité la mort et la sépulture^, nous fera part des privilèges et de la gloire de sa résurrection. Il faut absolument que nous mourrions et que nous partagions sa sépulture, si nous voulons ressusciter avec lui (3).
Heureux ceux qui meurent ainsi et qui sont mystiquement ensevelis au monde en esprit, avant de Têlre en corps ! Heureux ceux qui se détachent dès à présent de tout ce qui est terrestre, par esprit de foi et de vertu, avant que la mort ne vienne, où toutes ces séparations seront le résultat d'une triste et inévitable nécessité ! Car, nous dit l'apôtre saint Pierre, l'homme du cœur, l'homme caché, l'homme
(t) Quasi moricntes, et ecce viviiiius.
(2) Nostra autein conversalio in cœlis est.
(3) Nostra aulein conversalio in cœlis est : unde salvatorem exspecUmus Dominum nostniin Jesum '^hristum, qui reformabil corpus humililatis nostrae eonfîgaratum corpori clarilatis suse.
enfermé dans le sépulcre mystérieux de la conscience pure, innocente, est paisible et tranquille : tout en paraissant triste, humilié, pauvre aux yeux des hommes, il est heureux, glorieux et riche devant Dieu (1), le mystère de la sépulture du Seigneur étant tout à la fois et une leçon magnifique et un puissant encouragement.
Ce fut, il est vrai, une grande humiliation pour le Fils de Dieu, que son saint corps, uni à la personne du Verbe, étroitement lié de langes, oint de parfums, le visage couvert du suaire funèbre, comme le corps de tout autre homme mort, soit demeuré clos et immobile dans le sépulcre ; que celui qui est la résurrection et la vie, soit resté dans la maison de la mort. Mais cette humiliation était nécessaire à notre encouragement ; c'est pourquoi Jésus-Christ ne refusa point de la subir. S'il fût ressuscité immédiatement après sa mort, sans passer par le tombeau, il eût fait voir qu'il repoussait une des situations les plus humiUantes de l'humanité, c'est-à-dire, celle de voir son corps déposé sous terre, avant de le reprendre glorieux pour le ciel ; il eût, pour ainsi dire, fait douter de son parfait amour, de sa parfaite ressemblance avec Thorame, eu refusant de se soumettre à cette condition universelle de l'humanité. Mais, en consentant à demeurer comme nous dans le berceau, il consentit
(1) Qui absconditus est cordis homo in corruptibilitate quieti et niodesti spirilus, qui est in conspectu Dei locuples (I Pelr. m) ;
aussi à demeurer comme nous dans la tombe. Il couscntit à partager noire sépulture, comme il avait accédé au partage de notre naissance et de notre mort. En It! voyant passer ainsi par tous les élats, par toutes les situations et toutes les misères de l'homme, sans eu dédaigner aucune, à ces traits ineffables, disait saint Paul, nous restons convaincus de sa miséricorde, de son tendre amour pour l'homme ; nous le regardons comme le vrai frère de Thomme, semblable en tout à l'homme (I).
Au surplus, le Fils de Dieu, en prenant nos misères, nous a fait part de ses richesses ; en passant par toutes les conditions les plus pauvres, les plus abjectes, les plus douloureuses de l'humanité, il les a comme élevées, sanctifiées, consacrées, divinisées et transformées en sources de consolations et de gloire. Comme donc, par sa naissance pauvre, par ses humiliations, par ses souffrances et par sa mort, il a rendu la pauvreté désirable et précieuse, les humiliations, les souffrances et la mort souhaitables; ainsi, eu voulant être enseveli, il a ôté au sépulcre son horreur naturelle. Aussi les âmes chrétiennes sont-elles loin de trembler, de frissonner à l'idée de sépulture, comme le font les âmes irreligieuses et profanes. L'obscurité, la solitude, l'insensibilité de la tombe ne les épouvante pas. Jésus-Christ ayan( passé par cette voie et en ayant changé la condition^
(1) Per omniatoluit fratribus similari, ut misericors fiereli
elles cousidèreul la tombe comme le cliemm qui conduit au ciel. Aussi, que de sang-froid à en parler, que de résignation à l'attendre, que de courage à l'affronter, que d'empressement à y descendre! Vous los diriez des personnes allant Yolonlairement au repos par fatigue, plutôt que des personnes qui subissent une nécessité (I). C'est là, dit saint Paul, le SLibbat des saints, du \rai peuple de Dieu, le repos après lequel ils soupirent, après toutes les peines endurées en vue d'acquérir le ciel; c'est là le sabbat figuré par le repos de Dieu, qui achevait de créer le monde, et de celui du Fils, de l'Homme-Dieu, après l'avoir racheté (2).
Mais comme la fatigue est ce qui rend le sommeil désirable et doux , ainsi la vie de crucifiement et de mort dont vivent les vrais fidèles leur fait désirer, leur rend délicieux le repos de la tombe. Celui-là seul se repose doucement dans le tombeau, qui a été pendant la vie crucifié avec le Sauveur (3).
C'est afin de nous rendre cette vérité importante sensible, que le repos et les douceurs du tombeau sont le fruit des souffrances de la croix, que le Seigneur a voulu être enseveli au lieu même où il avait été crucifié (4). Ainsi, comme oq a coutume de
(1) Ut requiescant a laboribus suis.
(2) Relinquitur Sabalismus populo Dei : qui enim iugressus est iu requiem Dei, etiam ipse requiescit a laboribus suis, sicut a suis Deus {Hebr. iv).
(3) In pace in idipsum dormiam et requiescam. (•4) In loco ubi crucifix us est, erat monumentuai.
graver sur les mausolées des grands leurs armes, les insignes de leurs dignités et de leur élévation , de mèmeJésus-Christ a voulu que son tombeau servît d'assiette à la croix sur laquelle il était mort, et qui, pour cela, est devenue Tarrae, l'écusson de sa dignité de rédempteur, le principe de sa gloire, de son exaltation en tant qu'homme (1).
0 croix! ô mystère! qu'il est beau de la voir, pareille à un étendard glorieux, flotter sur la cime du Calvaire et annoncer que celui qui est étendu à ses pieds vient de triompher, qu'il vient de conquérir toute la terre, qu'il en a pris possession, puisque sa bannière, qui bientôt parcourra le monde entier, y est plantée! 0 croix très-sainte! ô arbre précieux! quoique séparé du Crucifié, tu n'en es pas moins Tautel sur lequel la Victime divine oflFrit le sacrifice d'elle-même pour le salut de l'univers (2)! Tu es encore la balance infaillible où le poids d'un corps divin a non-seulement équilibré, mais encore allégé le poids horrible des péchés du monde entier (3). Tu es lagrande banque où le prix du commun rachat a été déposé et accepté (4). Tu es aussi l'arme, méprisable en apparence, mais puissante et terrible en réalité contre le prince des ténèbres, qu'elle a vaincu et dépouillé de sa proie (5). Tu es, au sur-
(l)Mortem autem crucis : propter quod et Deus exaltayit illuiii.
(2) Sola digna lu tuisti ferre mundi victimam.
(3) Slatera facta corporis.
(4) Beaia cujus bracfaiis pretium pependit sœcuU.
(5) Tulitque prsedam tartari.
plus, le trophée de la victoire du Koi des rois, le
trône glorieux par où le Dieu fait homme régnera sur l'univers et lui donnera des lois (1).
Permets donc qu'en ce jour où nous célébrons le souvenir des grands mystères que le divin Rédempteur accomplit en agonisant et mourant entre tes bras; permets que nous nous prosternions devant toi, que nous adorions en toi la place sainte où le Fils de Dieu posa ses pieds, son humanité (2). Oui, Ô croix très-sainte ! identifiés par la même foi à tous les chrétiens dispersés sur la surface de la terre, nous t'adorons de nouveau profondément comme notre unique espérance. Nous te supplions d'appliquer à tous le fruit du sang divin dont tu as été arrosée. Oh! obtiens aujourd'hui le pardon aux pécheurs, la ferveur aux tièdes, une augmentation de grâce et de justice aux justes (3) !
Et vous, Trinité sainte, source de salut, qui avez accompli, de concert en ce jour, par la croix, d'aussi grands mystères, soyez aussi remerciée, bénie et louée par toutes les intelligences ! Tout en recevant nos humbles hommages, faites descendre sur tous l'abondance de vos grâces ; bénissez -nous avec cette croix par laquelle vous nous tous rachetés,
(1 ) Vexilla régis prodeunt. Regnavit a ligno Dens.
(2) Adorabimusin loco ubi steterunt pedes ejus.
(3) 0 crux, ave spes unica, hoc passioais tempore, piis adauge gratiani, reisque dele crimina.
afin qu'ayant obtenu, par la croix, le triomphe en cette vie, nous obtenions encore par elle la récompense éternelle dans les cicux (1).
(1) Te, foDS salutis Trinilas, collaudet omnis spiritus : quibus crucia ïicloriam largiris, adde preemium. Amen. Benediclio Dei, etc.
TREÎVTE-HWTIÈME HOIÏÉLIE.
La résurrection du Seijjneur.
s. Matth., chap. sxviu; S. Marc, chap. xvi; S. Luc, chap. xxiv; S. Jean, chap. xx.
Respondeus autem angélus dixitmulieribus : Nolite timere vos : sc^o enim quod Jesum Nazarenum crucifîxum quœritis.
Surrexit; non est hic.
(jVIatth., y; Marc, yi.)
0 joyeux et très-consolants mystères ! ô ineffables harmonies des mystères de Jésus ! Comme ce fut un ange qui en évangélisa Imcarnatiou et la naissance , ainsi c'est encore un ange qui, aujourd'hui, en atteste la résurrection et la gloire(l) !
Ces paroles furent prononcées par l'ange assis sur la pierre du tombeau (2) ; elles en furent pour ainsi dire la glorieuse inscription. Au lieu donc de Ci-gît, Hic jacet, » épitaphe lugubre, tracée de la maùi de l'homme sur les monuments des enfants des hommes, on lit : <i II est ressuscité; il n'est plus ici (3).» Telle est
(1) Respondens angélus dixit : Surrexit; non est hic.
(2) loTenerunt juvenem sedentem qui dixit illis {lUarc. 5). 3} Surretit; non esthic.
— 428 — • l'épigraphe maiinifique qu'uu ange, au comble de la joie, dicte sur le tombeau du Fils de Dieu; tel est enfin raccomplissemeut de cette prophétie : que et tombeau devait ètreeutouré d'une gloire unique et singulière (1).
Considérez combien l'accouplement de ces deux paroles est mystérieux et beau : « Le crucifié est ressuscité ("2); « car elles signiQent : Celui que vous pieu- ; rez, ô femmes pieuses et fidèles, comme ayant succombé à la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle, est déjà passé a la possession de la plus douce et de la plus glorieuse de toutes les vies ; et, tandis que la grandeur et la puissance des rois de la terre expirent au tombeau , c'est du tombeau que datent aujourd'hui la grandeur, le pouvoir et l'empire du Roi des cieux.
C'est donc aujoud'hui que Notre-Seigneur, ensevelissant dans un tombeau toutes ses ignominies et toutes ses souffrances, a manifesté l'économie de ses mystères, accompli ses prophéties, dégagé sa parole, maintenu ses promesses, authentiqué sa doctrine, confirmé sa mission et donné au monde la preuve la plus sensible et la plus certaine de sa divinité (3).
Et puisque la gloire du chef rejaillit sur les membres, applaudissons, comme si elle nous appartenait, à la gloire de Jésus-Christ ressuscité. Afin d'accroître la joie pure et sainte que le mystère de ce jour
(1) Et erit sepulcrum ejus gloriosum {Isa, xi).
(2) Crucifixus resurrexil.
(5) Declaratur Dei Filius ex resiurrectione mortuorum, (I.), Corinth.'
révèle daus le cœur des véritable chrétiens, nous n'avons qu'à nous rappeler la magnificence avec laquelle il a été prédit, la gloire avec laquelle il a été accompli^ la grâce avec laquelle il a été annoncé la première fois. Apprenons, par ces considérations, à élever nos pensées et nos affections au-dessus des mystères de la terre, et dirigeons-les vers la recherche et l'acquisition desbieîis du ciel (1).