‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 25 sur 30 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Une des preuves les plus lumineuses de la divinité de Jésus-Christ, est celle-ci : que c'est le seul né de la femme dont la vie ait été écrite, dans ses circonstances les plus détaillées , avant sa naissance. Eu effet, tous ces mystères ont été non-seulement prédits par les paroles des prophètes, mais encore figurés par les actions des patriarches, dont la vie, d'après saint Augustin, est appelée une vie mystérieusement prophétique (2).

Aiusi qu'Adam, en qui deux substances différentes, l'esprit et la matière, furent unies pour former une seule nature, figura l'incarnation de Jésus-Christ, en qui deux natures, la divine et l'humaine, ne formèrent qu'une seule persounc ; ainsi que Moïse en figura la naissance, Abel l'innocence, Noé les fonctions, Melchisédech le sacerdoce, Job les souffrances, David

(1) Quae sursuni sunt quœrite, quse sursum sunt sapitc : non quse »uper terram [Colos. m).

(2) Etiam patriarcharuni vita prophelica fuit {Contra Fautt.).

les persécutions, Salomon la royauté, Joseph l'exaltation, Samson la mort ; ainsi il fut réservé particulièrement à Jonas d'en fif^urer la résurrection et la gloire. C'est Jésus-Christ lui-même qui a expliqué et qui s'est appliqué cette figure, en disant : « Comme Jonas, après avoir été trois jours et trois nuits dans les entrailles de la baleine, en sortit vivant ; ainsi le Fils de l'homme, après avoir été trois jours et trois nuits dans les entrailles de la terre, en sortira ressuscité (1). » Admirez comment le mystère de ce jour a élé fidèlement dépeint dans cet ancien tableau! Ce fut Jonas lui-même qui demanda à être jeté à la mer (2), et Jésus-Christ se livra aux mains des Juifs de sa volonté pleine et spontanée, de son choix libre pour être jeté dans ce que la prophétie appelle l'océan tempétueux de ses opprobres et de ses souffrances (3). Le Seigneur n'a-t-il pas dit, en effet : « Nul ne pourra m'ôtcr la vie par violence? Je mourrai, parce que je le veux, et pour recommencer à vivre (4). » — «Ah ! s'écrie saint Maxime, de même que le navire de Jonas ne pouvait échapper au naufrage, si ce prophète n'eût été jeté à la mer ; de même l'Eglise, l'humanité entière ne pouvait échapper à sa

(i) Sicut fuit Jonas in ventre ceti tribus diebus et tribus noctibus^ sic erit Filius hominis in ventre lerrae {Matth. xvi).

(2) Miiiile me in mare {Jon. ii).

(3) Magna est velut mare rontritio tua {Thren x).

(4j Neuio tollii animant meaiu a me; ego pono animani meam, ut itcruni sumam eam (Joan. x.

perte, si Jésus- Christ n'eût été abandonné à la croix (1). »

En jetant le prophète à la mer, les matelots lui dirent : « Nous sommes innocents de votre mort ; ne faites donc pas crier votre sang contre nous. » Or, peut-on lire ces paroles sans se souvenir que Pilatc également, en livrant Jésus-Christ aux mains des Juifs, à cette mer de sa passion, dit, en se lavant publiquement les mains : « Je suis innocent du sang de ce juste? » Oui, la prière de ces matelots figurait et prophétisait les aveux et les protestations de Pilate (2).

Jonas, lancé au milien des flots, est recueilli par la mâchoire d'une baleine. « Chose étonnante, continue à dire saint Maxime, celui que la méchanceté cherchait à perdre, fut sauvé et conservé par un monstre famélique (3). » Cette bête éprouve les aiguillons de la faim , elle est surprise d'elle-même lorsqu'elle sent une force irrésistible qui l'empêche de dévorer l'homme devenu sa proie (4). « Quel est donc, demande encore saint Maxime, cet homme

(i ) Nisi Jonas pessundaretur, nanfragae navis periculum non sedarelur ; sic, nisi morte Christi, non diberaretur Ecclesia (Serm. àe R«- Êur.).

(2) Nautae, dimissuri Jonam, verentur, et dicunt : Ne des super nos sanguineni iunocentem. Nonne videtur nautarum imprecalio, Pilati esse confessio ? qui Iradidit Christum, et tanien lavit manus, dicens : Innocens ego sum a sanguine justi hujus {Id. Ibid.).

(3) Quem honiinum nialitia perdidit, esuriens bestia custodivit !

(4) Plenis visccribus famem patilur,el in praedani, quam absorbuit, nihil sibi licere miratur.

extraordinaire et singulier qui se laisse, avec tant d'assurance, jeter à la mer, en butte aux flots et à la tempête (1) ? Qui est celui qui a pu être avalé par la gueule vorace d'un nionstrC;, mais sans être consumé (2)? Qui est celui qui, lancé en dehors des conditions de la nature humaine et comme exilé de la vie, voyage au sein des ondes en compagnie do la vie, entre les bras de la mort, et qui s'en échappe sain et sauf (3) ? Ah ! cet homme prodigieux, et prodige lui-même, c'est Jésus-Christ en effigie, c'est Jésus-Christ en figure, que la mort, monstre implacable et cruel, tente de ravir comme sa proie, et qui, restée captive de celui qu'elle croyait faire son prisonnier, trembla d'avoir osé attenter à l'Auteur de la vie (4). Ainsi que l'homme a été, dès le commencement du monde, l'aliment ordinaire de la mort ; ainsi la mort se disposa à dévorer aussi la sainte humanité du Seigneur : mais, en absorbant cette sainte victime, elle resta étouffée ; elle comprit la majesté, la grandeur de cet aliment qui, vrai homme, était exempt de cette dernière condition de l'homme (5).» Dieu commanda au monstre, et le monstre obéissant

(1) Quis eslistc, qui vaslissimos sinus lulus iiigivditin-?

(2) Quis est iste, qui inlcr avidos rlclus absunii potest, consuini non jiotest?

(ô) Quis est iste qui, domissus in alienani rerum nalurain, in s'ilat cxilium, cum \ita iieregiinatur, niorlis supcrstcs (/62V/ )?

(4) Dominas noster Jésus Cliristus est, qucni mors, implacabilis bellua, in escam suam rapuit, cl prœdam siiam captiva contrenu.it (Ibid\

(3) Quasi solilum cibnm, pcrditum in origine mundi hornineni devoravit; sed magnani esse cibi ipsius dignitateai pnefocala cognovit [Ib.).

rejeta sur le rivage le prophète sain et sauf. Le même Dieu a commandé aujourd'hui à la mort, et clic a rendu au monde, plein de vie et de gloire, le Sauveur du monde (1).

Prodige admirable, mystère magnifique, dit à son tour saiut Pierre Chrvsologue ! Tandis que, dans les autres tombeaux, la mort dévore les corps ; dans le sépulcre de Jésus-Christ, dont le ventre de la baleine était l'image, le corps de Jésus-Christ qui y avait été déposé, y dévore In mort. Les hommes, mortels par eux-mômcs, repaissent la mort dans le tombeau ; l'Auteur de la vie l'y étouffe. Les autres tombeaux, exécuteurs impitoyables de la sentence qui condamne l'homme poussière à redevenir poussière, détruisent les corps humains ; le sépulcre du Seigneur, au contraire, préserve son corps de la corruption et le fait revivre. Comme le ventre de la baleine pour Jonas, le tombeau, pour Jésus-Christ, est une sorte de sein nouveau d'où il renaît une seconde fois: avec celte différence, cependant, que ce sein, l'ayant conçu mort, l'enfante vivan*^^ (2). Saint Léon dit à son tour que Marie conçut le Verbe immortel et l'enfanta humanisé, sujet à la mort : le tombeau le reçut mort et le rendit inmortel. Celte seconde naissance est donc, sous quelques rapports, plus religieuse et plus pieuse

(1) Prœcepil Dominas pisci, et cvomuit Jonam in aridam. Praecepit morti, praecepil ahysso , et niumto restituil Salvalorein {l'.id ).

(2) Mulalur ordo reiuin inoriem, non morluum, dévorât sepulcrura. Uteri nova forma moriuma concepit, parit vivum.

que la première (1). Enliii Jouas renaît des entrailles de la baltinc pour aller prêcher la pénilcuce et le pardon à INinive ; et Jésus-Christ, à peine sorti du tombeau, commande à ses disciples d'aller prêcher en son nom la pénitence et le pardon dans le monde entier (2). Mais le juif Jonas n'alla prêcher qu'aux Gentils; et voilà encore un triste présage pour les Juifs, et un augure consolant pour les Gentils; c'està-dire que l'Evangile de Jésus Christ ressuscité, sa prédication, sa grâce et son Eglise passeraient des Juifs aux Gentils.

0 grandeur, ô sagesse, ô puissance de Dieu, d'avoir voulu, s'écrie encore saint Maxime! par l'étonnant miracle de la délivrance de son prophète des entrailles d'un monstre, nous représenter avec les plus vives couleurs, avec les traits les plus expressifs et les plus fidèles, et tant de siècles auparavant, le prodige plus étonnant encore de la mort et de la résurrection de son divin Fils (3) ! Et cela pour préparer le monde à la foi d'un aussi grand mystère et lui en donner une preuve sensible. Comment nier la réalité d'un prodige dans le Muîlre qui, tant de siècles auparavant, était avéré dans le serviteur (4) ?

(1) 111a coq>us mortale genuit; hoc edidil immortale: religiosior ista, quuin ilia iiativitus!

(2) l'iaedicaii in noniine tjiis pœnilenliam, et remissioitem peccalorum in onines gentes (Luc. 47).

(3) Videniiis in |iroiiheiu et niortein pariter et resurrectionem Domini a|ierli»siine figuraïam.

<i) Qiiod impletum cernis in servo, ne credore cuncteris in Domino.

Mais rapprochous de cette spleuàide prédicliou de fait quelques-unes des magniûques prédictions de paroles touchant le même mystère.

David avait dit : « J'aurai constamment Dieu devant les yeux ; il sera sans cesse à mon côté droit, afin que je ne tombe pas. C'est pourquoi ma langue sera dans la jublation, mon cœur dans rallcgresse ; et ma chair se re[.oscra tranquillement dans le sépulcre, dans l'espérance de sa résurrection, car je suis assuré que vous, ô Seigneur ! ne laisserez point mon âme dans des lieux souterrains, ni votre saint dans la corruption du tombeau (l). » Or, l'apôtre saint Pierre, dans son premier di.-cours aux Juifs, dit en citant ce passage du prophète : « Il est impossible que David ait parlé de la sorte de sa personne ; car il mourut, il fut enseveli, et ses ossements sont encore dans le tombeau que nous possédons au milieu de nous (2). » Donc David^ étant prophète et lisant dans l'avenir, a clairement prédit, par ces paroles, la résurrection de Jé^us-Christ ; car il est avéré de lui, par les faits, que son âme n'est point restée dans les limbes, et que son corps n'a point éi)rouvé la corruptiou. Dieu, eireclivemeut,aresausciié son Jésus

(1) ProTidebam Doniinum in corspectu ineo semper: quoDiam a 'lextris est niihi, ne cominovear. Proptir hoo Isiatum est c r nieiiui, i:i exultavil lingua niea, insuper et caro mea requiescet in spe. Quoniain non derelinques animam meam in iuferno; nec dalis Sanctuin luuni videre corrupiioneni iPial. x\).

(2) Liceat de Da^id dicere, quonium defur.ctus est, et sepiiltus, et sepulcrum ejus est apud nos usque ad prsesenlem dieni.

d'cDtre les morts ; et nous sommes tous témoins d'un si grand prodige (I). 0 gloire du mystère d'aujourd'hui, d'avoir élc prédit si clairement mille ans auparavant !

Jésus-Christ, dit saint Grégoire, n'est point ressuscité par grâce d'auîrui, par secours étranger, mais par sa veilu et sa puissance propres, comme il était mort de sa propre volonté. C'est ainsi qu'il donne, eu ce jour, la plus belle preuve de sa divinité (2). Or, ce double prodige, qu'il mourrait de sa propre volonté , et qu'il ressusciterait par son propre pouvoir, a été également prédit quand il disait par la bouche de David : « De même que moi, personne divine, je me suis uni la nature humaine ; de môme ce sera moi qui m'endormirai volontairement du sommeil de mort; moi-même, oui moi-même, je ressusciterai vivant et immortel par ma propre puissance (3). »

Il avait dit aussi dans un autre endroit, par l'organe du même prophète : « On croira que je suis descendu comme les autres dans la prison souterraine, pour y demeurer prisonnier (4) ; mais ce sera

(i) Propheta igitur ctim osset providens. loculus est de resurreclione ( hiisti, qui ncque deielictus est in inferno, neque caro cjus Tidit corrupiioMcni. Ilunc Jisuin resusciiavit Deus , cujus oumes nos testes suinus (Act. ii)

(i) Rloii (lignuius est ex volunlate; rcsurrcxit ex potestate. Ostendit e Ueuni esso, qui se ipsuiii a morluis excilavit.

(!>) E^o duniiivi et suporuius suui, et exsurrexi, quia Dominut susccjiii me {l'sal. ni).

(4) ^stimatus sum cum de»ceadeulibus ia lacum.

à tort, va qne, sans le secours d'autrui, et de ma pleine liberté, je \isitcrai rivant la sombre région des morts (I). B En effet, lorsqu'il lui plaît, ranimé en un instant, il revit ; et comme il avait été conçu sans concours viril, ainsi il ressuscite sans secours étranger (2). Finalement le même prophète, parlant au nom du Messie, a proféré cette admirable parole : •< Ma chair refleurira (3); » paroles admirables, je le répète, que tout le monde applique , dit saint Bernard, à la résurrection du Seig seur (4) ; vu que, comme l'avait déjà professé ssint Ambroise, la chair du Seigneur refleurit véritablement dans sa résurrection (5). 0 belle et douce prophétie! cette chair sainte, immaculée, divine, fleurit la première fois, quand le Verbe la prit par l'incarnatiou! Alors celte fleur nazaréenne, pleine de toute la vérité de la grâce et de toutes les grâces de la vérité (6), sortit de la racine de Jessé, du sein très-pur de Marie (7).Plas tard, la fureur des Juifs voulut l'arracher ce rejeton de la terre des vivants dont il était l'ornement, la consolation et la gloire (8) ; et il se laissa

(1) Fantus sum sicut homo siae adjulorio intcr morluos liber

(PSdl. LXXXTIl).

{•1} Facius sum (Ut supra).

(5) Refloruit caro mea(/'ia/. xxvii).

(4) lluc de Rcsurreciiune dici nullus est qui ambigat {Tract, de Vile).

(5) Uefloruit Dominas, cum resurrexit {In hune. Psnl). (6;Plenuin gratiae et veritutis.

(7) De radiée Jesse, floi de radiée ejus ascendet [Isa.].

(8) Eradaoïus eum de terra viveutium {Jer. xi).

spontanément détruire pour le salut des hommes inîzrats qui le déchiraient. Ce fut son amour, bien plus que leur cruauté, qui le jeta par terre, pâle, effeuillé, brisé (1). Mais la mort de Jésus-Christ, mort véritable et réelle, n'ayant fait que séparer l'âme du corps; l'âme et le corps n'en restèrent pas moins hypostatiqiiement unis à la personne du Acerbe (2). Comme donc le germe, le principe de l'immortalité et de la \ie était demeuré avec la personne du Yerbe à laquelle il était uni, dans cette dépouille inanimée, étendu trois jours dans le tombeau ; ainsi, après être restée quelques heures sous terre, cette fleur choisie a commencé en ce jour à redresser sa tête radieuse sur sa tige ; elle a fait surgir un nouveau bourgeon; elle a étalé toute la richesse de ses couleurs, de ses grâces, de sa beauté. Sa résurrection a été uu nouvel épanouissement (3).

Qui pourra jamais raconter la gloire avec laquelle cet épanouissement nouveau, cette résurrection si magnifiquement prédite autrefois s'est accomplie en ce beau jour. 0 résurrection, ô gloire de Notre-Seigneur ! Dans un seul et même instant, par la vertu du Verbe, l'âme se réunit au corps, et le corps revit, reparaît paré de la gloire du Verbe. Après avoir déposé les bandes funéraires qui le ceignaient, repoussé les parfums dont il était oint, étanché son sang, fermé ses pluies, ne conservant que ses cicatrices

(1) Flos Libani elanguit (iYawTJ, i),

{"I) Qiod seinel assunipsii, nuiiquam dimisit.

(3 Pi floruit (Ul supra).

— 4 :9 — célestement empourprées, comme preuve de la réalité et de l'identité de sa cliair, il revêt les qualités du corps glorifié. Il était vulnérable, et il devient impassible; il était charnel et il devient spirituel ; il était pesant, dense, mortel, et il devient subtil, léger, resplendissant, immortel. 0 corps bienheureux! que de beauté le relève! que de grâce l'embellit! que de majesté le pare ! que de lumière le recouvre ! que de gloire l'environne ! Et si, quand il fleurit la première fois, il était le plus beau des enfants des hommes, aujourd'hui qu'il fleurit de nouveau, il devient la beauté, la grâce, la lumière, la gloire même, car la beauté, la grâce, la lumière du Fils de Dieu se reflètent en lui (1). Ce corps divin ainsi transformé, passé de l'ignominie à la gloire, des souffrances à lu joie, de la mort à la vie, s'élance toutà coup hors du sépulcre; avec la subtilité propre au corps glorieux qui passe à travers les murailles les plus épaisses sans les rompre, il sort du tombeau sans en ouvrir l'entrée. C'est ainsi, nous dit saint Augustin, qu'il était sorti du sein maternel sans altérer la virginité de sa mère très-pure (2).

0 Juifs méchants et aveugles! que ^ous a servi, leur dit saint Grégoire, d'avoir cciut le sépulcre de barrières, de l'avoir entouré de sentinelles et de gardes, d'en avoir iutordil l'entrée avec une pierre éaorme, d'eu avoir soudé les Ibàsurcs avec de la chaux.

(tJ Refloruit (Ul supra^

(2) Sicut ex iiUaciiâ Mairis visceribus, salva ?irginiute processit.

- 4Î0 — et dîî bitume , d'y avoir apposé voire sceau et votre cachet, afin d'erapôchcr le corps du Seigneur d'en sortir (I)? En enfermant ainsi le corps, vous imaginicz-vous emprisonner aussi la divinité qui y est unie? Ah! le pouvoir de mort, si redoutable sur l'homme, est nul avec Dieu (2). Comment le tombeau eût-il pu retenir Celui que l'univers ne saurait circo:iscrirc (3)?

Il est écrit que le Seigneur fit rcssu?ci'er en môme temps que lui et avec lui plusieurs corps des saints palriarches et des [irophôles de la loi ancienne (4). Ce qui signifie que Tàmc très-sainte du Sauveur , revenant de la prison des limbes où elle avait délivré les âmes des palriarches, des prophètes et des justes de l'Ancien Testament, dépouillé le fort armé de ces dépôts précieux qu'il considérait comme sa proie ; heureuse du triomphe qu'elle avait fait remporter à ces serviteurs fidèles sur l'enfer, elle voulut aussi leur faire partager son triomphe sur la mort. C'est pourquoi sa toute -puissance rendit à ces ùmes leurs corps vivants et glorieux, depuis longtemps en poussière , à l'instant même où elle reprit le sien. Et comme le Seigneur sort du tombeau le premier, car la résurrection des morts devait avant tout s'accomplir en celui qui, comme chef, était

(1) Ut non haberet Christus cgr^ssum.

(2) Cum Deus sii, leneri morte non potera:.

(3; Quem niur.dus non capit, nec sepulluin cu.stodit. (4) Milita corpora Sanctorura qui doruiierant. surrexerunt ( Matth. C.W).

mort pour tous (î), ces saints abandonnent aussi les sépulcres, que Jésus -Christ Tenait d'ouvrir à sa mort (2). Ils se réunissent par milliers aux chœurs angéliqucs. Remplis de la même jubilation, ils entonneui cuoemble des hjmmcs de louange et de rcracrciem.ent. Ils viennent former une couronne joyeuse à Jé>us-C!îrist ressuscite, applaudir à leur Dieu 1 bcrateur et rehausser la gloire, réclnt de son triomphe (3). Non contents de ces démonstrations, ces serviteurs fidèles, ces âmes attachées a Jô^"- Christ , qui avaient hâté sa venue par leurs prières; "veuue figurée par leurs actions, annoncée par leurs prophéties, se montrèrcut aussi aux hommes, se firent voir ressuscites par tout Jérusalem (4). Us annoncèrent, par leur résurrection, la résurrection de leur Dieu et Seigneur ; ils la rendirent plus célèbre, plus authentique, plus solennelle et plus certaine.

La nature corporelle s'unit encore à la nature intelligente pour applaudir à son Créateur. Le soleil, qui avait voilé sa face au spectacle du meurtre de Jésus-Christ mourant en croix, s'était hà:é de dissiper prématurément les ombres de la nuit ; aujourd'hui, dit saint Jérôme, le soleil la prévient et la met in fuite avant le temps. 11 rend en ce jour à la iiature les heures de clarté qu'il lui avait ravies trois jours

(1) Primogenitus mortuorum.

{i, Et inonuiiieau aperta sunt (Ibld.) .

'5) Multa corpora Sanctorum qui dormierant, surrexcrunt post reurrociioncm.

(4) Venerunt in sanctam civitaiem, et apparuerunt muiti» iïbid.).

auparavant (1). Cette créature respleudissaute , le soleil qui, mieux que les toutes autres créatures, retrace la niagiiificeiicc, la puissap.cc, la grandeur du Créateur, a prévenu aujourd'hui l'aurore, afin de se trouver présent à la résurrection et de l'écîaircr par la richesse de ses rayons. C'est ainsi qu'il venait, en plein midi, d'éclipser sa lumière ponr ne point en contempler la mort. 11 semble ressusciter aujourd'hui avec l'.ii, comme il parut alors mourir avec lui (2). Ce transport de jnbilation sembla passer du soleil à toutes les autres créatures. Le ciel se montra paré d'un nouvel azur et d'un nouvel éclat. 1/air, embaumé d'une suavité inaccoutumée, sembla respirer la douceur. La terre, produi-ant à l'instant des gazons nouveaux et des fleurs nouvelles, se couvrit du manteau magnifique, émaillé et varié qui surpasse les plus riches vêtements de Salomon ; elle se montra rehaussée d'une beauté nouvelle, pour fêter son Auteur. On vit tous les animaux saisis d'un transport inusité ; la nature entière parut reprendre une vie nouvelle avec Jésus-Christ, comme elle avait paru, auparavant, vouloir mourir avec lui. C'est ce tableau magnifique que le prophète semble avoir voulu tracer par CCS paroles : «l.n ce jour, le ciel et la terre se montrcreul, eu quelque sorLe, rcaoavv-lésot parcs

(l) Qui ante nootrm fugcifit in morte, nunc ipse nortem praevenii uguluru-, ui ic<ldui liu'i nox boius, qu;is terrur duuiluica! pus^iuiiis luvarirat (Corn, m ili.iili.).

(2; Ui coiisiirg;rei Aucloii suo, anlelucanus crupit: qui, ut suo coinlu >reretur Auctori, ipsam suam meridianam inoriiticaverat clariiatem.

— 4i3 — de nouveaux enchantements, afin de fêter Celui qui, par son sang, venait de sanctifier toute la création et de renouveler le monde (1).

Pour que rien ne manque à la gloire d'un pareil triomphe, la consternation profonde, rabattement, la terreur, la confusion des ennemis de Jésus-Christ, se joint à la joie pure, aux transports sincères de tous ces scr\iteur5 (idcles, pieux et dévoués.

A l'instant où le corps glorifié du Seigneur traversa le sépulcre sans 1 ouvrir, un horrible tremblement se fit sentir à l'entour (2). Et malgré qu'aujourd'hui la terre tressaille d'allégresse, comme au jour de sa mort elle trembla d'effroi, ce tremblement n'en remplit pas moins d'une horreur froide, glaciale, le cœur des vils satellites qui veillaient à la garde du tombeau. Pendant qu'ils sentaient la terre manquer sous leurs pieds, l'ange de Dieu se montre et redouble par sa présence leur épouvante. Ses vêtements sont d'un éclat qui éclipse la blanclieur éclatante de la neige ; son visage menaçant et sévère semble lancer autour de lui des éclairs de vengeance et de feu (3). Ce messager céleste s'approche du sépulcre, et d'un coup de pied fait sauter en l'air et lance à une grande distance la pierre énorme qui le fermait (4). Selon saint Jérôme, il sembla dire, par une sorte de mépris

(1) Dabo eis oœlos noYOs et tcrram novam f/«a. ltt).

(2) Et ecce lerrœmoiuô faclus est inagmis Matlh. 2).

(3) Angélus Loniini desct-ndii de cœlo. Eral aulcm aspectus ejus iscut fulgur, veslimenta ejus sicut nix [lOid.).

(4) El acceden» revolvit lapidem.

— 4'U — de la mort : Où est donc, ô mort ! où est ton triomphe (I )? Qui pourrait exprimer la terreur des gardes à la vue de tant de phénomènes réunis: de la terre qui tremble, de la pierre qui saute, de la tombe qui s'ouvre, de la lumière qui éclaire, de l'ange qui fulmine ? Ils demeurent comme atterrés, comme morts (2).

A peincsont-ils un peu remisde leur frayeur, qu'ils accourent auprès des princes des prêircs, confondus, le visage encore pâle, encore saisis de tremblement. Us leur nicoiitcnt les prodiges dont ils venaient d'cîrc les témoins et dont ils avaient failli être les victimes. Les princes des prêtres et les pharisiens avaient déjà appris quelque chose d'un événement aussi prodigieux. Les sainis, ressuscites avec Jésus- Christ etqui étaient venus dansla ville, en avaient annoncé la résurrection, donnant la leur pour preuve de la sienne. Tout Jérusalem était en mouvement etentumulte ; un sourd murmure passait de bouche en bouche : // est ressuscité. Les bons s'en réjouissaient, les méchants en frémissaient. Quelle |ne fut pas la surprise des Juifs déicides, quand le témoignage authentique, fidèle de Icursîïardesvints'adjoindre à ces paroles vagues (le la multitude (3). A cette nouvelle, la pâleur couvre tous les visages, la couslcruation rcm-

(1) RcvoWit lapilem quasi dicat: Uhi est mors Victoria tua.

(2) Piœ limore autein ejus exterrili suut custodes, et facli sunt velut inorlui I ,id. 5, 3, 4).

(3 Quidum de cusiodihus venerunt et nuntiaveruat principibus Sacerdotum omuia que (actafuerant (Mallh. 11).

pht tous les cœurs. Ils se réunissent en assemblée et, après de longues délibérations et beaucoup de d!<cusMoi,s (I), ils font venir les soldais auprès d eux. « Ah ! f.ar piiié, leur di.ent-ils, que nul n'apprenne de volrc bouche ce qui vient d'c.rriver. Voici de l'argent, I rencz-en aniant que vous le voudrez

pour pnxde voire silence (2). Ditesplulôtquc. durant la nuit pendant votre sommeil, les disciples de Jésus sont venus dérobersou corps {3}. Ce terme moyen est la vérité trop in^^aiscmbli.ble, ce mensonge est trop hardi, cette imposture est trop manifcole; mais ne TOUS en mquiéîcz pas. Ce sera notre affaire dcTaccrédiler parmi le peuple, de la persuader à Pilale • nous VOUS protégerons de tout notre pouvoir, pourvu que par votre silence, vous conserviez notre sûreté (4) » 0 malice scélérate! ô perversité profonde î ô dureté mfernale de cœurs volontairement et obstinément rebelles à la vérité de Dieu! La résurrection du Seigneur est un fait qu'ils ne peuvent nier; et, tandis quils en recommandent le silence par des moyens aussi méprisables, ils en confessent cuLmômes la Térité !

0 ignominie! Ô honte pour ces âmes coupables' Pendant que l'Agneau divin agonisait sur l'autel de

(i) Et congTfgaii cum seniorihus, consillo accepto. (2) Pecuiiiani ropiosam deJerni.t nnlitibus

(ô) Dici.e. quia discipuh ejus nocte venerunt. et farati ,unt eum Tobis doniiieiiubus. *

(4) F.i si hoc auditam fuerit a préside, dos suadebimus ei. et securo5 vosfaciemus (/iid. 12, U)

la croix, dans un océan de souffrances, ils venaient insulter à sa douleur en lui disant : « Si tu es le Fils de Dieu, descends delà croix : à cette preuve seule, nous croirons à la divinité (I). » Il ne convenait point alors à la majesté, à lindépcndaiice du Maître du monde de répondre, par le miracle demandé, à l'insolent défi de ces vils esclaves ; il ne convenait point au grand l'ontife de Dieu d'interrompre, sur l'injonction d'une poignée de scélérats, le sacrifice qu'il offrait pour tous les hommes; il ne convenait point au Rédempteur du monde de descendre vivant de la croix sur laquelle il était motité volontairement, afin d'y mourir pour sauver le monde. Aussi n'opposa-t-il alors à la scélératesse des Juifs qu'une patience divine; aussi ne répondit-il à leurs blasphèmes atroces, à leurs insultes cruelles que par des accents de pitié et de pardon (2). Jlais une fois l'heure de sa charité infinie passée, que fit le Scii^nieur pour venger sa gloire et pour confondre la témérité folle des Juifs? Celui, dit saint (rrégoire, qui ne voulut point descendre de la croix, est aujourd'hui sorti du tombeau (3). C'est-à-dire qu'il rendit les Juifs inexcusables, qu'il les réduisit au silence; qu'il les confondit par un prodige bien plus grand, bien plus éclatant, bien plus magnifique que celui qu'invoquait leur incrédulité et qu'ils ne sauraient nier. Ne fut-ce

(1) Si Filius Dci est, dcscendat de cruce, et credinau» ei {Mallk.

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