XXVII
{'2) Pater, di initié illis {Luc, xxv).
(5) Qui de cruce descendere noiui!, de sepulcro surreiit.
jjas, en effet, un prodige plus grand d'être sorti dui tombeau, après sa raort, que ne l'eût été celui de; descendre \ivant de la croix? Oui, ce fut un plus prand prodige de vaincre la mort par la résurrection, que d'abandonner la croix pour conserver la'' vie(l). '
Le voilà donc Celui à qui les Juifs, non contents' d'arracher la vie, voulaient encore ôter la réputation; Celui qu'ils avaient appelé séducteur, tout en le reconnaissant certainement comme saint ; le voilà, dis-jc, ce séducteur faible, qui se montre Dieu toutpuissant, qui a rendu toutes leurs précautions vaines, dissipé tous leurs calculs, déjoué tontes leurs prévisions ; et qui, mieux encore qu'il ne l'avait fait par tous les prodiges de sa vie, les consterne, les humilie, les confond, les fait trembler par ce dernier miracle de sa mort ; et qui, maintenant qu'il est mort, provoque bien plus que lorsqu'il était vivant, leur sollicitude, leur astuce, leurs inquiétudes, leurs chagrins! 0 sagesse, ô puissance du Rédempteur! ô gloire immense et unique de sa résurrection!
SECONDE PAIiTIE.
Nous venons de considérer la magnificence avec laquelle le grand mvstcrc de la résnrrccliou avait été prédit, la gloire avec laquelle il a été accompli :
(1) Plus fuit de sepulcro surgere, quam de cruce desoendeie. Plus fuil morlcm resurgendo destruere, quam vitain descendendo servare.
a nous reste à voir en dernier lieu, pour noire instruction et notre encouragement, la manière amoureuse dont il fut annoncé la première fois.
A la première apparition de l'aube du dimanche (1), Marie Madeleine, Marie Cléopliée, Marie Salomé, Jeanne et d'autres femmes pieuses, portant avec elles des parfums et des aromates, vinrent au tombeau de Jésus-Christ, afin de les répandre, selon Tusage des Juifs, sur son très-saint corps, et de donner à leur Seigneur et Muitre ce dernier témoignage de leur pieté (2), a Mais comment fcrons-nousi se disaient-elles en cheminant ; et qui nous aidera à soulever la pierre énorme qui ferme l'entrée du sépulcre , et que toutes ensemble nous ne saurions remuer (3). » Pendant qu'elles parlent ainsi, dirigeant leurs regards vers le sépulcre qui attirait tout leur cœur, elles en voient la pierre ôtée et l'entrée ouverte à tous (4). Elles y entrent donc avec une piété religieuse ; mais à peine avaient-elles fait un pas, qu'elles reviennent incontinent en arrière, surprises et intimidées ; car , au lieu du corps sinat qu'elles recherchaient, ellesy trouvèrent un ange, qui, d'un air de grande familiarité et de douceur, leur dit : « Non, non, ne vous épouvantez poiut (5). Je
(1) Vaille nianc, uiia sabbatorum {Marc. 2).
(2) VenrniDt ad monuineuium {lortaïues aromata , ut ungcrent Jesum (Ibid. \).
(3) Quis rtvolvet nobis lai>idem ab ostio monumenli? Erat qutppo magnus valde {Ibid). 3.
(4) El resiiicienles, viderunt reTolulum lapidem {Ibid. À).
(5) Respondens Angélus dixit lUis: Nolite timere vos (l/a(lA. 5).
— 4 19 — ooQuais Lieu les iu ton lions pures et saintes qui vous ont amenées ici : vous cherchez Jésus de Nazareth cruciflé, n'est-il pas vrai? Eh bien ! je vous dis que ce Jésus n'est plus ici. Il est ressuscité comme il l'avait prédit. Venez, venez voir la place où était le Seigneur (1). Tite donc, allez sur-le-champ annoncer une si bonne nouvelle aux disciples, et en particulier à Pierre (2). Allez ensuite tous ensemble vers les montagnes de la Galilée où le Seigneur vous a précédés, comme il l'avait promis. Je vous assure que vous aurez tous la consolation de l'y voir (3). » 0 bonne nouvelle, ô admirable discours ! que de bonté, que d'amour, que de douceur, que d'enchantement n'y a-t-il pas dans ces paroles de l'ange ? Se peut-il qu'un ange, un des plus nobles habitants des cieux, ait voulu s'entretenir avec tant de confiance et d'amabilité avec de pauvres femmes incultes , rebut de la terre ? Et pourquoi s'en émerveiller ? Il est le serviteur , le ministre de ce même Dieu de bonté, qui, au rapport des saintes Ecritures, s'entretient volontiers avec les âmes simples par des discours secrets et affectueux (4) ; qui se révèle , se manifeste à ces àmes^ de préféreuce à toutes les
(1) Scio quia Jesdm Nazarenuni quaeritis crucitixum. Non est hic. surrexit, sicut dixit. Venite, et videle lociim ubi positus er»t Dominus iSIaîih. 6).
(2; Ile cilo, et tJicite disciiKilis ejus, et VeiTO, quia surrexit.
(5) Ecce prœcedit «os iii Galilaeani, sicut disit Tobis. îbi euin »idebiiis: ecce prffiiixi v-.-i/.s 'JlcUth. T; Marc. ').
(4) Et cum Biniplicibus s.niiocinatio eji:8.
autres. De n^ôme , eti ciicl, ijuc les simples bergers de Bethléem avaient été )es premiers à coiuiaitre la iiaissaiice de Jésus- Christ, par la bouche de l'ange ; de même aujourd'hui , les simples femmes de Jérusalem sout aussi les preuîières à recevoir de la bouche des anges la révélation de sa résurrection. Les apôtres verront à leur tour le Sauveur ressuscité, et ils s'entretiendront familièrement avec lui pendant quarante jours, afin de pouvoir ensuite, comme témoins oculaires, attester au monde un aussi grand mystère. Mais la première connaissance ne leur en parvient que par des femmes ; et les femmes seules ont le privilège d'en être instruites par les anges. La piété simple, le désir dévoué de visiter, d'honorer Jésus- Christ mort, leur obtient l'avantage de recevoir les premières révélations et d'être les premières évaugélistes de Jésus-Christ ressuscité. 0 leçon précieuse î Jésus - Christ préfère toujours la simplicité à la science, l'humilité au génie, la piété au savoir! Celui qui prie le plus profite plus à son école que celui qui étudie le plus ; celui qui aime davantage, et uou celui qui discute le plus. L'àme humble, affectueuse, dévouée, sincère et pieuse le devine sur-le-champ, le rencontre, le retrouve ; elle a rintelligonce pratique de ses mystères, elle les aime en les croyant, elle les croit en les aimant , elle s'y repose et s'cu estime riche et heureuse (1).
Que de douceur et d'amour ne trouvons-nous pas
(l)Et cuin siaip'.icibus (Ul suivra).
dans les paroles de l'auge aux feiiimes pieases : « ?îe vous épouvantez point (!)!>• Celui qui s'exprime ainsi est ce même ange qui, peu d'iastaiils auparavant, d'un coup d'œil foudroyant lancé aux gardes du sépulcre, les avait jetés sur le sol (2). Ce même ange, qui venait d'inspirer à ceux-ci tant de terreur, exhorie ces autres à ne rien redouter (3). Que ce vous est beau î car c'était leur dire que les princes des prêtres, les pharisiens et les scribes, qui ont trahi le Seigneur, tremblent de crainte! que Pilaie, qui la condamné; que les soldats, qui l'ont crucifié ; que le peuple tout entier, quia demandé sa mort à grands cris, qui l'a blasphémé et insulté sur la croix, soient dans la terreur ! Pour vous, âmes aimantes de Jésus de ^'azareth , fidèles à l'accompagner en pleurant sur le Calvaire, courageuses à l'assister a sa mort , pieuses et religieuses à le chercher crucifié, à vouloir l'honorer dans son tombeau (4), vous n*avez rien à craindre de ma part ; vous avez, au contraire^ tout à attendre de lui (5).
C'est à nous aussi, qui chérissons et désirons Jésus crucifié, que ces paroles consolantes s'adressent (6). L'avez vous compris, ô âmes fidèles, mais timides,
(Ij Nolite (Ut supra).
(â) Prs timoré auteiu ejus exterriti suât custodes, et facti suai relut mortui .
(3) Nolite (Ut supra.)
(i) Jesum (Ut supra),
[o) Nolite (Ut supra).
(6) Jesum (Ut supra).
aiiniiulcs, mais réservées? Vous n'avez aucan sujet de craindre (1). Mais que le Juif obstiné, pour qui le mystère de la croix est un scandale ; que le philosophe superbe, ponr qui il est nue folie; que l'incréduic, qui se moque de Jésus, soient saisis de terreur! Que riiérétiquc qui le blasphème, q le le méchant catholique qui l'outrage, que l'avare pour qui il est indifférent, que le superbe qui en a honte et que le voluptueux qui le profane, soient dans la terreur et l'épouvante ! Oui, que ceux qui ne veulent point l'aimer pendant la vie et qui ne peuvent s'attendre qu'à des châtiments après la mort, demeurent épouvantés! Mais vous, âmes généreuses, d'autant plus humbles devant les hommes que vous êtes plus nobles et plus élevées devant Dieu^ vous, pour qui Jésus-Christ crucifié est l'objet constant de vos désirs et de votre amour, qui n'aimez que sa loi, qui ne recherchez que sa grâ^e, qui u'enviez que son cœur, qui n'aspirez qu'à sa vision ; vous qui, pendant que vous le cherchez au dehors de vous, l'avez déjà eu vous, et par la charité divine dans le cœur; qui, par la morlilicatiou chrétienne, l'avez imprimé et exprimé dans le corps, qui mettez tout votre bonheur dans sa croix, vous n'avez rien à craindre (2) ! Peu importe que vous soyez pécheresses: n'avez-vous pas entendu l'ange charger les Marie de porter noramément à Pierre, au nom de Jésus-Christ, la nouvelle
(1) Noiite (Ut supra).
(2) Noiite 11 iiierevos. Scio quia Jesum Maiwreuuni cruciiixam ^tiari-
lis.
de sa résurrecliou (I)? aliu que Pierre iie désespère pas de voir le Seigneur qu'il avait renié, vu qu'il setait repenti de sa faute, et afin que nous soyons aussi nous-mêmes assurés que les péchés pleures et détestés ne nuisent pas à ceux qui les ont commis (2).
Remarquez encore que l'ange, en parlant de Jésus aux Marie, ne le nomme pas voire ou mon Seigneur, mais le Seigneur en général (3). C'était leur apprendre par là qu'il est mon Seigneur comme il est le vôtre, le Seigneur commuu, le Seigneur de tous. Puisque vous le cherchez sincèrement, que vous l'aimez comme je l'aime, que vous vous honorez comme je m'honore moi-même de le servir, nous sommes tous également les serviteurs de ce bon Maître. Hommes et anges, sans différence aucune, nous sommes les citoyens de la même patrie, les héritiers de la même gloire. C'est encore à nous qu'il est dit, dans la personne des pieuses Marie, que nous le verrons en Galilée , parole qui signifie rerélution; et c'est, dit Bède, de cette révélation ineffable, complète, parfaite, qu'on obtiendra dans les cieux, que saint Jean a dit que, lorsque Jésus-Christ se découvrira à nos yeux, nous le verrons tel qu'il est en lui-même, et que cette révélation, cette vision claire de sa personnalité nouà fera devenir sembla-
(1) Dieite disiipulis ejus, et Petro.
(â) Ut Petrus ex oegatione nos desperet. Koo eaim nocent peccftU que displiceat (S. Gregor.).
(I^ Ubi p»»itiu «rai D«mlBUt.
blesàlui (1). C'est dans cette mystérieuse Galilée qu'il nous a précédés (2). Le véritable Moïse, par sa fésurrectioa glorieuse, nous en a aujourd'hui ouvert le chemin ; en sorte que notre pâque, soit notre passage au Seigneur à travers l'océan orageux de ce siècle, nous est assuré par Jésus-Christ, qui a marché devant nous (3). Que nous reste-t-il donc à faire? C'est, à cette époque des azymes pascals, que nous devons comme l'explique saint Paul, parles résolutions les plus saintes, avec les intentions les plus pures, avec les sentiments les plus sincères (4), à l'imitation des religieuses Marie, chercher Jésus dans le tombeau; ce qui veut dire, selon l'interprétation de Bède, travailler à imiter sa passion, à nous glorifier de sa croix (5). Allons-y dès le lever du soleil, c'est-àdire après nous être dépouillés du manteau ténébreux de nos vices (6). Portons-y des parfums et des aromates ; c'est-à-dire, allons lui offrir le suave encens de nos prières, et cherchons, par l'odeur de nos actions vertueuses, à honorer le Dieu des vertus (7). Que la pierre énorme, figure de la loi écrite sur la pierre, ne nous épouvante point î Cette pierre
(1) Galilœa revelatio diciiur. l!la revelalio vera eslGalilasa, de qua : Cuni apparuerit, similes d criinus, quia ridebimus eum sicuti est.
(2) Praecessit nos in Galilteam.
(5) Prœcessit (Ut supra).
(4) In azyinis sinceritalis et verilatis.
(">) Ad sepulcrum; id est, passionem imifeinur.
(6) Orto jam sole, id est, discussis vitiorum tcnebrîs.
(7) Portantes aromala; id est, odorem bonoruni operum et oratijnum suavilatpm Domino studeamiis offerre.
— 4ùô —
est désormais renversée, repoussée da sépulcre et devenue légère (I); cesl-à-dire qw;, par la résurrection du Sauveur, toutes les lois sont devenues faciles, comme tous les mystères ont reçu leur explication ; nue rosoérance de parvenir à la vie éternelle a été donnée à tous (2;. La grâce qui s'est en ce jour répandue sur le monde, rend le joug de la foi léger pour l'esprit et celui de la loi léger i^our le cœur. L'amour humble croit tout, l'amour désireux espère tout, l'amour efficace accomplit et sup[}orte tout (3). Dans cette situation, nous sommes assurés de revoir Jésus-Christ ressuscité et glorieux dans la vraie Galilée, dans la révélation éternelle. Oui, mes chers Frères, vous répéterai je avec l'ange : Si vous cherchez ce Jésus crucifié dans le tombeau, vous le retrouverez en Galilée ; si vous partagez ses peines, vous partagerez aussi sa joie: vous le verrez, je vous l'assure, dans toute sa magnificence, dans son éclat, dans sa beauté, dans sa gloire ; vous serez éternelleraent heureux en lui et avec lui (4). Aiusi-soit-iî !
(i) Invenerunt revoliUum lapidem ab ostio monuraenti.
(2) Revolutus lapis, reserationem Sacramentorum Christi insinuât; Lex enim lapide scripta erat, cujus ablalo tegœine perpétua >iila nobis sneranda pradicari cœpit.
(ô) Cbariiaâ oinnia crédit, omnia sperat, oninia suslinet.
(i) Prspcessit vos ia Galilaeam sicuf dixit vobis ; ibi eum tidebitis: «cce pnedixi Tobis.
TRENTE-NElVlÈnE HOUËLIE.
La résurrection des morts.
Si Christus in vobis est, corpus quidem mortuum est propter peccatnm; spiritua vero vivit proptor justiticatiouem. Quod si Spiritus ejus, qui suscitavit Jesum a mortuis, habitat in vobis; qui suscitavit Jesum Christum a morluie , viviticabit et mortalia corpora vestra, propter in habitantem Spiritum ejns in vobis
fROM. wu^.
0 paroles magnifiques et sublimes ! qui, écrites par riiorame, indiquent cependant clairement avoir été inspirées, sugj^érées, dictées de Dieu ! Elles contieu* nent un secret profond de la science divine, un mystère incompréhciisible de l'économie de la religion, que l'homme ne pouvait connaître par lui-môme et beaucoup moins inventer ; mystère que Dieu seul pouvait révéler, comme lui seul pourra l'accomplir. En effet, il devient très-certain, par ces expressions, que, comme Jésus-Christ, quoique Fils de Dieu, est véritablement mort, parce qu'il avait pris une chair semblable à la chair de l'homme pécheur; ainsi, et à plus juste titre, nous devons, quant an corps, mourir
à notre tour, parce que nous avons un corps corrompu par le péché, bien que, quant à l'àme^ nous ayons été vivifiés par la grâce de Jésus-Christ (1). Il n'est pas moins manifeste, par les mêmes expressions de saint Paul, que, participants de l'esprit de Dieu îc Père, nous serons aussi participants du grand privilège de la résurrection de son divin Fils, vu que, en vertu de cet esprit, le même Dieu qui a fuit ressusciter Jésus-Christ, nous fera aussi ressusciter nous-mêmes. De cette sorte, i\yai\l eu en commun a\ec Jésus-Christ la filiation divine, relativement à ràmc, nous aurons aussi en commun avec lui, relativement au corps, les qualités de son corps glorifié (2).
0 doctrine profonde et importante ! ô vérité consolante et délicieuse ! La résurrection glorieuse d'ë Jésus-Christ n'est doric pas un mystère qui lui soit exclusivement propre ; il concerne tous les chrétiens à la lois. La résurrection de Jésus-Christ est la raison, le gage, le modèle de la nôtre! Puis donc que nous nous sommes entretenus hier de la résurrection du Seigneur principalement par rapport à lui, envisageons aujourd'hui ce même mystère principalement par rapport à nous. Voyons comment et pourquoi la gloire de notre Chef ressuscité sera aussi commune aux membres, quand viendra la résurrection universelle; c'est-à-dire qu'après avoir co. sidéré dans une autre circonstance le dogme très grave de la résur-
(1) Si Chrislus...;, (Ut supra).
(,2) Qîiod si Spirilus ejus (Ut supra).
reclion universelle des morts, dans sa révélation, dans sa promesse et dans son emblème (hom. xxvii®) nous devons le considérer aujourd'hui dans ses principes, dans ses causes, dans ses conséquences ; découvrir le lien intime qui le rattache aux principales vérités du christianisme, afin que nous nous animions à recueillir, à établir en nous le véritable esprit de Jésus-Christ. Ce n'est, en effet, que par la possession de cet esprit sur la terre, que nous pouvons aspirer au bonheur de ressusciter glorieux avec Jésus-Christ daHs le ciel (1). Commençons.