‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 27 sur 30 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La manière employée par Elisée pour rappeler à la vie l'enfant de la Sunamite, fut véritablement étrange et fort singulière. Il avait envoyé d'abord chez elle son serviteur Giézy, muni de son propre bâton, mais sans succès; car, malgré plusieurs applications faites par Giézy sur le visage de l'enfant, l'enfant ne ressuscita point (2). Elisée vient ensuite luimôme, personnellement. Etant entré dans la chambre où le mort gisait sur son lit, il se jeté sur lui, il se rapetisse de telle sorte qu'il paraît devenu lui-même aussi un enfant, qu'il peut mettre ses yeux, sa bouche, ses mains précisément sur les yeux, la bouche et les mains du mort. Puis il souffle sept fois sur son vi-

;1) Oui suscitavii (Ul supra).

(-2) Gif7i posuerat baculum super faeiem pueri,«t non surrexic puei {IV Rtg. xxvu)

sage((). Et ô prodige ! ce petit cadavre commence par s'échaufiFer, et aussitôt que le prophète se fut redressé sur ses pieds, l'enfant respire sept fois. Enfin, ayant ouvert les yeux, il revient sain et sauf à la vie (2).

Comment ne point voir dans ce prodige inusité Temblèrae fidèle, la prophétie de fait d'un miracle encore plus grand ? L'enfant mort , dit saint Augustin, c'est Adam mort par le péché (3). Giézy, qui n'a pu rappeler cet enfant à la vie , malgré qu'il l'eût louché avec le bâton miraculeux du prophète, c'est Moïse qui, avec la loi seule, bien que donnée de Dieu, n'avait pu rendre à l'homme , avec la justice primitive, la double vie dont il jouissait dans l'innocence originelle. Saint Paul a professé très-clairement que la loi mosaïque ne pouvait vivifier ; autrement, toute la rédemption serait provenue delà loi, et la grâce du Rédempteur n'aurait pas été nécessaire (4). Oh! dit ailleurs le même Père, ohî combien il était nécessaire qu'Elisée vînt en personne, lui qui avait envoyé son bâton ! et ce bâton qui ne sert à rien sans Elisée, c'est le mystère de la croix promis, figuré dans les prédictions et dans les rits de la loi,

(1) Ascendit Eliseus, et incubuit super pueruni; posuitque os suuiu super os ejus, el oculos suos super oculos ejus, et manus suas super nianus ejus, et insuftlavit super eum sepiies {Ihid. juxla LXX).

(2) Et calefacta est caro pueri; et oscitavil puer septies, aperuitque oculos [ïbid.)-

(3) Quid significavit mortuus puer? nisi Adam (Serra. \\ de Verb. Apost.).

(4) Posuit bacnlum supra morluum, et nou aurrexit. Si «nim dat« essel l€\ q;;ffi posset vWificare, omnino ex lege es^Pt jns;itia 'Ihid.).

— /i(iO — et qui re servait à rien sans Jésus-Christ (I). Elisép venant en personne et montant dans le cénacle où l'enfant mort était étendu sur son petit lit, c'est Jésus-Christ qui devait venir lui-même dans le monde et monter sur le lit douloureux de la croix (2). Elisée se baissa pour ressusciter l'enfant, proie de la mort ; et Jésus-Christ s'est humilié pour relever de l'abjection le genre humain, proie du péché. 0 médecin compatissant ! il f.illait qu'il s'abaissât jusqu'à nous ; car on ne saurait relever, sans se baisser, celui qui est étendu par terre (3). 0 Sauveur plein d'amour ! reprend encore saint Augustin : comme tliséc se rendit auprès de l'enfant, ainsi ce divin Sauveur s'est rendu auprès de l'homme qui avait besoin d'être sauvé; le Dieu d'infinie grandeur est venu visiter notre petitesse; le vivant est venu trouver le mort (4): et que n"a-t-il pas fait dans l'excès de sa miséricorde? Ah ! le vrai Elisée s'est rapetissé lui-même , l'homme da l'âge et de la stature parfaite (vu qu'il est simultanément Dieu et homme ) s'est contracté au point

(1) Opus erat ut, qui baculum niierst, ipse descenderet. Baculuin sine Elisro nihil valebat, quia Crux linc Cbristo nihil poterat (Serm. iOG deTemp.).

(-2) Yctiii Eliscus, et a<<cen(tit in cœnaculum, quia TCDturus erat Clirisius, el ascensurus crucis patibulum {Ibid ).

(3) Inclinavit se Eliseus, ut pueiuin suscilaret; hunùliavit se Cbrislus, ui tminilutn in pcccatisjaieniein erigerel. Prias se niedicus iialinavit, quia et rêvera nemo potest jacentein erigere, si se noluerit indinaie (/6id,}

(4) Veiiit Grandis ad parvulum, SaWator ad saivaBdum; tïtus au mortuuni fSerm. Il de Vert». Apost.).

>-. -161 — de ne pas sembler plus graud que l'enfant mort , que l'enfant de l'homme. Saint Paul a dit en effet : «Jésus-Christ s'est anéanti, il a pris la forme de l'csdave, il a adapté le corps de son immortalité et de sa gloire au corps de notre bassesse et de notre mortalité, afin de le reformer et de le faire participer aux privilèges du sien (I). »

Admirez , dit aussi saint Bernard , comment le Sauveur a accompli toutes les autres circonstances de ce miracle prophétique. De ses yeux vivants et divins il a touché nos a eux ternes et éteints; car il rallumé au front de notre homme intérieur comme deux lumières brillantes qui le parent, l'intelligence et la foi (2). Il a posé ses mains sur les nôtres, en nous donnant, par sa vie très-sainte, l'exemple des bonnes œuvres et la forme de l'obéissance à la loi du Seigneur (3). Il aapproché sa bouche divine de la nôtre, il a imprimé un baiser vivifiant de paix sur notre froid cadavre, en nous réconciliant avec Dieu, pendant que nous étions pécheurs ; à la grâce et à la justice , pendant que nous étions morts (4). Outre cela, en

(1) Venit ipse, et quid fecit? Juvenilia membra contraxit, tanquain m ipium exinaniens (Philip.), ut formam servi susciperet. Parvum m pano cooplatit, ul eSicerct corpu» hurailitatis nostrae conforme corpori claritatis sus {Ibid.).

(2) OcuHs suis teiigit oculos interioris bominis, froutem clari» luniînaribus oraans: fide el intel)«ctu (Serai. 16 m Cant.).

(S) Manus suas nicis superposuit, exeroplum praebcns bonorum ope. rum et obedientie forraam (Ibid.).

(4) Ori nieo junxit os suum, et morluo pacis signura imprsssit; quo-

appliquant sa boutlic sacrée sai ia nôtre , comme autrefois Elisée sur celle de l'enfant , il a soufflé à différente reprises l'aspiration de la vie , mais à une tie beaucoup plus noble et beaucoup plus sainte que selle qu'il souffla au commencement sur le premier iomme. Par ce premier souffle, il nous créa en nous donnant une âme vivante ; par le second, il nous a reformés en nous communiquant l'esprit vivifiant (1). Et comment ne pas voir dans Elisée qui souffle sur l'enfant mort, la figure et ia prophétie du mystère où Jésus-Christ souffla et communiqua le Saint-Esprit aux apôtres (2). Ah ! ce fut par la chaleur divine de cet esprit que le cadavre froid , la masse glacée de l'humanité morte , commença à se réchauffer de l'amour de Dieu (3) ! Enfin l'enfant respira sept fois avant de ressusciter ; et de cette sorte, déclare saint Augustin , il figura dès-lors la grâce septiforme de l'Esprit-Saint qu'à l'avènement de Jésus-Christ, les hommes devaient recevoir, et à l'aide de laquelle ils devaient respirer un souffle divin , naître à l'immortalité et à la vie (4). 0 grandeur! ô magnificence!

niatn, cum adbuc peccatores ebsemus, recouciliavit Deo justitix mortuos {Ibid.).

(1) Osoii a|)pUcuit, iterato spirans in faciem mcani spiraculum vits* seil sanctions quam primo: nam primo quidem in animam viventem creavil me ; SGcumio iu spirilum vivificaïUcm reformavit me (Ibid.).

(2) Insufilavit, dicens: Accipite Spiritum Sanclum {Joan. xx.

(3) Et ca\cià"Aa. (Ut supra).

(4j Quod autem puer osciiuvil seplies, scpliformis Spiritus Sancti gratia oslendiiur, ({Uc-e humauo geucri, ut resuscitelur, in adventu Christi tribiiitur (Serm. \0G de Temp.).

— 403 ^ ô harmonie des in}s;èics cluCiIens, conclut saint Augustin! L'enfant mort, qui ne voit qu'après que le prophète s'est relevé de son abaissement, est le type prophétique, la ligure de l'homme qui ne ressuscite à la double vie corporelle et spirituelle, qu'après que Jésus-Christ est ressuscité de la mort (1). Mais, avant de se lever de dessus l'enfant mort, Elisée a soufflé sept fois sur ce cadavre et lui a, en quelque sorte, communiqué son âme et sa vie ; de manière que l'enfant ressuscité ne sembla revivre que de la vie et de l'âme d'Elisée. Ce fait nous retrace comme en peinture le grand mystère que saint Paul , huit siècles après, nous a révélé par ces expressions : « Jésus-Christ, en se faisant homme, en s'humiliant et eu mourant pour rhomme, lui a communiqué son esprit et sa vie, et par là même sa sanctification, ses droits et ses privilèges. Ainsi l'homme, en recommençant à vivre en son âme de l'esprit et de la grâce de Jésus-Christ, acquiert encore le droit de vivre eu son corps, de ressusciter un jour à l'immortalité et à la gloire de Jésus-Christ, toujours en vertu cependant, de la communication de son esprit et de sa grâce (2). Eflforçons-nous, néanmoins, de mieux comprendre l'ampleur, l'importance et la profondeur de ces paroles.

(i) Itaquc iii isto typo, Chrtsto prophetice es^resso, susciUtus est iTJiortuus tanquam justificatus est impius (Serm. de Verb.).

(2) Si Sfiritus cjas, qui suscitavit Jesuni a morluis, habitat iu tobis; qui suscitavit Jesum a iiiortuis, vivificabit et mortalia corpora vsstra propter inhabitantem Spirituui ejus iu vobis.

Saiut Paul, le premier et le grand docteur, le premier et le grand interprète de la religion, nou< dit que, comme nous avons tous été compris dans le premier homme, et que nous sommes tous morts on lui et avec lui ; ainsi nous avons éîé tous compris eu Jésus-Christ, et nous avons tous été vivifiés en lui et avec lui (1). C'est pourquoi, dit encore le même apôtre, il est très-certain que notre vieil homme, Adam avec toute sa descendance, l'humanité tout entière pécheresse a été crucifiée et morte en Jésus-Christ, a été attachée à la croix (2). En voici la raison , dit saint Léon : le Verbe éternel, eu se faisant homme, ne prit pas, si l'on peut parler ainsi, un seul individu humain, mais la race , l'humanité tout entière. C'est par là qu'il put traiter et conduire à un heureux terme la cause de tous les pécheurs ; car il réunissait et représentait la nature de tous les pécheurs, hormis la faute (3). Il suit de là, continue encore saint Léon , que tout en Jésus - Christ est à nous ; et comme nous possédons l'humanité pure, enfantée par la virginité de Marie^ en union avec la divinité, ainsi l'humanité sainte, crucifiée par l'impiété des Juifs est à nous ; à nous encore est ce corps vénérable qui resta inanimé dans le tombeau et qui, le troisième jour, revint à la vie (4). Jésus -Christ

(1) Sicut in Adam otnnes moriuntur, sic et in Christo otnacs vÎTiticë bnntur {[ Corinth. xv).

{'1) Nos sciinus quia têtus homo nosler crucifixus est {Rom. n).

(Z) Pcr euni agebatur omnium cuusa, in quo solo crat omnium na> lura sine culpa (Serni, 8 de Pas.).

(4) Simit no6trtim est quod, cuni unione Deitatis, pnperil materna

a donc été, permettez-moi ce langage, un homme public, un homme universel : le seul homme parmi tous les enfants des hommes, dit aussi saint Léon , en qui tous les hommes ont été crucifiés , en qui ils sont morts, en qui ils ont élé sépultures et en qui cufin ils sont tous véritablement ressuscites (I).

Cette communauté de vie, de condition, d'états, de mj stères entre tous les hommes et Jésus Christ, doit se comprendre en tant que Jésus-Christ a représenté en lui - môme tou3 les hommes ; en tant qu'il ^st né, mort et ressuscité pour tous les hommes eu général , et parce qu'il a, rigoureusement parlant et envisagé de la sorte, acquis à tous les hommes en général le droit de devenir aussi enfants de Dieu, de jouir de toutes les prérogatives, de tous les avantages de cette filiation divine (2). Mais, en particulier, comme le péché d'Adam, ses misères et son châtiment ne sont contractés que par la génération et la naissance charnelle d'Adam pécheur ; ainsi ce n'est qu'au moyen d'une génération nouvelle et d'une nouvelle naissance de Jésus -Christ, que sa sainteté, ses grâces, ses privilèges et ses récompenses nous sont communiqués. Or, cette seconde généra-

Virgiiiitas; ita nostrnm est quod Judaica crurifixit impietas. Kostrum csi quod exauiiue jacuil, et quod die lerlia resurrevii (Serra. 13 d» l'as.).

(I) liitp.r filios hominum solus Dominus noster existit, in quo omnes crucifixi, omnes morlui, omnes sepulli, omnes eliam sunt •useitali (Serm. i^dtHat).

2)Dedit'elspotesUtein filios Dei fieri {Joan. i).

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