‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 28 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

tion, cette naissance spiriluelie, par où les liomiiies renaissent de Jésus-Christ et de Dieu, s'exécute au moyen du baptême. Dans ses eaux, l'homme laisse l'antique Adam, l'antique naissance de la volonté de l'Homme et de la volonté de la chair, l'antique parenté avec un chef prévaricateur et corronipu ; il renaît comme une créature nouvelle (I) ; il se revèl de Jésus-Christ (2) ; il se trouve uni à lui ; il devient membre de ce mêuie corps saint dont Jésus-Christ est Je chef (3). Or, de môme qu'il n'y a rien de i)lus naturel, de plus simple, de plus juste que de v(flr des enfants hériter des richesses et de la gloire de leur père, les membres partager la condition de leur chef et se trouver en tout et partout unis par lui et en lui ; de même il est manifeste que les baptisés entrent en participation de tous les mystères du Sau- (veur ; qu'ils sont associés à tous ses mérites, à tous ses privilèges ; que tous ces divers états, tous ces mystères leur deviennent communs. Il est manifeste qu'en conservant en nous cet esprit et cette grâce du Seigneur reçus au baptême, et qui nous incorporent à lui, nous font devenir une même chose avec lui, comme Jésus-Christ est ressuscité corporellemcnt, nous devons ainsi de toute raison, de toute nécessité, ressusciter à notre tour ; que Dieu le Père, ayant ressuscité d'entre les morts sou Fils cousubstantiel, devra également nous ressusciter, nous ses iils adop-

(1) Sed noTa creatnra {Gtl. vi).

(2) Quicumqne buplizati estis, Cbristutn induistis {Ibid, Kl).

(3) Multi uuum corpus sarous in Cbristo Jesu (Aonkt zii).

tifs, qui ne fornious avec Jébub-Christ qu'an seul corps, qu'un seul fils, puisque nous avons un même esprit (I).

Tels sont les résultats nécessaires, dit encore saint Paul, le grand théologien, le grand docteur, le grand évangéliste, du mystère delà résurrection des morts, afin qu'il arrive que, comme la mort est entrée dans le monde par un seul homme , la résurrection des morts se réalise aussi par un autre homme; qu'ainsi que tous leshommes meurent en Adtim et par le seul Adam, pareillement tous soient un jour ressuscites en Jésus- Christ et par Jésus-Christ (2). Car, nous dit ailleurs le même apôtre, la bonté de Dieu est plus grande dans le pardon que la malice de l'homme dans le péché. Si donc tous les hommes ont été assujettis à la mort par le péché d'un seul qui n'était qu'homme , à plus forte raison tous les hommes pourront-ils ressusciter par la grâce d'un homme qui est en même temps Dieu (3). Paroles admirables, dit saint Thomas, et qui dissipent tout doute touchant cette vérité grave et consolante, que le mérite de Jésus-Christ sera bien plus eflicace à détruire la mort dans tous les hommes, que le péché d'Adam pour la

(1) Quod si Spiritus Ut (supra).

(2) Quoniam per unum honiinein mors; et per homineni resurrcctiu mortuorum. Et sicut in Adam omncs moriunlur ; ita et in Chrislo ouines vivificabunlur (/ Corinth. xv}.

(3) Non sicut deliclum, ita et douum. Si euim uuius dclicla multi îiiortui sunt, mullo iiiagis gralia Dei, et donum in gratia unius hoiiiini" Jesu Christi in plures abundavit {Rom v.'.

leur faire subir (1). Le Sauveur lui-même nous avait annoncé la même vérilé avant saint Paul, par ces expressions véritablement sublimes et divines : a Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, fùt-il mort, vivra (2). » En disant : « Je suis la résurrection et la vie, » il se déclare le contre-iioids d'Adam, qui avait été la corruption et la mort même. C'était dire, en effet: Adam, après le péché, devint la corruption et la mort; mais la mort et la corruption ne s'identifièrent pas en lui, ne devinrent pas une même chose avec lui, au point où la résurrection et la vie se sont identifiées et personnifiées en moi. Si donc Adam parvint, malgré cela, à introduire la mort, je serai moi-même bien plus puissant à la détruire : c'est pourquoi si Adam, qui n'était que mortel et corrompu, entraîna toute sa race dans la corruption et la mort, je pourrai, à bien plus forte raison, ramener au salut et à la vie tous ceux qui s'uniront à moi par une foi ferme et sincère ; car je ne suis pas seulement ressuscité et vivant, mais je suis la résurrection et la vie même (.i).

Ce qui donc est absolument nécessaire, c'est de s'unir, de s'incorporer à Jésus-Christ, d'attirer en soi son esprit, de le conserver toujours vivant jusqu'à la mort, puisque cette union, celte adhésion, cette coni-'

(1) Ex quo habetur, quod cfllicacius est meritiini Chri'^ti ad tolîendam niorleni, quiini peccaluiii Ailœ ad inducendaiii (Conir. Gentil., 4, 82).

(i) Ego suin Ucsurrcclio et Vila. Qui crédit iu me, cliainsi mortuus iiicrit, vivet {Joan. xi).

(5) Ego sum Uesurrectiu (Ut supra).

— 4G9 •— munautô d*csprit avec celui qui est la résurrection et la \ie une fois établies, il est impossible de ne pas revivre, de ne pas ressusciter en lui et avec lui (l). C'est par là que l'on comprend aussi pourquoi sainl Paul a nommé la résurrection de Jésus Christ les prémices, le coramencemcnt dclarésurrccUondetout ce qui meurt ; et Jésus-Clirist ressuscité, le premier^ né des morts qui ressuscitent (2). Pensée belle, sublime, magnifique, dit saint Augustin, pleine de vérité, de sens et de vraie philosophie! En effet, premif-T-né se dit de celui qui naît le premier dans la série de ceux qui doivent naî! re d( s mêmes parents (3). Saint Paul appelle donc Jésus-Christ le premier-né des morts, parce qu'il a été le premier qui, par la résurrection, qui est une sorte d'enfantement nouveau, une sortie des ténèbres du sépulcre comme d'un nouveau sein, est né à la lumière d'une nouvelle vie (4). En le nommant le premier-né des morts, saint Paul a clairement indiqué qu'il ne demeurera pas seul, mais que ceux qui seront nés après lui, le suivront dans cette naissaiice nouvelle; que la résurrection n'est pas un privilège de sa personne seulement, mais encore de toute sa famille, une condi-

(1) Qui siisciiavit Jpsum, vivificabit etmortalia corpora veslra prop ter inhabitantem Spiriluiii ejus in vobis.

(i) Christus priniiiiae donnienliuiD (/ Cor. xv). Primogenitus ex mortuis {Colos. 1).

(5) Primogenitus dicilur ex eo quod secuturis aliis prinius gignitur.

(4) Primogenitus ergo Christus vocatur es mortuis, qi'.od primum m lucem resurrectionis partus ediderit.

tion devenne commune à tous ses frères ; qu'entre lui et nous il n'y aura que cette différence, qu'il a précédé et que nous le suivrons, vu qu'il est le premierné et nous les ultro-nés ; que, dans cet ordre, nous ressusciterons aussi après lui. Autrement, il ne serait plus le premier' né dans celte nouvelle façon de naître, s'il la partageait seul, et si d'autres ne devaient pas renaître encore après lui de la même manière. Cette grande parole de saint Paul démontre et découvre donc, dit saint Augustin, non-seulement le fait, mais encore la raison pourquoi le maître est ressuscité et pourquoi les serviteurs ressusciteront; et si Jésus-Christ est ressuscité à la vie, c'est à la vie que les chrétiens ressusciteront également (1).

Mais pourquoi l'union, l'affinité et la parenté que nous avons contractées avec Jésus-Christ, par le baptême, ne nous dispensent-elles pas de mourir ? Parce que, étant membres incorporés, il est nécessaire, il est juste, dit saint Thomas, que nous subissions en tout la condition du chef ; car les membres ne sont pas plus que le chef, ni les rachetés plus que le racheteur (2). Or Jésus-Christ, notre chef, fnalgré la conservation soutenue de la grâce dont

(1) Quiasurrexit Christus, suscitabunturmortui; quia surrexit Domious, serTiilj reviTiscunt. Ipse enim, ait Ai)Oslolus (Colot. i) : Primogenitus iDortuorum (August., Serm. 161 de Tetnp.).

(S) Per baplismum homo inf^orporatur Christo, et efficilur meœbrum jns; et ideo coBveniens est, ut id agatur in membro quod est actum ia ctpite (lll«par(., Quartt., X, art. iO)/

— 471 ~ son Ame très-sainte fut remplie dès l'instant de l'incarnation, n*en fut pas moins, quant au corps, soumis aux souffrances et à la mort ; à plus forte raison donc, nous ses membres, devons-nous être sujets ù souffrir et à mourir, quant au corps, supposé que nous coiiserxions dans notre âme la grâce sanctifiante que nous avons reçue à notre naissance spirituelle par le baptême. 31ais, puisque Jésus-Christ est ressuscité de la mort, si nous avons véritablement son esprit, lequel nous unit intimement à lui, nous ressusciterons en lui et par lui (I).

Au surplus, quoique Jésus-Christ ait eu un corps de la même humanité que nous, pareil au nôtre, néanmoins son corps, tabernacle très-noble et parfait, non de construction humaine, mais de création divine (2), et uni substantiellement, comme son âme, à la personne divine, était divin, et par là môme pur, saint, immaculé et exempt de tout mouvement de concupiscence et de toute ombre de faute. Il était, non plus l'esclave indocile, mais le frère, le compagnon ûdcle de son âme bénie, le ministre obéissant de ses volontés, de ses désirs, de ses sacrifices et de sa ferveur : n'ajant rien à punir ni à expier pour lui et en lui, il n'était par là même, en aucune façon, soumis à la corruption, à la dissolution, à la mort ; tandis que nous, conçus dans le péché, produits du sang impur d'Adam pécheur, de la volonté de la chair

(1) Qui suscitaTÏt Christum (Ut supra).

(2) Amplius et ptrfectius tabernaciilum, non manufactum, neque hujttt ereationis {Btbr. ix).

et de l'homme, nous avons un corps de péché, un corps infecté jusqu'à la moelle des os par le levain vénéneux de la concupiscence, source du péché ; un corps, même chez les hommes les plus justes et les plus saints, asile et réceptacle des lois funestes de la chair, qui, en opposition perpétuelle aux lois de l'esprit, nous captive dans le désordre du péché ; par con'^équent, un corps vicieux par lui-même, un corps gâté, corruptible, caduc, mortel. Or, si Jésus- Christ est morl pour n'avoir eu dans son très-saint corps que la ressemblance extérieure de la chair, du péché (I), combien n'est-il pas plus nécessaire, plus juste, que nous mourrions aussi, nous qui avons un corps pétri de péchés? Aussi saint Paul a-t-il dit : « Lors même que notre esprit est vivant par la grâce sanctifiante qui le vivifie en le sanctifiant , notre corps n'en demeure pas moins mortel, toujours sujet à la mort, voué à la mort et comme déjà mort, à cause du péché (2). » Ce qui signifie qu'il faut que notre corps meure, qu'il soit réduit en poussière, en punition d'avoir été le siège de la concupiscence, du péché; qu'il faut que cet édifice de corruption, entaché de la lèpre dans toutes ses parties, lèpre que tous les sacrifices et tous les rites de la loi ne sauraient guérir; qu'il faut, dis-jc, qu'il soit démoli, détruit jusqu'en ses derniers fondements ; que l'air funeste, le germe vénéneux du péché qui, au mépris de toutes

(1) In similitudinem carnis peccati {Rom. vin), (i) Corpus quidein moriuum est propter peccaluin; spiritut vivit propier justificationem.

les précautions et de tous les soins employés par 1 ame, s'y est conservé dans ses replis les plus intimes, s'exhale, s'évanouisse par l'entière dissolution du tout (1).

Mais si nous conservons la grâce sanctifiante reçue au baptême, ou si, l'ayant perdue par de nouvelles fautes, nous h recouvrons par la pénitence; et si, à notre mort, nous nous trouvons incorporés à jésus- Clirist et vivant de son esprit, nous ressusciterons aussi comme Jésus-Christ est ressuscité ('2), parce que l'esprit de Jésus-Christ qui aura habile dans notre âme, aura habité aussi dans notre corps; et comme le péché originel y a laissé un germe de mort, cet esprit divin y aura laissé également un germe de résurrection et de vie qui ne saurait être stérile et infructueux, qui, en son temps, se développera en nous et aura la force de nous faire sortir des entrailles de la terre comme des lis brillants d'un éclat céleste, comme des fleurs éternellement odorantes et agréables aux yeux de Dieu (3). C'est ainsi que s'accomplira la grande parole prononcée par Nôtre- Seigneur Jésus-Christ dans rEvanpiie, que «les enfants de la résurrection deviendront vrais enfants de Dieu et ne pourront plus mourir (4).» 0 paroles

(1) Corpus quidem (Ut supra).

(2) Qui suscilavit (Ut supra).

(ô) Juslus germinabit sicut lilium, et florebit in sternum ante Dominum [Ose. xiv).

(i) Neque enim ultra mori poterunt, suni enim Clii Dei, cum $int Clii resurrectiori'^^ [Lw. xx).

pleines de donceur! Elles signifient que Dien le Père ressuscitera notre corps, autant qu'il se sera associé à celui de Jésus-Christ par la participation du même esprit, avec la môme puissance, le même empressement, le nième amour qu'il a mis h ressusciter le corps de son divin Fils. Il nous traitera comme il l'a traité ; il nousdonnera la même marque de son divin amour ;il nous imprimera cette marque de sa filiation divine après laquelle il ne nousmanquera plus rien pour passer et pour être les vrais enfants de Dieu, en J ésus - Christ et par Jésus- Christ (I).

Cet enseignement consolant et sublime a été mis encore plus à notre portée par saint Paul, quand il a dit : « Nous savons encore d'une manière certaine que, bien que notre corps, habitation terrestre de notre âme, doive tomber en dissolution sous les coups de la mort. Dieu se prendra néanmoins un jour à la réédifier, et qu'il en formera une demeure non plus de fabrication humaine et terrestre, sujette ù s'écrouler, mais de constrnclion divine, qui durera éternellement dans le ciel (2). C'est nous apprendre que nous ne devrons noire résurrection qu'a l'action immédiate de la toute- puissance de Dieu; que la chair, le sang, la coiicui)iscencc, la volupté, les causes secondes ou créées n'auront aucune part à cette

(1) Qui suscitarit Jc?uni (Ui supra).

(•i) Sciinus eiiim quoniam si terrestris domus nostra hujus habitati»ms dissolvatur, quod sdificationem ex Deo habemus, dumum non maluifaclam aRlernatn in cœlis (II Cor. ▼).

renaissance ; que tout y sera pur et saint comme le Dieu qui en sera l'auteur immédiat ; que seul Usera l'architecte du nouveau temple, où l'âme exercera sans obstacle ni résistance son sacerdoce éternel de" \aut Dieu, par une immolation mystérieuse d'amour qui formera son bonheur (I) ; que ce môme Dieu, plein d'amour, reformera le limon de notre seconde naissance, ce limon si humUié par la main de la mort (2), avec plus de soin et plus d'amour qu'il ne forma le limon changé au corps du premier homme ; qu'il transformera notre habitation, habitation de terre et de fange, cette tente ignoble de notre pèlerinage terrestre, en une maison solide, auguste, céleste, qui ne devra rien à l'homme, qui n'aura reçu que de Dieu ses plans, sa structure, ses proportions et sa durée pour l'éternité (3).

Eeraarquez encore que cette expression, « non de fabrication humaine (4),o est identique à celle que ce grand Apôtre a mise en usage, en parlant du corps de Jésus Christ,nonimé par lui « tabernacle non fabriqué parles ho!nmcs(5);» afnide nousapprendre ainsique, comme le corps du Seij^njur n'eut pour matière que le sang très-pur de Marie, et qu'il reçut immédiate-

(1) .€(11603110116111 ex Deo habemus.

(2j Refoniiabit corpus humilitaiis nostne.

(3) Si lerrestris lioinus noslrse hujus babitationls dissoWatur, edifirationem es Deo habemus, domum non manuluctam, seiernam in cœ- Us.

(4) Non manufactum.

(5) Tabernaculum non manafactiun.

— 47G — ment sa conformation de Dieu ; de môme les corps des justes, dans leur nouvelle réédificalion, n'auront pour matière que leur poussière ancienne, sans quoi ils n'auraient plu? leur véritable corps ; mais qu'ils recevront à leur tour leur forme nouvelle immédiatement de Dieu (1) ; c'est-à-dire que Dieu fora, dans la nouvelle naissance immortelle de ses enfants adoptifs, sous quelques rapports , le même prodige qu'il accomplit en l'incarnation de son Filsconsubstanliel; d'où il résultera que, à la manière ineffable dont Dieu nous fera ressusciter, il sera reconnu pour notre Père véritable, rempli d'amour, et nous pour ses enfants chéris (2). Et comment pourrait -il traiter notre corps autrement que celui de son divin Fils, dès qu'il verra dans nos dépouilles l'empreinte et l'esprit de son divin Fils ? Ah ! ayant avec ce divin Fils un esprit commun, il faudra que nous ayons avec lui une condition, des privilèges communs en la chair, et le droit au même amour qui présida à la résnrrcclion de son Fils et qui devra présider pareillement à la nôtre (3) ! 0 théologie magnifique ! ô doctrines sublimes! ô raisons profondes! ô harrao- «ies ineffables des mystères chrétiens!

Par sa résurrection, 'e Seigneur n'a pas seulement établi le princii)e, la raison, le droit, mais encore le fait de la nôtre ; non-seulement il a fixé, promis notre

(1) ^(lificationem ex Deo, non nianufactam.

(2) Suntenim filii Dei, cum sinl filii resurreclionis.

(3) Qui suscilavil Jesum Christum amortuis, vivificabit mortalia co^ pora vesira propier itihabitantem Spirituni ejus in vobis.

résurrection, mais il l'a encore accomplie. Il est écrit, en effet, qu'au moment de l'expiration du Sauveur 5ur la croix, les rochers tressaillirent, les tombeaux s'ouvrirent, les cendres qui y étaient contenues se m-irent et se ranimèrent, afin de remplir de surprise et de terreur le peuple déicide, de lui faire connaître Celui qu'il venait de mettre à mort, de le préparer au grand et éclatant prodige delà résurrection qui, peu d'heures après, allait se réaliser. Il est écrit que plusieurs corps de justes anciens ressuscitèrent aussi après la résurrection de Jésus Christ; que, sortautde leur tombeau , ils vinrent dans la cité sainte (1) , allant où ils voulaient et se montrant à plusieurs (2). Le Seigneur pouvait, sans doute, étendre alors le triomphe qu'il venait de remporter sur la mort à tous les justes trépassés jusqu'à ce jour, et les faire tous ressusciter avec lui. Il ne voulut cependant

(1) Quoique dégénérée et corrompue, Jérusalem était cependant encore la cité oii le vnii Dieu avait un temple; elle était la métropole elle centre de la religion véritable; elle était la dépositaire de la semence choisie, destinée à être répandue par tnuie la terre. L'Esprit-Saint devait y descendre sous peu, y former r£glise, qui, par son désiiiléressemcnt, par sa charité, par sa ferveur, deviendrait le modèle de toutes les autres. Les Apôtres, charges d'évangéliser le monde, devaient en sortir; c'était à cet olivier saint, d'origine juive, que devait être enté l'olivier sauvage des Gentils. C'est pour ces différents motifs que Jérusalem est appelée la cité sainte, même après s'être souillée du plus grand de tous les forfaits, le déicide.

(2) Et monumenla aperta sunt; et multa corpnra sanct:r'im, qui dormierant, surrexeruut; et post resurrectionem exeuntes de monumenlis, venerunt in sanclain civitaiem, et apparuerunt muUis {ilaUh. xxn, 52,

poiut le faire, à cause des ciucUens; mais, comme il nous Ta révélé par saint Paul, il voulut que les justes de l'ancienne alliance attendissent ceux de la nouvelle ; que les saints des deux Kgliscs ressuscitassent sinuillaiiémentau dernier jour du monde, etqu'ayant eu la foi et l'es»^ érance en commun, n'ajant formé (ju'une seule E|;lise, ils eussent aussi la résurrection en commun (1). Afin de montrer qu'il était le maître tle la vie et de !a mort, il se contenta de faire pour quelques-uns ce qu'il eût pu faire alori pour tous. 0 mystère de miséricorde et de bonté du Sauveur ressuscité! 11 ne voulut pas seulement consoler, par sa présence dans les limbes, les àmesdes patriarches, des prophètes, de tous les justes qui avaient cru et espéré en lui ; il ne voulut pas seulement les tirer de ce cachot ténébreux et leur rendre la lumière et la liberté; mais il accorda, par une faveur anticipée, à une multitude de ces âmes saintes de ressusciter dès-lors dans leur propre corps. Dans cette faveur accordée à quelques-unes, il donna à toutes le gage, l'assurance de reprendre aussi au dernier jour leur corps vainqueur de la corruption et de la mort.

Par ce Irait de miséricorde, ajoute saint Grégoire, le Seigneur voulut aussi nous éclairer dans notre ignorance et nous fortifier de plus en plus dans notre loi. S'il fût ressuscité seul, noire résurrection n'en eût pas moins été certaine et assurée, puisqu'il est impos-

(1 ) Deo pro nobis niellas providente, ut non sine nobis consumniarentur {Bebr. xi).

sible que les membres d'au chef ressuscité ne ressuscitent pas eux-mêmes. Néanmoins, il ne s'est paS borné à nous donner ce gage de notre résurrection dans la sienne ; et celui qui, à l'instant où il expira, fut seul à mourir, ne voulut point élre seul à ressusciter à l'instant où il recommença à vivre (1). Il est aisé de comprendre, en effet, que Celui qui est la résurrccliou et la vie, uon-seulement ne pouvait être retenu sons l'empire de la mort ; qu'une humanité exempte de l'ombre môme du péché, siibslantiellcment unie à la personne du Verbe, qui donne la vie à tout ce qui vit, ne pouvait devenir la proie de la corruption dans le tombeau ; que non-seulement il pouvait, mais qu'il devait nécessairement ressusciter. Pour nous, dont la chair pécheresse, corruptible et corrompue, n'a pas les prérogatives sublimes, les privilèges de la chair divine du Fils de Dieu, nous aurions pu craindre à jamais de n'avoir aucune part à sa résurrection : qu'a donc fait le Seigneur, afin de dissiper ces craintes que notre propre faiblesse ou la perfidie d'autrui aurait pu nous inspirer? lia fait ressusciter avec lui un bon nombre de personnages qui, comme nous, n'étaient que des hommes ; il nous a démontré, parle fait, qne de simples hommes peuvent aussi ressusciter^ comme est ressuscité l'Hommc- Dieu(2).

(1) Ad instruendam ignorantiam nostrani et roborandam infirmitâtem, suae tantum resurrectionis exemplutn suflBcere noluit. Solus illo l«œpore DJortuus est; sed solus minime resuirexit,

(2] Ablata surrt ergo arguinentn verfidise. Ne quif dicat : sperare de

Appuyés sur le sentimciit cuniaïuQ des fèrei», nous pouvons affirmer avec certitude qu'Adam fut au nombre des saints qui ressuscitèrent alors. En effet, Jésus Christ, s'étant substitué à Adam, s'étant fait liommc, étant mort princi{)alement à cause du péché d'Adam, s'étant constamment nommé lui-mômc le Fils de l'homme, c'est-à-dire d'Adam; étant venu réparer ce qu'Adam avait perdu et confondre le démon qui avait triomphé en Adam : rien u'était plus propre à faire ressortir les desseins miséricordieux du Sauveur, à honorer son triomphe, que de montrer qu'd ressuscitait avec lui cet Adam qui avait le premier mérité la mort par sa faute ; que celui qui avait le premier perdu la vie, par l'astuce du démon,, triomphait aussi le premier de la mort par Jésus- Christ; que, des ce jour, la victoire remportée par le Dieu rédempteur sur le péché était pleine, complète, dans le premier homme pécheur, et quant à l'âme et quant au corps. Ou croit qu'avec Adam ressuscitèrent aussi Abcl et Sel h, le chef de la génération des enfants de Dieu, et plusieurs autres patriarches antédiluviens dont la mort avait réduit les cadavres en poussière, dont les cendres, altérées, confondues par les siècles, ne pouvaient plus être distinj^uées j)ar l'œil humain. Ce fait nous fournit un argument eu faveur de la facilité avec laquelle l'œil de la Sagesse divine saura discerner un jour la cendre de tous les

se non débet homo, quod in Lurne sua cxhibuit homo Deus. Ecce cum Deo lioniines resunexisse cognuscimus, quos puros fuisse homines non dubitamus (Hom. m Evang.),

morts, et de sa toute - puissance à recomposer tous les corps, à rendre à chacun son àme. La foi en la résurrection des morts devient ainsi plus facile : en sachant que ces hommes d'une antiquité si éloignée sont ressuscites avec Jésus-Christ dans leurs corps identiques, pour ne plus mourir jamais, tous les doutes concernant notre résurrection sont dissipés. Il n'y plus lieu de demander: Comment cela se fera-t-il? ^^ms que nous savons que cela s'est déjà fait. Quelle difficulté à croire qu'un prodige opéré pour quelques-uns se renouvellera pour tous? Nos défiances se changent en certitude, en admiration, en actions de grâces. Notre foi, notre espérance de la résurrection future se convertit en un sentiment de sûreté comme d'un don actuel. Dans la personne de ces premiers justes, vainqueurs de la mort en notre nom et comme nos délégués, nous nous réputons, dès à présent, comme étant nous-mêmes les vainqueurs de la mort. Nous nous considérons, dans la personne de ces premiers justes ressuscites aujourd'hui avec Jésus, comme étant déjà nous-mêmes ressuscites avec lui. Dans la personne de ces premiers justes déjà assis en âme et eu corps avec Jésus-Christ dans le royaume des cieux, nous nous y considérons déjà nous- mêmes comme assis à la droite de Dieu. La mort n'est plus pour nous qu'un sommeil d'où nous sorti, rions peut-être plus tôt que n'en est sorti en ce jour Adam lui-même. Tout en mourant, nous répéterons . le cantique prophétique, où nous insulterons à la mort tout en la subissant ; nous chanterons notre m 31

triomphe sur le tombeau à l'instant même où nous y entrerons (I).

Non - seulement le dogme «le la résurrection des morts est clairement établi par la religion de Jésus- Christ, mais il est encore uso vérité qui découle nécessairement de celui de son ccarnation. Ce dogme est si étroitement lié avec les principaux mystères chrétiens que, une fois écarté a] arriverai! à la destruction totale du christianis.^rjc ; car il est inconcevable d'abord comment le Ve-fee éternel , le Fils de Dieu, Dieu lui-même a pu s'urt-cà la nature humaine, en prendre la faiblesse , la c*t«lucité, la mort , sans lui laisser le germe de sa fore», de son immortalité. de sa vie. Il est inconcevabï- ensuite que lui, qui est la résurrection et la vie, t^ veuille ou ne puisse faire ressusciter ou revivre la >^air de l'homme, qu'il a élevée, sanctifiée , déifiée »-i lui , en la prenant ; qu'il la laisse, comme la chaar des brutes, la proie éternelle de la corruption et cwe la mort. Si la résurrection des morts n'a point h«a. on pourrait douter que le Yerbe éternel ait réellr^nent pris la chair , la nature de l'homme, qu'il se i^ii fait homme de la même humanité que nous.

Au surplus, la mort est une ^es principales conséquences du péché d'Adam. Si b=; descendance d'Adam ne devait pas ressusciter tout «ûtière , il s'ensuivrait que la mort, ce dommage immoose, cette grande humiliation attirée sur l'humanité entière par le péché

(1) O mors, ero mors tua ; morsus tUM ta, o iiifcrne {Ose. xiii)!

d'Adam , ne serait aucunement réparée , ne serait nullement réhabilitée par le second Adam ; que Jésus-Christ ne nous aurait rachetés ([u'à moitié; qu'ayant tout fait pour nos âmes , il n'a rien mérité pour nos corps; qu'Adam, qui nous a nui etpourràmo et pour le corps, aurait été plus puissant pour perdre la nature humaine que Jésus-Christ pour la réparer : que la malice du péché aurait été plus efficace que la grâce du Rédempteur, et par là , que la grande œuvre de la rédemption, l'œuvre par excellence de la sagesse, de la puissance, de l'amour de Dieu, aurait été une œuvre incomplète, défectueuse, imparfaite. Mais que dis-je ? Elle aurait été complètement illusoire et vaiQp. En eflFet, ainsi que le dit saint Paul, avec sa logique irrésistible, Jésus Christ avait la même humanité que nous. Si donc notre humanité ne ressuscite pas, la sienne non plus ; parce que, s'il ne peut nous ressusciter un jour, il n'a pu davantage se ressusciter lui-même (1). Or, si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, continue à dire saint Paul, nous, ses apôtres, ne sommes plus que de faux témoins, qu'une troupe d'imposteurs sacrilèges, qui allons annonçant dans le monde un miracle que Dieu n'a point fait, la Résurrection de Jésus-Christ qui n'est pas véritablement ressuscité : il est impossible d'admettre qu'il soit vraiment ressuscité, s'il ne fait pas un jour ressusciter tous les hommes (2). Outre cela , reprend l'Apôtre ,

(1) Si mortui non resurgunt, neque Christus resurrexit (I Cor. xt). 2) Invenimur autem et falsi testes Dei, quoniam lestiuionium din-

si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, il n a pu triompher de la mort ; et, s'il a a pu triompher de la mort, il n'a pas pu le faire davantage du péché, qui en a été la cause. Notre péché subsiste donc avec toutes ses conséquences ; nous n'avons été rachetés en aucune façon ; nous sommes encore sous le poids de l'ancien anathème, de l'ancienne malédiction, de l'ancienne condamnation, produit du péché (1). Mais si Jésus- Christ ne nous a pas rachetés, il n'était point Dieu, il n'était qu'un homme ; dans ce cas, la prédication évangélique est une imposture, la foi chrétienne une folie, le christianisme tout entier une absurdité (2). S'il en est ainsi, continue le même apôtre, tous ceux qui sont morts danslafoi de Jésus-Christ, sont morts dans l'illusion; Us se sont vus sans prix ni récompense ; au lieu d'une vie immortelle, Us ont acquis une perte éternelle (3) ; les chrétiens, sans exception, seraient les plus malheureux, les plus stupides, les plusinsensés de tousleshorames; car ils se condamneraient inutilement à toutes sortes de privations et de sacrifices, afin d'accomplir la loi de Jésus-Christ en cette vie, sans avoir rien demieux à attendre en l'autre (4). Nier la résurrec-

mus adversus Deum : quod suscitavit Christum, quem non suscilavit, si mortui non resurgunt {Ibid.).

(1) Quod si Christus non resurrexit, adhuc estis in peccaUs veslris

{Ib.).

(2) Si autem Christus non resurrexit, inanis est praedicalio nostra,

inanis est et iltlos nostra {Ibid.).

(5) Ergo et qui dorniierunt in Chrislo, pcrieruul {Ibid.).

(4) Si in hac vita tantum in Chrislo sperantes sumus, miserabiUores suraus omnibus hominibus {Ibid.).

tion des morts est donc, d'après saint Paul, la même chose que nier la vérité de l'incarnation, de la ré surrcction, de la rédemption; la môme chose que nier la divinité de Jésus-Christ, c'est détruire toutes les espérances du chrétien, c'est nier le christianisme tout entier.

Que nous dit, au contraire, le dogme de la résurrection universelle? II nous dit que, comme nous ressentons dès à présent les effets de la mort du Ré dempteur par notre libération du péché, ainsi nous ressentirons au dernier jour du monde les effets de sa résurrection par la délivrance de la mort, quflnd, par sa vertu, nous ressusciterons en lui et avec lui. Elle nous dit qu'il n'y a rien de plus naturel ni de plus juste pour nous, que de souffrir et de mourir, puisque Jésus-Christ, notre chef et notre Seigneur, a souffert, est mort lui-même ; mais que, de même que Jésus-Christ n'est pas mort seulement en notre nom, mais qu'il est encore ressuscité en notre nom, à titre de prémices, d'épreuve et de gage de l'humanité entière ressuscitant ; de même la vertu du Dieu qui a ressucité le corps de son Fils consubstantiel, ressuscitera aussi les corps de ses fils adoptifs (1). Il nous dit qu'ainsi que Jésus-Christ est mort, en tant que la personne du Verbe de Dieu s'est unie en lui 'a l'humanité; ainsi l'humanité entière ressuscitera, en tant qu'elle a été en lui unie à

(1) Qui suscitayit Jesum Christum a mortuis, Tivificabit mortalia corpora vestra.

— 48G — Dieu ; et qu'ayant pris notre mort, nous partagerons sa résurrection et son immortalité. Il cous dit encore, comme le fait observer le même saint Paul, :iue, comme Jésus-Christ a détruit en nous le péché, la première mort, la mort de lame, ainsi il détruira encore la dernière mort, la mort du corps;(l).Ilnous dit enfin, conformément à la conclusion que l'Apôtre tire de sa doctrine sublime, que, l'effet devant ressembler à la cause, cette cause, modèle de notre résurrection, sera la résurrection de Jésus-Christ, qu'une fois donc ressuscité enîui etpar lui, nous ne mourrons jamaisplus, puis qu'il est ressuscité de façon ne à jamais plus mourir; qu'en conséquence, le dernier jour achevé, on ne parlera plus de mort; que la mort n'aura plus aucun droit sur la race d'Adam; qu'alors s'accomplira la grande prophétie d'Osée, que « la mort restera à jamais absorbée dans la victoire du Rédempteur, qu'elle sera abolie et détruite pour toujours (2).» Le dogme de la résurrection des morts une fois admis, il est aisé de comprendre comment le Yerbe éternel a vraiment pris la nature humaine, se l'est intimement unie et lui a transmis ses privil loges. On comprend qu'il nous a véri tablement rachetés, non-seulement du péché, mais encore de la mort ; que le nouvel Adam a complètement réparé tous les dommages de l'ancien ; qu'il a détruit le péché jusque dans ses dernières conséquences ; que

(1) Novissima autem destruetur mors (I Corinth. xv). 12) C«m autem mortale hoc induerit immortalitatem, tune fiet Mm© {Ose. xiu") : AbsoriUaest mors in \ictoria (Ibid.).

son triomphe est accompli, que sou action réparatrice est universelle, sa rédemption copieuse, entière et parfaite ; qu'il est ensemble et vrai homme et vrai Dieu ; en un mot, que le dogme de la résurrection explique toute l'économie de la religion, qu'il en découvre les merveilleuses harmonies, qu'il accomplit, prouve, consolide, établit tout le christianisme. Néanmoins ce dogme très-important est une vérité nécessaire, non-seulement dans l'ordre surnaturel et divin î mais encore dans l'ordre naturel et sensible.

n convenait à la Sagesse infinie qui fait tout dans un ordre parfait, avec mesure et avec une merveilleuse harmonie, de proportionner, dans la création des êtres, les causes matérielles aux causes formelles, les corps aux principes substantiels et constitutifs qui les composent; et, pour employer le langage de l'école, de proportionner la matière à la formel Puis donc que l'âme intelligente, ainsi que l'enseigne la vraie philosophie, ainsi que l'a décidé l'Eglise au concile œcuméniquede Vienn e; puisque, dis-je, l'âme intelligente est la forme substantielle du corps humain (1), Dieu, dit le docteur angélique saint Thomas, en créant le corps humain, l'a proportionné, harmonisé avec l'âme; en sorte que, la vie de l'âme étant perpétuelle, le corps pût aussi vivre perpétuellement pour l'âme. C'est pourquoi Dieu, dans l'institutioif de la nature humaine, céda même au corps quelque

(1) Anima intellectïTa est forma substantialis corporis humani.

chose au-delà de ce qui, en vertu des principes naturels, lui était dû ; c'est-à-dire qu'il attribua même au corps une certaine incorruptibilité, qui en fait une matière convenable et digne d'être unie, à une forme qui était l'âme immortelle et éternelle (1). C'est précisément là ce qu'a voulu dire l'Ecriture sainte par ces expressions : « Dieu créa l'homme inexterminable (2) ; » en sorte que la condition de l'homme naturel, de l'homme de la création primitive, était d'être immortelle.

Mais l'homme ayant troublé par son péché, continue à dire saint Thomas, l'ordre naturel existant entre l'àme et Dieu, l'ordre primitif entre l'âme et le corps demeura aussi troublé. Comme l'âme fut dépouillée de la grâce sanctifiante divinement infuse, qui relevait jusqu'à Dieu ; ainsi le corps fut privé de la disposition divinement accordée, d'être incorruptible, par où il s'élevait jusqu'à la dignité de l'âme : de là la mort, dont les livres saints disent qu'elle n'a pas été l'œuvre de Dieu. La mort n'est donc pas la condition naturelle de l'homme; elle n'est survenue qu'accidentellement, à la suite du péché (3). Or, cet accident funeste, c'est toujours

(1) In institutione hamanas naturas Deus aliquid corpori humanoat- ; tribuit supra id quod ei ex naturalibus principiis debebatur, scilicet: incorruptibilitatem quamdam, per quam convenienter suae formae coaptaretur; ut, sicut animœ vita perpétua est, ita corpus per animam perpetuo viveret (Div. Thom., lib. IV cont Cent., cap. 81).

(2) Creavit Deus hominem inexterminabilein {Sap. n).

(3) Animœ igitur, praeter ordinem suae naturœ a Deo aversas, subtracta est dispositio, quae ejus corpori divinitus indita erat, utsibi pro-

saint Thomas qui parle, qui a changé la condition de rhomme, a été ôté par Jésus-Christ. Par le mérite de sa passion et de sa mort, il a détruit notre mort, en tant que sa vertu divine a rendu au corps le pri- Tdége de l'incorruptibilité, qu'il lui avait originairement concédé et par où l'homme sera un jour ramené à une vie désormais exempte de mort (1).

Ainsi la résurrection des morts, conclut ce saint docteur, sera un prodige, le plus grand des prodiges peut-être après celui de l'Eucharistie ; mais ce ne sera un prodige que relativement au principe actif qui l'opérera, à savoir la toute-puissance divine; car elle seule pourra l'opérer. Quant à sa fin, la résurrection ne sera plus un miracle, un fait en dehors ou au-dessus des lois naturelles ; ce sera la chose la plus naturelle, la plus simple, la plus conforme aux lois données primitivement de Dieuàlanature. Rien n'est plus naturel, en effet, que la matière soit réunie à sa forme, le corps à l'âme (2). Une s'a^^ira donc pas, dans la résurrection des corps, d'innover

portionaliter responderet; et secufa est mors. Est igitur mors quasi per accidens superveniens homini per peccatum, considerata inslitutione humanse uaturse {Ibid. ).

(1) Hoc autem accidens sublatum est per Christum, qui merito suas passionis mortem nostram moriendo destruxit. Ex hoc igitur consequitur, quod divina virtute, quae corpori incorruptionem dederat, iterato corpus ad vitam reparetur {Ibid.).

(2) Resurrectio, quantum ad finem, naturalis est; in quantum naturale est animae, esse corpori unitam; sed principium ejus activum noa Mt naturale, sed sola divina virtute causatur {Ibid.).

mais de reformer la condition de notre corps (1 ). Il ne s'agira pas d'introduire un ordre nouveau, mais de restaurer l'ancien ; de donner au corps une destination nouvelle, mais de lui rendre celle qu'il avait perdue ; de changer l'ordre primitif, mais de le rétablir ; d'innover la nature humaine, mais delà restaurer selon le drssein p rimitif et de la ramener à sou état originel, à la condition où Dieu l'avait placée (2).

Observez en outre, mes frères, et ne vous fatiguez pas à entendre des doctrines aussi élevées et qui nous révèlent les titres de notre grandeur future ; observez encore, dirai-jc avec saint Thomas, que l'âme estimmortelle, et qu'ainsi elle survivra toujours à la mort du corps; mais, selon son essence, elle est la forme substantielle de son corps. Si donc le corps ne ressuscitait pas, elle serait une forme séparée à jamais de sa matière. Or, il est contraire aux lois naturelles qu'une forme toujours subsistante soit toujours séparée de sa matière. La corruption perpétuelle du corps humain est donc contraire à la nature ; et il est contraire à la nature que l'àrae soit toujours séparée de son corps. Or, ce qui est contre la nature ne peut toujours durer ; donc l'âme ne sera pas séparée du corps pour toujours (3). Ce raisonnement

(1) Refonnabit corpus bumilitatis.

{-!) Instaurare omnia in Christo {Ephet. i). Crearit Dens hominem inexterminabilem.

(3) Aniuia buniana immortalis est; remanet igitur post corpas a corpore absoluta. Maniresluni est autem, quod anima corpori tiatitraliter

est sans réplique : la résurrection universelle est donc loin d'être une chose étrange et inconcevable. Ce qui serait étrange et inconcevable, ce serait, au contraire, la mort perpétuelle du corps humain et le veuvage éternel de lame du corps, dont elle fat la forme et auquel elle fut substantiellement unie. Ajoutons encore que, sans la résurrection des corps, l'ordre naturel de l'univers serait même compromis, inachevé;, troublé, imparfait. C'est pourquoi les Pères ont insisté si fort sur cette preuve, tirée de l'ordre universel, pourconfirmer le dogme delà résurrection. Les fruits, dit Tertullien^ se consument et se reproduisent. Chaque espèce de semence, après avoir été, en quelque sorte, dissoute et corrompue, recommence à germer plus vivace qu'auparavant. Tous les êtres créés se conservent en périssant ; tout, dans la nature, après la mort, revient à vie nouvelle. Comment serait-il possible qu'au milieu de ce flux et reflux d'êtres qui meurent et qui ressuscitent, Ihomme seul, qui en est le maître et le souverain, fût fait pour périr à jamais (1)? Saint Cyrille de Jérusalem disait aussi : « Si tous les végétaux, après être morts, recommencent à vivre, est-il possible que nous, pour

unitur ; est enim, secundum suam essentiara, corporis forma; est igitur contra naturam animam absque corpore esse. Nihil autem, quod est contra naturam, potest esse perpetuum. Non igitur perpétue erit anim: absque corpore {Ibid. .

(1) Fructus consummuntur, et redeunt. Germina corrupta et disso- )uta fœcundius resurgunt. Omnia pereundo servantur. Omnia reformantur de inieritu. Et lu, homo, omnium morientium et resurgenlium Domiiius, ad hoc moneris ui pereas {Apolog., uum. 48j.

l'usage et la fin de qui les végétaux ont été créés, nous ne recommencions pas à vivre après notre mort (1). » Oui, oui, dit saint Augustin, l'unité première, la fraternité antique de l'âme et du corps sera rétablie ; elle recommencera à resplendir dans le même homme pour ne jamais plus se dissoudre, Dieu ayant jugé digne de sa sagesse et de sa bonté que l'âme et le corps, autrefois substantiellement unis, régnent ensemble avec Jésus-Christ dans le ciel, puisqu'ils auront servi ensemble Jésus-Christ sur la terre (2).

Ainsi la perfection de l'ordre universel l'exige, la convenance des desseins primitifs du Créateur (que la malice de la créature ne peut ni ne doit suspendre pour toujours) le demande, la condition, la fin de notre existence, rend la résurrection, cette grande restauration de la nature humaine relativement à sa partie corporelle, nécessaire. Aujourd'hui que la révélation est venue en aide à la raison, la raison, à l'aide de cette lumière divine, voit clairement que ce grand dogme chrétien est une loi, une nécessité de l'ordre universel, une vérité nécessaire. Oh! belle religion chrétienne, qui seule conserve toutes les vérités, explique l'harmonie de la création et Tordre admirable de l'univers !

(1) Si ista (rrumenta) mortua rcviTiscunt, nos tero, quorum causa et illa nata sunt, mortui non excitabimur (Catech. 18)?

(2) ReYOcabilur in pristinuni conlubernium aniniae et corporis unitas, et nuUis unquam ssculis dissocianda germanitas. Dignum enim judicavit ut germana corporis animsque substantia cum Chrislo siniul regnet in cœlis, quae Christo senriTit in terris (Ser. 156 de Tttnp.).

Mais comment sera-t-il possible que le corps Immain renaisse tout entier de ses cendres (1); comment? Cela sera tout aussi possible qu'à l'homme de naître tout entier du néant. 0 homme ! nous dit Tertullien, tu as en toi-même la preuve, tu es toi-même la preuve vivante de ta résurrection future ! Pour savoir comment elle se fera en toi, il suffit que, rentrant en toi-même, tu réfléchisses à ce qui s'est fait en toi (2). Il y a quelques années que tu n'existais point, que tu n'étais absolument rien, et tu existes actuellement! Quelle difificulté peux-tu trouver à ce qu'une portion de toi, ton corps, même après s'être dissout dans le néant, puisse revenir à l'existence par la volonté toute-puissante de ton Créateur, qui, une fois déjà, a tiré du néant ton corps et ton âme? Dansta résurrection, ilnet'arriverarien de nouveau; seulement le prodige qui s'est autrefois opéré en toi et dans ton tout, se renouvellera en toi et pour toi dans une seule partie. Tu n'étais rien, et tu es sorti âme et corps de ce rien ; tu seras âme, et ton corps seul te sera redonné de rien. 0 toi, qui cherches à savoir comment tu commenceras une autrefois à être, commence par comprendre d'abord, si tu le peux, comment tu as existé la première fois ! Et, puis-

1 Quant à la difficulu^. qu'on élève relativemeni au' cadavre dévoré ou détruit de loute autre façon, voyez V éclaircissement joint a la fin de cette homélie, oii pareille difliculîé est prévue et résolue par saint Paul, saint Augustin et saint Thomas, les trois plus grands génies du monde et même du christianisme.

(2) Considéra temetipsum, o homo, et fîdcm resurrectionis invenies {Àpoïog. 48)

que tu as été une fois, il te sera plus facile de retourner à être ce que tu as été, qu'il ne le fut d'être la première fois, quand tu n'avais jamais été. Ne pouvant nier le premier miracle, dont tu es une Ijreuve, quelle difficulté d'admettre aussi le second, qui est certainement moins grand que le premier? Pour nier ce second prodige, après avoir vu le premier s'accomplir en toi-même, lu serais contraint de blasphémer, que la toute-puissance divine s'est ipuisée en te tirant du néant et que. parla, illni sera impossible à jamais de te restaurer dans une partie seulement ; tu seras forcé de dire que Celui qui a créé de rien et qui a animé ce vaste univers de son esprit vivifiant, sera incapable de ranimer ton corps (1).

D'autres Pères très -graves insistent aussi sur le même sujet. Comment ne comprends-tu pas, ô homme ! dit saint Jérôme , que ce sera un miracle moins grand de te rendre l'existence que tu avais déjà, que celui de le donner une existence que tu n'avais jamais eue (2)? Oui, dit saint Augusliu, le pro-

(1) Qui nihil fueras priusquam esses, idem, nihil faclus, cum essede- ^ielis> cur non possis rursus esse de nihilo, ejusdein aucioris voluntate, qui te voluit esse de nihilo? Quid novi libi evenict? Qui non eras, faclus es; cum iterura non cris, fies. Rcdde, si potes, rationem qua factus es, et tune require, qua fies. Et lamcn facilius ulique fies, qui fuisti aliquando. Dubitabilur, credo, de Dei virlule, qui lotum hoc corpus mundi du eo quod non fuerat composuit animatum, spiritu omuiuni animalore Apolog. 48)?

(2) Mullo minus est restiluere quod fuit, quam faccre quod non fuit {EpUt. 61 o'' Pamm.).

dige qui a créé les hommes a été bien plus grand que celui qui les fera ressusciter. Les hommes qui naissent chaque jour, quand ils n'étaient pas , sont des prodiges \ivautsbicn plus grands que celui par où des honiraes qui ont été ressusciteront (1). Enfin saint Cyrille, que nous avons déjà cité, professe que, pour le premier homme , Dieu prit de la poussière et la changea en chair qui n'avait jamais été. Or, pourquoi ne pourrait-il pas convertir une autre fois en chair une poussière qui avait été déjà ch:iir autrefois (2)? Qu'est-ce que le corps humain dans le sein maternel? Un germe à peine visible , une parcelle de matière informe et inerte : eh bien ! en y infusant une âme. Dieu en fait l'homme ; il convertit en os cette matière grossière et informe^ il la change en peau ; en humeur, en sang; il pétrit, divise, figure, dispose symétriquement en membres divers cette même matière, et il en tire la belle figure de l'homme. Or, le Dieu qui, de ces éléments grossiers, a fait surgir une œuvre aussi parfaite, ne pourrait-il pas la faire relever après qu'elle sera tombée ? Eé celui qui a fait exister ce qui n'était pas auparavant, ne pourra-t-ii donc pas restaurer ce qui a déjà existé (3) ?

(1) Plus est hoœines creare, quam resuseitare. Majora miracula sunt homines quotidie nasci, qui non erant, quam resurgere qui erant.

(2) Pulvis in corpus commutatur, et taro in caraem non couvertetur.

(5) Nescis quomodo ex infirmis, rudibus et confusis rébus generamur? Jani rudi infirmaque materia formatiir homo; et quod erat imbecillum incarnatum, in omnimodam menibrorum speciem mutatur. Qui ex lam levibus ita nos fecit Dcus, num cadeutes excitare non poterit?

Au surplus, dit Tertullien, la vérité de la résurrection est imprimée non-seulement en l'homme, mais encore en tout ce que nous voyous s'accomplir autour de nous. Les révolutions incessantes de la nature créée la prouvent et la proclament (l). Le soleil qui se couche et se lève ; le jour qui meurt et renaît ; les planètes qui s'éclipsent et se montrent de nouveau ; les arbres qui perdent leurs feuilles et reverdissent ; les fleurs qui se flétrissent et se reproduisent ; tout gagne par la destruction, acquiert en s'endommageant , revit en mourant. Toute la création a pour loi de tomber pour se relever ; tout en elle, après avoir disparu, revient au premier état; tout, après avoir fini, recommence de nouveau ; nul être ne périt que pour commencer à renaître (2). C'est ainsi que Dieu, avant de retracer ce grand dogme de la résurrection en lettres dans les Livres saints, l'a rendu sensible dans ses œuvres ; avant de le révéler de sa voix , il l'a manifesté par la force de sa puissance. Il nous a initiés à cette vérité par la nature, avant de nous l'annoncer par les prophéties ; afiu que nous crussions plus facilement à la prophétie, après nous avoir parlé de la même vérité et nous en

et qui non existens fecit ut esset, numquid cadens non sublevabit (Cyril. Hieros., Catech. 18)?

(1) Totus ordo volubilis rcrum testatio est resurrectionis mortuojum

(2) Rêvera honore, inlcritu; injuria, usura; et lucro, damno. Uni- Tcrsa conditio récidiva est. Oniuia in staluni redeunt cum abscesserint; oninia iucipiunt cum desierint, et idco finiuntur, ut fiant : nihil dépérit xûsi in salutem (De Resurrect. carn. 12).

avoir instruits par la nature ; afin que uons n'eussions pas de diffic Jltcs à croire, en écoutant un dogme dont nous avions vu partout les preuves de nos pjo,)res yeux ; qiic rous ne doiita'>ions poiiil qu'un jiHir Dieu, qui i:ous est coiuu cnnimc le resiaiirateur de tous les èlrcs, sera un jour aussi le rcslauratenr de notre chair (I).

31. lis qu'est -il besoin de preuves pour croire un mystère qui nous a été ré\élé en termes formels par Dieu, qai ne peut nous tromper, puisqu'il est la vérité mfaillible ; un mystère qui doit être accompli de Dieu, à qui rien n'ist im; ossibîe, puisqu'il est la puissance infiiiic? Pour nier un aussi grand mystère, ô homme! il faudra donc, te dit saint Augustin, que tu sois assez téméraire, assez audacieux pour donner un démenti à Dieu, pour soutenir à sa face qu'il n'a pu le révéler, parce qu'il manque de pouvoir pour l'exécuter (2). 0 malheureux! garde -toi de porter aussi loin ta présomption sacrilège, ton orgueil insensé ! Qu'il te suffise de savoir que Dieu sera l'auteur d'un aussi grand prodige ; renonce à tes doutes me-quins, si tu no veux contester à Dieu sa touiepuissuuce (3). Quant à uous, cufauts \érilublesde

(t) Oporihiis scripsit Dcuî, anlequam lilicr's. Virihus praerliravil anttqujiii vocibus. Praeiuis l libi naiurain niagisiruin, subuiissuius pro- I>heiiain ; quo farilius credas propbeliae, d;scipulus naiurœ; quo sialim admiiias cuin auilieris, quud ubique jam vitleris;nec dubitcs Deuni Garnis etiain resuscUaiorem, quem nosti omnium resiiiutoreiu {Ib.d.^.

(2) Responde contra Deum et die : Non potest Deus.

(3) Dea> est qui facil; considéra aucloreni, cl toile «lubiuUoDem.

l'Eglise, disciples dociles de Jésus-Christ, laissons le phiiosophe discuter à sa volonté, rincrcdule blasphémer ; et tenons-nous en, sur cet important mystère, à la simplicité humblect vertueuse de la foi (1).

SECOKDE PARTIE.

La foi de la résurrection, dit saint Cyrille, est l'excitant le jihisfort, le principe, la racine de toute opération sainte (2). Car il est vrai que nous ressusciterons tous de nos cendres; mais, d'après saint Puul, nous ne ressusciterons pas tous de lu môme manière (3).

0 la grande vérité ! ô la grande pensée que voilà! Tous, absolument tous, nous ressusciterons de notre pous.sière (4); car le Verbe éternel, enseigne aussi suint Thomas, a pris la nature inimaine précisément afin de pou\oir la restaurer tout entière en lui et par lui. Puis donc que la séparation perpéluclle de Yàn.a de son corps est un défaut, un inconvénient contraire à la nature de l'àmo, ce défaut sera réi)aré en tous, (l'est pourquoi tousLs hommes reviendront de mort à vie, même ceux qui n'auront pas été unis à Jésus Clirist par les liens de la foi et de lu churiléj

(I) Illi parriani; nos crednmus (Serm 154 dé Temp.), (2y Ra lix lolius l)onnf< opeiaii'inis (CrtïfcA. 18). }5} Oiimes quideiii resurgiiiius ; sed uou omncs immutabimur {Cor. XV).

(4) Omntt resurgemns.

même cenx qui ii*ont pas été initiés à ces divins mystères (l).

Toulcs les àmcs reprendront donc leurs corps. Tous les corps qui, en tant qu'unis aux àmcs, formcniriiommcMulurel, seront rcparc>; tous mus ressusciterons dans un âge parf;iit, dans rinféj;ri!c de nos membres, sans aucune d<s défccUiosilcs produites par la faiblesse ou par les causes nalur>-lles; tous enfin nous ressusciterons avec notre propre corps incorruptible et immortel (2). ]\lais nous n'éprouverons pas tous la mc;ne transformation heureuse ; nous ne reprendrous pas tous notre corps de la même fciçon (3).

Efforçons-nous de pénétrer plus avant dans ce mystère et d'en connaître les raisons, sous l'égide assurée de saint Thomas. Quoique, dit-il, par les rcériles infinis de JésusClirist, dans la rcsurrectiou aniversclle, tous les défauts naturels qui altèrent la nature humaine, doivent cire écartés communément dans tous les hommes, soit bons, soit méchants ; que tous doivent avoir ce qui leur appartient par institution de nature, ce qui constitue riiommc naturel, l'honmie primitif, tel qu'il feorlit des muiiis du Créa-

(1) Ncc eliam negandum est omnium resurrcclionem esse futuram , qiiaiiivis non onines per fidem Ch.-islo adliaKreanl, nec ejus uiysieriis siiit iiuhuii. Pilius enini Dei propter hoc huniunain naluram assuinpsit , ut eam repararet. M igitur quod est defeclus naiurs in omnibus reparabilur; uiide ouines a morte redibunl ad vit^m (Loc, lil.).

{i) Omaes (Ut supra).

(5) S«d non omnes immutabimar.

teur ; il y aura néanmoins, entre les élus et le» réprouvés, une différence immense quant à la condition appartenant personnellement à chacun, à raison de sa conduite (I). Car c'est une condition de nature que l'ûmc soit la forme substantielle du corps, qu'elle le vivifie et lui conserve l'ôlre. Par là, cette condition sera commune «i tous; mais l'état de l'Ame éîevé'i à la gloire de la vision de Dieu, n'est pas une condition de la nature, mais un effet de la grâce ; et l'âme y est ou admise pour le mérite de ses actes personnels, ou elle en est exclue pour ses fautes (2). Chvicun reprendra donc véritablement son corps dans les conditions les plus convenables à l'esprit ; c'est-à-dire que, conime l'âme est la forme incorruptible en tous, ainsi tous reprendront un corps incorruptible, vu qu'en cela la matière du corps humain sera coiiforirce en tout, assimilée à la condition naturelle de l'âme par la puissance de Dieu (3). De même, cependant, que le corps sera, par la vertu di-

(I) QunmTïs merito ChrUti dffrrtus natursin resurrcetione tollatnr ab omnibus roinnninitcr t:ini bonis quiiin mulis, rrmanebit tanien difTO' renliH intcr bnnos et malus quaiiium ad ea quae personulitcr utrisqufl coiiteiiiiint Loc. cit.^.

Ci) Est auiein rie niiionr natiira», qiiod nnima hnmana sit corporit forma, ipsuiii vivilirans, et in esse «onscrvans. Sed ex pcrsonalibut actibus nierctiir anima in glor am divin.Y visioiiis clevari, vel ab orJiae h.ijusni' di ploriae | er eulpam cxcludi {Ibid.).

r>) D spui.eiur igiiur corpus communiier omnium seeundum condecenti; m anima , ut, sicilicet, forma incnrruplibilis esse incorruplibile cerpori iribuat : eo <|uiui muloria corporis humani, divina virtuU, liamaïue, quantum ad hoc, subiicielar omuino {lOid.).

vinc, entièrement assujetti à l'àme ; de môme il participera non-sculcmciit à tontes les condilions naturelles, mais aussi à toutes les conditions morales de l'âme clle-niôme ; il sera donc ainsi entièrement assimilé à 1 ame, non-seulement relativement à l'être, mais encore rtlalivenient aux actions, aux passions, aux mouvements, à tontes les qualités corporelles (I). Comme donc Tâme bienheureuse, admise à la vision de Dieu, dc\ient comblée de la splendeur de la lumière dl\ine; ainsi le corps, approprié à cette condition de lame et pénétré de ce qui en ressort, de- \iendra lumineux à son tour ; et de là la clarté. C'est ce que l'apôtre saint Paul a voulu nous apprendre en disant : « 11 est semé dans la corruption, il ressuscitera dans la gloire (2). » En sorte que notre corps, actuellement si opaque, si obscur, deviendra dans le royaume du diviu Père clair et resplendissant comme un soleil (3).

Ainsi que le corps, totalement assujetti à l'âme, se mouvra par les désirs de lame; que l'àme bienheureuse possède le complément instantané et parfait de tous ses désirs; ainsi le corps bienheureux se mouvra avec la rapidité des désirs de l'âme, de là

(I) Est enim corpus lotal-ter subj^clum animse (ditina tirtute hoc fiacieiile), uoii solum quoud esse, seil eiiam quantum aJ icliones, et passiones, et corporeas qujlitales [Ibid,].

(S) Sicut anima diviiia vi:s:oQe fruens, quadatn spirituali claritate replebiiur; ipsuui corpus suo modo clariiatis gloria induetur; uude : Scniiaa.ur in ignobililaie , surgel in gltria.

(3) Fuletbunt justi sicut sol in regao Patris mei {Uatth. xiu).

Vagilité qui lui permettra de s'élever jusqu'ans sphères, de parcourir instantanément des dislances imnu'iijcs, avec la facililé et la légèreté de la pensée. Telle est la leçon que donne saint Paul lorsqu'il s'exprime ainsi : « Le corps de la naissance est dans la faiblesse; le corps de la résurrection est dans la force (I).» La faiblesse acîuelle du corps consiste surtout en ce qu'il est lent et impuissaiit à suivre tontes les volontés et les mouvements de l'âme; mais cett'.! infirmité sera entièrenient eiïacéc, abolie pari i vei'îusiirnaturtlle que l'àrae, iulimemeut unie à Dieu il troduira en lui.

Comme l'àmc bienheureuse sera, dans toute la perfection de la grâce, unie à Dieu et comme idcntiliéc avec lui (voy. homél. xii*); ainsi le corps sera parfaitement obéissant à l'ùrae, uni à elle dans toute la perfection de nature: le corps sera, cfTeclivement, parfait en tout ; et la perfec'.iori de ia matière est d'autant plus complète, qu'elle est plus intimement unie et plus assimilée à sa forme. Or, comme l'âme, par son u:iio!i intime av(C Dieu, participera à un souverain degré, et selon toute sa capacité, à la bonté et aux perfections do Dieu; ainsi le corps, par suite de son un:0!i intime et parfaite avec i'àmc, [larlicipera à ces coudilious naturelles : il

(1) Anima in rmnhus cxpcrioUir stiiim dcsideriiim aditnpietnm ; Cl quia c\ (li>>i(iiro iHiiinœ iiioveiiir corpiis, constqucns crit quod cor|>us oiimino sj irilui ail mutuiii oi>i'(liet. Unde corpoia rcsurgeiitiuin bcaiorum fuiura erunt agilia; un le : Seminalur in iuilrmilale, surget in virluU.

sera aussi spirituel, exempt des passions animales, sans besoin de nourriture ni de forlifiant. De là la svbtilité, par où, à l'égal de l'esprit, il passera à travers les autres corps sans les diviser. Tel est renseignement compris dans ces paroles de l'Apôtre: « Le corps de la gôncralion est animal; le corps de la résurrection est s|>irilucl {!).» Ce n'est pas que nous (levions avoir des corps aériens et célestes, ou de siiblauces spirilncllos, car dos corjis de cette espèce ne seracnt plus corps; niais nous auroiis, ainsi que le décl.irc saint Jean D;«nia.>cÔMe, des corps pareils a celui de Jésiis-CIirist ressuscité, co.nposé, il est \rai. de cliair et d'os, mais spiritualisé comme le sien, qui traversa le sépulcre sans le rompre, et le» portes du cénacle sans les ouvrir; en somme, comme JésusClirist lui-môme l'a dit : « Quoique unis à nos corps, nous nous mouvrons, nous parcourrons les cieux comme les anges qui n'ont pas de corps (2). » Finalement, en possession du souverain bien, on ne saurait plus souffrir aucun mal. Comme donc l'àme bienheureuse, par son union avec Dieu, participera à tous ses biens, sans mélange de mal; ainsi le corps, par son union parfaite avec l'âme, jiarlicipcra à toutes ses perfections, siins mélange de défauts. De là le corps, comme l'àinc, exempt de corruption, de défectuosités, de toute faiblesse et de

(1) Seminalur corpus animale, surpel corpus spiritual».

(i) Corpus sp'riluale dcsi^nut quule Doiuini corpus post resurrectioneip clausis januis ingredicns. Erunt tniui, iuquit, sicui angcli De' iD cœJ» (Damas., lib. IV dt Orihod. /Si.).

~ 504 — tonte imperfection, ne pourra plus éprouver de fatigues, de dérangement, de douleur : de là Vimpassibilité et Y immortalité . C'est encore à saint Paul que nous devons cet enseignement : « Le corps de la génération, dit-il, est sujet à la corruption; le corps delà résurrection sera incorruptible (1). » Oui, il en sera absolument ainsi, et non autrement, continue à dire le grand Apôtre. « JNolre corps, acluellomcnt sujet a la corruption et à la mort, sera également revêtu de riucorruptibililé de lame; il participera à son immortalilé(2).;) C'est alors que la grande prophétie d'Osée recevra sou accomplissement, que «la mort aura été absorbée par la victoire remportée en nous et pour nous par Jésus-Christ (3).» Heureuses donc vous, âmes véritablement chrétiennes, qui assujettissez vos corps aux lois d'une pureté sans tache, d'une pudeur sévère ; qui en réprimez les appétits, qui en refrénez les penchants, qui entourez le lis de votre pureté des épines de la pénitence et de la mortification chiélienne! Ah! laissez, laissez le monde ignorant et aveugle, vous appeler stupides, imbéciles, parce que vous vous privez même de ce qui est licite, pour ne pas tomber jusqu'à ce qui est défendu; parce que vous vous interdisez les adoucissements

(Ij Seminatur in corruplione, siirget in incorruplione (I Cor. xt).

[i.) Oiioilct ton uplibilf liuc indueie iiiconuiilionfiii, et monule hoc iniluirc iiiiinui'iuliiul(.'ni.

(3) Cuui auleui niurtii'e Ikjc inducrit immortalilaleni, tune liet sernio qui scniilus csl : Absorplaest njori iu Ticioiia; uovisiiui« iiiimica d«»truelur mors {Ibid.).

même les pins innocents, aussi bien qnc les plaisirs coupables des passions et des sens. Ah î laissez le monde vous ridiculiser, vous mépriser! Il n'en sera pas moins vrai qu'un jour, à la face de l'univers cnlier, vous parai! rcz et vous serez honorés comme les âmes vraiment sages, prudentes et cxpéiimentces, lésâmes vraiment grandes, sublimes et parfaites, lorsque, à la vue de vos dé;raclc'll^■^illfurlul!és, aous reprendrez votre corps embelli de toutes les qualités de la gloire. Ainsi que les m.irl vrs, vous liit saint Auguslin, conserveront les cicatrices des plaies qu'ils reçurent pour la foi de Jésus Christ; ainsi vous conserverez, à votre tour, la marque de vos pénitences pratiquées pour l'amour du Seigneur; et ces stigmates glorieux, loin de déformer, accroîtront, au contraire, la dignité et la gloire de vos corps; votre chair, aujourd'hui si morliliée, si humble, si soumise à l'esprit, connue l'esprit est soumis à Dieu, sera entourée d'une beauté qii, tout en rehaussant \ore corps, n'en sera pas moins une beauté ineffable d'esprit et de vérité (I).

Quelle ne sera pas en ce jour votre gloire, votre satisl'acîion! Sainte Thérèse vit saint Pierre d'Alcantara, à [>eine expiic, mouler au ciel en\ironué de milit splendeurs et disant : « Bienheureuses mes rigueurs, heureuse ma pénitence, qui viennent de m'acquérir, de me procurer une aussi grande gloire, une aussi

i) Vulneriim cLfalrices fartasse viilebimus : non enim deforniitas la cis, sta dignilas ei-it, et quaeduin, quanivis in coi-|ioie, non corporis, »ed virlulis pulchriludo fulgebil {De Civit. Dei, hh. XXli, XXV).

— 50S — grande félicité (1)! » C'est ainsi qu'à votre tonr vous bénirez vos tribulations, vos peines, l'auslcrit<^ de votre retraite, la fuite du monde, la pratique des mortifications, parce qu'elles vous feront rei^rendre votre corps si heureux, si beau, si glorieux, modelé sur la gloire, sur la beauté du cor|)s de Jésus-Christ (2). Oli! combien Tétat dos réj)rouvés est opposé au vôtre! En tant qu'liommes, leur nature est bonne, puisque c'est Dieu qni l'a créée. Quanta la nature donc, leurs corps seront aussi réparés: ils ressusciteront aussi dans un âge parfait, avec to..te rinlégrité de leurs membres. 'Jons enfin ressusciteront avec leurs corps incorruptibles, puisque saint Paul a déclaré qu'aux premiers sons de la trom[)clle, on verra les morts ressusciter incorruptibles (3). Ce qui comprend manifestement tous les hommes, les réprouvés et les élus. Mais comme, autant la nature des réprouvés a été bonne, parce qu'elle était l'œuvre de Dieu, autant leur volonté fut perverse par leur méchanceté; comme leur volonté est désordonnée, opposée à Dieu, privée de leur dernière fin ; ainsi leurs corps se ressentiront de cette aversion, doces désordres, de cette triste condi.'ion de l'âme; car il est nécess.iire (pie l'état de leurs corps soit conforme à celui de leur âme. Au lieu de devenir sj)iritutls, leurs corps et leurs âmes mémos deviendront char-

(1 0 fe'ix rœnitcniia quœ tantnm mihî meruit glorinm! (2 Uefjnucibil corpus hiiinilitaiis nobUae conbguratuin corpori clarilaiis sus.

(3) Canet tuba, et mortui résurgent iacorrupti.

nels ; au lien d'ôlre apiles, ils seront îonrdc, pesants et iiisuppoitnblcs à lame; au lieu d'èlrc lumineux, ils seront horriblement opiiques, ténébreux et obscurs ; au lieu d'èlre impassibles, ils seront sujets à loîUes séries de toiirmeuts et de soiilTranccs; au iieu d'être glorieux, inmiorlels, ils srront abj^cls, difformes, s'ijcts à ce que l'i erilure ai-peile la seconde moit: nouvelle et horrible sorte de mort, dit saint AUj;usnn, qui, à lit diiléieiice d>^ la j)rcmièiv où luaic ftif. contre son gré, séiJaiéedi! corjjs, rclieiuira iVuneullacliée au corps contre son ^lé. l*ili^qu'll n'v a de vraie vie que là où i'o.i vit heureusement, i'infortu:ié (pii invoque la mort, sans pouvoir iiioniir, meurt douc iuccssammcîil d'une mon immortelle (I). 0 vous donc qui flattez si fort voire corjjs, qui l'eulourcz de tant de mollesse, qui le nourrissez de tant de délices, qui le conteniez duLS ses plus ho .teuses concupiscences, qui ne lui refusez les plaisirs anciens que pour lu! en procurer de iiou\eaux, qui Tuvez mis à la place de Tàme elqui l'idulàîrez comme une divinité, oh ! que vous êtes ii;co:Jsiaérés, sluiiJes et insensés! Oh! combien vos âmes sont faibles et mé[)risable.-ïî Qiels léseront pas vos tourments, votre coi. fusion, \o;re douleur, eu vous v(iy;.nt enlourésde ce même corps pai fumé d'essences et chargé d'ornements fuiles; mais, comme un tison d'enfer, iiilect, diflorn>e, horrible! (Jh ! comme vous vous eu sculirez non-seule-

(i) Kon est vera tita, nisi ubi féliciter vivitur. Ubi autem infel'x mori non sinitur, mors ipsa, ut ita dicam non moritur. Usée ia Sacra Ëcri|)tura secunda mors diciiur {Enchirid.).

ment hnmiliés, mais encore opprimés et brûlés, parce qu'il vous sera imposé comme un vêlement de malédiclion, de toiinnents et de feu (I)! Songeons donc que cetle cata>lroplie funeste de la résurrection universelle arrivera infailliblement : la foi nous renseigne, la coiiscieiice univers; lie l'alteste et la raison mèiue le j rouvc. Sonjieonsqne Tune de ces deux condiiioiis nous éclierra infailliblement : ou de ressusciter gloi icu> avec les saints, ou de ressusciter humiliés avec les réprouvés. Travaillons donc, pendant que nous ."-«imuus encore dans le temps, à nous ac(]uérir la société où nous voudrions nous trouver alors. Unissons-nous à Jésus-Christ par une foi vive, une espérance ferme, une eharilé fervente et généreuse. S'il en est ainsi, noire divin Père nous revêtira des marques et des privilèges de la résurrection de son Fds : noire corps sera resplendissant, heureux de la même splendeur et de la môme félicité que le sien ; et comme nous en aurons jiossédé l'esprit dans le temps et imité la ^ie, nous en partagerons également la gloire dans l'éicniilé (2). Aiusi-soit-il!

(I) Tnduct m:ilcdic ioncm sicut Tes'iir.entum {Psalm. crm). (-2) {iuï susciiuvit Ju^uIn rhristuiii a iiiortuis, vivificiihii et mortalt M(i>ot-u veairu, luopiLT iiiUabiuiiiem S.>iriiuiu ejus iu vuLis.

ËGLIIRCISSEME^T TOCCIIWT I.'IOEXTITÉ DE NOS CORP» BE^SU^tClTÉ:».

La foi de la r(!'Siirrcction des morts apprend q'ij tous les hommes rcssiiscilcront non |iliis dans uu corps quelconque, mais dans leurs corps ideiiliques. Or, comment sera t-il [)o.ssiblc, disent les adversaires d'une aussi grande vcrilé, comment sera-l-il possible qu'un corps dont il ne reste qu'un peu de cendre, ressuscite identiquement le même? Sans doute, Dieu pourra former à l'instant un corps à chaque âme ; mais alors ce sera une vraie création d'un corps nouveau, mais non plus une vraie rcsurreclioa de l'ancien. Comment donc se peut-il que, selon la prophétie, nous ressuscitions tous dans la môme chair que nous avons actuellement (I), que nous revêlions notre môme peau ('2), qu'avec les mômes yeux, avec le corps numéi iquement le môme dont nous sommes aujourd'hui revêtus, nous revoyions le Seigneur (3) ? Les Gentils opposaient cette difficulté à saint Paul quand il leur prêchait le grand dogme de la résurreclion des morts (4). Et il leur ré|)ondail : « O insensés que vous êtes! qrfand vous semez une plante, \ous ue faites que jeter eu terre la sciucucc qui doit

(1) In carne mea.

(i) Rursus cilcumdabor pelle mea.

(3) Qui'in Yisurus sutn ego ipse, et non alius, et oeuli mei consf«eturi sunl (Job. xix).

(i) Sed dicet aliquis : Quomodo résurgent mortui, qiialive corpor* tcstient (I Corinth. xv)7

la reproduire ; mais vous ne semez en aucune maricre le corps qu'elle aura après sa croissance. Mais ce corps d'où, (i'une petite semence, il sort un grand arbre, c'est Dieu qui le forme et l'approprie à chaqijf semence (I).»

Afi.i de bien comprendre la force de cette réponse, il faut r-ippeler dnw autres vérités. La première, qui est que, pour dire que nous ressusciterons tous dans le même corps, il n'est pas nécessaire, comme l'enseigne saint Thomas, que ce corps ait précisément toute la môme matière qu'il eut durant la vie (2). En effet, coiiîinueàdire ce mène grand docteur, ce même corps que nous avons actuellement, rigoureusement parlant, n'est déjà plus, dans toutes ses partics, le môme que celui que nous avions en naissant , soit parce que nous n'avions en naissant qu'un corps petit et faible , et que la masse, la grandeur, la solidité qu'il a préscnlemcnl, s'est formée avec le temps à l'aide des aliments, des boissons, de l'air, de la chaleur et de tous les éléments qui concourent extérieurement à la végétation, à la nourriture, à l'accroissement des corps; soit parce que, dans notre corps, et les humeurs, et le sang, et les chairs, et les os, tout enfin se remplace et se consume incessamment; tout ensuite, par la nourrilurc et le sommeil, se ré-

(I) Insipiens! Qiiod scminas, non corpiw, quoil fulurum est, senrinas, sed nudum grammi. Deus aulem dul illi corj.us, sicut vult, et unicuique seiuinuMi pr^prium (Ibid.).

Ci) Non est ncccssariuin ul qiiidquid fuil in homine materialiter, resurgal in eo {Cont. Gent., lib, IV, cap, 8i).

^ 511 — pare et se renouvelle : de là, notre corps adulte ne conserve presque plus rien de la matière qui le co«»slituait dans son enfance. Celle première matière s'est peu à peu toute re.iouvcléc ; et celle dont le corps est forme actuellement, est presque tout cîrangère, acquise |tar l'usage des aliments et par le concours des élément, ^éanmoills, tout cela n'empôchc pas que le corps de l'homme adulte ne soit le même corps que celui qu'il avait enfaut. Car d'abord, l'àmc est la forme substantielle du corps, qui lui donne l'être déterminé cl la viu ; et comme cette âme, aux di- \ersàges du môme hon)mc,est toujours la même, ainsi le corps a toujours pareil le même être déterminé, substantiel, et il est, pour cela, toujours le même. Ensuite, parce que la force végétative, nutritive, augmentative du corps réside dans l'ùme ; c'est el!e qui unit à la matière préexistante dans le corps tout ce que celui ci reçoit des substances extérieures; c'est elle qui transforme ces matières nouvelles, qui les assimile à celle qui était auparavant dans le corps et les fait devenir sa propre matière et sa propre ciiair. Or, ainsi que c'est toujours la môme ûme qui exerce la même action , ainsi c'est toujours le môme corps auquel elle est unie, malgré les pertes et les ré.jaralions continuelles auxquelles il est sujet et qui, de temps eu temps, le rcuouvcUeut tout entier.

Voici donc, dit saint Augustin, en quoi consiste le miracle de la résurrection des corps : Dieu fera alors en un instant ce qui se réalise actuellement

en nous successivement J). C'est d'un germe trèspetit, à peine visiblo, déposé dans le sein niatenicl, d'un corpuscule vlmiu à la lumière, que s'est formé, avec le tcnijjs et des substances extérieures, par la nutrilioii el la respiralioii, notre corps acliicl, si i^ratid et si |)arfiiit. De la même manière, au dernier jour. Dieu, d'une poignée de poussière, reste de noire corps, au mnven de riicccssion de snbslanccs cxlérieurcs, reformera de nouveau à cliacnn de nous un corps parfait dans un môme instant ; et comme notre corps actuel, quoique renouvelé, agrandi, augmenté [lar les substances cxlcricurcs, est numériquement le même qu'il élait à sa naissance, parce qu'il s'est formé sur la même base, d'une même matière, par l'union d'une même âme ; ainsi, par la toute-puissance divine, noire corps ressuscité sera uuméri(|ue' ment le même que cjlui que nous aurons eu dans la première vie, parce que, uni à la même âme, il est formé de Dieu sur la base de la même matière. La seule différence est que ce qui s'effectue en nous maintenant avec Icutiur et beaucou[) de tem|)s, s'exécutera alors en un clin d'œil, eu un instant (J). Aoiii qui explique clairement lu pensée de saint Taul ; c'est-à-dire que Dieu fera pour nos corps, à la fi;! du nu»nde, ce qn'd fait aujourd'hui pour les [liiutes. Comme il n'eu existe qu'un petit germe, et •pie Di.u assimile à ce germe les substances externes,

fV> Ri\Miiiir niunere, quod acce!>surum crai tcmporo (Serm. 151 de Temp.)

[1) [fi niorr.cuio, in îclu oculi M Ci)/" vx).

qu'il loi donne l'accroissement^ qu'il en forme un âibre (1) ; ainsi notre corps n'existant plus qu'en un peu de poussière, Dieu y adjoindra, par sa puissance, las autres substances, les assimilera à cette portion de la matière préexistante et en formera un corps. Notre poussière, dans les mains de Dieu, sera donc ce qu'est la semence dans les entrailles de la terre,, à savoir un principe, une base de reproduction nouvelle : et de même que l'arbre formé est numériquement le même que ce qu'il était dans son germe, quoiqu'il n'ait d'identiques que le germe et la forme substantielle , tout le reste lui étant survenu par les substances extérieures; de même, dans la résurrec-| lion, notre corps, reformé de Dieu à la manière que nous venons d'expliquer, sera numériquement notre même corps que nous aurons eu pendant la vie , bien qu'il ne conserve d'identiques qu'un peu de poussière et la même forme substantielle, ou son âme (2). Mais n'est-il pas vrai, dira-t-on, que les cendres de plusieurs cadavres subsistent à peine, puisque la cendre même de tant de cadavres aura été dispersée, ou mélangée, ou transformée en d'autres substances dans le grand laboratoire de la nature ? Que de cadavres auront été consumés par le feu ! que d'autres auront été dévores par les bêtes, par les oiseaux, par les poissons, par les hommes mêmes (les anthro-

(1) Incrementum dat Dcus.

(2) Incipiens! Quoj seminas non corpus, quod futurumest, seminas, sed nudun] granum. Deus autem dat illi corpus sicut vult, et unicuique semiuum proprium... Sic et resurrectio mortuorum.

popliages) ! et leurs chairs, changées en tout autre substance, ont servi à former, à nourrir d'autres corps ! Oui , cela est vrai ; mais saint Paul a dit que toute chair n'a pas la même condition ni la même nature ; et que autre est la chair de l'homme, et autre la chair de la brute (1).

Or, la différence qu'il y a entre chair et chair est celle-ci : qu'en vertu d'une loi naturelle, la matière devant suivre la condition de sa forme, la chair de la brute périt tout entière, ainsi que sa forme, soit l'âme sensitive qui y est unie. Mais la chair de l'homme, dit saint Augustin, étant matière d'une forme immortelle, puisque telle est l'àme humaine , elle conserve toujours, même au milieu de sa dissolution, un germe d'immortalité, afin de s'égaler à sa forme immortelle. Ainsi, tandis que les chairs de la brute se dissolvent tout entières, se convertissent en d'autres substances et périssent; la chair de l'homme, au contraire , quoique dissoute par le feu , dispersée en cendres, mangée comme nourriture, ne se détruit jamais tout entière ; elle ne se transforme jamais tout entière en d'autres substances. Qu'elle ait été convertie en cendres et mélangée à d'autres poussières; qu'elle ait été dissoute dans l'air, par la transpiration de celui qui s'en est nourri ; qu'elle ait été changée en nourriture et en chair dans d'autres corps, Dieu saura bien retrouver ces restes qu'il a lui-même rendus indestructibles. Sa toute -puissance les rendra

^1) Non oinnis caro eadetn caro, sed alia car» hominum, alta pecorum (l Cor. xTj,

— 5Ï5 — à cette âme qui les aura animés uue première fois • elle rendra à l'homme cette chair par où il commença pour la première fois à être chair humaine (1). Souvenons-nous qu'il n'y a pas de vérité, nonseulement de l'ordre surnaturel, mais encore de l'ordre naturel, qui, bien considérée, n'offre quelques difficultés, et qui ne soit, par quelque côté, insaisissable à notre courte intelligence. Celui donc qui se mettrait en tête de n'admettre que ce qu'il comprend, n'admettrait aucune vérité; il ne s'admettrait pas lui-même, puisque, comme nous l'avons fait remarquer, l'homme, non-seulement quant à l'âme qu'il ne voit point, mais encore quant à toutes les fonctions de son corps qu'il vi)it, est à lui-même un mystère incompréhensible, une énigme indéchiffrable. C'est pourquoi saint Cyrille a dit dans une citation que nous avons rapportée ailleurs (hom. xxx"), « que demander le comment, en matière de révélation divine, est la même chose que donner issue à tous les blasphèmes, à toutes les erreurs, l'athéisme compris; et se jeter de soi-même dans les ténèbres éternelles.»

(1) Non autem périt Deo materies de qua mortalium creatur ctrO; 8ed in quamlibet cinerem, pulv«;renique solvatur, in quoslibet halitul aurasque diffugiat, in quamcumque aliorum corporum substantiam vertetur, in quorumque aniraalium cibum cedet, caro, qu» mutatur, ill animae humanae puncto temporis redit, qu$ illam primitus animavit (August.,de Civit. Dei, 11b, XXIIlSj.OmnipotensDeus potest revocare quod fueru. Reddetur caro illa homini in quo esse caro humana primitus ccepit (Enchirid.).

QU\RnTIÈ"!< HOMÉLIE.

Jésus-Ciirist ressuscité et ses diciples,

LA PAIX DE l'intelligence.

S. Luc, cliap. xxrv; S. Jean, chap. XX.

Stetit Jésus in medio eorum; et dicit eis : Pax vobis, Luc. xxrv.)

Nous l'avons déjà fait remarquer bien des fois , les mystères du hicu Sauveur se rattachent, s'iiarmonisent, se correspondent les uns aux autres d'une manière admirable. C'est ainsi qu'il fit annoncer par ses anges, au moment de sa naissance, la paix aux hommes (1). Il promit de nous laisser la paix, avant d'aller mourir pour nous (2), et le premier salut qu'il fait aux apôtres, le premier souhait qu'il leur adresse, la première promesse qu'il leur renouvelle, le premier don qu'il leur accorde, en se présentant aujourd'hui pour la première fois devant eux, après sa

(1) In terra pax hominibus {Luc. ii).

(2) Pacem meam relinquo vobis (Joan xxi).

résurrection, c'est enccre la paix (1). Car, nous dit Bède, c'est à cette fin que le Fils de Dieu a pris Lchair humaine, qu'il est mort et qu'il est ressuscité ; il voulait remettre les hommes dans le chemin perdt de la paix de Dieu ,'2'.

Mais Jésus-Clîrist n'excite, en ce jour, les disciples à l'espérance et à l'amour par ses promesses, qu'après les avoir solidement établis dans la foi par les preu- Tes les plus certaines de sa résurrection. II ne leur donne la paix du cœur qu'après leur avoir donné la paix de l'esprit; prodige admirable et étonnant, que la grâce du Rédempteur a toujours renouvelé' dèslors, et renouvelle encore incessamment dans ces vrais fidèles dont les disciples étaient à la fois et les prémices et la figure , en mettant leurs esprits en paix, au moyen de la vérité de sa foi, avant de mettre leur cœur en paix, au moyeu de Fonction de sa charité !

Et puisque je rappelle que, dans une autre circonstance, dans un jour pareil, j'ai parlé de la paix que Jésus-Christ a annoncée et promise aujourd'hui, par rapport au sentiment , je veux vous faire considérer particulièrement dans cette instruction cette paix divine, par rapport à l'esprit; vous expliquer le grand miracle de la grâce de la vraie foi, en donnant le calme, le repos, la paix à l'esprit humain ; afin que, pénétrés de la plus ?ive reconnaissance pour un aussi

(1) Stelit Jésus in medio eorum, et dicit cis : Pax Tobis »

(2) Ad hoc enim naïus, ad hoc passus, ad hoc est a mortais resn»eitatas : at nos ad Dei pacem reduceret {In Mare.)»

— blf —

grand bienfait, nous répondions à l'amonr par rameur. Je veux avoir aujourd'hui la satisfaction de vous laisser unis à Dieu par la paix non-seulement de l'esprit, mais encore du cœur (1). Commençons.

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