PREMIÈRE PARTIE
De même que la mort de Jésus-Ciirist, pareille à une violente secousse, avait, nous dit saint Pierre Chrysologue, bouleversé toute la nature ; de même elle avait ébranlé et bouleversé bien davantage encore les esprits des disciples (2). Ils étaient dans l'impossibilité de concilier dans leur esprit tant de prodiges opérés par Jésus-Christ, avec les opprobres, de sa passion, tant de preuves de sa puissance avec la catastrophe de sa mort, tant de preuves de sa divinité avec tant de misère de son humanité. Ainsi donc, continue à dire le même saint, qu'un vaisseau assailli en mer par une tempête furieuse, tantôt est poussé sur la cime des vagues irritées, et bientôt précipité dans les abîmes ; ainsi les esprits des disciples, agités par des sentiments contraires, tantôt s'élevaient jusqu'au ciel, tantôt retombaient jusqu'à terre, sans pouvoir atteindre le port de la paix de l'esprit, du repos du cœur (3).
(1) Pax vobis; pax vobis!
(2) Non sic terram, sicut discipuloram corda passionis turbo concasserai (Sertn.).
(3) Nun& Spu'itus torum toltebalur ia cuelum, mine collidebatar in terram; et taii, in iniimis eorum, prooella sKviente, nultuœ quieds, nuUum pacis portum, pûtwaal iavonire (/6{(i.).
Que fait doue le Dieu scrutateur dtsùmes, le Maître affectueux, à la vue du trouble de ses disciples? Il vient les visiter; et, par k force de cette même puissance qui lui lit dissiper en un clin d'oeil la tempête et changer en tranquillité le soulèvement delà mer irritée {Matth. vni) , il ramène la paix dans leur esprit bouleversé (1).
Et remarquez bien cette expression ; la paipc soit avec vous f car il avait déjà, continue à dire le docteur cité^ il avait déjà, par sa] résurrection, rendu le calme à la terre tremblante, l'éclat au soleil éclipsé, l'ordre à la nature troublée, et recomposé toute la création bouleversée parla mort de son créateur. En disant donc : « La paix soit avec vous! «Paxvobisf c'était la même chose que s'il leur eût dit : Tandis que tout est revenu à la paix, vos esprits seuls sont dans le trouble, parce que vous balancez encore entre l'infidélité et la foi. Je viens donc en ce moment vous pacifier vous-mêmes, comme je viens de pacifier tous les êtres (2).
Oh ! le peu de foi des disciples ! En le voyant, lea portes closes, entrer subitement au milieu d'eux, ils le croient un esprit (3), vu qu'il n'y a que la substance spirituelle qui ne soit point arrêtée par les obstacles matériels. Ils reconnaissent donc, dit en-
(1) Hoc videns scrutator pectorum Christus, qui solo nutu tempes-, tates tranquillltate commutât, discipulos sua pace confirmât {Ibid.),
(2) Bene : Pax vobis : quia discipulis manebat adhuc belluui ; collidebat eos acriter fidei perfidiaeque ccrtameu.(/6id.).
(3) Existimabant se spiritiup videre {Lue. 37).
core saint Chrysologue, ils reconnaissent, en Jésus- Christ qui leur apparaît, un phénomène naturel de son âme humaine et non un prodige de sa puissance divine(l).
Jésus- Christ leur dit au surplus : a C'est moi, soyez sanscrainte. Pourquoiêtes-voustroublés(2)? »Ce langage montre jusqu'à l'évidence que l'esprit des disciples était dans la frayeur, dans le désordre, daug le trouble : mais pourquoi? C'est Jésus-Christ luimême qui nous l'a révélé par les paroles qu'il continue à leur adresser : « Quelles sont donc les pensées qui jaillissent dans votre cœur, » leur dit-il (3)? C'est-à-dire , selon la remarque de Bède , que les apôtres, au lieu de se rappeler les uns aux autres les révélations divines que Jésus-Christ leur avait faites, s'occupaient plutôt de pensées humaines qui, sorties de la terre, étaient venues comme une mauvaise herbe, embarrasser leurs cœurs (4). Y a-t-il lieu de s'étonner que leur esprit soit dans la stupeur, leurs cœurs dans le trouljle, leur imagination dans le bouleversement (5)?
Tableau admirable, peinture fidèle de l'esprit humain, en l'absence de la lumière divine ! Il est en
(1) Dabant Christo non quod potest divina Tirtus , sed quod natora recipil humana {Ihid.).
(2) Ego sum : nolite timere. Quid turbati eslis (Lue. 36, 38) T
(3) Et cogilationes ascendunt in corda vestra.
(4) Cogilationes istae non desuper descenderant ; sed de imo, aient malaherba, ascenderunt in cor (Loc. cit.).
(5) Conturbati et conterriti discipuli {Luc. 36).
agitation, en désordre, en gnerre continnelle arec lui-même ! Soyons convaincus que Tintelligence de l'homme est si bien formée pour la yérité infinie, que la vérité de Dieu peut seule la contenter : comme le cœur de l'homme est tellement formé pour le bien infini, que la charité pour Dieu peut seule le reudre heureux. Or, la vérité de Dieu, qu'on possède dans les cieux, parla béatitude de la vision, ne s'introduit en ce monde dans l'esprit que par la révélation de la foi tout comme la charité de Dieu ne s'établit dans le cœur que par la po-scssioii de la grâce. Con^me donc le cœur n'a point de paix sans la possession de la grâce divine, ainsi rintelligence n'a point de paix tant qu'elle est dans la privation de la foi. Ainsi que le cœur, qui résiste à la loi de Dieu, qui méprise sa volonté, n'a point la paix; ainsi l'esprit qui résiste à la science de Dieu, qui méprise l'enseignement de la foi, n'a point de paix. De même que tous les biens créés ne sauraient rassasier le cœur fait pour le bien incréé, de même toutes les sciences purement humaL nés ne sauraient satisfaire l'intelligence faite pour la vérité incréée. Comme donc le cœur, privé de la grâce divine, est toujours inquiet, vide,même en possédant tous les honneurs, toutes les richesses et tous les plaisirs; ainsi l'esprit,, privé de la foi divine^ quoique enrichi de toutes sortes de connaissances humaines, est toujours agité, toujours incertain, toujours malheureux.
Telle est, à ne pouvoir en douter, la sitnation funeste de Viocrédule et de lliérétiqae. Peu importe
que l'hérétique retienne ou professe retenir quelquesunes des vérités de la religion révélée, comme Tincrédule ou le déiste retient quelque chose de ce qu'on appelle le religion naturelle^ puisque ces mêmes vérités chrétiennes, que retient l'hérétique, il ne les retient plus que comme des opinions plus ou moins probables aux yeux de sa raison, comme le fruit et la conquête de son intelligence, comme des opinions purement raisonnables et humaines, delà même façon que l'incrédule retiesit quelques vérités naturelles, comme fruit de son raisonnement, de son jugement et de leur évidence. L'hérétique, n'admettant des vérités chrétiennes, et l'incrédule, des vérités naturelles, que ce qui leur en semble admissible; l'un, en assujettissant la révélation chrétienne à son 'propre jugement; l'autre, toutes les vérités traditionnelles, la croyance de l'un et de l'autre se réduit finalement ace seul principe : Je crois à moi-même. Et cependant il n'y a, pas même dans cette croyance, vestige de foi humaine, et bien moins de foi divine. En effet, ce n'est plus Dieu qui, par la bouche de ses ministres légitimes, parle à sa créature, (en repaît et nourrit l'intelligence du pain de sa parole, ae sa vérité divine, mais c'est la créature qui se forme d'elle-même la science et la vérité de Dieu, et qui, en quelque façon, soumet Dieu à elle-même. Or, l'homme qui, en fait de croyance, ne prend pour guide que ses jugements et ses idées propres, ressemble à l'homme qui, en fait de morale, ne prend pour guide que ses instincts et ses passions ; et comme le cœur qui se soutient
lui-même en tout, est miséraLlc ol malheureux; ainsi l'esprit qui ne croit qu'à lui-même, est misérable, infortuné (1).
Yoyez ce qui se passe chez les protestants instruits; car, pour le peuple, chez les hérétiques mêmes,il croit sur le témoignage derautorité, j'oserais même dire qu'il croit catholiquement Terreur; voyez, dis-je, les protestants instruits ; ils n'étudient, ne discutent, ne conversent, ne voyagent que pour voir, pour entendre, pour trouver quelque chose qui les fixe, les repose, les satisfasse en matière de religion ; et pourquoi ? Parce qu'ils sont sans certitude, sans assurance concernant la religion qu'ils professent. De là vient qu'ils ignorent complètement la paix de Tesprit, laquelle est inséparable de la possession de la vérité certaine, immuable, infaillible, de la vérité divine qui ne se trouve que dans l'Eglise c p. thoiique. Demandez-leur s'ils sont tranquilles dans leurs croyances ; ils vous répondront que oui. Soyez sûrs, néanmoins, qu'ils se mentent à eux-mêmes; car la vraie tranquillité de l'esprit n'est et ne sera jamais l'effet d'un assemblage arbitraire, bizarre d'opinions vaines et incertaines que l'homme s'est formé d'après son jugement, son goût, son caprice et ses passions. Ceux qui, parmi eux, sont ce qu'on appelle d'hoiinétes gens, changent de couleur à une pareille question ; ils poussent des soupirs ; et, confus, humiliés, ils vous répondent « qu'ils ne le
(1) Cette doctrine est très-longuement déTeloppëe dans Les Beauté» de la Foi, tom. II, lect. 6, § 13.
sont pas! » Tel est l'aveu qu'un prince protestant, dernièrement en séjour à Rome, faisait au milieu d'un torrent de larmes. Exhorté à prier Dieu, afin d'en être éclairé, il répondit : « Oui, je le ferai, je le promets, je le jure. Je jure et je promets, au surplus, que, la vérité une fois connue, je ne balancerai pas à l'embrasser au prix des plus grands sacrifices. » 0 trait de la miséricorde divine! Ce prince est venu à Rome protestant décidé, et il en est parti, on peut le dire, catholique ; car, avec les dispositions si généreuses et si pieuses où il est entré, il est impossible qu'il ne reçoive pas du Dieu de bonté le don de la vraie foi, et qu'il ne finisse pas par se déclarer catholique. Je tiens pour assuré que cette conversion s'eJBfectuera sous peu à la confusion de l'hérésie, à la gloire de l'Eglise, à l'édification du monde. Mais revenons au cénacle.
Le bon Jésus ne laisse pas que d'avoir pitié de ses disciples affligés. Il avait conservé dans son corps très-saint les cicatrices de ses plaies ; et dans quel but?' Afin de guérir, nous dit saint Augustin, par cette ressource digne de sa sagesse et deson amour, les plaies que ses malheureux disciplesa valent au cœur; et quelles plaies? Les plaies de l'incrédulité (I).
Considérez avec quelle pressante sollicitude, avec quelle industrieuse charité, il s'applique à opérer cette guérison importante. En effet : « Que craignez-vous,
(1) Hoc expcùire judicavif, ut cicatrices ejus serrarentar, ande cor-, di:. Tuln(»rn sanareni'iT. Quœ vulnera? Vulnera incredulitatis.
leur dit-il ? Je suis yotre Jésus, votre Père et Maître (1). Venez, approchez vous de moi : examinez bien les trous de mes malus et de mes pieds, et l'ouverture de mon côté que les clous et la lauce m'ont faite sur la croix. Considérez doue, vovez que je suis bien le même qui a été crucifié pour vous ("2). Ne vousbornez pas cependant à me regarder; portez aussi vos mains sur moi. touchez, palpez-moi tant que vous le voudrez ; convainquez-vous que j'ai vraiment un corps humain de chair et d'os comme le vôtre, que je ne suis, par conséquent, point un fantôme qui n'a ni os ni chair, mais votre même et identique Jésus- Christ (3). »
Kon content de ces preuves, il leur demande à dîner, et il mange en leur présence, non plus par besoin de leur nourriture, mais pour les convaincre toujours davantage de la réalité de son corps. Aprèslesavoir confirmés dans la v érité de sa résurrection, il ouvre, par sa lumière divine, leur intelligence ; il leur accorde la grâce de comprendre le sens spirituel et mystérieux des saintes Ecritures (4) ; il leur fait connaître comment, non-seulement David dans ses psaumes, et les autres prophc'-cs dans leurs prédictions, mais encore Moïse dans les cinq livres de la Loi, toute la
(i) Ego sum, nolile timere.
(2) Oslendit eis manus, et pedes, et laius, et dixil eis : Videle manus meas et x^edcs meos, quia ego ipse sum (Luc. 40).
(ô) Palpate et videte, quia spiritus carnem et ossa non habet, sicut me \idetis habere.
(4) Tune aperuit illis sensum, ut iutelligerent Scripturas.
religion ancienne dans ses rites, dans ses sacrifices» ont raconté, par anticipation, sa vie, ses miracles, ses œuvres, ses mystères, ses sacrements ; que tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a souffert, toute la carrière qu'il a parcourue, n'a été que l'accomplissement exact de tout ce qui avait été symbolisé par tant de figures, prédit par tant de prophéties; et enfin que les tourments et les ignominies de sa Passion et de sa mort, loin d'être un motif de faire douter de sa mission divine, en ont été, au contraire, le sceau et la preuve, vu qu'une résurrection glorieuse a succédé à cette passion et à cette mort ; vu qu'il n'aurait point été véritablement le Messie, s'il n'était point mort et ressuscité (1). Puis, soufflant sur les apôtres : « Recevez, leur dit-il, le Saint-Esprit, en vertu duquel, toutes les fois que vous remettrez ou que vous retiendrez aux hommes leurs péchés, ils leur seront véritablement remis ou retenus de Dieu (2). » C'est ainsi qu'il institua le sacrement précieux de la pénitence. Enfin il leur enjoignit de prêcher en son nom la pénitence et le pardon des péchés, en commençant par Jérusalem, chez toutes les nations (3). Pa-
(1) Quoniam necesse est impleri omnia quae scripla sunt in Lege Moysi et Prophelis et Psalniis de me. Et dixit : quoniam sic scripluni est, et sic oporlebat Christum pati, et resurgere a mortuis terlia die
(Luc).
(2) Insufflavit, et dixit eis : Accipite Spirilum Sanctum : Quorum remiseritis jteccata, remiltuatur eis, et quorum relinuerilis, reteuta sunt {Joan 21, 23)
(5) Et praedicari iu uomine ejus pœniteutiam et reuiissioiiem peccatorum in omnes gentes, incipienlibus ab Jerosolyma {Luc. 47).
rôles magnifiques, dit le Yénérable Bède, par où, après avoir révélé la vérité de son corps réel, il ma nifesta aussi l'unité de sou corps mystique, l'Eglise ; par où il annonça que cette Eglise, née à Jérusalem et répandue par toute la terre, composée de Juif? et de Gentils, ne serait qu'une seule et même Église (1).
Pendant que le Seigneur, plein d'amour, manifestait sensiblement par la parole cet enseignement divin à l'oreille des disciples, sa lumière et sa grâce opéraient invisiblement dans leurs esprits et dans leurs cœurs. Aussi, tout en écoutant des vérités aussi importantes, ils les croient, les goûtent, les aiment ; en sorte que ces mêmes disciples, qui venaient d'avoir devant les yeux le Seigneur sans le voir, qui venaient de l'entendre parler sans la reconnaître ; maintenant qu'ils croient, ils le voient, le prennent pour ce qu'il est, le Rédempteur ressuscité dans la réalité de son corps glorifié. Voilà cette foi sainte et divine, produisant ses propres effets : elle tranquillise, en effet, leur intelligence troublée ; elle en dissipe tout doute e1 elle y détruit toute crainte ; elle les rassérène et les calme : et cette paix de l'intelligence, fruit de la foi, en descendant dans leurs cœurs, en apaisant leurs sentiments bouleversés, s'y répand et s'y convertit en joie; joie qui se montre à travers leurs yeux, qui transpire sur leur visage, qui se peint dans leurs
(1) Posl commeudatam sui corporis veritatem, commendat Ecelesise uuitateni.
actes, dans leurs paroles, qui se traduit et se manifeste par les paroles d'une immense jubilation (1).
Or, la doclrine catholique n'est que cette même doctrine que le Fils de Dieu vient de révéler en ce jour à ses disciples. Ce que Jésus-Christ a fait aujourd'hui avec eux, l'Eglise continue à le faire en sou nom, par son ordre et avec son autorité, à l'égard de tous les fidèles; d'où il suit qu'en écoutant docilement l'Eglise, c'est exactement comme s'ils écoutaient Jésus-Christ en réalité (2). Ils voient, àleur tour, ce Sauveur ressuscité, avec les yeux de l'intelligence et de la foi. Delà vient que l'enseignement de l'Eglise produit exactement dans l'esprit et le cœur des vrais fidèles les mêmes effets précieux que la révélation et l'enseignement de Jésus-Christ ont produits en ce jour dans l'esprit et le cœur des disciples. 11 apporte la trauquilité, la paix de l'intelligence, qui se convertit à son tour en un sentiment de joie pour le cœur (3).
Il est d'expérience que la paix de Dieu, au témoignage de Théophylacte, est le bien mystérieux qui unit, associe, harnionise toutes les choses et les dispose dans leur ordre naturel (4). C'est pourquoi elle se répand partout, s'étend sur toutes les créatures, et l'harmonie de l'ordre qu'elle y produit est ce qui cons-
{i) Gavisi sunt discipuli, viso Domino (Luc. 40).
(2) Qui vos audit, me audit.
(3) Gaïisi... (Ut siiprai.
(4) P»x eniin Dei confœderat omuia.
titue principalement leur forme et leur beauté(l). Quant à nous, hommes, composés que nous sommes de deux substances, l'âme et le corps, nous participons à cette paix en deux façons. Relstivcmcnt au corps, nous avons en noos la tranquillité et la paix, quand les éléments qui le composent sont dans leur équilibre naturel, et quand les membres qui le conslituent sont parfaitement harmoniques entre eux par leurs formes et leurs proportions : dans le premier cas, cette paix corporelle s'appelle santé; dans le second, beauté (2). Relativement à l'àme, nous participons à cette paix parle zèle à pratiquer les vertus qui nous mettent en commuiiicalion avec Dieu (3). Ce qui signifie, eu d'autres termes, que l'esprit et le cœur de l'homme ne sont en paix que lorsqu'ils sont placés dans leur ordre naturel ; et ils ne sont constitués dans leur ordre naturel, qu'autant, coaime on vient de le dire, que l'esprit et le cœur sont unis à Dieu par les relations de connaissance et d'amour qui leur sont naturelles. Or, on ne connaît bien Dieu que par la révélation de la foi, comme on ne l'iiime vcritablemcnt que parla communication de la grâce. La religion calholique, étant la révélation unique et léj^itime de la foi , elle seule place rintelligeucedans
(1) Pax diffunditur per oinnem creaturani, cujus décor U'anquilliiiio est.
('■2) In nobis autem nianet, secundum corpus quidem in membrorum et elemenlorum conimensuratione : quorum alUrum pulchriludo, alterum sanitas appellatur.
(3) Secundum animam Tero per investigationem Tirtulum, et comniiinicationem (£xpo<.).
IIL u
son ordre naturel à l'éijjarù de Dieu. C'est doue elle seule, selon ia propliélic, qui fuit asseoir le peuple lidèle au seiu des beautés et de la tranquil lé de la paix (I).
Aliu de comprendre encore mieux une doctrine aussi profonde et aussi imporîaute, cosisidércz bien, mes très-chcrs frères, que l'iiilelligeiice humaine, passive eu sou principe (2), aclii-e dans ton développement (3), a deux inclinalious également naturelles, deux besoins iiuiés, deux aptitudes primitives et indestructibles : le besoin de croire et celui de raisonner. Lesreligons sensuelles, comme l'idolàlrie et Icmuhomclisme, imposées par la force et maintenues par la politique, ont pour principe, qu'on doit tout à l'autorité, et rien à la raison. Les religions de l'orgueil, au contraire, comme toutes celles des sectes héréliuucs, établies par rumour-{)ropre blessé, et défendues par l'esprit dlndépendance absolue, ont pour principe, qu'on doit tout à la raison, et rien à l'aulorilé. Or la vérité, comme la vertu, se trouve dans le //</lieu, parce que h vérité est la vertu de l'intelligence, comme la vertu est la vérité du cœur. L'enseignement catjjo'.ique donc, éliibli et conservé dans son intégrité et dans sa {lurelé i ar la sagesse, la puissance et l'amour de Dieu, est dans le milieu des drux sjslèmes indiijués et dans le.-qui.ls se résument toutes ICi religions de fabrication bumaine. 11 a pour priu«
(1) Sedebit populus nirus in pukhriludiue pacis. (Isa.), {i) Iiitelleclus pusbibilis.
S) IaUU«ctus ?geii6.
cipe : soumission de la nsisoti à l'autorhé légitime -. et usage légitime de la raison. C'est pourquoi saint Paul a dit : a Commencaiît par captiver rintclligence par robéissuîîce de la foi, que votre obéissance soit raisonnable (1);» c'csl-à-dire que, tandis quelesrelîgioiîs sci!.«ucl!es prociameiit : Croyez sans raisonner ; que les religions de i'orguciî crient : Raisonnez sans •rroire (car oiÀher n'est pas croire) : l'enseignement catholique seul prctlie constamment : Croyez et rai» sonnez. C'est pourquoi encore, tandis que la conséquence naturelle de toutes les religions sensuelles est rextinction de toute science, et leurdernier mot : ignorance ; et qu'au contraire, la conséquence naturelle de toutes les religions de l'orgueil est l'extinction de tonte foi, et leur dernier mot : incrédulité; le Catholicisme seul a pour conséquences naturelles de conserver simultanément la science et la foi, et Son dernier mot est : croire et savoir. Voilà ce qui a inspiré à un profond philosophe chrétien de nos jours (De Mîiistn) cette belle exclamation : « Je jure, par la vérité éternelle, que la science et la foi ne peuvent èlre conservées hors de l'Iiglise catholique. » Car, en effet, la science ne conduit point au joug d'nr.e foi liunane et servile , imposée par une autorité jurement humaine; et la foi ne peut se soutenir en face d'une sciei'.ce intempérante el orgueilleuse qui rejette tout frein d'autorité. Dans l'éco-
(1) lu captiTitatem redigentes intellectuii!, io obsequium fidei...M raîionabile obsequitiir. vesiruiii 'Itotn.;.
nomie de renseignement catholique, au contraire, où la dépendance est raisonnable et la raison est dépendante, la science n'a rien à craindre de la foi, ni la foi delà science. Car, comme l'a dit agréablement le même savant écrivain : « La science est un dissolvant qui dissout tous les métaux, à TeACcption de l'or ; » ce qui signifie que la science délruit, anéantit toutes les religions humaines ; qu'elle n'esl impuissante que conlre la religion calliolique, parce que cette religion seule est céleste et divine.
Tandis donc que les religions sensuelles, satisfaisant aux besoins que l'homme a de croire, éludent le besoin qu'il a de raisonner; que les religions de l'orgueil, au contraire, secondant le besoin de raisonner, ne sati^fout point celui de croire : la religion catholique seule, en commandant la foi et en ditirjeani la science, résout le grand problème qui consiste à concilier ensemble la raison et ïaulorité, la science et la foi ; elle seule répond au besoin que l'homme éprouve de croire et de raisonner ; seule, par conséquent, elle place l'inlcllcct humain dans l'oriire qui lui est naturel et l'y maintient. Et cet ordre naturel , c'est pour l'esprit un état de tranquillité et de paix, puisque l'état de j^aix n'est pour les êtres, de quelque ordre qu'ils soient, que l'état où tout est en soa rang naturel.
Ajoutez encore, cependant, que l'enseignement catholique, en plaçant ainsi l'intelligence humaine dans son état naturel, la fait se développer, la rectifie et la perfecliouue ; caria perfectiou des êtres
dépend aussi de la place qu'ils occupent dans leur état naturel. De là ce jugement droit, ce bon sens exquis, celle raison parfaite, qui distinguent les nations callioliqnesdc celles qui ne le sont pas. Considérez bien, en effet, les nations catholiques ; et vous verrez que, à mesure qu'elles s'éloignent plus ou moins de la doctrine catholique, elles sont plus ou moins stu|)ide3, extravagantes, aveugles, bizarres; qu'elles ont une manière de juger les choses plus ou moins défccîncuses ou exagérées; un sens pratique plus ou moins altéré, anormal ou incohérent; une logique plus ou moins imparfaite ; une raison à laquelle quelque chose semble toujours manquer. Vous verrez que, chez elles, l'homme, dans sa manière de penser, de juger, de se conduire, est quelques degrés au-dessous ou en dehors du dictamen de la saine raison, des véritables règles de l'humanité : tandis que les nations catholiques, dans la diversité même de mœurs, d'usages, de lois, de langage, qui les dislingue, présentent à l'observateur philosophe un type égal, une forme harmonique de bien juger des choses, une logique saine, un sens droit, un tact délicat commun à toutes. En sorte que le vrai homme, l'homme naturel, l'homme entier, l'iiomme parfait, en qui la raison est complète, entière, généralement parlant, se trouve dans les contrées catholiques, en compagnie du clirisli;uiisme entier, de la doctrine saine, de la foi vraie, de la religion parfaite Tout en formant le chrétien véritable, l'enseignement catholique forme encore l'homme vrai.
Les effets précieux que l'enseignement catholique engendre dans Tordre naturel, ne sont que la con. séquence des effets bien autrement importants qu'il produit dans Tordre surnaturel. La vraie foi n'est jamais séparée de la grâce dont elle est le fruit, et qui, tout en la fortifiant, en Télevant, en la perfectionnant, la fait encore devenir, pour Tintelligence, «ne source secrète de paix et de tranquillité spirituelle et divine, à Lujuolle Thcrétique et le prolestant sont tolalcment étrangers. lùoiilez : le saint minislcre qne j'exerce nie fournit souvant l'occasion de voir un grand nombre d'iiérétiques de toutes les Sectes ; de considérer de près ces intelligences dominées par les préjugés, tyrannisées par l'erreur, désolées par le doute, qui vous nient aujourd'hui ce qu'elles vous ont accordé hier, pour vous accorder ensuite demain ce qu'elles vous ont nié aujourd'hui. 0 malheureux élèves du jugement privé ou de l'orgueil! J'ai observé qu'ils ne sauraient demeurer quelques minutes avec Tun de noiis, sans discourir ausitôt de religion. Ils veulent toujours raisonner, Sans cesse discuter sur les opinions religieuses d'autrui, parce qu'ils ne sont pas tranquilles sur les leurs: et, toujours timides, toujours incertains, toujours agités dans le flux et reflux de pensées contradictoires, je me suis convaincu qu'ils n'ont jamais ni paix ni trêve avec eux mêmes ; et qu'ils sont les preuves fivantes de cette vérité exprimée par Isaïc, que « le cœur de Tirapie est semblable à une mer constam-
ment agitée par les tempêtes (1).» Ramenant alors le regard sur mon intelligence attriste par la vue de tant de misères, de tant de désolation, de tant de vide , et y rencontrant le trésor précieux de la vraie foi que renseignement catholique y a déposé, que la bonté divine y a maintenu, je me dis à moimême : « Olî! que J3 suis heureux î Je n'ai pas besoin de me f;>tigner à raisonner, de m'épuiser à discuter sur l'affaire trcs-imporlante de la religion! Je n'ai rien à demander sur ce sujet aux sectes religieuses, à la raison, à la philosophie ! Je sais, relativement à IJieu, à Jésus-Christ, à 1 ame, à la loi, à la vie future, ce qu'il m'est nécessaire de savoir. Et il en est comme je le sais et comme je le crois : j'en suis assuré d'une certitude absolue, métaphysique, infaillible, parce que le Dieu qui me l'a révélé par l'Eglise, est la vérité infinie. Je suis tranquille, sûr, content, heureux dans ma foi. » A ces considérations, je vous confes-e, mes chers frères, pour la gloire de Dieu et l'édification commune, que je connais tout le prix et tout le bonheur d'être fils et disciple de la véritable Eglise ; je sens tout le poids de la reconnaissance que je dois à Dieu pour un aussi grand bienfait ; et j'éprouve un sentiment si exquis, si intense de consolation, de joie, de plaisir spirituel, que je ne saurais l'expliquer en aucune façon (2). Pour vous, mes chers frères, qui partagez avec
(1) C«r impii quasi mare ferrens* quod quiescere non potest {haiœ Lxxni).
(â) Superabundo c^udio.
moi le même avantage et la même félicité de posséder la certude, la sûreté, la plénitude, la paix de la vraie foi, vous éprouvez aussi les mêmes sentiments. Ils sont le partage de toute âme catholique qui croit d'une foi humble, sincère, ferme, fervente, amoureuse a la parole de Dieu révélée et enseignée par le ministère infaillible de Tligiise caîholique. 0 félicité du vérilable enfant de l'Iiglisc, et parlant du vrai disciple de Jésus Christ! Assuré de posséder la vérité de Dieu, nou-sculcmcnt il la maintient avec jalousie, il la serre contre son sein avec transjtort, mais encore il s'y abandonne, s'y complaît, s'y repose avec une confiance immense, avec une tranquillité parfaite (1). Il fait à peine quelques différences entre voir et croire, entre posséder et attendre. Il lui semble avoir sous les yeux ce qu'il croit avec l'esprit et le cœur, tant il en est profondément pénétré et assuré ! C'est ainsi qu'au moyen de la foi, il savoure déjà sur la terre les prémices de cette paix de l'intelligence , de cette joie infinie qui sera le fruit de la vision de Dieu dans le ciel (2).
Mais souvenons-nous que, tout catholiques que nous sommes, nous ne saurions jouir véritablement de celte paix délicieuse de l'esprit, produit de la vraie foi, si nous n'avons encore dans le cœur la paix des affections, produit de la grâce. Le cœur en tumulte, par le désordre des passions, ue laisse pas
(1) In pace in idipsum dormiam et requiescam. i2) GaTisi... (Ut supra).
sentir la joie de l'esprit, qui est dans le calme par la vérité de la foi. Quand on vit comme on croit, quand la croyance est en harmonie avec les œuvres, la profession avec la vie, l'intelligence avec le cœur; alors, oui, alors seulement, la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment de plaisirs mondains , descend sur l'homme, en possède l'âme tout entière et la rend dès ce monde même véritablement heureuse. 0 paix de rame î que le monde promet sans cesse, sans pou\oir la donner jamais ! ô paix de l'àme ! que tous cherclient et qu'un petit nombre seulement trouve! ô i)aix de l'âme! vrai trésor, consolation, délices de celui qui la possède ! ô paix de l'âme! qui ne découle que des ph'ies de Jésus -Christ ressuscité, qu'on ne rencontre qu'au pied de rii!i)re de la croix, qui ne germe que dans le champ de la véritable Eglise! ô paix de l'âme! qui nait dans l'intelligence par la foi à la parole divine, et qui s'établit dans le cœur par la possession de la divine charité î Ah ! conservez-la soigneusement en vous, ô chrétiens, si vous avez l'avantage de la posséder ! Si vous en êtes privés , si vous l'avez perdue ; sacrifiez volontiers, elle en vaut bien la peine, l'esprit et le cœur, afin de l'acquérir par l'humilité de la croyance et par la sainteté de la vie (I). Quiconque ne se procure pas cclfe paix divine dans le temps, se flalte eu vain de la trouver, de la posséder dans l'étcruilé î
(1) Et pax Dei, qus exuperat omnem sensuin, possideat corda vesira et iDtelligenlius vestras.
SECONDE PAUTIE.
Les évanjréîistes rapporicnt que Notre-ScIgneur, à rcxpiralio'.i de son (li\iii niiuUtcre sur la terre e( après avoir ciilrctciiu ses disciples du royaume de Dieu pcndaiil quarante jours coiiscciilif . (i) ; au momcnl de s'en séparer \isiljleincnt pour relcurncr au ciel, avant élevé ses bras divins, les Lciiit de ses mains mêmes autrefois percées par les clous et qui conservaient les cicatrices glorieuses des plaies^ voulant montrer, sans doute, que toute bénédiction provient du mérite de ses plaies, du sacrifice de sa croix (2).
Or, ce même divin Sauveur a dit aussi, dans la personne de ses apôtres, à tous les prédicateurs légitimes de son Evangile : « Gomme mon Père m'a envoyé vers vous, ainsi je vous envoie également instruire le monde (3).» Et, par ces paroles, il nous a ordonné de faire à notre tour, avec les autres, ce qu'il fit lui-même avec ses discijjles : de là est venue la coutume pieuse que les ministres de la parole sainte, après avoir évangélisé un peuple, élèvent aussi leurs muins sacerdotales sur ce peuple et le
ri) Pcr ilics T'ialraginta loqucns de rcgno Dci lAct. l). Ci) Et D.jtiiiiius i]ui(lein Jo>us, postquain locuius est ei» {Mare. 16,) eîevaiis nianibus suis, bened.xil eis (Luc. xx:v). (3) Sicul niisit ine Paler, et ego initlo vos {JoaH. xx)
bénicscîit avec la croix et par les mérites du Crucifié (1). Voilà ce que \otre piété attend aujourd'hui de moi à la fia du minislcre apostolique que j'ai eu, je ne dirai pas ihonneur, car ce serait vous faire ur compliment profane, mais la sainte satisfaction er Jésus-Christ d'exercer auprès de vons.
A mon tour, bien que le plus indigne des prêtres, des prédicaiciirs de Jésus Christ, ainsi que ce divin Sauveur a ses disciples, je voiisni [ arlé du royaume de Dieu pendant ces quarante jours mystérieux qui viennent de s'écouler (2).
J'ai entrepris, il est vrai, de vous expliquer les principaux mystères opérés par le Rédempteur du monde diirnnt sa \ic et dans l'ordre de la grâce et dans celui de la nature ; mais telle est la richesse, la fécondité de ses œuvres, que ce sujet m'a entraîné à vous f.iirc connaître mieux l'importance, la majesté, la gnnideur de sa religion, la magnificence de ses mystères, la vertu de ses sacrements, l'économie de sa grâce, la vérité de sa doctrine, les commandements de sa loi, la perfection de son culte, la nécessité de son Eglise, l'efficacité de ses exemples, les richesses de sa miséricorde, les délices de sou amour, le bonheur de croire en lui, de lui appartenir, de lui obéir, de le servir, de l'aimer, de le posséder; en un mot, je vous ai entretenus du règne de Dieu parmi les hommes et des hommes avec Dieu (3).
{\) Pcstquam locuti sint eis, cleralis manibus, beiKdicant eis.
(2) Loquens de regno Dei.
(3) Loqucr.s... (U'. s:iri»).
Mais que dis-je ? 3c vous ai parlé ! Non, non, j'ose l'affirmer, ce n'est pas mci qui vous ai parlé, mais Dieu ; car, persuade qu'on n'annonce Dieu a^ec fruit qu'en le faisant parler lui-môme; que sa parole seule éclaire l'homme, commesa main seule l'a créé, je me suis, autant qu'il m'a é!é possible, retiré, effacé dans ma misère, dans mon Jicant. J'ai fait en sorte que rÉvan^ilcscul de Jésus-Christ parlât à vos esprits, et son cœur à \os cœurs. Je ne doute aucunement que vos cœurs si chrétiens et si pieux, à travers le voile grossier de mes paroles, n'aient entendu, saisi ce langage de l'amour divin, et n'y aient répondu avec amour. Je m'en tiens pour d'autant plus assuré, à l'aspect de la faveur avec laquelle vous m'avez accueilli, de la patience avec laquelle vous m'avez écoulé, de la discrétion, de l'indulgence avec laquelle vous m'avez jugé, bien que vous n'ayez trouvé en moi aucua de ces artifices, de ces ornements profanes que plusieurs chrétiens de nos jours recherchent lors même qu'il s'agit de les entretenir du salut éternel.
Je suis donc assuré, puisque je connais par expérience la miséricorde divine, de l'efficacité de t^a parole annoncée avec simplicité ; je suis assuré qu'après avoir ouï les œuvres de la sagesse, de la puissance, de la bonté de Jésus-Christ, vous connaissez et ressentez mieux l'avantage d'être chrétiens ; vous vous Cl oyez plus heureux d'ajjparlcnir à l'Eglise catholique, seule sainte, seule légitime, seule vraie ; que vous vous êtes affermis de plus en plus dans la grâce
par où vous en croyez rciiscignemeat divin et en professez les lois pures et parfaites ; que vous avez résolu d'Iiarmoiiiser vos œuvres avec voire foi, voire conduite avec voire nom de cijrélicns ; que de la sorte le rogne de Dieu, dont je vous ai parlé (I), est aclucllcnient en vous et avec vous (2).
Daignez doiic, ô Seigneur, daignez étendre du haut du ciel voire main miséricordieuse, afin d'ache* ver l'œuvre commencée par votre giàce dans ces saints jours (3). Du haut du temple de votre Jérusalem céleste, confirmez, jiar votre bénédiclion, les résolutions salutaires que vous seul avez ins[)irées dans ce temple de votre Jérisalera terrestre (4).
Bénissez cet insigne Chapitre, avec son Chef illustre et ce clergé très-digne ; ne permettez pas que le zèle dont ces lévites sont animés pour leur sanctification et la splendeur de votre culte, s'éteigne jamais dans ce corps vénérable ; zèle qui forme les vraies pierres spirituelles de ce sanctuaire auguste, pierres plus resplendissantes et plus précieuscsque les riches pierres matérielles qui en font Tornement.
Bénissez cet auditoire si religieux et si fidcb, secouru avec tant d'empressement et d'assiduité pour cnten.dre les œuvres de votre grandeur et de votre amour : faites que la scmeuce de votre parole, tombée
(1) Loquens.,. (Ut supra).
(2) RcL^num Dci inin vos est (Lue. xvii).
(3y Operi manuum tuarum porriges dexteram {Joh. 14). (4) Confirma hoc Dcu>, qiiod opcratus es iu nobis, a teniplo sancto suo, quod est in Jérusalem (Psalm. lxvii).
sur cotte bonne poriiou du terrain de Totre Eglise, y fructifie au centuple en grâces et eu vertus.
Etendez encore cette bénédiction sur toute la cite de Rome, que vous avez privilégiée et di.stingi:cc avec tanl de miséricorde et tant d'amour ; détruisez l'ivraie funeste que l'homme ennemi de riiomme, vient y semer secrètement sur le grain choisi de la vraie foi que vos apôtres Pierre et Paul y ont planté par leur zèle, fécondé de leur sang et conservé par leur protection, lieudcz-en le clergé toujours plus saint, plus instruit, plus désintéressé, plus zélé ; les religieux plus édifiants, les vierges saintes plus ferventes, les supérieurs toujours plus sages, les inférieurs toujours plus dociles et plus soumis , les grands plus humbles, les riches plus généreux, les époux plus pudiques, les juges plus incorruptibles, les trafiquants plus honnêtes, les pauvres plus patients; afin que Rome, sainte comme elle est fidèle, puisse offrir au monde chrétien, avec la confession d'une foi toujours pure, les exemples d'une vertu parfaite.
Mais où placcrai-jo le personnage le plus intéressant poui Rome, jour cel Élat, pour l'Kglise universelle, |iour le moKcle? le |crsoinîage le plus ill .slrc, le plus digne et le | lus saint qu'd y ait sur la terre, non moins par la haute dignité qui le revôt, que par la sagesse qui le distingue et par les vertus qui l'embellissent, l'immortel Grégoire XVI, voire auguste Vicaire sur la terre? Souvenez-vous, ô Seigneur, que c'est vous qui l'avez choisi dans votre sagesse et qui
nons l'avez donné dans votre miséricorde; qoi en avez fait le centre de l'unité, la pierre fondamentale de Tédilice de votre E;aîisc, le témoin sincère de votre révélation, le dépositaire fidèle de voire doclrine, rjuterprcte infaillible de vos oracles, le soulicn de vos autels, le vengeur de votre loi, le concili:iteur des différends religieux, le pro{ agnteur de votre religion. Ah ! répandez sur lui vos miséricordes en |)lus grande abondance. Vous lui avez déjà accordé de voir progresser ra[jidtmcnt le retour, retour désiré depuis trois siècles, de tant d'enfants prodigues à la maison paternelle delà véritable Eglise. Yousluiavcz donné de voir que les prodiges de l'industrie humaine, qui ont détruit les distances et rapproché les peuples en. Ire eux, servent à la propagation de la foi, et que, sur ces vaisseaux qui volent avec la rapidité de Téclair, à côté de la cupidité mondaine, le zèle y monte aussi pour porter vo'.re grâce, voire foi, vo're sang que ce zèle s'en va féconder, par la régéi:éralion des contrées de la superstition et de la barbarie. Tous lui avez donné de voir que des navigateurs audacieux, en mettant le pied sur des rives inconnues, n'ont fait qu'y porter vos ordres cachetés, dont ils ne pouvaient ire les caractères, et que, croyant avoir nc(iui.s ces rivages inconnus au profit de l'iiitérét et de la politique, ils ne les ont décou\erts que pour voire vérité. Vous lui avez accordé de voir que le coiiquéraiit britannique a ouvert un monde nouveau, qui paraissait liiexorableuient fermé a la lumière delà vérité et de rEvaugile,etqu'euyplaulautsouéleudard triomphant
sans peut-être y songer, il y a planté la vraie croix. Eniin vous lui avez accordé de voir que le trouble des éléments, les crimes des hommes, tant de révolutions insensées, tant de catastrophes déplorables, qui ont bonlovcrsé la terre, comme les déviations d'une comète semblent dccoiîcertr l'harmonie du ciel, arrêtées, doiuii-.écs par votre puissance snj)rénie,se sont changées entre vos mains en facilité jour amener Tunilé des peuples, pour fiiire coni[)rendre même aux rois la nécessité derunioa et de l'obéissance à votre E-lise.
Ah ! Seigneur, comme vous avez accordé à ce grand Pontife de votre choix et de votre cœur de voir le conimencement de ces merveilles de votre droite, lesquelles rendront ce pontificat mémorable aux âges futurs, accordez-lui aussi d'en voir l'achèvement, achèvement qui doit combler le ciel de joie, l'enfer de dépit, la terre de stupeur et de consolation.
Faites que, par la destruction des divisions et des schismes qui déchirent la grande famille des régénérés parle baptême, Grégoire soit pour tons les chrétiens ce qu'il a é'.é jusqu'à présent, le médicin compatissant qui guérit toutes les plaies de l'erreur et du péché;!e uautonicr charitable qui recueille tout le monde dans la barque de Pierre, dont il dirige le timon avec tant de vigilance, tant d'adresse et tant de courage; le maître qui nous instruit tous; le père qui nous accueille, nous embrasse, nous console tous; le pasteur qui introduit avec lui, dans les pâturages
éternels, tout le troupeau chrétien qui lui est con-
Ûé (1).
A cette fin, répandez encore l'abondance de vos bénédictions sur tout le sénat apostolique, ornement de l'Eglise et de Rome; sur tout le corps des pasteurs appelés à partager les sollicitudes du Pasteur universel ; sur tous les ouvriers et les ministres évangéliques occupés à ramener auprès de vous les dévoyés, par la force de la parole sainte et par la sainteté de leur vie ; sur tous les princes et les peuples chrétiens, afin qu'ils luttent d'une sainte émulation, pour glorifier votre nom, pour pratiquer vos lois, pour respecter, pour défendre votre Eglise.
0 Jésus saint ! Jésus bon! Jésus clément! ô doux et miséricordieux Jésus! souvenez-vous que ce jour est celui du pardon, de la grâce, de la miséricorde et de la paix ; répandez-la aujourd'hui à pleines mains, cette paix, cette miséricorde, cette grâce, sur cette terre sanctifiée autrefois par votre présence et par votre sang. Bénissez tous les enfants des hoaimes de votre bénédiction efficace et puissante, qui éclaire l'infidèle, ramène l'hérétique, purifie l'impur, réchauflè le tiède, perfectionne le juste, et, gage de confiance et de paix, change les persécuteurs en amis, les esclaves en enfants.
Je veux cependant. Seigneur, que, d-uis cette bénédiction où vous admettrez ceux-mèmes qui sont
(i) Ut ad vitam, una cum grege sihi crédite , pervenial sompileruam.
éloignés, tous lus iiommes se trouvent compris et présents. Oui, oui, je ne vous en prie, je ne vous en conjure pas seulement, mais je le veux, je rexi^^o de. votre miséricorde, de votre sanj^, par votre mort, par l'intercession de 3Iarie, votre très-?ainte More et la nôtre : ne permettez pas qu'aucun de ce pieux auditoire se perde. Que tous aient votre bénédiction dans le temjîs, gage de celle de l'éternité! Ah! élevez, je vous eu supplie, élevez aussi vos mains dans le ciel, pendant que moi, voire ministre indigne, et en votre nom, je les élève sur la terre. Après avoir parlé à ce bon peuple par ma bouche, bénissez-le aussi par mes mains (I). Que celte bénédiclion que je donne à tous de bon cœur, avec ce sentiment d'amour vraiment catholique où vous êtes mort pour tous, ne soit que l'écho de votre bénédiction (2)!
(1) Domine Jesu, postquam locutus est, elcvatis inauibus, benedie eis.
(2) Benediclio Dei omnipotentis, etc.
PO DU TROISIÈME ET DKUiNIER VOLOMl.
TABLE DiiS MATJÈUES.
Pages
ViXGT-KEUViÈME HOMÉLIE. — L'avcugle -né, OU la Grâce de la foi 1 Tp.entiême homélie. — Sur l'Eucharislie, ou la Révélation et
la Promesse 39
Trente-unième homélie. — Sur l'Eucharistie, ou rinstitutiou. . 97 TitENTE-DEUxiÈME HOMÉLIE. — Sur l'Eucharistie, ou le Sacrifice. 152 Trente-tp.oisième homélie. — Le Purgatoire, ou la raison, la
beauté et l'importance de ce dogme consolateur 210
Trente-ouatrième homélie. — La Madeleine, ou la Confession
sacramentelle 245
Trente- cinquième homélie. — La Communion 275
Trente-sixième homélie. — L'Entrée triomphante de Jésus- Christ à Jérusalem, ou Jésus-Cluist rassemblant et conduisant
l'Église 341
Trente-septième homélie. — La Déposition de la croix et l'Ensevelissement de Jésus-Christ, ou la Gloire de la sainteté de
son corps 582
TRENTE-nniTiÈME HOMÉLIE. — La Résurrcclion du Seigneur, ou
la Gloire de sa divinité 427
Trente-neuvième homélie. — La Résurrection des morts, ou la Raison théologique , philosophique et morale de cette
croyance 4.'>6
Eclaircissement touchant rideniité de nos corps ressuscites . . 509 Quarantième homélie. — Jésus-Christ ressuscité et ses disciples,
ou la Paix de l'intelligence. .., 516
Bénédiction 558