LA REVELATION ET LA PROMESSE
(S. Jean, chap. vi.)
Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum in Israël; et in signum cui contradicetxir. (Loc.ii,54.)
Quelle diversité de jugements, quelle contrariété de sentiments, quelle promptitude de châtiments et de récompenses ne nous offre pas l'Evangile de ce jour [Dom. Pass.)'^ Un grand nombre de Juifs avaient cru en Jésus-Christ, après avoir écouté sa divine parole (1). Or voici, en présence de ces âmes dociles qui croient Jésus-Christ Fils de Dieu, un peuple orgueilleux et arrogant qui le blasphème, en l'appelant samaritain et possédé (2); voici, en présence de tant d'âmes religieuses qui l'adorent, un peuple impie et cruel qui saisit des pierres pour le lapider (3). Mais
(1) Haec illo loquente, multi crediderunt in eum (Joan. nu, 30).
(2) SaDiaritanus es tu, et daemoniuni babes {Ibidem, 48).
(3) Tuleruni ergo lapides ut jacerenl in eum {Ibid., 59).
voici pareillement que, dans le même temps, les uns obtiennent la récompense de leur foi dans la promesse que leur fait Jésus-Christ de les délivrer de la mort éternelle, pourvu qu'ils conservent fidèlement le dépôt précieux de ses instructions (1), tandis que les autres reçoivent le chcUiment de leur obstination et de leur fureur. En effet, Jésus-Christ se sépare d'eux, abandonne leur temple, les laissant en proie à leur aveuglement (2). C'est ainsi que s'est accompli en ce jour, dans le temple de Jérusalem , le grand oracle prononcé trente-trois ans auparavant par le saint vieillard Siméon, quand il dit de Jésus-Christ encore enfant : « Voici que Lui, devenu en Israël signe de haine et de contradiction pour les uns, de foi et d'amour pour les autres, sera l'occasion, pour ceux-ci, de ruine et de mort, et pour ceux-là, de résurrection et de vie (3). »
Ce que le prophète avait prédit, ce qui s'est accompli aujourd'hui ou la personne de Jésus-Christ, n'a point cessé d'avoir lieu concernant sa doctrine et sa religion. Celte religion et cette doctrine, motif de résurrection et de vie pour quelques-uns, de ruine et de mort pour quelques autres, a toujours rencontré et rencontre sans cesse des amis qui la recherchent et des indifférents qui la méprisent , des disciples qui la professent et des adversaires qui la com-
(1) Si quis sermonem servaverit, niortem non videbit in nternum Ibid., 5i).
(2) Jésus autem abscondil se et exivii de lemplo (Ibid., 59).
(3) Ecce positus... (V. cpii,'.).
battent, des panégyristes qui la célèbrent et des détracteurs qui la rabaissent, des martyrs qui la confessent et des tyrans qui la persécutent. A travers les acclamations des uus et les blasphèmes des autres, aimée et haïe, honorée et avilie, comme il en fut de sou divin auteur, elle n'en fournit pas moins sa carrière sur la terre, laissant périr ceux-ci dans l'enfer, transportant ceux-là avec elle dans la vie éternelle (I).
Parmi tous les dogmes de la doctrine de Jésus, parmi tous les mystères de sa religion, cet oracle prophétique reçoit un accomplissement particulier dans le dogme ineffable, dans le grand mystère de l'Eucharistie. Tandis qu'il est l'objet de l'adoration et du culte, le symbole de l'unité, l'espérance, la vie, l'amour, les délices de la véritable Eglise, il est aussi l'objet des contradictions, des sarcasmes, des insultes, des blasphèmes de l'hérésie ; pour un grand nombre de chrétiens, il est une occasion de schisme et de perdition ; en sorte qu'on peut dire particulièrement de Jésus-Christ caché dans ce mystère de sa puissance et de son amour : Ecce, etc. (2).
Vous avez sûrement compris que je veux vous entretenir aujourd'hui de la divine Eucharistie. Comment, dans l'explication que nous avons entreprise des principaux miracles de Jésus-Christ, passer sous silence celui qui est le plus tendre, le plus déli-
(1) In ruinani. . . {Ibid.).
(2) Ecce positus... (Ibid.).
deux et en même temps le plus grand et le plus magnifique?
Et comme il serait impossible de donner dans un seul discours Tidée de ce profond mystère, qui est un abrégé de toute la religion, nous en ferons le sujet de plusieurs instructions. En commençant aujourd'hui par la révélation et la promesse que Jésus-Christ en a faites, avant de l'accomplir, au moyen de figures et de paroles, nous verrons dans les divers préparatifs qui renferment cette promesse et cette révélation, la représentation vivante de l'injustice, de la culpa-bilité de ces chrétiens qui l'attaquent, même aujourd'hui ; nous verrons la vertu et la gloire, la félicité de ceux qui y croient, afin que, nous fortifiant toujours davantage dans la foi d'un aussi consolant mystère, tandis qu'il est un signe de contradiction chez les hérétiques, il devienne toujours davantage pour nous un signe de vénération et d'amour ; et que là où ces malheureux trouvent un motif de se perdre, nous trouvions un gage, un moyen assuré de nous sauver (I).