‹ École des miracles (volume 2)Chapitre 6 sur 30 · III. i · texte numérisé non relu

III. i

néanmoins, que la manne ne dispensa pas les anciens Hébreux de mourir ; au lieu que celui qui mange du pain dont je parle, échappe à la mort : car ce pain est la manne véritable ; il est vraiment descendu du ciel (1). Je vous le répète cependant encore : oui, je suis moi-même ce pain divin descendu du ciel; ce n'est plus ma parole, ma doctrine, mais ma propre chair, cette chair même qui sera immolée pour le salut du monde. Quiconque se nourrit de ce pain, obtiendra la vie éternelle (2).»

C'est ainsi que s'exprimait le Yerbe éternel de Dieu. Il le faisait non plus privément et à l'écart, mais, selon la remarque de Tévangéliste, en public, dans la grande synagogue de Capharnaùm, devant un peuple nombreux, en présence des pharisiens, des scribes, des docteurs de la loi;, de ses disciples et de ses douze apôtres. Comment une révélation aussi sublime, aussi mystérieuse et aussi nouvelle fut-elle accueillie par cet auditoire nombreux et varié? Les uns, comme l'ont fait plus tard les hérétiques, prirent tout le discours du Seigneur dans un sens mystique et allégorique : ils crurent que Jésus-Christ n'avait parlé que d'une mandu cation figurée et symbolique de sa chair. Mais ses expressions si claires^, si positives, si fortes et tant de fois répétées^ ne permirent

(1) Patres veslri manducaverunt inanna, et movtui sunt. Hic est panis de cœlo descendens, ut si quis ex ipso manducavorit, non nioriatur.

(2) Ego sum panis vivus qui de cœlo descendi : si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in ajternum; et panis quem ego dabo, caro niea est pro mundi vita.

pas au grand nombre de douter que le Seigneur ne promît de donner véritablement sa chair même en nourriture ; de là dissentiments, discussions, litige parmi les auditeurs. Les uns soutiennent que Jésus- Christ veut donner vraiment son corps à manger ; les autres affirment, au contraire, que non ; qu'il n'est pas possible qu'il ait voulu proférer un aussi étrange paradoxe. Comment, en eifet, pourrait-il, vivant comme il l'est, donner son corps à manger ; et, supposé mort, comment le corps d'un seul homme pourrait-il être mangé par tous les hommes (1)?

Or, que fait Jésus, que répond-il aux murmures et aux discussions des Juifs et de ses propres disciples ? Modifie-t-il ses paroles, tempère-t-il ses expressions? Il fait tout l'opposé. « Murmurez, se prend-il à dire, murmurez tant qu'il vous plaira sur l'impossibilité de vous donner ma chair à manger. Je ne vous en assure pas moins que vous devez manger ma chair et boire mon sang, si vous voulez obtenir la vie éternelle (2). » Il se met à répéter de nouveau : « Assurément, celui-là seul qui se nourrit de ma chair et qui se désaltère de mon sang, sera par moi ressuscité au dernier jour et aura la vie immortelle (3); « puis il ajoute : « Non , non, il ne s'agit point de

(1) Litigabant ergo Judaei ad invicem dicentes : Quomodo potest hic iiobis caruem suam dare ad manducandum.

(2) Dixit ergo ei Jésus : Amen dico vobis : Nisi manducaveritis carnem Filii hominis et biberilis ejus sanguinem, non habebitis vitam in Tobis.

(3) Qui mapducat meam carnem et bibit meum sanguinem, hab«t Titam aeternam. et ego resuscitabo euni in novissinio die.

figure ni de symbole, m'ùs de réalité et de vérité; il ne s'agit poiut d'une manducation idéale et fantastique, mais physique et réelle : ma chair est une véritable nourriture, que l'on mange comme toute autre nourriture ; mon sang est un véritable breuvage, qui se boit comme tout autre breuvage (I). De même que toute autre nourriture et que tout autre breuvage matériels , entrent véritablement dans le corps de celui qui les prend , se transforment et s'identifient avec lui ; de même celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui (2). Et comme, malgré que j'aie été envoyé par le Père, ma venue sur la terre ne me sépare point de lui, mais qu'uni à lui et en lui, je vis toujours par lui et avec lui; ainsi celui qui se nourrira de moi, vivra par moi : je serai l'aliment de sa vie spirituelle , comme la nourriture l'est de la vie corporelle ; et ma chair , inséparable de ma divinité, le rendra participant de cftte vie divine que je tiens moi-raôme de mon Père (3). »

Résumant enfin tout son discours, il répète pour la cinquième fois : « C'est ici donc véritablement le pain descendu du ciel, le pain divin, dont la manne n'était que la figure ; c'est pour cela qu'elle ne put préserver vos pères de la mort ; au lieu que celui

(1) Caro enim niea vere est cibus et sanguis meus vere est potus.

(2) Qui miinducat ineam carnem et bibit ineutn sanguinem in me manet ,et ego in illo.

(3) Sicul misii me vivens Pater, et ego tIvo propter Patrem ; et qui manducat me, et ipse vivet propter me.

qui se nourrit de mon paiu, vivra éternellemeDt (1 ) . » Plusieurs de ses disciples étaient du nombre de ceux qui crureit d'abord le discours de Jésus-Christ figjré et parabolique ; mais, l'ayant ensuite entendu répéter et expliquer la même chose en termes si forts et si positifs, ils cessèrent de douter (le doute devenait, en effet, impossible) que le Seigneur ne voulût parler de la manducation véritable et réelle de son corps ; et s'étant, pour cette raison, réunis aux Juifs incrédules, au lieu de rester ses disciples soumis, ils prétendent le traiter en maîtres; au lieu de croire, ils se prennent à disputer entre eux : «Quelle extravagante et absurde manière de parier n'est pas celle-ci ? Vouloir nous obliger à manger sa chair! Oh ! c'est par trop fort ; et qui pourrait admettre un pareil paradoxe? Qui pourra jamais croire qu'on soit obligé de manger sa chair pour posséder la vie éternelle ? Et comment s'y prendra-t-il luimême pour nous donner sa chair à manger ? Scra-telle vivante ou morte (2)? » Bientôt les murmures s'augmentent, l'opposition s'accroît, rincrédulité se manifeste ouvertement. Et que fait Jésus? Que dit-U pour apaiser ce tumulte? Loin de diminuer, de détruire la difficulté que les disciples s'étaient formée relativement au mode de multiplication de son corps,

(1) Hic est panis qui de cœlo descendit. Non sicut manducayenint patres ve»tri manna, et mortoi sunt. Qui manducat hune panem, vivet in aelernum.

(2) Muhi ergo audientes ex discipull» qus dixerunt : Durai est hic sermo ; et quis potest eum audire'

pour le donner à manger à tous, il l'augmente et la redouble en disant : « Je vois que mon langage vous confond, vous scandalise. Vous ne sauriez vous persuader que je puisse jamais vous donuer ma chair manger, maintenant que je suis encore sur la terre. Combien cette difficulté ne s'augmentera-t-elle pas quand vous m'aurez vu remonter au ciel? Combien ne sera-t-il pas plus difficile alors de croire que, demeurant corporellement au ciel, je puisse donner ce même corps à manger aux hommes qui seront sur la terre (1)?»

Deux choses semblaient avoir provoqué principalement l'opposition et l'incrédulité des Capliarnaïtes et des disciples qui firent cause commune avec eux : la première, que Jésus-Christ avait fait un précepte solennel de manger sa chair et de boire son sang. Ne voiiû-t-il pas, disaient-ils, qu'il veut renouveler parmi nous le repas horrible de Thyeste parmi les Gentils ? Vouloir nous faire manger sa chair dépecée, à nous qui abhorrons la manducation sauvage des cliairs humaines ! Vouloir que nous buvions le sang humain, nous qui nous abstenons du sang des plus purs animaux! La seconde était que Jésus-Christ avait fait de cette horrible manducation, d'après le sens qu'ils lui donnaient, et de ce breuvage cruel, une condition indispensable pour l'obtention de la vie éternelle. « Quel rapport, ajoutaient-ils, f)eut-il y avoir entre

(1) Dixit ois : Hoc vos scandalizal? Si ergo videritis Filium hominis

ascendeiitom nbi erat priiis.

la manducation de la chair humaine et la possession de Dieu, entre se nourrir d'un mortel vivre toujours sans jamais plus mourir ? » La Sagesse incarnée n'employa que deux paroles pour détruire ces deux difficultés. Jésus continua à parler ainsi : « Le discours que je viens de vous adresser est tout spirituel et vivifiant. Par elle-même, la chair ne sert de rien ; c'est l'esprit seul qui vivifie (1). » Il voulait leur apprendre, non point comme l'ont imaginé les hérétiques, que tout le discours qu'il venait de faire devait s'entendre dans un sens spirituel et figuré, mais bien, comme l'expliquent unanimement les Pères et les interprètes, et principalement saint Cyrille, saint Augustin et saint Chrysostome, que la manducation de son corps devait se réaliser d'une manière spirituelle, d'une manière que l'esprit seul devait et pouvait saisir ; à savoir, d'une manière sacramentelle sous les espèces dïi pain, sans qu'il fût nécessaire de tuer et de dépecer ce corps divin : voilà ce qui devait ôter à cette cène céleste toute horreur, toute répugnance, et la rendre un mets attrayant, délicieux et suave aux âmes pieuses et fidèles. Que, cependant, ce breuvage et cette nourriture, pris d'une manière si spirituelle et si connue, sous les symboles du pain et du vin, contiendraient toujours et réellement son corps et son sang, comme principe d'immortalité et de vie (2). Il voulait leur

(1) Spiritus est qui vivificat; caro non prodest quidquam. Verba quœ loculus sum vobis spiritus et vita suBt.

(2) Verba quae.. . (Loc. cit.).

apprendre, au surplus, non ppint que sa chair trèssainte n'est bonne à rien, vu que, nous dit saint Augustin, si la chair ne pouvait servir de rien, le Verbe de Dieu ne se serait jamais fait chair ; mais que sa chair donnait la vie, non pas comme chair humaine (laquelle, considérée ainsi, n'avait aucune vertu surnaturelle), mais parce que sa chair, unie substantiellement à la divinité du Verbe, l'esprit par excellence^ est devenue, à ce titre, chair vivifiante et diviae, capable, pour celte raison, de donner à l'homme qui s'en nourrit la vie éternelle de l'âme et de rendre le corps même immortel. Son discours, sa doctrine, ne contiennent donc qu'esprit, sainteté, vérité et vie (I).

En troisième lieu, le Seigneur entendait dire par cet enseignement profond et vraiment divin : « Ma chair, étant unie à l'esprit vrai, à l'esprit infini de Dieu, pourra se multiplier d'une manière tout-àfait divine. Je serai donc au ciel ; et ma chair n'en sera pas moins une véritable nourriture et mou sang un véritable breuvage sur la terre (2). Comme mon corps, par la consécration eucharistique, sera tout entier en mille parties, ainsi il sera toujours le même dans une infinité de lieux; il sera unique dans une infinité de personnes, tout eu demeurant, malgré cette multiplication, intact et indivisible. Infortunés! quel sort vous faites-vous en ne voulant croire à mes pa-

(1) Spiritus est... (Loc. cU.).

(2) Caro mea... (Loc cit.).

— o/ — rôles qu'autant que vous les comprenez ! Elles sont toutes \itales ; toutes doivent être écoutées et crues (1). Eu les rejetant, vous serez abandonnés à vos ténèbres, filles de votre indocilité et de votre présomption. Vous périrez de faim, vous marcherez a la mort, taudis que les humbles, qui croient à ma doctrine, se nourriront du pain divin descendu du ciel, s'en rassasieront et vivront éternellement (2).» Si, du moins, ces hommes orgueilleux, au lieu de juger les paroles divines, en avaient demandé humblement au divin Maître l'explication et l'intelligence, ils l'auraient infailliblement obtenue ; ils n'obtinrent, au contraire, que reproche et condamnation, puisque le Seigneur leur adressa ces mots : « Il y eu a beaucoup ici, parmi vous, qui ne croient pas et qui ne veulent pas croire; pour eux, toute explication ultérieure est inutile et ne servirait qu'à les r -ndre toujours plus coupables (3). Ils ne veulent croire qu'a l'ciide du raisonnement humain; et je vous ai déjà déclaré que nul ne croit véritablement en moi qu'avec l'aide de la lumière et du don de mon Père céleste. Privés de ce secours et de cette lumière qu'ils ne se mettent point en peine de chercher, croyant n'en avoir pas besoin, rien n'est plus naturel qu'ils ne m'entendent ni me croient pas (4). » Jésus-

i\) Verbfc (Loc. cit.).

{i) Uc est panis de cœlo descendit : Qai manducat hune panem «i vet iu seternum.

(3) Sed sunt quidam ex \obis qui non credunt.

^♦) Propterea dixi vobis quia nemo poiest Tenire ad me, nisi fu rii ei dalum a Pâtre meo.

Christ parla de la sorte, parce que la Sagesse incarnée, qui lisait dans leurs cœurs, avait, dit l'évangéliste, connu, dès le principe, que plusieurs, parmi le peuple et parmi ses disciples, particulièrement Judas, qui devait le trahir, cédant à Forgued de leur esprit et à la méchanceté de leurs cœurs, étaient décidés et résolus à ne point croire en lui, malgré tant de prodiges qu'ils lui avaient vu opérer, et qu'il ne leur semblait pas vrai d'avoir trouvé, dans les prétendus paradoxes de son discours, une raison, un prétexte pour l'abandonner (I). C'est ainsi que la révolte, l'apostasie de ces malheureux compagnons de Jésus- Christ étaient consommées dans le cœur avant de se révéler par le langage. Ils n'appartenaient plus à son école, bien qu'ils suivissent matériellement sa personne; ils n'étaient plusses disciples, quoiqu'ils continuassent à l'appeler leur Maître. Il ne leur restait donc plus qu'à lever le masque. Ils quittèrent Jésus- Christ, abandonnèrent sa société, se séparèrent des apôtres, se dispersèrent et ne firent plus partie de la véritable Eglise, présidée véritablement par Jésus- Christ (2). Le Seigneur, s'adressant alors aux douze apôtres demeurés fidèles, leur dit : « Eh bien! quel parti voulez- vous prendre? voulez- vous aussi vous en aller et m'abandonner (3)?» C'est comme s'il leur eût

(1) Sciebat enim ab inilio Jésus qui essent non credentes et quis traditurus esset eum.

(2) Ex hoc rauUi discipulorum ejus abierunt rétro, et jam non cum illo ambulabant.

(3) Dixit erRO Jésus ad duodecim : Nuraquid et vos vultis abire?

dit : Avez-vous ouï les difficultés suscitées par ma révélation et par mou discours? Eh bien! je ne vous eu donnerai à cette heure aucune explication. Ce n'est point là une de ces paraboles dont l'intelUgence est refusée au peuple, tandis qu'elle vous est accordée à vous-mêmes. C'est un mystère impénétrable pour vous comme pour les autres. Voulez-vous en croire ou non à ma promesse? Vous semblai-je exiger trop de votre raison et de votre foi ? Choisissez, ou d'imiter l'exemple de ceux qui, pour ne point plier leur intelligence^ quittent ma société, ou de rester avec moi, accueillant avec une véritable humilité d'esprit et docilité de cœur ce que je ^ous ai annoncé (1).

Aussitôt Pierre, l'organe de tous les apôtres, organe de toute l'Eglise dont il est le fondement, s'écria au nom de tous : « Seigneur, que nous dites-vous? Vous abandonner? A qui irions-nous loin de vous, qui seul avez les paroles de la vie éternelle (2)? Non, non, notre choix est fait : nous savons désormais qui TOUS êtes; nous vous croyons véritablement le Messie promis , le Fils de l'homme et simultanément le Fils consubstantiel de Dieu (3). » Oh! combien cette confession et ces paroles honorent le cœur qui les conçut! Combien elles sont douces à la bouche qui les prononce : elles sont le dialecte de la vraie foi et propres aux vrais disciples de Jésus-

(1) Numquid... (Loc. cit.).

(2) Respondit ergo ei Simon Petnis : Domine, ad quem ibimus* ^erba vitae œleruae habes !

^ô) Et nos credidimiis et cogtMun.vij qui.i tu es Chrislus Filiu» Dciis

Christ ! Bien n'empêche de les traduire ainsi : A qui en croirons-nous, Seigneur, si nous refusons de A'ous en croire ? Tout autre enseignement est trom peur, tout autre guide est séducteur, toute autre science est vaine, toute autre lumière est ténèbres, honnis vous (1). Vous êtes le Messie venu en ce monde pour l'instruire; vous êtes le Fils de Dieu, qui s'est fait le Fils de l'iiomme pour le sauver ; nous croyons fermement cette vérité que nous avons eu le bonheur de connaître (2). C'est donc à vous de parler et c'est à nous de croire ; à vous de commander, à nous d'obéir ; car vous êtes le Pasteur, et nous les brebis; vous êtes le Maître, et nous les disciples; nous sommes hommes, et vous Dieu (3). Quelle ne serait pas notre folie sacrilège, si îîous prétendions connaître les mystères de Dieu mieux que vous qui êtes son Fils? Sur ce fondement, quelle difficulté pourra jamais ébranler notre foi ! Ainsi rien de ce que vous dites ne nous scandalise. Vos paroles sont sublimes, à la vérité, mais elles ne peuvent être que vraies. Vous pouvez nous tenir dans une obscurité salutaire, mais vous ne sauriez nous tromper. Votre doctrine est vivifiante comme votre personne ; tout ce que vous nous manifestez dans le temps, nous fraye le chemin de l'éternité (4); vous avez la vie éternelle ; vous en êtes le principe

(1) Domine, ad quem ibimusî

(2) Et nos... (Loc. cit.).

(3) Tu es Filins Dei.

i Verba Loc. cit.).

et la fin; vous êtes le moyen et la voie. Pour être justes, saints, éternellement heureux, nous n'avons pas besoin d'examiner, mais accomplir vos commandements. Tout ce qui sort de votre bouche porte Terapreiiite de la vérité, assure la vie éternelle (1). Seigneuc, nous acceptons votre enseignement comme certain, infaillible, parce que nous reconnaissons en votre personne le vrai Messie et le vrai Fils de Dieu (2).

Le perfide Judas , bien qu'il fût du nombre , et peut-être le premier des disciples incrédules à la révélation divine du mystère eucharistique ; que ce* fût la honte d'aposlasier publiquement Jésus-Christ qui l'avait admis parmi ses douze apôtres ; que ce fût désir de continuer à voler les aumônes aposto liques, dont il était le dépositaire, comprimant son incrédulité dans son cœur, était resté avec les disciples fidèles, aJQFectant d'adhérer avec les autres apôtres à la généreuse déclaration de Pierre. Mais le malheureux hypocrite, en se dissimulant aux yeux des hommes, pouvait-il se dissimuler aux yeux du Fils de Dieu? C'est pourquoi le Seigneur lit cette remarque : « Tous , sans exception, vous me faites la même protestation, mais vous ne la faites pas tous avec le même cœur. Parmi vous, que j'ai choisis avec tant d'amour, en vous appelant à mou apostolat, il y en a un si incrédule à mes paroles, si dur,

(1) Verba... (Ut supra).

(2) Et nos... (V. not. 3, pag. 59).

si obstiné et si pervers, qu'il n'est pas seulement semblable à une âme damnée, mais au démon lui même (!). » Et, pour ôter toute équivoque, Tévangéliste nous prévient que le Seigneur entendait, par ces termes, indiquer Judas, qui, malgré Tlionneur insigne d'appartenir au collège apostolique, n'en avait pas moins résolu dès-lors de trahir son divin Maître (2).

0 nouveauté très-importante ! ô histoire digne du plus grand intérêt ! combien nous vous sommes reconnaissants, ô saint évangéliste ! de nous l'avoir transmise ! ou plutôt, combien nous sommes reconnaissants envers le Saint-Esprit qui vous l'a inspirée ! La faute des premiers disciples du Seigneur, qui rejettent le plus grand de ces mystères, devient pour nous un nouveau motif d'y croire ; leur incrédulité devient un remède efficace pour notre foi. Leur schisme nous fait mieux sentir le prix de V unité catholique. L'histoire entière de la révélation et de la promesse du mystère eucharistique, en dissipant toutes les objections qu'y opposent et l'incrédule et les blasphèmes vomis par les hérétiques, en est la plus belle et la plus triomphante apologie. Tâchons d'en faire ressortir, autant que possible, toute la gravité.

Remarquons d'abord la magnificence, la valeur et

(1) Respondil eis Jésus : Nonne ego vos duodecim elegi? Et unus ex tobis diabolus est.

(2) Dicebat autem Judam Simonis Iscariotem ; hic enim erat traditurus eum, cum esset unus ex duodecim.

la beauté du langage employé par le Sauveur pour nous instruire que le miracle de la multiplication des pains est l'emblème du miracle plus grand encore de la multiplication de son corps dans l'Encharistie. Après avoir dit : « Par le premier miracle de la multiplication du pain de la vie temporelle, mon divin Père a mis le sceau au miracle de la multiplication du pain de la vie éternelle, miracle que je vous promets (1). » En effet, le sceau sert à deux fins : premièrement, il imprime ses traits sur la cire ; secondement, il authentique les pièces sur lesquelles il est imprimé. 11 sert donc en même temps à la représentation d'une image et à la preuve de la certitude. C'est dans ce double sens que Jésus-Christ disait que son divin Père, par le miracle de la multiplication des pains, scella le miracle de l'Eucharistie (2). Ce qui signifie que le Père céleste a revêtu le miracle de la multiplication des pains de l'empreinte du miracle de l'Eucharistie, et a fourni simultanément la preuve de sa vérité. Il a voulu qu'au préalable le pain matériel, distribué gratuitement à un peuple entier dans le désert, fût l'image, la ressemblance du pain incorruptible, éternel, immortel qu'il voulait donner aux hommes dans le désert de cette vie.

Le nombre des pains multipliés a servi, il est vrai, à représenter d'autres mystères ; mais, dans l'effet du

(1) Operamini cibam, qui perinanet in vitam sternam, qnem Filius hoiniais dabit Tobis. Hune enim signavit Pater.

(2) Hune... (Ut supra).

rassasiement du peuple, ce nombre était indifférent. Un seul pain béni par Jésus-Christ eût été plus que suflBsant. Or, un pain qui, en conservant son unité, nourrit douze mille personnes et demeure entier (puisque les morceaux superflus et recueillis dépassent même celui qui avait servi au miracle) ; un pain qui reste, qui peut subsister, après avoir été mangé par une grande multitude, n'est-il pas l'image la plus fidèle, la ligure la plus expressive de TEucharistie? Là, en effet, le saint corps de Jésus-Christ, pain spirituel, céleste et divin, en restant incorruptible, en ne souffrant ni diminution , ni division , en conservant son unité et son intégrité, sert à rassasier tout le peuple chrétien. 0 figure admirable pour rendre le miracle de la multiplication de son corps sensible et évident ! Ensuite Jésus-Christ ne tira point dans cette circonstance un pain nouveau du néant ; autrement, il n'avait nul besoin d'employer les sept pains des apôtres. Il ne fit que multiplier le pain même qu'il avait reçu de leurs mains. C'est ainsi que, dans l'Eucharistie, il ne crée point des corps semblables au sien, mais il ne fait que multiplier son même corps dans toutes les hosties. Ainsi que les douze mille personnes rassasiées avec un pain miraculeux ne se nourrirent point d'un pain fantastique créé sur-lechamp, mais du pain identique ou pain offert par les apôtres et multiplié par le Sauveur ; ainsi, dans l'Eucharislic, les fidèles ne reçoivent poiiit un corps idéal, allégorique, mais le corps identique du Seigneur multiplié par cette même puissance divine qui

multiplia le pain. Cette multiplication devint par là une preuve authentique de la vérité de rEucharistie. N'a-t-elle pas montré que la même puissance divine qui multiplia, sans l'altérer, un pain terrestre, manipulé par les hommes, pourrait, à plus forte raison, multiplier un pain céleste, le corps de Jésus-Christ formé par le Saint-Esprit? que le Dieu qui put multiplier un seul petit pain, de manière à en rassasier plus de mille personnes, peut multiplier son corps et le donner en nourriture à tous les fidèles ? ]N'est-il pas aussi impossible à la raison de comprendre ce second miracle que d'expliquer le premier ? De même que le premier, le second prodige, tout en demeurant inexplicable, ne saurait, pour autant, être rejeté. 3'est ainsi que la vue de la première multiplication a disposé notre croyance en la seconde ; la réalité de l'une démontre la possibilité de l'autre ; en nous en donnant l'emblème le plus fidèle , elle nous donne en même temps une preuve sensible, authentique, irréfragable de sa vérité. 0 cachet magnifique ! ô em-i preinte divine, digne de la toute-puissance, de la majesté, de la grandeur de Dieu ! ce Dieu choisit un prodige, et un prodige éclatant, public, solennel, indubitable, pour prouver un autre miracle bien plus important (1).

11 nous est facile d'apprécier, par les réflexions que nous venons de faire, les illusions des Juifs et des disciples qui ne craignaient pas de dire : « Com-

(i) Hune... (Ut supra).

ment serait-il possible que, vivant comme il l'est, il nous donnât à tous sa même chair à manger (1) ? Il faudrait, pour cela , qu'il multipliât son corps , comme il vient de multiplier les pains, et cette multiplication est-elle possible (2) ? Eh ! pourquoi non, répond saint Cyrille d'Alexandrie à cette question téméraire. 0 Juif ! après avoir vu de tes yeux la facilité avec laquelle Jésus a multiplié son pain, ne dois-tu pas croire qu'il lui sera tout aussi facile de multiplier son corps ? Si, avant d'opérer le miracle de la multiplication du pain, il en avait fait la promesse, tu ne l'aurais point crue. Il t'aurait semblé impossible qu'on pût, avec cinq pains, rassasier douze mille personnes, et des restes emplir douze paniers : cependant il l'a fait ; tu l'as vu de tes yeux, tu ne saurais le nier. Maintenant qu'il promet de multiplier son corps, ce prodige te semble impossible : cependant il le fera ; et, parce que tu lui as vu faire, sans l'avoir promis, ne dois-tu pas croire, à plus forte raison, qu'il fera ce qu'il vient de promettre (3) ? C'est effectivement pour produire cette croyance qu'il vient de faire un aussi grand miracle ; c'est pour concilier ta foi avec le miracle encore plus graud qu'il t'a révélé et prorais aujourd'hui (4).

Rien n'empêche de faire la même réponse à l'in-

(1) Quomodo potesl hic nohis carnem siiani dare ad nianducandum?

(2) Quomodo... (Ut supra).

(5) Ex eo et haec credcre oportuit ei facilia factu esse. (4) Propterea enim id prias fecil miraculum, ut per illud non esseat increduli his qua; postni'idum diceret.

crédnle qui ne peut se persuader que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, né de la vierge Marie, immolé sur le calvaire, sorti du tombeau, régnant glorieux dans le ciel, se trouve à la fois tout entier, et numériquement le même dans toutes les hosties consacrées par les prêtres par toute la terre. La difficulté d'une pareille multiplication simultanée du même corps, incompréhensible à la raison, et qui fait répéter à l'incrédule : « Est-ce possible (1) ?» Jésus-Christ l'a détruite à l'avance par un fait admirable, par la multiplication simultanée du pain identique en mille pains. Rappelons-nous ici la belle expression de saint Augustin : que les pains multipliés étaient, entre les mains de Jésus-Christ, une sorte de semence non confiée à la terre et se reproduisant elle-même, mais contenue dans la main du Dieu qui a créé la terre et qui l'a multipliée (2). Ne peut-on pas dire la même chose du corps de Jésus, qu'il a lui-même comparé au grain semé dans la terre (3) ? Ce corps très-saint, par la divinité du Verbe auquel il est uni, u'est-il pas une semence précieuse et féconde, qu'il multiplie lui-même dans son sacrement ?

Ainsi, nous dit un ancien Père, qu'au moment de la création Dieu dit à toutes les créatures : « Croissez et multipliez; «ainsi, au commencement de la Rédemp-

(1) Quomodo potesi?

i^ï) Panes illi quasi semina erant, non quidcm terrse mandata, sedab eo qui fecit terrain inultiplicata.

(3) Granum fruinenti cadens in terram-

tion, il dit : « Ceci est mon corps. Faites toujours ce que vous me voyez faire en ce moment, en mémoire de mon amour. » Comme la mulliplicalion de toutes les créatures, celle des grains de blé sortant d'un seul germe, celle de tant d'arbres qui se reproduisent par une seule semence, celle de tant d'hommes qui se multiplient par un seul homme, ne sont que l'effet, l'écho prolongé de la parole toute -puissante du Créateur, qui retentit sans cesse dans toute la nature avec la même efficacité ; ainsi la multiplication du corps du Seigneur dans tant d'hosties consacrées, est l'écho prolongé de la voix toute-puissante du Dieu rédempteur ; voix qui retentit sans cesse avec la même efficacité dans toute l'Eglise (1).

Yoilà pourquoi le même Père disait au sarrasin Achmet, qui insultait à ce mystère chrétien : Insensé! il vous semble étrange et impossible que le corps identique du Seigneur se retrouve simultanément entier dans plusieurs hosties, et dans chaque partie d'une hostie rompue ! Entrez donc dans un appartement recouvert de glaces, et vous verrez votre visage tout entier réfléchi dans chacune de ces glaces. Rompez une seule de ces glaces en une infinité de parties, vous vous reconnaîtrez encore répété et représenté dans chacune de ces parties; pourquoi donc la parole toute-puissante de l'Auteur de la lumière

, (i) Quemadmoduin initio dixit : « Crescile et niullipliramini, i ita loculus est Doniinus : « Hoc est corpus nKUiii; hoc facile iii iiieam coinniemoralioneni : * utrunique niandalo Oiunipotenlis {Samon. Ganen., apud Beyerlink., Tlieatr. vil. Uuman.., art. Eucharislia).

De poil rr ait-elle pas opérer plus facilement encore ce que produit la mobilité de la lumière ? Pourquoi Jésus-Christ ne pourrait-il pas se répéter réellement dans toutes les hosties, comme l'homme se répète en figure dans les glaces (1) ?

Mais pourquoi l'homme sortirait-il de lui-même, puisqu'il peut découvrir dans son intérieur une image fidèle de ce prodige ? La pensée, dit saint Augustin, le Verbe intérieur de l'homme, qui, produit de l'esprit, devient extérieurement sensible par la parole, n'est-il pas un emblème de la pensée du Verbe éternel, de Dieu, qui, de l'Esprit divin qui l'engendre, est devenue sensible par la chair (2) ? Que fais-je moimême dans l'instant où je prêche à cet auditoire ? Je revêts dans ma bouche, continue à dire le Père précité, je revêts dans ma bouche la pensée de mou esprit de formes sensibles ; je la multiplie sans la diviser. Je la manifeste au dehors sans la séparer de mon intelligence ; à l'aide de l'ouïe, je la reproduis tout entière dans l'esprit de tous ceux qui m'écoutent ; en sorte qu'ils la voient sans que je cesse de la voir moi-même : c'est ainsi que ce que je pense au moment où je parle, vous le pensez également, vous tous qui m'écoutez ; ma pensée articulée par ma

(1) Si quispiam spéculum terra allIJit et in fnista comminuit , nonne in omnibus tamen figuram suam integrain videt? Ita caru Chrisli in pluribus hostiis et cujusque hostiœ fragmente intégra et salva consistit (Loc. cit.).

(2) Sicut verbum meam apud me est et iirocedii in vocem, sic Verbum l>ei apud Patrem est et processit in carnem.

langue, eutendne de vos oreilles, se trouve simultauéraent et dans mon esprit et dans tous les vôtres sans que le nombre plus ou moins grand des auditeurs la diminue ou l'augmente (1). Or, continue à dire le même apologiste, ce que l'homme fait de sa parole parlée, pourquoi Dieu ne pourrait-il pas le faire de sa parole incarnée ? Si l'homme multiplie sa pensée, la communique tout entière à tous, sans la séparer de son esprit, pourquoi le Fils de Dieu ne pourrait-il pas multiplier son corps, le donner tout entier à tous comme nourriture, sans le scinder de sa personne ? Au surplus, la pensée de l'homme n'est pas seulement l'expression de son intelligence, mais elle est en quelque sorte son intelligence même qui pense. Pendant que mou esprit pense en moi, qu'il se multiplie par ma parole, qu'il se reproduit dans votre esprit, je suis idéalement dans tous ceux qui m'écoutent, eu même temps que je suis entier en moi-même. Comment serait-il donc impossible que le Fils de Dieu, tandis qu'il est tout en lui-même, ne pût se répéter et se trouver dans tous ceux qui communient (2) ?

La théologie n'explique pas, il est vrai, mais elle

(1) Omne verbuni quod homo proferendo emiltit, et qui loquitur ipsum intelligil et qui circuiustant, etsi multi audiaut; non tauien divisum, sed jiitegrum (Loc. cit.).

(â) Eodeni modo aiSnnandum Sacramentum : Corpus Christi assidens Patri apud eum niunet; et panis consccralus in Tcrum Christi Corpus transfonnalus, licet dividutur, integer tainen in unoquoque frustulo habelur.

provoque notre admiration touchant cette multiplication sacramentelle de la personne du Fils de Dieu humanisée. Mais disait, en insistant sur la même idée, le grand pontife Innocent III, la philosophie a-t-elle pu ou pourra-t-elle jamais expliquer la multiplication idéale de Vesprit de l'homme, et \ie serat-elle pas réduite aussi à une simple admiration (1 ) ? C'est ainsi que la raison, qui se plaint de ne pouvoir comprendre comment d'infimes accidents matériels de pain et .de vin peuvent contenir le corps, l'âme, la divinité de Jésus-Christ, n'a pas encore trouvé l'explication, ni l'intelligence du mode dont la parole produite par l'oscillation de l'air et parle mouvement de la langue, chose purement matérielle, peut servir de véhicule au sentiment et à la pensée, qui est quelque chose de spirituel et de divin. La raison, qui murmure de ne point comprendre comment la personne de Dieu, du Verbe incarné, peut en même temps se trouver au ciel et sur la terre et dans le cœur de tous les communiants, devrait nous donner l'explication et l'intelligence du mode selon lequel la pensée parlée subsiste en même temps tout entière dans l'esprit de celui qui la parle et dans les milliers d'hommes qui l'écoutent. Qu'elle cesse donc de se scandaliser de ce que les choses divines sont pour elle des mystères incompréhensi-

(1) Miraris quod Verbum Dei, juxta virlutem Sacramenli, totum simul in diversis locis exiblii ? Et non miraris verbum hominis, juKta vocis naturam, tolum simul esse in auribus universorum (Apud Beyerlink., loc. cit.).

blés, puisqu'elle est contrainte de reconnaître qu'elle est pour elle-même un mystère impénétrable.

Pendant que l'histoire de la révélation du mystère eucharistique confond l'incrédule qui le combat, elle condamne bien davantage l'hérétique qui le nie. En effet, à l'exemple de ces premiers hérétiques juifs et héritiers de leur orgueil , les hérétiques chrétiens, particulièrement les calvinistes, ont prétendu, dit Macdonald, vouloir comprendre ce qu'ils devaient se contenter de croire ; ils ont aussi demandé la démonstration d'un mystère dont Jésus nous a révélé, non le mode dont il s'opère, mais seulement la vérité sur laquelle il se fonde. Ils ont voulu se rendre les interprètes, non-seulement de l'Église universelle, mais encore des paroles mêmes de Jésus-Christ son chef. Ils ont entassé mille questions sur un mystère dont l'abîme impénétrable engloutit tous ceux qui veulent en sonder le fond. Ce qui faisait paraître l'Eucharistie impossible aux Juifs, quand Jésus-Christ la leur révéla, l'a fait paraître impossible aux hérétiques, maintenant que l'Eglise la croit, la professe et l'enseigne. Eux aussi ont fait cette question : Comment est-il possible que le Seigneur multiplie son corps dans tant d'hosties pour nous le donner en nourriture ? Us se fondent principalement sur cette argumentation, que le corps du Seigneur, se trouvant glorieux dans le ciel, ne saurait se trouver simultanément dans le pain sacramentel sur la terre (1) : de là vient qu'ils se sont révoltés

(i) Calvinistae, qui falsis illis discipulis successerunt, hoc potissimum

contre la foi catholique ; qu'à l'exemple de ses anciens disciples, ils se sont séparés de la véritable Église ; et, pour donner à leur schisme funeste un prétexte et une apparence de raison, ils n'ont pas craint d'affirmer que l'Eglise catholique est dans l'erreur, à cause de sa croyance en l'Eucharistie, c'est-à-dire qu'aussi téméraire dans l'absurdité que dans la présomption, ils se sont arrogé ce qu'ils refusent à l'Eglise, le droit d'interpréter infailliblement les Ecritures. Ils ont préféré à l'Eglise une poignée de religieux débauchés , d'ecclésiastiques apostats, de soldats révoltés, de femmes libertines ; aux conciles, leurs conciliabules ; Genève, à Rome ; à tous les Pères et à tous les pontifes, un Zwingle furibond, cruel, et un Calvin méprisable. K'ont-ils pas dit, en effet, que Jésus-Christ, dans cette circonstance, entendait parler d'une manducation spirituelle et symbolique, et non sensible et réelle? que la chair de Jésus-Christ, dont le chrétien doit se nourrir dans le temps, sous peine de mort éternelle, n'est pas autre chose que la foi en l'incarnation du Seigneur? que l'Eucharistie ne contient son corps qu'en figure, et non en réalité ? Aussi Zwingle, joignant l'extravagance au blasphème, le ridicule au sacrilège, se disait-il autorisé par l' Esprit-Saint à changer les paroles de la consécration. Il ordonna que, dans la cène eucharistique, le consacrant, au

argnmento uon creduDt Christum vero nobis caruem suam dare ad manducandum : quod in cœlis est (Joan. vi).

— 74 - ' ieu de dire : « Ceci est mon corps (1), » s'exprimât de cette sorte : « Ceci est le signe de mon corps (2) ; » c'est ce qui a fait donner à ces hérétiques le nom de significatifs.

Mais gloire au divin Maître dont le disciple chéri, véritable interprète des secrets célestes de ce cœur divin sur lequel il avait reposé, nous fournit, dans l'histoire que nous avons rapportée, six preuves qui renversent par anticipation ces blasphèmes insensés, et qui vengent la foi de la véritable Eglise !

Voici la première: Dans ce même chapitre sixième de saint Jean, Jésus-Christ avait parlé de la nécessité de croire en son incarnation, en commençant par dire : « La première œuvre agréable à Dieu est que vous croyiez au Messie qu'il a envoyé (3) ; » et c'est à cette foi qu'il avait promis la vie éternelle (4).

Après avoir ainsi inculqué la croyance en son incarnation, il se prit à parler de la nécessité de manger sa chair pour obtenir aussi l'immortalité deTâme et du corps (5). Les dogmes de l'Incarnation et de l'Eucharistie se trouvent donc manifestement distingués par le Seigneur : la nécessité de croire à son incarnation, celle de se nourrir de sa personne. Yoilà deux préceptes divers imposés : celui de le croire incarné^ et celui de le manger sacramentellement; le premier est donné pour la base du second,

(1) Hoc est corpus meum.

(2) Hoc est signum corporis mei.

(3) Hoc est opus Uei, ut crcdutis in eum quem misit ille»

(4) Qui crédit in me liubel vitam seteruam.

(5) Qui manducat (V, not. 1, pag. 57).

mais saus identification ni conihision quelconque. On ne saurait donc dire, sans AÏolenter ouvertement les paroles du Seigneur, que manger sa chair soit la même chose que croire eu son incarnation.

Voici la seconde preuve : Le Seigneur, ayant dit: 0 Ma chair est une véritable nourriture ; mon sang est un véritable breuvage (1), » a clairement indiqué une réception vraie, sensible, réelle de son corps, praticable par la bouche, comme celle de la manne. Il n'y a plus qu'une insolente témérité, en présence de termes si clairs et si positifs, à soutenir que le Seigneur n'a parlé que d'une réception mystique et spirituelle, d'une adhésion à la vérité de son incarnation praticable par le cœur.

La troisième preuve consiste en ce que le Seigneur, en traitant de ce mystère, dit formellement : Nemopo- ^es?, etc. (2); c'est-à-dire qu'il faut un doi; particulier de foi du divin Père pour le croire. IS'uUe part ailleurs, le Seigneur n'a parlé avec autant de force de la nécessité de ce concours divin, de cette grâce surnaturelle, pour réduire l'esprit à l'obéissance de la foi. Si donc l'Eucharistie n'était pas autre chose qu'un pain ordinaire bénit, la ligure d'un pain céleste, image, signe de l'incarnation du Verbe ; si sa chair ne devait être mangée qu'eu esprit dans ce sacrement, qu'y aurait-il, dans cette institution, de propre à

(1) Caro mea (V. not. 1, pag. 52).

{i) ^'emo potest ad me veuire, nisi Pater meus traxerit eum. Et erunt omnes docibiles Dei. Omnis qui audivit a Pâtre et didicit, veaiî ad me.

choquer la raison, à susciter des difficultés telles que toute la puissance de la grâce divine serait nécessaire pour les vaincre ; que le Pcre céleste devrait accorder le grand don de l'obéissance, de la docilité de la foi, qui opère sur l'esprit et sur le cœur de l'homme? Pourquoi donc Jésus-Christ aurait-il employé des expressions aussi énergiques, indiquant la nécessité d'une foi extraordinaire pour croire au mystère de l'Eucharistie, s'il n'était pas un grand mystère de foi? Tant il est vrai que la croyance seule de l'Eglise catholique, reconnaissant dans l'Eucharistie le plus élevé des prodiges divins, conserve aux paroles de Jésus - Christ leur sens naturel et simple, leur grandeur et leur vérité!

Quatrième preuve : Dans ce chapitre de saint Jean, Jésus parle quinze fois de son corps comme d'une nourriture, et de son sang comme d'un breuvage. Il est constant que les répétitions, dans l'Ecriture, indiquent que la chose exprimée doit se prendre dans un sens direct et naturel, sans aucune idée de parabole ni de figure. Si des termes si réitérés, si clairs, si formels, si précis et si positifs, au point que l'Evangile n'en présente nulle part de plus forts, ne devaient s'entendre que dans le sens figuré, on pourrait, à plus forte raison, prendre dans un sens figuré tous les autres termes de l'Ecriture. Rien n'empêcherait de dire que Jésus -Christ n'est Fils de Dieu que figurément , qu'il n'y a un seul Dieu en trois personnes qu'en figure. C'est ainsi qu'on pourrait nier tous les dogmes du christianisme. X

peine, en effet, Zwingle et Calvin avaient-ils osé interpréter dans un sens figuré les paroles qui contiennent la révélation de l'Eucharistie, qu'aussitôt Michel Servet explique, dans Genève même, les passages relatifs à la Trinité, et va jusqu'à en nier l'existence. A Berne, Gentil traduit aussi dans un sens figuré les passages qui annoncent la divinité de Jésus-Christ, et il cesse de la reconnaître. Plus tard, les rationalistes, enfants naturels des calvinistes, poussant la témérité et le blasphème jusqu'aux dernières limites, se sont pris à dire que l'Evangile n'a rien de réel , que c'est une figure continue ; que Jésus-Christ n'est qu'un personnage simplement mythologique et idéal. 0 filiation terrible d'une erreur! En commençant par la négation de la réalité du sacrement de Notre-Seigneur, on a passé de négation en négation, et finalement jusqu'à celle de sa divinité, de son humanité et enfin de son existence !

Cinquième preuve : Supposez que Jésus-Christ eût parlé dans un sens spirituel et métaphorique, son enseignement n'eût plus offert aucune difiiculté ; on n'eût plus trouvé son langage insupportable (1). On n'eût pu dire qu'il est impossible de se nourrir de sa chair (2). Les disciples murmurent (3); ils disputent entre eux (4) ; ils se scandalisent, s'offensent des paroles du Seigneur (5) ; les disciples enfin se séparent

(1) Durusesthic sermo.

(2) Quomodo.... (V. not. i, pag. 66).

(3) Murmuiabant

(i) Litigabanl ad invicem.

(5) Hoc vos scandalizat.

de Jésus-Christ et l'abaudonnent (1). Et pourquoi? Parce qu'ils comprenaient que, lorsque Jésus-Christ entendait professer que sa chair devait servir d'aliment àlame, pour le salut éternel, et au corps, pour la résurrection immortelle ; qu'il exigeait, d'eux la manducatiou vraie, réelle, effective de sa chair (2) ; parce qu'enfin les expressions tant réitérées et si claires du Seigneur rendaient toute autre interprétation impossible. Quelle témérité donc, quelle audace, chez les hérétiques, d'avancer que des paroles du Sauveur doivent se prendre dans un sens figuré, tandis que les premiers disciples, qui l'avaient entendu de leurs oreilles, attestent, par leur opposition et leur schisme même, que ces expressions ne furent prononcées que dans le sens propre et littéral !

Mais ces premiers disciples, ajoutent les hérétiques, étaient grossiers et charnels : on ne taurait donc s'étonner qu'ils aient pris dans un sens matériel le discours métaphorique de leur Maître. Admettons qu'il en fût ainsi : voici la sixième preuve que nous offre l'histoire admirable de saint Jean. S'il était vrai que ses disciples entendirent mal le discours de Jésus et tombèrent dans l'erreur, le Seigneur les en eût repris ; il n'eût pas manqué de détruire en eux une illusion aussi grossière, mais aussi pardonnable; une erreur dont toute la responsabilité eût rejailli sur le Seigneur lui-même, puisqu'il la leur eût suggérée par la clarté,

(1) Abicrunt retro.

(2i Hoc audientes discipuli.

l'assurance et la répétition de ses paroles ; il se fût, comme d'autres fois, expliqué plus clairement au moins avec ses disciples; il les eût avertis qu'il ne s'agissait point de la mandncation réelle et sensible de sa chair, mais d'une mandacation spirituelle et mystique. 11 est impossible, disent les Pères cités par 3Iacdonald, desupposer, sans faire injure àlajustice, à la bonté, au zèle du Fils de Dieu, qu'il eût voulu laisser dans l'erreur et dans le schisme des hommes innocemment séduits et qu'il eût pu éclairer et retenir avec lui d'un seul mot (1). 11 n'eût pas manqué de dire, ainsi qu'il l'avait fait antérieurement: « Oh! combien vous êtes simples et inintelligents (2)! Quoi! vous ne comprenez pas que je parle en paraboles et en figures? Yos discussions sont inutiles; les objections dont vous vous occupez ne subsistent que dans votre imagination. Il n'y a qu'un seul miracle important à croire, et le voici : « Je suis descendu du ciel pour prendre un corps humain semblable aux vôtres. » Après cela, mon langage est facile et clair : par ma chair, vous ne devez pas entendre autre chose que la vérité de mon incarnation. La manger, c'est y croire. Vous ne sauriez y croire sans vous unir à cette chair par l'esprit, au moyen de la foi ; c'est de cette union, de cette réception toute de foi et d'esprit , dont j'ai voulu parler , en disant qu'il faut

(1) Si non tere, sed spiritualiter carnem suam ad manducaudum se daturum poUiceretur, declarasset ulique, cum sciret aliter eos intellexisse, possetque uno Terbo niagno eos errore liberare.

{1 Adhuc et vos sine intellectu estis ?

mauger ma chair. Penser le contraire, c'est vous montrer privés de sens et d'entendement (1).»

C'est ainsi que le Seigneur eût dû et eût certainement parlé, si les affirmations des hérétiques étaient conformes à la vérité. Non-seulement il ne dit rien de semblable ; il continue, au contraire, à insister sur la nécessité de manger véritablement sa chair : il confirme par serment (2) l'opinion que les disciples s'étaient faite. Cette opinion était donc légitime et vraie.

Enfin la sixième preuve offerte par l'histoire de saint Jean en faveur de la présence réelle, est celleci : Jésus-Christ, en nous révélant ce mystère, a révélé simultanément la plus grande difficulté qu'il contienne, difficulté qui en renferme plusieurs autres, à savoir : comment sa chair;, en conservant son unité et son identité réelles, est-elle tout à la fois au ciel et dans une infinité de lieux sur la terre ? Ne dit-il pas effectivement à ses disciples : « Yous êtes scandalisés, parce que vous entendez que vous devez manger ma chair, et que cette manducation vous semble impossible : combien la même chose ne vous paraîtra-t-elle pas plus impossible encore après que je serai remonté dans les cieux (3) ? » C'était dire, d'après les Pères : Vous trouvez mon discours insupportable, ma promesse impossible à réaliser ? Vous

(1) Adhuc (Ut supra).

(2) Amen (Ut supra).

(3) Hoc vos scandalizal? Si ergo videritis Filium hominis aScendentem ubi erat prius? id est : qiiid facietis, cum videritis me in cœlum aseendentem? quanto niagis scandalizabimini ! quanlo minus credetis, ut videritis me in ccelis, vos in lena cssc !

êtes loin, cependant, de prévoir toutes les difficultés que l'avenir vous prépare. Le prodige que j'annonce serait moins grand, si je restais avec vous sur la terre. Mais, un jour, vous me verrez la quitter pour remonter au ciel avec cette même chair dont je suis revêtu. Combien alors ne devra-t-il pas vous sembler plus impossible que, conservant cette chair au ciel, je la donne à manger sur la terre ? Votre raison ne trou-vera-t-elle pas alors de plus grandes difficultés à croire et n'en sera-t-elle pas scandalisée (1) ? Ainsi, plus cette nouvelle difficulté, que devait produire l'Ascension du Seigneur, a rendu le mystère eucharistique incompréhensible , plus elle a contribué à rendre notre foi forte et constante : car Jésus-Christ nous a clairement révélé cette difficulté de son mystère ; il nous a prévenus qu'elle se rencontrerait dans la croyance en l'Eucharistie ; il nous a avertis qu'elle serait, pour un grand nombre, un obstacle à y croire (2). Dans l'opinion des hérétiques qui considèrent l'Eucharistie comme une simple figure, cette difficulté s'évanouit. Serait-il bien difficile, en effet, de croire qu'une personne, tout en demeurant dans un lieu, puisse être représentée en figure dans mille autres? Cette opinion, qui semble plus simple, n'est que plus manifestement énoncée ; elle ôte à la foi en l'Eucharistie le plus grand obstacle que Jésus-Christ nous oblige à y reconnaître; elle est opposée à

(1) Hoc vos (Ut supra).

(2) Praedixil fore qui, propter suum in cœluni redilum minus cre» derent

son langage et à ses paroles. H n'y a donc de vraie que la foi de l'Eglise catholique , reconnaissant et adorant, dans l'Eucharistie, le grand prodige de l'unité de la chair de Jésus, réellement présent au ciel et sur la terre , réellement mangé par une infinité de personnes et restant toujours intact et identique. Il n'y a que cette foi qui soit en harmonie avec le discours du Seigneur, qui en reproduise le sens vrai, qui en contienne le secret élevé ; il n'y a donc que cette foi qui soit sainte^ légitime, véritable.

Tout en grandissant, en fortifiant la difficulté de la croyance de sa présence réelle en l'Eucharistie, le Seigneur n'a pas laissé que de l'adoucir, et même de la faire disparaître. Voici la raison principale qui fait nier aux hérétiques que le Seigneur ait donné sa chair à manger dans l'Eucharistie : « Il est, dit-il, remonté dans le ciel ; mais c'est tout le contraire, nous dit Macdonald; c'est précisément pour cette raison qu'il peut y résider (1). Car, étant remonté au ciel par sa propre vertu, il demeure évident qu'il est Dieu (2). Or, s'il est Dieu, il s'ensuit nécessairement qu'il peut placer son corps partout où il lui plaît, sans l'éloigner du lieu où il se trouve (3). C'est

(1) Non credunt Christum vere nobis carnem suam date ad manducanduui, quod in cœlo sit. Ego contra : propterea ia Eucharistia esse potest, quia in cœlo est.

(2) Ex eo euim quod in cœlum ascecdit propria auctoritate, sequitur Deum esse.

(3) Et si Deus est, sequitur corpus suum ubicunque velit posse poneN ; kicut ab eo toco in quo est minime discedat.

pourquoi saint Pierre, pour croire que la révélation du mystère eucharistique faite par Jésus-Christ, tout impossible qu'elle fût, était néanmoins vraie, céleste, vivifiante et divine, ne s'appuyait que sur ce fondement unique, que Jésus-Christ était fils de Dieu (1). C'est encore ce qui faisait dire à un ancien Père de l'Eglise, saint Hilaire : a Quant à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, tout doute est impossible. Ceux-là seuls peuvent nier ce mystère, qui nient que Jésus-Christ soit Dieu (2). »

Quels sont, en effet, les hérétiques qui ont nié les premiers, dans ces derniers temps, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ? C'est un Carlostad, un Z^ingle, un Calvin, qui avaient en sa divinité une croyance fort équivoque. Croire, au contraire,, au dogme eucharistique, c'est croire que Jésus-Christ est le Fils vrai, consubstantiel de Dieu, et Dieu lui-même, de puissance et d'amour infinis. Oh ! combien la foi de l'Eglise catholique, notre foi à nous, n'est-elle pas belle, pure et glorieuse pour Jésus-Christ ! Heureux celui qui conserve cette foi î mille fois malheureux celui qui l'a perdue !

SECONDE PARTIE

La révélation et la prome.sse du mystère eucha-

{\) Verba vita aeternae habes. Tu es Christus Filius Dei.

(2) De veritate carnis et sanguinis non est relictus ambigendi locus Contingat plane his verum non esse qui Cbristoin verau esse Dtum legant {Comm.).

ristiqae dont nous venons d'exposer l'histoire admirable, fut la même pour tous, et les difficultés communes à tous. Les apôtres ne reçurent pas alors de plus grands éclaircissements que ceux qui furent adressés aux disciples et au peuple. Ils ne comprirent pas mieux que les autres comment le Seigneur donnerait sa chair à manger et son sang à boire. Ils ne connurent pas mieux que les autres comment Jésus- Christ deviendrait tout entier l'aliment de l'homme ; ils se gardèrent bien, cependant, de suspecter le choix du voile sous lequel Notre -Seigneur devait cacher un don aussi précieux; voile qui devait laisser à l'homme la liberté entière et la confiance d'y participer . Néanmoins, ô effets divers d'une même révélation, d'une même promesse ! Les disciples en murmurent avec orgueil et les apôtres l'accueillent avec docilité. Les disciples en prennent occasion d'abandonner le Seigneur, de s'en séparer comme d'un séducteur (1), et les apôtres, nullement ébranlés par ce scandale , se rattachent toujours plus affectueusement à sa personne comme au vrai Fils de Dieu, et lui fout unanimement, par la bouche de saint Pierre, cette déclaration si tendre et si généreuse : « Jamais, Seigneur, jamais nous ne nous séparerons de vous , qui avez les paroles de la vie éternelle ; de vous que nous croyons, que nous reconnaissons pour le vrai Fils de Dieu et le Sauveur

(1) Abierunt relro, et jam nou ambulabant cum eo.

du monde (1). » C'est ainsi que ce grand mystère, dès la première heure où il fut promis et révélé, devint un signe de contradiction pour les uns, et un gage d'amour pour les autres ; il fut pour ceux-là une occasion de mort et de ruine spirituelles, de résurrection et de vie pour ceux-ci (2). >'ou5 trouvons donc dans ce grand événement, dont le souvenir ne s'effacera jamais, l'image frappante des dispositions diverses que la révélation et la foi en l'Eucharistie rencontrent encore en ce jour parmi les chrétiens. Comment ne point apercevoir, dans les murmures des déserteurs capharnaïtes contre ce mystère, dans les objections qu'ils y opposèrent, dans les diflBcultés par où ils le combattirent, dans le scandale qu'ils en prirent, dans le schisme dont ils donnèrent le premier exemple funeste, pour ne point croire à la parole divine de Jésus-Christ ; comment, dis- je, ne pas voir la figure, la prédiction, l'histoire anticipée de l'obstination que les hérétiques modernes opposent à cette révélation et à cette croyance? des blasphèmes par lesquels ils lui insultent; de leur apostasie de la véritable Église? Comment ne pas voir, au contraire, dans la fermeté et dans la constance des apôtres, restés eu la compagnie de Jésus, dans la protestation de leur croyance et de leur amour, la peinture de la conduite tenue

(1) Domine, ad quem ibimus? verba vita aeternae habes. Et nos credidimus et cognovimus quia tu es Christus FiliusDei.

{i) Signum cui contradiceiur ; positus est in ruinam et resurrectionem multorum.

par les catholiques, leur gloire et leur avantage? Cela ne veut point dire que le mystère eucharistique ne soit pas pour nous un mystère profond et impénétrable ; que nous comprenions mieux que les autres comment le corps très - saint du Seigneur se trouve tout entier sous l'accident du pain ; se divise sans se séparer, se mange sans se détruire. Mais, do« cile à la parole de Jésus-Christ, que l'Eglise nous a conservée, notre foi en ce mystère demeure toujours pure, ferme et constante ; et comme les hérétiques, par le fait de leur incrédulité, renouvellent contre Jésus-Christ les antiques blasphèmes des disciples apostats; qu'ils le traitent avec le même orgueil et le même dédain ; ainsi les catholiques, eu croyant, en adorant, en recevant le pain eucharistique avec les dispositions nécessaires, répètent de fait au Seigneur la confession des apôtres fidèles avec la môme humilité, la même confiance et le même amour. Nous protestons sans cesse que nous entendons renoncer à tout enseignement opposé au sien (1); qu'en l'écoutant avec docilité, qu'en accomplissant ses paroles avec exactitude, nous mettons en lui toute notre espérance en la vie éterneUe (2) ; que, soit au ciel, dans le sein de sa gloire ; soit sur la terre, dans son sacrement, nous le confessons sans cesse comme le Fils de Dieu, le Messie et le Sauveur du monde (3). Bien plus,

(1) Domine, ad qu«m ibimus?

(2) Verba vilae ietenita hab«s.

(3) Et nos (Loc. cit.).

tandis que le juif blasphème le Dieu de l'Eucharistie, que l'impie le ridiculise, que l'hérétique le condamne, le catholique affligé, mais non ébranlé, souffrant, mais non scandalisé, à la vue d'une opposition si forte et si obstinée, lui est plus attaché à mesure qu'il le voit plus méprisé ; plus il le voit avili, plus il l'honore. De cette sorte, signe de contradiction et d'insulte pour les uns, il est pour nous un objet d'adoration et d'amour. Tandis qu'il est pour les autres une pierre d'achoppement et de mort, il est pour nous le véhicule de la raison et de la vie (1).

0 pensées consolantes pour nous ! nous donc, nous seuls imitons les apôtres fidèles à Jésus-Christ; nous seuls avons leur foi, leur générosité, leur constance, leur amour et leur esprit , parce que seuls nous nourrissons leurs sentiments, nous retraçons leurs œuvres, nous parlons leur langage.

Nous avons vu que JudaS fut le premier à rejeter la révélation et la promesse de l'Eucharistie (2). Tel fut le motif pour lequel le Sauveur l'appela un démon (5). 0 mystère redoutable! le premier qui nia le sacrement de Jésus-Christ fut Judas qui le trahit ! Le premier qui combattit l'Eucharistie, ce fut Judas qui la profana! Le premier hérétique, le premier schismatique, le premier déserteur de l'Église, ce fut Judas qui en vendit le fondateur! Voilà donc,

(1) Signum (Loc. cit.).

(2,> Sciebat Jésus qui essetlt Uoa ctedentCS, et qui twditttrus «sset eum.

(5) Ûûus.... (V. loc. cit.).

ô malheureux chrétiens ! qui niez un si grand mystère, voilà ce que vous dit un grand écrivain: «Votre aïeul, c'est Judas ; vous marchez sur ses traces ; vous êtes animés de son esprit; son sang circule dans vos veines, puisque vous avez son incrédulité dans votre cœur, comme le sang des apôtres circule dans les nôtres, puisque nous avons adopté leur foi et celle de tous les Pères de l'Église catholique (1). Judas ayant été appelé démon par le Fils de Dieu ; le démon est, en effet, votre fondateur, votre chef, ô chrétiens malheureux et dégradés! Par Luther, Carlostad, Zwingle, Calvin, vous descendez en ligue directe de Judas et du démon. Soyez donc fiers, si vous l'osez, d'une descendance aussi affreuse, aussi ignoble ! »

Par la raison opposée, je le répète, puisque nous conservons,en notre qualitéde catholiques, la croyaoce en l'Eucharistie, la foi que les apôtres et Pierre furent les premiers à recevoir, à confesser, à maintenir, seuls, nous descendons de Pierre et des apôtres; seuls, nous sommes leurs véritables enfants, leurs légitimes héritiers, leur famille, leur race, leur peuple. Jésus -Christ, ayant promis de demeurer jusqu'à la fin du monde avec cette famille, avec ce peuple des apôtres (2), Jésus-Christ n'est que parmi

(1) Sicut catholici institutionem Christi , undecim Apostolorum et omnium Palrum consensum sequuntur; ita haeretici qui contra Eutharistiam sentiunt, sequuntur Judam proditorem, qui primus auctor credi potest hujuserroris (Apud Bezerlinck., loc. cit.).

(2) Ecce ego Tobiscum sum usque ad consummationem ssculi.

nous et avec nous. Seuls, nous formons le vrai peuple fidèle, la véritable Église de Jésus-Christ, au sein de laquelle, en adorant l'Eucharistie par la foi et par les œuvres^ nous sommes assurés d'y trouver la vie et la résurrection éternelle, tandis que les hérétiques, qui ont abandonné cette Ëglise par leur opposition à ce sacrement, courent à leur ruine, à la mort (1).

Dans cette grande circonstance, le Seigneur prononça ces paroles profondes et sublimes : « Nul ne parvient à la foi de mon mystère, s'il n'y est entraîné par mon Père. Ceux-là seuls ont ma vraie foi, qui l'ont entendue et apprise de ce Père divin. Mes vrais disciples, ainsi que les prophètes l'ont annoncé, sont ceux qui ont reçu de Dieu leur instruction (2). » Par ces paroles à la fois consolantes et redoutables, le Fils de Dieu nous a manifesté le mystère de l'incrédulité de l'hérétique qui rejette, et de la foi du catholique qui accepte le dogme de l'Eucharistie , professé , enseigné par la véritable Eglise, n n'y a, en effet, que l'enseignement seul de Dieu, l'efficacité de sa grâce, qui puissent faire plier la raison et lui faire admettre un mystère aussi grand, aussi abstrait, aussi supérieur, aussi incompréhensible à la raison. Le concours de Dieu est d'une nécessité aussi absolue pour le faire recevoir que sa toute-puissance l'est pour l'opérer : après le

(1) Signnm (Loc. cit.).

(2 Nemo potest.... (V. loc. cit.).

prodige du Dieu qui l'accomplit, il n'y a pas de prodige plus grand que celui de Thomme qui le croit. C'est pourquoi, chréliens infortunés, qui avez substitué à l'Evangile de Jésus la doctrine de Calvin, c'est pourquoi, dis-je, si vous ne croyez pas à l'Eucharistie, il est certain, évident que vous n'avez pas le don, la grâce de la foi donnée par le divin Père ; que ce n'est pas Dieu qui vous instruit, vous dirige et vous éclaire. Votre opposition à ce mystère ne prouve qu'une chose, c'est que vous avez conmeucé par présumer, au lieu de vous humilier ; que vous avez prétendu assujettir la révélation de Dieu au jugement de votre raison privée, au lieu de soumettre votre raison privée à la parole de Dieu ; que, pour ce motif même, vous n'êtes point du nombre de ces fidèles que des prophètes ont nommé les disciples de Dieu (1). Malheureux! tandis que vous vous croyez plus que les autres en état de décider ce qu'il convient de croire, vous êtes plus que les autres dans la triste condition de vous tromper. Les objections que vous soulevez contre ce mystère vous paraissent plausibles, et elles ne sont en réalité, au fond, que des blasphèmes diaboliques, des extravagances énormes. Votre résistance à l'Eglise, que vous estimez être l'effet de la lumière et de la raison, est bien plutôt la conséquence du manque de la lumière de Dieu : vous vous croyez éclairés, et vous errez dans les ténèbres ; vous croyez y voir, et vous n'êtes

(1) Est scriptum... (Ut supra).

que des aveugles ; vous vous imaginez raisonner, et vous ne faites que délirer. De même que cet aveuglement où Dieu vous laisse, que ces ténèbres où il vous abandonne, sont le châtiment de votre raison présomptueuse; de même, au lieu de vous enorgueillir de rejeter le grand mystère de la grâce et de l'amour, vous devriez vous en confondre ; au lieu de vous applaudir, vous devriez trembler (11 ! Pour nous, catholiques, nous avons cette foi; nous croyons ce mystère sans hésitation, sans effort et sans peine. IVous le croyons même avec une profonde conviction d'esprit, une intime et parfaite adhésion de cœur. IVous le croyons avec une confiance pleine, avec une vérité sincère ; nous en faisons l'objet de notre culte, les délices de notre cœur. Il est donc très-assuré que uotre foi, si complète et si profonde, si facile et si spontanée, si tranquille et si sûre, si tendre -et si amoureuse, et par la si fort au-dessus de notre puissance naturelle, n'est plus l'œuvre de l'évidence de la raison, de la lumière du jugement privé, des hallucinations du fanatisme, de l'empire des préjugés humains (2) ; mais Teffct de l'enseignement de l'inspiration, de la lumière du Père céleste, qui, après nous avoir révélé le mystère, nous donne l'onction de son esprit, le secours de sa grâce pour le croire (3). Nous sommes donc, incontestablement, ces disciples fortunés dont les prophètes ont prédit,

(1) Nolite murmurare ad invicem.

(2) Qoia caro et sanguis noa revelavit libi.

(3) Sed Pater meus qui in cœlis est.

avec tant d'admiration, la gloire et le bonheur, vu que nous avons Dieu lui-même pour maître (1). Il est donc constant que Dieu le Père nous inspire, qu'il captive notre intelligence , qu'il domine notre raison, qu'il incline doucement notre volonté, qu'il écarte les doutes pour faire disparaître les objections, et qu'il nous donne l'intelligence pratique du mystère ; en sorte que notre esprit, éclairé par une lueur ineffable, n'y voit qu'une vérité profonde, il est vrai, mais vérité certaine et consolante (2). Il est constant que ce Père divin nous a donné l'œil pur de l'esprit pour voir, l'oreille docile du cœur pour entendre, la langue prompte de la foi pour confesser ce mystère, et qu'il conserve en nous, dans leur intégrité, ses organes, ses sens divins que l'hérétique reçut également dans le baptême, mais dont il s'est volontairement dépouillé ; en sorte qu'il n'est plus en état de voir^ d'entendre, de confesser ce même mystère. En un mot, il est constant que, instruits, soutenus et conduits comme par la main, par le Père céleste, nous croyons au Fils, que nous nous jetons à ses pieds, que nous demeurons en lui et avec lui (3). Quelle consolation de pouvoir nous assurer que, par notre foi en l'Eucharistie, nous sommes particulièrement sous la conduite de Dieu, que nous sommes de son école, que nous participons à sa lumière, que nous sentons l'action réelle de sa

(1) Est scriptum... (Loc. cit.).

2 Omnis i\v\ Ut supra).

(3) Omnis qui (Ibid.).

grâce, qui nous fait aimer et nous rend délicieux ce dogme ineffable ! tandis que l'hérétique, qui le combat et le nie, y trouve la damnation , nous, qui le vénérons, nous y trouvons l'aliment de la vie et le gage de l'immortalité (1).

Rappelons-nous enfin que Judas, après avoir nié le premier la doctrine eucharistique révélée par Jésus-Christ, demeura néanmoins, en apparence, à sa suite ; c'est-à-dire que, joignant au crime de l'incrédulité celui de l'hypocrisie, il devint plus coupable et plus infâme que ceux qui abandonnèrent publiquement le Seigneur. C'est pour ce motif que Jésus- Christ l'appela, non-seulement un homme possédé du démon, mais un démon incarné (2). Comme donc les disciples qui se séparèrent ouvertement de Jésus n'étaient que les prédécesseurs, les pères et la figure des hérétiques qui se sont séparés de l'Eglise, ainsi Judas qui demeura à l'école du Seigneur, sans croire à sa doctrine, est le prédécesseur, le père et la figure de tant de catholiques qui, eu apparence dans l'Eglise, tout en professant par la parole sa foi en l'Eucharistie, ne l'ont point réellement dans le cœur , ou sont comme s'ils ne l'avaient point. Hélas ! celui qui, par le fait, est incrédule à ce mystère, que ce soit le juif, l'impie, l'hérétique, les catholiques eux mêmes, le prêtre, le séculier qui le profanent, en le recevant dans une conscience souillée du péché, le jeune

0) Signum (V. not. 2, pag. 85).

(2) l'nus. . (Loc. cit.).

homme imprudent, la femme vaine et légère, l'homme esclave du respect humain, qui osent se présenter devant ce sacrement, sans fléchir le genou, sans le saluer, sans lui adresser une prière, ou qui assistent au grand mystère offert pour leur salut avec moins d'attention qu'ils n'en apportent au théâtre ; cherchant çà et là du regard, et plus encore du cœur, des idoles terrestres, en présence du Maître des deux ; respirant la débauche dans leurs vêtements et leur maintien, en face du Dieu de la pureté ; l'insultant avec impudence dans le temps et dans le lieu destinés à lui rendre hommage. Oui, oui, ceux-là se montrent, par le fait, de vrais Judas incrédules à ce grand mystère ; ils en font une sorte d'abjuration publique et solennelle, puisqu'en les voyant, rampant devant les hommes, demeurer cependant avec un air d'indifférence, d'irrévérence, d'audace, de mépris devant l'Eucharistie, il est impossible de supposer qu'ils y croient Dieu réellement présent. Les héritiques sont coupables de ne pas croire à l'Eucharistie ; mais, puisqu'ils n'y croient pas, ils ne sont pas coupables de lui refuser un culte ; les catholiques qui, croyant ou feignant de croire que Dieu est présent dans l'Eucharistie, le méprisent et l'outragent, sont bien plus coupables ; car ils sont de vrais Judas, de vrais démons : aussi reçoivent-ils le châtiment prompt et terrible de ce péché judaïque au moment même où ils le commettent. Sans qu'ils s'en aperçoivent, ils sont secrètement punis par le silence de la voix de Dieu, par la privation de sa grâce, par l'aveuglement d'esprit, par Tendur-

cissement du cœur, par Tabandon de Dieu : châtiments qui, quoique cachés , sont cependant plus terribles que celui qui frappa les Béthsamites qui regardèrent avec curiosité l'arche, figure de ce sacrement. Ainsi l'Eucharistie, insultée par ces faux catholiques, au sein même du véritable Israël, au sein même de l'Eglise, plus encore que par l'hérétique et l'incrédule, devient pour eux une occasion de ruine et de damnation éternelle (1).

Ames vraiment chrétiennes qui, héritières de l'esprit de foi, de vénération et d'amour des apôtres, respectez ce divin mystère avec humilité, le méditez avec plaisir, le cherchez avec transport, y recourez, y participez avec une foi vive, avec une conscience pure, avec un désir fervent, avec une confiance sincère, avec une charité dévouée, que vous êtes heureuses ! Ah ! c'est pour vous que ce mystère auguste est un gage de résurrection et de gloire (2). Profitez donc aussi de ces exemples, ô vous chrétiens ! qui êtes indifférents, ranimez le sentiment religieux qui est près de s'éteindre en vous ; imitez la piété sublime des bons, leur recueillement et leur ferveur; ayez foi, vénération, confiance, amour pour le mystère d'amour, et il sera encore pour vous ce que, en l'instituant, Jésus-Christ a voulu qu'il fût pour tous, c'est-à-dire la guérison des blessures de l'âme, l'espérance du pardon, l'aliment de la force, la source du

(i) Signum (V. not. 2, pag. 85).

C2) Positus est iu resurrectioneni muUoruni in Israël.

mérite, le trésor de la grâce, le sceau de la persévérance finale et le gage de la \ie éternelle (1). Ainsi-soit-il !

(1) Qui mauducat hune panem vivet in seieinum.

TRENTE-UNIÈME HOMËLIE.

Sur l'Eucharislie.

L IKSTITUTIOir.

S. Mat th., chap. xxvi; S. Marc, chap. xiv; S. Luc, chap. xxn ; S. Paul, I aux Corialhiens, chap. xi.

Memoriam fecit mirabilinm suorum misericors et miserator Dominns : escam dédit timentibus se. (Psalm. ex.)

L'cpuvrc la plus grande, la plus mngninqne, la plus élonnaufc que Dieu ait faite, n'est pas relie d'avoir créé le monde, mais celle de l'avoir racliclé. Pour le créer, il lui suffit de le tirer du néant ; pour le raolietcr, il lui a fallu triom|;licr du péché, et le péché résiste à Dieu plus que le néant. C'est pourquoi saint Paul a appelé la Sofjes.<ie et la Puissance de Dieu^ non pas le Verbe éternel qui d'une p;irole féconde le néant et qui, en quelques instants, en fait surgir l'univers, mais le Verbe de Dieu f.iit homme, qui, attaché à uu infâme gibet, répand son sang, agonise et meurt victime du péché pour sauver le monde pécheur ; noQ le Dieu créateur, mais le Dieu ré-

dempteur(f). Bien différente desœuvres des hommes qui, à peine exécuté -s, deviennent un événement passé, celte œuvre iiicffiible, incompréhensible, cctl« œuvre de Dieu par excellence, l'œuvre de la rédeni[)tion du monde par le sicrifice de la croi\ (2), bien qu'accomplie depuis dix-luiit siècles, est un lï)}'sl6re toujours durable, toujours acluel. En effjt Dieu, selon qu'il l'avait annoncé en termes formels par son prophète, dans l'excès de sa miséricorde et de sa bonté, a voulu en perpétuer le souvenir dans le mystère ineffable de la sainte Eucharistie, où il s'est laissé pour nourriture et pour cousolalion de ses fidèles serviteurs (3).

L'Eucharistie est donc le mystère des mystères, le prodige des prodiges : c'est en elle que se résu" ment, se renouvellent et s'appliquent incessamment aux fidèles les prodiges, les mystères de la passion et de la mort de Jésus-Christ ; elle est encore pour cette raison un gage de gloire et d'immortalité (4). Nous comprenons par là pourquoi le Seigneur, qui avait révélé et promis ce grand mystère, une année auparavant, se réserva de l'instituer la veille de sa passion, quel(|ues instants avant d'aller mourir pour nous (5) ; et pourquoi, eu riusliluaut, il a cxprcs-

(1) Jctam Christum crucifixam, Dei virtalcm et Dai sapi«ntiam.

(2) 0| us tuum.

(3) Menioriam... (V. épigr ).

(4) Uecoliiur memoriu pas^ioDis ejas, et futuns gloris nobis pignat dalur.

(3) Pridic auam puterelur (Can. tn'ts.).

sèment recommandé que nous le célébrassions en mémoire de sa passion (I). Faisons donc aujourd'hui de cette institution iiielTiiblc l'objet de nos méditations, après en avoir considéré hier la révélation et la promesse; cxaniiiioiis comment l'iiistitulion répond à hi révélation et à la promesse, afin de nous forlilicr toujours davanlai^c dans notre foi. d'accroître notre amour pour le mystère oi^i le Dieu d'.imour s'est laissé en aliment de l'esprit et du cœur de ceux qui le craignent. 11 ne saurait y avoir un temps plus faxorable que le temps de la passion pour méditer ce mystère, souvenir toujours subsistant, renouvellement toujours efficace des mystères de la passion (2).

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