PREMIÈRE PARTIE
David avait prédit mille ans auparaA^ant que les rois de la terre et les puissances de l'enfer formeraient un accord horrible, qu'ils ourdiraient une conjuration criminelle pour f.iire mourir le Fils de Dieu, le ftlessie, le Sauveur du mondo, pour ôter de la terre des vivants jusqu'à sa mémoire et à pon nom*; mais que le Dieu qui luibitc dans le ciel dissiperait CCS desseins, qu'd se jouerait de ces trames ténébreuses, et qu'il les couvrirait de ridicule et d'opprobre (3). Mais les impics, me dircz-Nous, u'out-ils
(I^ Hoc ficite in meam commcmoralionem {ilatth. xxn).
(2) Menioriam... (V. épigr ).
(3) Astiterunt reges lerrx, principes couveneruat in unum adTersas
fias, effectivement, porté la main sur le Fils de Dica fait homme ? >'c l'ont-ils pas crucifié et mis à mort sans pitié? Où est donc raccoinplissemcnt de cet oracle propliéliqiic que les desseins des hommes et des démons contre la vie de l'Homme-Dieu seraient impuissants? L'accomplissement s'en est fait principalement par riincharislie : c'est dans ce mystère que Jésus-Christ s*est donné une cxislencc, une vie Douvcllc : la vie, l'existence sacramentelle, par où, même après son immolation en un seul temps et un seul lieu, il ne laisse pas que d'être toujours vivant en tous lieux et en tous temps ; par où, malgré les efforts des hommes et dos démons pour l'ôler du monde, il y est néaumoius demeuré jusqu'à la fin des temps.
Ce fut dans cette nuit cruelle où les ennemis de Jésus-Christ et sondisciplejcsscribesel les pharisiens, les Juifs elles Romains, avaient résolu de capturer le Mes^ie pour l'immoler à leur haine, à leur fureur; ce fut cette nuit même (I) que le Seigneur avait choisie pour donner aux hommes la plus grande preuve de son tendre amour ; pour montrer que les eaux fangeuses de leur ingratitude, de leurs infamies, de leurs crimes, n'avaient pu éteindre le foyer de son immense charité; pour prouver que tous leursefforlJ s'évanouiraient devant son pouvoir illimité (2).
Botninuni, adversus Christam f jus. Qui habitat in cœlis iriidcbit ea«, et Dominus subsannabil eos {Ptul. xi).
(1) In qi;a nocie tradehatur.
(2) Aqu» mulUe non potutiunt exiinguere chantâtes.
A rissae de la cène légale de l'agnean mystiqac, après avoir donné l'exemple mémorable d'humilité et d'abaissement, en lavant lui-n;êmc, 31alîre et Fils de Dieu, les pieds à ses disciples, aux enfant* des hommes ; après avoir repris sa place à tuble, ainsi que ses douze apôtres, il prend enire ses mains divines un pnin non consommé dans le repas ; après l'uclion de eràces, il le bénit, le divise en morceaux et le distribue aux disciples, en disant : « Prenez et mangez : ceci est véritablement mon corps; le corps même qui est immolé pour l'amour de vous (I). »
Prenant ensuite une coupe remplie de viu, également après l'action de grâces à Dieu, il la bénit ; en ayant bu lui-n.éme, il la passe aux disciples, aûa qu'ils en boivent aussi, en leur disant : « Buvez tous de cette coupe : ceci est mon sang du IS'ouveau Testament, qui se répand pour vous, et sera répandu pour tous pour la rémission des péchés (2). » Quelle narralion ! quelles paroles! K'y a-t-il pas autant de simplicité que de sublimité, autant de clarté q le de mystère, autant de bricvelé que d'éloquence, d'efficacité, de puissance de l'inclTuble vérité du my^tèrc î
Remarquez d'abord, discut saiut Jérôme et Uède ,
(1) Cœnanlibus autrm i'.lis, arcepit Jrsus panem et, graias awoi, beneilixit, fr^^iii deditque discipulis sui^; iii<-ens : Aci-iiiiie ei luanducaie : Uoc est corpus ratuin, quod iiro voLis daur [ilatth. xxvi; Luc. xn).
(il Siiui'.iicr aciipi us et culicciii, post(|uuiii cœnavit, gruiias e{.it et dédit i.lis diccns : B.l<iie ex boc oiiines : [lie est cniiu siiiiguis mniâ novi testanieuli, qui pro Tobis lundiiur (i^/i't6\JiZ'i(tv), qui pro vobis cffuad«tur, ia renu;>&ioaem peccatoruui {.Mallk. uni, 28 ; lue. xx).
que Jésns- Christ n'institue la cène eucharistique qu'après avoir achevé la cène de l'agneau prescrite par la loi. C'est ainsi qu'il a prouvé que la pûque légale était l'cniblèmc de la véritable pûque eucharistique ; C|uu lu maïukicalion de l'agneau n'était (|u'uii s}mbolc désormais aniiUlé par la ré.ilité qu'il y subàliluait en la réception do son sacrement (I). Ilappelcz-voiis ciisuile que le Seigneur, eu opérant le miracle de la mulliplication des pains, comme le racontent les quatre évangélistes, leva les yeux vers le ciel, remercia son divin Père, bénit le pain qu'il avait entre les mains, le mit en morceaux, le donna à SCS disciples, afin qu'ils le distribuassent au peuple (2). Dans l'institution de rLucharistie, le Fils de Dieu répète exactement les mêmes cérémonies, et les évangélistes nous les rapportent exactement dans les mêmes termes. Chacun sait que la science des Livres saints est subordonnée à des règles ; qu'il y a relation de mystères entre les divers passages de rtcriture où se trouve identité d'expressions. Le Seigneur, en répétant dans riiislituliou de l'Eucharistie les cérémonies de lever les yeux au ciel, de remercier le Père, do bénir le pain, de le diviser,
(I) Poslquim typicum pasrha fiurat implctum, et agni carnes cum apostulis coiiiL'dL'i'ut, ad veruiu pasctia trans^rediiur Siicramenium (lliiT., Coinm. in Matth.). Ut, pro carii« el sanguine agni, sui corporii tic sunguiins sucriimeiilum subsiitucrct (Deda, m Marc).
("il Jésus crgo, accciiUs paiiihus, aspiticns in cœhiin, rum gralia» egls&ei, bencdixit ac fregil panes, et di^liibuit discipulis suis, ut poocrcût anle turbas {JUalth. uv, 19; Marc, vi, 41 ; Luc. u, 16: Joan.
cérémonies qu'il a\ait pratiquées en multipliant les pains, nous a fait connaître clairement que, dans ces deux circonstances différentes, il s'était agi du môme mystère; que le prodige opéré dans le désert avait été la figure de celui qu'il opéra plus tard dans le cénacle; qu'il y transforma le pain en son corps véritable, pourriiliment de l'àme, par l'exercice de ce môme pouvoir divin avec lequel il a ait multiplié auparavant le pain, pour la nourriture du corps.
Observez encore l'expression des évangélistes : «il pnl le pain (I ), » quoique dans l'histoire de cette cône il n'y ait eu aucune mention de pain. Q el est donc ce pain que le Seigneur prit alors entre ses mains? C'est celui dont il avait si longuement parlé, l'année précédente, dans la synagogue de Capharuaiim, et dans laquelle il avait promis solennellement de donner son corps; où il avait annoncé^ dans les termes les plus magnifiques, les effets surnaturels qu'il devait avoir relativement au salut éternel de l'ûme, k l'immortalité du corps. Cette expression si simple : « il prit le pain entre ses mains,» rattache à la révélation faite à Capharnaum le mystère accompli à Jérusalem ; elle rapproche la synagogue et le cénacle ; elle les met en face l'une de l'autre pour se parler tour à tour, se répondre, se servir alternativement d'cxpli. cation, de commentaire, de preuve.
Économie admirable de la Sagesse divine, pour établirsolidcmeut li vérité d'uu ausi»i gruudmy:>tère !
(1) ACMpit PUMB.
— loi — Qannd noos n'aurions quo la révélation clla promcfse de l'Eucharislie rapportées par saint Jean, sansTliistoirc de son inslilution donnée par les autres évangélisfcs; ou bien, quand nous n'aurions que l'exposé de l'inslitulinn, l'un ou l'autre de ccsdcuK passages de l'EvauLile expliqués par la tradition, confirmés par la croyance univirstlle de l'Église, suffiriit plcincmcnt pour nous convaincre delà vérité du mystère. Le Seigneur, néanmoins, n'a pas \oulu fonder sur une seule de ces deux circonstances le témoignage écrit de celte incomiiréliensiblc et très haute vérité. Il a voulu que la prédiction et l'accom plissement, la parole et l'action, la doctrine et le fuit, la promesse et l'exécution du mémo mystère y fussent également consignés. Youlez-vous doue savoir ce que fit le Seigneur, lorsque, ayant pris en main le pain et le vin, il dit, d'après saint I\!atlliieu, saint Warc, saint Luc : a Ceci est mon corps ; ceci est mon sang (I). » Lisez le passage de saint Jean, où il avait dit en termes si clairs : « Je donnerai dans le pain ma chair môme qui doit être immolée pour le salut du monde. Je ferai de ma chair une véritable nourriture, et de mon sang un véritable breuvage (2). »I1 a réalisé la grande vérité qu'il avait si clairement prédite; il a institué le grand sacrement qu'il avait si solennellement promis ; il a dégagé sa parole de nous dotnier un jour son corps à manger et sou sang à boire. Ahî
(1) Hoc est corpus meum, hic est sanguis meus.
(2) Punis qucni ego dubo , caro uiea e^l pio muudi viia. Caro iMa vere est cibus; sauguis meus vcre est polus.
il n'y a donc plus de ténèbres, hormis celles qui sont inséparables du mystère de Dieu, hormis celles que la raison de rhomnic cnfaule dans sa prénom[ lion et son orgueil. Pour la raison humble, docile, soumise à la parole divine, tout csl clair, tout est manifeste, évident ; elle ne saurait conserver aucun doule raisonnable que le pain et le vin bénits, coiisacrés, distribués dans le cénacle, soient le vrai corps du Seigneur, sou vrai sang, solennellement, itérativcment promis en termes si jjo-iiifs au scia de la synagogue.
Qui jiourra jamais expliquer la surj)rise, la consolation, rencliantement des apôtres, en entendant, en voyant iin aussi grand prodige s'opérer sous leurs yeux. ? Lors delà révélation que le Seigneur en avait faite, ils avaient, comme nousl'avons vu hier, répondu en la personne de Pierre, par une protestation humble mais confiante , tendre mais généreuse. Les apôtres y avaient parlé delà manière la plus propre, la plus caractéristique, la plus convenable à un disciple de Jésus-Christ qui, au licude cherchera scruter cu:ieusement les oracles du divin Maître, se borne à les écouter docilemcut, sans même s'en persuader; à y croire humblement, sans même les comprendre, attendant avec une résignation dévouée le temps opportun où il plaira à ce même divin Maître d'en donner rintelligcnce et la signilicalion (I).
Or, pour les apôtres, ce temps arriva à la deruiôre
(t) IIoc discipuli est : qus Magisler traJit non curiosias Investifiare, fted audire et crcdcre, ttl idoueuui icuipus âoluiiouis ei^jcciurc.
c6nc. TvC Seigneur, prenant alors en ses mains divines le pain, le changeant, par sa parole toute-puissante, en son vrai corps, leur dc^clara, par le fait, que le pain torreslrc et viable est la matière qu'il avait choisie pour couvrir un pain céleste et in\isible; que, sous les apparences du [/ain corporel qui soutient la vie du cor|)s, se cache l'alinicnl spirituel qui rend le corps et l'ànie ininiortels. Les aj ôlres Noient donc ncluellf-meut de leurs yeux la vérilé du inysîère qu'ils avaient entendu de leurs oreilles ; ils voient la réuli'.ô de la promesse à laquelle ils avaient cru ; et, en récompense, dit saint Cyrille d'Alexandrie, de leur foi et de leur docililc, ils reçoivent la solution manifeste du mystère refusée aux apôtres apostats, présomptueux et incrédules (I). Eu leur disant, en effet : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ; prenez et buvez, ceci est mon sang, » c'était leur dire : Ceci est le pain céleste, meilleur que la manne; ceci est le fortifiant divin que j'ai promis de vous donner. Dans ce pain, qui n'est plus pain, j'ai renfermé tout mon corps ; dans ce vin, qui n'est plus vin, j'ai recueilli tout mou sang. Vous connaissez donc à cette ln.'ure ce comment, que vos autres compagnons voulaient scruter avant le temps et qu'ils n'ont point mérité de cour.aîlrc a cause de leur présomption. Vous voyez en cet inslap.t comment, encore vivant au milieu de vous, je devais donner ma chair eu nourriture et
(\) Video qiinmodo insipientibus et creders nolentibus non ezplicat, sed jam credcuiibus claiissiine cxpromit.
mou sang en breuvage. Maintenant que je l'ai accompli, vous voyez comment se fait un mystère, objet de tant de murmures et de tant d'apostasies, à l'époque où je vous le révélai. Prenez et mangez : il ne s'iigit point de symboles ni de figures, mais de substance et de réalité. Vous voyez maintenant comment s'cff.due cette mauducalioii vraie et sensible dont je "VOUS entretins alors. C'est i;ia [larole toute-puissante qui a changé ce pain en mon corps : vous le mangez réellemci.tsouslesaj)parcnccsdu pain. C'est ainsi que je dégage ma promesse et que je lu réalise (I). Apprenez, parce que vous m'avez vu faire, comment, par la vertu de ma même parole divine prononcée |)ar vous et par vos successeurs sur la matière du pain et du vin, vous changerez, à votre tour, le paiu et le vin en mon corps et en mon sang ; comment, par cette grande inslilulion, tout en séjournant au ciel, jeu'endoiuierai pas moins continuellement mon corps eu nourriture et mou sang eu breuvage aux hommes sur lu terre ('2).
Le Seigneur ajouta : (t Mangez- en tous et buvezen tous (3). i) Il n'a donc pas fait voir seulement que, par sa parole, il venait de changer le pain en son corps et le vin en son sang, mais que son corps se trouvait tout entier dans chaque parlic du pain, et son sang dans chaque goutte de viu : autrement, il n'eût pas
(1) Accipite et manducale; hoc est corpus meum.
(2j Hoc faille ici nie.im couiuitoioraliouem {Ualth, xma^
(3) Maoducate, bibite onuie*.
été "vrai que tous cassent mangé son corps ctbu son sang tout entiers. Il a donc montré le pouvoir de mettre son ccr) s drus les éléments eucharistiques, tout en restant visible à ses ai;ô!res, en conservant sa place personnellement; il a montré en action et simultanément le niinicle de la traiîssubstautiation et celui de la mullipiiciition de son corps diNin, que les Caphariurilcs avaient refusé de croire, malgré qu'ils en eussent vu le gage et i'eniblènie dans la multiplication des {iaiiis. 11 a récompensé la foi des apôtres et fortifié la nôtre. 11 a détruit la difficulté de pouvoir se trouver simultanément en plusieurs lieux par ce qu'il a fait avant sa mort; il a rendu sensible ce qu'il devait faire après elle. Il nous a facilité cette croyance, qu'après être monté aux cieux, il n'en serait pas moins présent dans l'Eucharistie, puisque, étant encore sur la terre, il fut en même temps, visiblement en luimême, assis à sa place dans le cénacle; et in visiblement dans le sein des apôtres, qui, sous les symboles du pain et du vin, le reçurent tout entier. Quel ne fut pas, à ces paroles, à cotte vue, l'excès de l'admiration, de la reconnaissance, de l'amour des apôtres! Oh! combien ne plaigniienl-ils pas la résolution inconsidérée de leurs compagnons qui s'étaient séparés de la société de Jésus, vu que, au lieu de croire à sa jarolc, ils voulurent s'en faire les juges ! (Jh ! combien ne s'ap|ilai:direMl-ils | as o'avoif écoulé docilenient, d'avoircru fermement cette, aroledivine, d'éîredemeu» rés unis au Seigneur, d'avoir eu ainsi le bonheur de la voir accomplie ! Ohl comme ilsse fortifièrent toujours
darantajre dans leur foi, répétant avec un enthousiasme toujours nouveau : « 0 Seigneur! vos paroles sont vérilablemeut la vie éternelle; nous savons maintenant, plus que jamais, que vous êtes le FUs de Dieu, le Sauveur du monde (I). »
Ce sout de pareils senlimenls de reconnaissance envers Dieu, de saintes complaisances en nous-mêmes pour notre fidélité à persister d;uis la compagnie de Jésus, comme les apôtres, par la profession d'une même foi; ce sont de f arcils sentiments, dis-je, que nous devons ressentir, à notre tour, à l'aspect de tant d'incrédules orgueilleux, qui, comme autrefois les Juifs de Capharnaiim, se jouent du mystère eucharistique et méprisent son Auteur ; à la vue des deux ou trois nations chrétiennes, qui, fascinées par l'hérésie, se sont révoltées contre ce dogme consolateur, et qui, semblables aux premiers disciples, au lieu d'y ajouter foi, ont préféré renoncer à la vraie société, c'est-à-dire à la véritable Eglise de Jésus-Christ (2).
Est-il bien vrai, comme le prétend l'incrédule, que, dans ce grand mystère, on nous propose à croire l'ini-
(I) Verba vits «ternae habes. Et nos eognoscimns et crcdiinus quia ta es C.h isius Filius Dei.
(2j Le mystère eucharisliquc a été un motif do schisme dès les premiers siècles du chnsiianisme. Le grand mariyr saint Ignace, ccritain des temps apostoliques, disait : • Les bcrétiques ont abandonné l'Église et Ii conimuni n de prières avec nous, pour n'avoir pas voula croire et confesser que le orps de Nolrc-Scignenr Jcsus-Chri>t, qui a souffert pour nos pc(h:s, est vérilablement Mws l'Eucharistie; en attaquant cet insigne don de Dieu, eu recherchant tonj mrs le Trai, sans junaii le trouver, il* courent k la mort cteroeila : Uxrtliei, » eit.
- ilô-
possible, le contradictoire, l'absurde? Serait-il impossible à Dieu de transformer une substance en une autre, la substance d'i paiuet du vin en la substance du corps et du sang de Jésus Christ? Ah ! disait saint Anibroise aux Gentils , « à la simple parole du Verbe éternel, le monde entier est sorti du néant; pounpioi la parole du Verbj même de Dieu incariic, qui put de rien faire ce qui n'était pas, ne pourra-t-elle pas changer ce qui élait en ce qui n'était pas? C'e>t un prodige plus grand de créer une chose que d'en changer la nature. Or, pourquoi cehii qui a fait davantage ne pourra-t-il pas faire moins (1)?» Le pain eucharistique,ajoutait encore le même Père, avant que les paroles sacramentelles ne soient prononcées, n'est qu'un pain ordinaire : après la consécration, il se change en la chair de Jésus-Christ. Ce n'est point avec des paroles humaines que cette consécration est faite, mais avec celles du Fils de Dieu. Si telle a été la puissance de la parole de ce divin Fils, qu'elle a donne l'existence aux cires qui n'étaient pas, combien ne le scra-t-elle pas davantage lorsqii'd s'agira de changer en un autre l'être déjà existant? Si telle fut rifllcaiifé de celle parole dans les choses ïiaturelles, pourquoi en manquerail-L'lle dans le sacrement céleste et divin? Il ne saurait donc | lus y avoir de diniculté dès qu'on est convaincu que c'est par la parole céleste (jue se fait la cousécralion, d'où résulte la transfunuatiou
(1) 5crnio f.lihsù potuit ex nihilo farere quod non erat; non pote»! ea qus suut in ïd niutaru quoil non crat. N' n cnini niiuus est u«vas rébus dare quant mutare naiuras {De Sacram., lib. IV).
da pain et do vin au corps et au sang du Sauveur (1). Pendant que saint Ambroise raisonnait ainsi en Occident, saint Jean CI>r}'sostomi', ce gratid céiiie, tenait dans ce même IV* siècle, un lanp;a^c idcnlirpie en Oiient. Jésus-Christ, disait-il, est loiijoars | réscnt au sacrifice eucharistifuie. Kt de même qn*il s'assit à la table des apô:res dans la deriiicro cône, de même il consacre sur nos autels (2). Car, souvenons-nous en bien, ce n'est point |iar la vertu de l'iiomme que le pnin et le vin que nous offrons deviennent le corps et le san;; de Jcsus-Clirist, mais parla vertu de ce même Seigneur, qui est mort pour nous (3). Le prêtre ne fait que prononcer les paroles; la grâce et la pmssance divine leur donnent l'cfiGcacilé (4). Jésus-Christ a dit : ce Ceci est mou corps,
(1) Iste pani^, ante verba sacratnentorum, panis est usitatus; ubi accesseril consecralio, de pane fit cara (hiisli. Consecralio autem quitus verbis est cl quibus sernioriibus, nisi Domiui Jesu? Si eniin lanta ▼is est in ejus seiDione, ut im ipereut fisse quae non erant, quaiilo niagis operaiorius est ulqus eraiit iii aliiid coniniutenlur! Si ei.im o.icraïus est sernio cœlcslis in aliis rebu5. ne opcraïur in cœlestibus sacranieii is? Ergo ex pane fit corpus Cbri^ti, et ex vino fil sanguis consecratioue Verbi cœles is (Loc. cit.).
{'il Illc |irxsto cstCbristus; et qui illam ornatil mcnsam, istam quo> que ronsecrai.
(ô) Non e.iim homo est qui tarit ut proposita fiant corpus et sanguis Cbrisii, sed illc qui pro i;obi$ crucifixus est Lhri>tu$.
(4) Sicerdotib ore verba proferuniiir, Dei auttni virtule consccrantur et gratia— Saint Cu(h>r, ancien cvéquc des Gaules, s'espiniaii de la méine manière : QuiU mirwn ! disait-il etc. Le graud saint Thomas, faisant étho à ces Pères, disait : « Qu'il n est pas fait dans le symbole une meution expresse du dogoi* «ucharislique, parce qu'il en est parlé
ceci est mon sang ». Or, c'est cette grande parole, sortie une première fois de sa bouche divine, qui, par la bouche des prêtres, circule et se répète jusqu'aujourd'hui, et qui se répétera jusqu'à la seconde \cnue du Maître du monde avec une énergie indéfectible sur tous les autels de la vraie Eglise ; telle est la base de la Nérité du mystère (1).
Il n'est pas nécessaire, ajoutait saint Gaudence, de remontera l'origine des choses, ni d'aller si loin pour démontrer la possibilité d'un mystère dont le symbole et la figure sont constamment sous nos yeux. La végétation qui s'opère dans la nature n'est , sous certains rapports, qu'une transsubstantiation continuelle , soit la conversion d'une substance en une autre. C'est l'eau du>ciel, l'air, la chaleur, la terre qui se changent, se transforment en herbe, en plantes, en arbres, en fleurs et en fruits. Le pain que nous mangeons n'est que de la terre transformée en grains. C'est ce même Dieu qui a créé toutes les natures des corps et qui convertit la terre en pain, qui, dans le sacrement, convertit de nouveau le pain en son corps : il a eu la boulé de le promettre; il a le pouvoir de le faire (2).
imvliciiement dans l'ariide : Je crois en Plai tout -puissant, ftc, riiucharisiic élan l'œiivr.' par cxcpllcncc ile 1 1 iome-| uissince de Dieu,
(t) Ipse ail: < Hoc rsl torp s nu uni; hic est sipguis meus. Vox illa irmel dicta, sed per singulas Ecclesiae meiisas usque in hodiernum diein, et usqiic ad rjjs adveninm, praestal ^acriticio (irnii:atein (Uouiil. dt Pioditione Judœ).
(S) Ipse naturae creator, qui producit de terra pauem, de paae ninus «fiScit proprium corpus ; quia promisit et potest.
« Bien plus, ô homme! disait Samoua, évêque de Gaza , à un orgueilleux Sarrasin ; bien plus , pour trouver un exemple, une preuve de la conversion d'une substance en une autre , tu n'as pas besoin de sortir de toi-même; elle subsiste en toi. Tu manges le pain, les légumes et les fruits ; n'est-il pas vrai que ces substances^ digérées par la chaleur de ton estomac, se transforment au dedans de toi en d'autres substances, se convertissent en chair, en sang, en os, en nerfs, en peau? c'est de la nutrition et non point de la naissance que tu tiens la grandeur et la masse de ton corps. Oserais-tu dire que le feu de l'Esprit divin soit moins efficace que la chaleur naturelle de ton estomac ? Si donc cet organe a la puissance de convertir les aliments en corps humain, pourquoi le Saint-Esprit ne pourra-t-il pas convertir le pain en corps de Jésus-Christ (1)? Tu ne comprends ni ne comprendras jamais comment cette transformation s'opère en toi : c'est là un mystère profond, incompréhensible de la nature ; cependant tu n'en doutes point, tu y crois. Crois donc aussi à la transsubstantiation eucharistique, au grand prodige de la grâce, malgré que tu ne le comprennes pas. »
Est-il possible, dira-t-on, que le corps tout entier de Jésus-Christ se trouve tout entier dans une petite hostie et dans chaque partie de l'hostie? Et pour-
1 Cur igné suae divinitatis Spiritus Sanctus non commutât panem in corpus Christi, si jecur alimenlum commutai iu corpus hominis? An non coHcedis posse Spiritum Sanctum prœstare quod jecur tuum (Apud Beyerliuk., Euchar.) ?
quoi non? Comme Dieu peut dilater immensément une même chose, ainsi il peut l'amoindrir immensément. L'homme tout entier n'est-il pas dans le germe qui l'engendre? Un arbre n'est-il pas tout entier dans la semence qui le produit? « La prunelle de l'oeil^ disait Elvicus, n'est-elle pas une surface extrêmement rétrécie; néanmoins la lumière y représente une grande étendue de pays, une montagne tout entière; car c'est ainsi qu'elle les voit. Le corps entier du Seigneur peut doïic fort bien se trouver contenu dans une très-petite espèce (1). » Mais ce que Ton voit, direz-vous, se trouve dans l'œil d'une façon intenlionnelle ; tandis qnc le corps de Jésus-Christ se trouve dans le pain consacré d'up.c manière sacramentelle. Bans TEucharistie, revêtu des caractères de la gloire , parmi lesquels figurent , selon saint Paul, la spiritualité, l'impassibilité et la subtilité, le corps du Seigneur, se trouve comme substance spirituelle, invisible et indivisible, à la manière d'un ange, selon que la théologie l'explique et l'enseigne (2). Si un ange se cachait sous une hostie, il serait tout entier dans cette hostie, précisément comme l'âme humaine est tout entière dans tout le corps et dans chaque partie du corps ; comme Dieu est tout entier aans tout le monde et dans chaque point du monde : pourquoi donc ce même Dieu ne peut-il pas
(1) Tanta magnitudo sub parva specie tota latct; sicut in parva pupilla oculi totus nions accipiuir et vitlctur.
(2) Cogilet Clivistuin ibi cssc instar angeli, pcr modum substantisB «piritualis, iuvisiijilis el iiulivisibilis (Vid. Corn, a Lup., inl Cor. xt).
mettre son humanité tout entière dans l'hostie et dans chaque partie de l'hostie où il est présent avec sa divinité? Si un ange se cachait dans un pain, vous ne verriez point l'ange, dit l'interprète, mais le pain seulement; vous n'auriez le sentiment, le goût, l'odeur que du pain ; néanmoins, vous ne douteriez pas de la présence de l'ange dans ce pain, si un prophète vous en avait donné l'assurance : pourquoi donc refusez-vous de croire que Jésus-Christ se cache dans l'hostie consacrée, supposé que ce même Jésus- Christ, qui ne saurait mentir, nous l'ait dit ? Cette manière d'exister spirituellement, invisiblement dans une hostie serait, pour un ange, une chose naturelle ; pourquoi donc le Dieu tout-puissant ne peut-il pas donner au corps de Jésus-Christ une manière semblable d'exister dans l'Eucharistie (1)?
Si l'on considère un homme, on ne voit en lui que corps et matière ; nul, cependant, ne doute qu'il ait une àme qu'on ne voit point ; les propriétés des métaux et des minéraux, les vertus des plantes ne se découvrent ni à la vue ni au toucher : où est, nonobstant, celui qui en doute, après les découvertes et les épreuves des chimistes? Qu'importe donc qu'on
(1) Si angélus se insereret hostise, rêvera in ea inesset, sed absconditus; et lu non angelum, sed tantum panem videres, sentires, gustares: angelum tamen in ea latere crederes, si propheta quispiam id tibi asseverasset. Cur ergo non credis pari modo Christum sub bac bostia latere, sed absconditum, cum Cbristus idipsum asseveret, qui mentiri non potest? Modum enim bunc existendi spirilualem, invisibilem, qui naturalii est augelo, Deus sit oninipotens, potest dare supernaturaliter corpOTi Chrisli in Eucbarislia (Loc. cit.).
ne voie point Jésus-Christ dans l'Eucharistie, puisqu'il a assuré lui-même qu'il s'y trouve réellement, et que les preuves de ce grand miracle de la reliiuon l'emportent sur les expériences des chimistes? La foi en l'Eucharistie, pourra-t-on m'objecter, n'implique-t-elle pas contradiction dans les termes? ne propose-t-elie i)as à croire le contraire de ce qu'attestent les sens? n'exige-t-elle pas que là où les sens ne voient, ne touchent, ne savourent que pain et vin, ou croie qu'il y a réellement le corps, le sang, l'àme, la divinité de Jésus-Christ, S'il en était ainsi, Dieu n'userait-il pas de sa toute-puissance pour se jouer de nos sens, pour nous tenir dans une erreur perpétuelle , dans une illusion étrange ? Et comment admettre cette supposition , sans insulter à la providence, à la véracité, à la majesté infinie de Dieu? Tels sont les raisonnements de l'incrédule. Hélas! tous ces discours reposent sur une fausse hypolh6se et sur l'ignorance des doctrines de la vraie philosophie et de la vraie religion. La vraie philosophie reconnaît qu'il y a dans les corps les accidents et la substance, les espèces et le sujet; que les accidents sont séparables de la substance par la vertu de celui qui a créé la substance et les accidents sous lesquels la substance est voilée ; que les sens n'aperçoivent que les apparences et les accidents; néanmoins le jugement de la substance ne tombe point sous les sens, mais n'appartient qu'à l'intellect. Or, la fin de l'Eucharistie propose à croire que la substance seule du pain est convertie en la substance du corps
du Seigneur ; mais que les espèces et les accidents, séparés par une vertu divine de leur substance naturelle, demeurent les mêmes. Ainsi, ce que les sens découvrent, ce qu'ils jugent, à savoir : la couleur, la figure , l'odeur et le goût du pain , se trouvent véritablement dans l'Eucharistie. Les sens, dit saint Thomas, en jugeant de la permanence de ces espèces, ne sont en aucune façon trompés (1). De là vient que la foi de l'Eucharistie, sans contredire les sens, éclaire l'intelligence. De l'existence des accidents du pain, attestés par le témoignage des sens, l'intellect conclut l'existence de la substance du pain. Or, la foi suggère à l'intellect que celte conclusion, légitime quand il s'agit du pain commun, est erronée lorsqu'il s'agit du pain consacré, puisque, par la consécration, la substance du corps du Seigneur est substituée à la substance du pain, et, ce qui se voit restant, ce que l'on croit est toute autre chose. La foi modifie un jugement de Tesprit, sans annuler, sans démentir le rapport des sens. Il ne saurait donc y avoir là ni jeu, ni illusion, ni tromperie de la part de Dieu : l'on n'exige point de nous de croire sottement une contradiction, mais d'adorer humblement an mystère. Il est vrai que ce mystère est fermé h l'intelligence ; mais ce ne serait plus un mystère, s'il lui était accessible. Serait-ce là peutêtre une raison pour le nier? Vous ignorez ce que
(1) Ut sensus a deceptione reddantor immunes, dum judicant de ac-> ciileulibus sibi notis {Offic. de fett. Corp. Christi, 2« uoct.).
c'est que Tâme, le corps, le sentiment, la parole. Vous ignorez ce que c'est que le sommeil, la digestion, la vie. Tous ne savez ce que c'est que le temps, le lieu, la lumière, l'air, le feu, l'attraction, la gravité, le magnétisme. Vous ne savez ce qu'est un vil insecte, un brin d'herbe, un grain de poussière. Niezvous, néanmoins, tous ces objets, parce que vous ne les comprenez pas? Abaissez donc votre misérable raison devant les mystères de la religion, puisque vous la soumettez avec une docilité d'enfant à tous les mystères de la nature et de la philosophie : à des mystères que j'appellerai plus incompréhensibles encore et plus absurdes, aux mystères de l'incrédulité et de l'hérésie; et, dès qu'il vous en coûte si peu d'accepter ces erreurs incompréhensibles , fruits monstrueux des délires et des passions humaines, ne soyez plus si difficiles, abaissez-vous devant des vérités incompréhensibles, mais divines.
Les hérétiques, qui rejettent un aussi grand mystère, se contredisent eux-mêmes; ils sont plus absurdes encore que les incrédules : en effet, en affectant un respect pour la lettre des Ecritures, qu'on pourrait quaUfier de superstitieux; en niant l'Eucharistie, ils nient un dogme qui y est révélé dans les termes les plus clairs et les plus précis. Que font-ils pour justifier cette apostasie? Ils recourent à une doctrine toute de leur invention, inspirée par l'orgueil, soutenue par l'imposture , basée sur l'absurdité. Voici ce qu'ils affirment : Quand Jésus-Christ dit : « Ceci est mon corps, ceci est mou sang, » il parla dans un
sens mystérieux, et voulut dire que 1? pain et le Tin n'étaient que la figure et le mémorial de sou corps et de son sang, et non point son corps et sou sang en réalité. Mais, ô blasplièmes aussi impies qu'ineptes, grossiers et insoutenables !
K'est-il pas évident, d'abord par l'Evangile, que toutes les fois que Jésus-Christ, avant d'opérer une œuvre, levait les yeux au ciel, remerciait et priait son divin Père, l'acte qu'il opérait alors était un prodige et un grand prodige ? Tel est le spectacle qu'il offrit lorsqu'il multiplia les pains et ressuscita Lazare. Par ces préludes singuliers, Jésus-Christ donnait à entendre qu'il avait bien reçu, même en sa qualité d'homme, tout pouvoir de Dieu, et c'est de quoi il le remerciait ; il se montrait comme le vrai confident, l'égal, le vrai Fils de Dieu ; il annonçait qu'il procédait à une œuvre qu'dne pouvait effectuer que comme Dieu. Après avoir accompli toutes ces cérémonies augustes, de lever les yeux au ciel, de remercier son Père tout-puissant (I) ; avant de prononcer ces grandes paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang,» n'est-il pas manifeste, évident que, dans cette circonstance aussi, il opéra un grand miracle lequel exigeait toute l'omnipotence de Dieu? Et que fut ce miracle, ou que pouvait-il être, en effet, sinon de donner à sa parole une réalité divine, de placer véritablement son corps et son sang sous les acci-
(1) Elevatis oculis in cœlum ad te Patrem suum onmipotentem, tibi gr«ti&8 agens (Can. Miuse).
dents de ce pain et de ce vin dont il dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ?» Cette croyance seule conserve aux paroles du Seigneur leur dignité, lie les prémisses avec les conséquences et met l'Evangile d'accord avec lui-même. Si, au contraire, le Seigneur ne fit pas autre chose que laisser, comme il plaît à l'hérésie, le pain et le viii comme de simples figures de son corps et de son sang (état de choses qui n'avait rien d'extraordinaire ni de prodigieux), on sera forcé de reconnaître qu'il se joua des apôtres et de leurs imitateurs dans la foi, par des préludes aussi graves et aussi importants, et en se bornant enfin à recommander le rite le plus stérile ; en faisant croire qu'il voulait opérer un miracle, et en terminant par une cérémonie insignifiante et inepte; en prenant le ton, le maintien d'un Dieu, et en achevant par une action d'homme. 0 bouffons sacrilèges qui, non contents d'avoir ridiculisé le culte de Dieu, prétendez faire du Fils de Dieu lui-même un bonffoji, en lui attribuant d'avoir, à la dernière heure de sa vie précieuse, agi avec une telle feinte et une telle légèreté, d'une manière inconvenante pour un sage, absolument indigne d'un Dieu!
Ensuite Jésns-Christ substitua (les hérétiques en conviennent) la célébration de la cène eucharistique à la manducation de l'agneau, pratiquée jusqu'alors par les Juifs ; il établit cette cène comme mémorial perpétuel de sa passion et de sa mort, en disant, selon l'Evangile : « Faites ce que vous m'avez tu
faire, en mémoire de moi (1), « et, d'après saint Panl : « Par ce mystère, tous annoncerez celui de ma mort jusqu'au temps où je Tiendrai juger le monde (2).u La cène eucharistique est donc un mémorial toujours subsistant, un renouTellement toa jours sublime de la passion et de la mort du SauTeur en tant que, dans le pain consacré, se trouTe Téri tablement son corps qui, dans les accidents qui le recouTrent, est broyé, consumé, sacrifié et offert mystiquement; en tant que, dans le vin consacré, se trouTe son sang mystiquement bu, diTisé et répandu pour la rémission des péchés. En admettant que ce pain et ce Tin ne sont rien au delà d'un pain et d'un Tin bénits, il ne saurait être en aucune manière le renouTellement, la représentation de la passion et de la mort du SauTeur. Quelle relation, quel rapport, quelle analogie y a-t-il et peut-il y aToir, en effet, entre le simple pain et le simple.Tin, et le corps et le sang de Jésus-Christ ? Comment, en mangeant un peu de pain et en buTant un peu de Tin, pourrait-on accomplir un renouvellement commémoratif de son corps immolé, de son sang Tersé pour notre salut? Au contrair'î, l'agneau, animal doux, patient, pacifique, qu'on sacrifiait et qu'on mangeait chez les Juifs comme figure de l'immolation future et de la mort de Jésus-Christ , représentait bien plus parfaitement la mansuétude, la patience et la paix avec
(1) Hoc facile in meam commemorationem.
(2) Mortem Domiai annuntiabitis donec Teniat.
laquelle le Rédempteur du monde souffrit et mourut. S'il n'avait donc laissé dans l'Eucharistie qu'un simple pain, emblème de son corps; il n'aurait aboli le symbole antique, expression si sensible, si vive, si fidèle de son sacrifice, que pour y en substituer un nouveau, incapable de le retracer en aucune manière. Il eût, sans raison plausible, changé le culte et laissé à sa religion, plus parfaite que celle des Juifs, un mémorial plus imparfait en soi, je dirai même, un mémorial inepte, déraisonnable, inconséquent : effectivement, le pain et le vin eucharistiques ne diraient rien ni à l'imagination, ni à l'esprit, ni au cœur; ils ne seraient rien, n'exprimeraient rien, si Jésus-Christ n'y était véritablement présent. Or, comment attribuer sans impiété au Sauveur du monde une substitution aussi éphémère, aussi vaine, aussi stérile et aussi ineflicace?
D'un autre côté, les paroles de Jésus-Christ sont si fortes, si formelles et si claires, qu'on ne saurait rien exiger davantage, afin d'obtenir l'assentiment des esprits raisonnables; qu'on ne saurait rien y ajouter, rien y substituer de plus énergique, de plus concluant^ de plus approprié pour nous convaincre de la vérité du mystère. En effet, nous disons aux hérétiques, qui nient la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie : Supposez que le Seigneur eût voulu réellement mettre son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin, et nous les donner en nourriture et en breuvage : indiquez vous-mêmes comment il aurait dû parler, comment il aurait dû
s'exprimer pour nous inculquer une aussi grande vérité? Il aurait dû dire sans doute : « Sachez que ceci est mon corps et mon sang, non plus figuratifs et symboliques, mais vrais et réels : mou même corps qui, dans peu, va être crucifié pour vous; mon même sang qui va être répandu pour vous. Ainsi ma chair est une nourriture; mon sang est un breuvage, non plus mystique et idéal, mais sensible et corporel. » Eu tenant ce langage, il n'eût laissé aucune ombre de doute sur laréahté du mystère. Mais, ô hérétiques insensés! ô aveugles volontaires, comment ne voyezvous pas que c'est précisément de cette manière que Jésus-Christ s'est exprimé? >"'a-t-il pas dit, effectivement : « Ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; ceci est mon sang qui sera répandu pour tous : ma chair est véritablement nourriture, et mon sang véritablement breuvage (1).» Oui, Jésus-Christ a parlé non-seulement avec la magnificence, avec le pouvoir propre à un Dieu qui^ d'un seul mot, enfanta l'univers; mais encore avec la clarté, la précision d'un Dieu qui est la souveraine vérité. Le voilà qui prend le pain en ses mains, puis il cesse de l'appeler pain. Il ne dit point : Ce 'pain est mon corps; autrement, il eût donné à entendre que le pain, en restant pahi, contiendrait aussi son corps, c'est-à-dire que, sous une même agrégation d'accidents, il y eût eu deux substances corporelles, la substance du pain et celle
(i) Hoc est corpus meum, quod pro Tobis tradetar. Hic est sanguij meus qui pro multis effundelur. Caro mea vere est cibus; et sanguis meus Tere est potas.
du corps du Seigneur : ce qui est absurde ; c'est là l'erreur des luthériens, qui nient la conversion des substances dans le mystère eucharistique. Mais il dit : « Ceci est mon corps ; » en sorte que le pronom ceci s'accorde avec le substantif corps : comme lorsque le divin Père dit, du haut du ciel : « Celui-ci est mon Fils chéri ( 1 ) ; » ce qui signifie clairement : « Ceci, qui vous semble pain, n'est plus pain : que les accidents que vous voyez seuls sont restés du pain ; tandis que la substance que vous ne voyez pas, n'y subsiste plus, mais a fait place à la substance de mon corps : en conséquence, ceci est vraiment mon corps ; ceci est vraiment mon sang. » 0 paroles ! elles sont si claires, que l'esprit superbe de Luther, cet ennemi furibond du siège de saint Pierre, disait : « Si Carlostadt pouvait me persuader réellement que, dans le sacrement, il n'y a rien de plus ni rien autre que le pain, il me rendrait un service signalé, dont je lui serais extrêmement reconnaissant ; car, cette arme en main, je saurais bien renverser la papauté. Mais le fait est que je me sens si fort entraîné à admettre la présence réelle, que je ne vois aucun moyen d'y échapper.» Le texte de l'Évangile est si clair, si manifeste, si concluant, qu'il est impossible même de le révoquer en doute ; à plus forte raison de le nier, de le détruire par des gloses et des commentaires forgés par un cerveau en délire.
Les hérétiques anti-sacramentaires , en alléguant
(1) Hic est Filius meus dilectus
que les paroles divines : « Ceci est mon corps, » etc., doivent s'entendre dans un sens mystique et figuré, n'annoncent-ils pas reconnaître par là que le sens littéral de ces paroles est manifeste^ puisque, pour l'éluder, ils soutiennent qu'on doit les entendre dans un autre sens? Ils travaillent, malgré eux, à établir que, dans ces expressions prises naturellement, se trouve la condamnation manifeste de leur erreur, la révélation claire delà vérité catholique. Et remarquons que ceux qui tiennent ce langage, sont ces hérétiques mêmes qui se vantent de n'admettre d'autre règle certaine de foi que l'Écriture prise dans un sens direct et littéral. Si donc ils abandonnent eux-mêmes ce sens dans la circonstance actuelle ; s'ils renoncent à leur règle unique, la lettre de l'Écriture, en laquelle, semblables aux Juifs, ils ont mis l'espérance de leur salut éternel ; ils n'en viennent à une telle extrémité que parce qu'ils sentent toute la force, qu'ils voient toute la clarté dçs paroles du Seigneur. Ils aimeraient à les effacer, comme trop concluanteset trop gênantes; réduits à l'impossibilité de le faire, ils s'efforcent d'en affaiblir la portée, en affirmant avec elTronterie qu'on doit les entendre dans un sens métaphorique et spirituel. 0 témérité diabolique, s'écrie saint Cyrille , en parlant aux hérétiques ! ô combien votre insolence est sacrilège ! Jésus-Christ proclame hautement, sur le ton le plus positif et le plus solennel : « Prenez et mangez : ceci est mon corps, le même corps qui sera crucifié; » et vous osez donner un démenti au Fils de Dieu, en
soutenant à sa face qu'au lieu de donner aux apô très son corps en réalité, il ne l'a fait qu'en figure et en signe ? Et, pour ne vouloir pas reconnaître Jésus- Christ comme tout-puissant, yous le faites menteur (1). Malheureux! sur quoi fondez-yous votre assertion? Quel en est l'appui, la preuve ? L'Écriture parle uniquement et constamment de corps et de sang véritable : où est donc la version, le code où vous ayez découvert le mot signe et figure? Quel texte, quelle raison, quelle autorité, quel auteur ancien, quel apôtre, quel évangéliste, pouvez-vous citer en votre faveur? Je veux faire connaître la seule raison que vous ayez de dénaturer la parole du Seigneur, et la voici : Vous ne voulez point soumettre votre raison à un mystère. L'orgueil est le seul motif de votre incrédulité. Au surplus, ou les paroles du Seigneur ont le sens littéral, simple, qu'elles annoncent, ou elles n'en ont aucun : toute autre interprétation est impossible, sans les rendre vaines, sans les annuler, sans les détruire. Votre présomption n'est-elle pas aussi orgueilleuse que diabolique, en osant rejeter un mystère qui surpasse votre esprit, votre capacité ; en faisant parler Jésus-Christ sans signification? Afin de ne point reconnaître un miracle dans ses paroles, vous ne lui attribuez rien moins qu'une absurdité. Saint liilaire avait donc bien raison de dire : a Les paroles du Seigneur sont tellement
(1) ïpse clamât Dominus Jésus : Hoc est corpus menm quod pro robis tradelur ; et tu audes dicere : Non est ejus corpu»!
formelles, que toute voie est fermée à l'hérétique pour nier la présence réelle dans TEucharistie ; il ne lui reste qu'une seule issue , c'est de nier que Jésus-Christ soit Dieu. » C'est là ce qu'au fond ont implicitement fait les hérétiques, en niant le sens littéral de ces expressions ; en niant qu'il ait mis réellement son corps sous les espèces du pain, malgré qu'il l'ait affirmé ; car ou il l'a dit, sans vouloir l'exécuter, et il n'est plus qu'un imposteur ; ou il l'a voulU;, sans pouvoir le faire, et Q n'est plus qu'impuissant : dans l'une ou l'autre de ces deux suppositions impies, il n'aurait point été le Fils de Dieu. En supposant que Jésus-Christ ne soit point réellement présent dans l'Eucharistie; que celle-ci ne soit que le signe de son corps sans la vérité, l'Église catholique est dans l'erreur; elle est idolâtre, en adorant d'un culte de latrie, qui n'est dû qu'à Dieu seulj un peii de pain fabriqué de main d'homme.
Oserai-je le dire? Jésus-Christ nous aurait donc
induit en une erreur aussi grossière, aussi grave, en employant des expressions telles qu'elles ne peuvent être entendues que de la réalité de son corps! Les catholiques seraient donc excusables; je dis plus : ils seraient dignes de récompense dans leur erreur : nous serions séduits, en effet, pour avoir pris dans un sens direct et littéral les paroles du Maître , pour avoir redouté de les juger avec d'autres esprits débiles , pour les avoir reçus docilement sans les entendre , pour avoir soumis humblement notre raison à l'autorité de paroles si souvent répé-
tées, si clairement formulées ! Le tort entier de notre erreur rejaillirait, le dirai-je ? sur Jésus- Christ qui, avec rintention de ne donner que le signe ou la figure de son corps, a parlé en termes tels, qu'ils portent à croire qu'il a voulu nous donner son corps en réalité : n'est-ce pas sous un serment accompagné d'un précepte formel, qu'il nous a enjoint de manger son corps et de boire son sang? Jésus- Christ aurait donc été le maître de notre égarement ; il l'aurait préparé et voulu : ne pouvait-il et ne devait-il pas prévoir que son langage enfanterait notre illusion, quoique d'un seul mot, d'un seul avis, il aurait pu l'empêcher; et de même que l'institution de l'Eucharistie fut son dernier testament, sa dernière volonté (1); de même, en accomplissant cette institution en des termes qui devaient nécessairement séduire l'Eglise, il ne lui aurait légué que l'erreur et l'idolâtrie pour héritage. Or, est-il possible, non-seulement d'admettre ces conséquences, mais encore de les entendre? Elles sont, néanmoins, la suite nécessaire des suppositions hérétiques? Enfin saint Paul,, qui reçut immédiatement de Jésus- Christ la connaissance de l'Évaugile, saint Paul, après avoir raconté l'institution du mystère eucharistique dans les mêmes termes que les autres évangélistes, a dit au surplus : « Il est nécessaire de purifier sa conscience de tout péché avant de s'approcher pour
(1) Hic calix novam testamentum est in meo sanguioa,
manger le pain et boire le vin consacrés {i). » Il ajoute ensuite : « Quiconque mangera de ce pain, et boira indignement le calice du Seigneur, est coupable d'a\o;r |irofiné le corps et le s:ing du Seigneur (2) : le malheureux mange et absorbe un jugement terrible, vu qu'il s'approche du sai'ren)ent comme s'il n'y croyait point le corps du Seigneur réellement présent (3). Saint Paul pou\ait-il et de- ■\ait- il jamais user d'expressions aussi terrihies contre ceux qui communient indignement; pouvait-il les appeler les profanateurs du corps et du sang de Jtsus-Christ, et coupables du jugement éternel, si rEucharistie n'était, après tout, qu'un mémorial stérile, un signe du corps du Seigneur? Saint Paul a donc pris, évidemment, les paroles de Jésus-Christ dans leur sens littéral; saint Paul a donc fait voir qu'il croyait; il a enseigné, prêché que le pain consacré contient vraiment le corps, le vin consacré, le sang de Jésus-Christ; qu'en communiant, nous participons réellement à ce corps et à ce sang divins. K'a-t-il pas ajouté encore : « Le calice de la bénédiction, que nous consacrons, n'est-il pas la communion du sang de Jésus-Christ, et le pain qie nous partageons, n'cst-il pas la communion du corps du Seigneur (4)? Or si, dans rLlucharislie, il n'y avait
(."j Prnbet auteni seipsuni homo; et sic de pme illo eciut, et de calice Liibiit.
("2) Quicumque manHucaverii pancm hune, vel biberit caliccm Douiiai indigne, reus erit corporis et sanguiiiis Domini.
(5) Judicium sibi manducat et bibil, non dijudicans corpus Domini.
(4) Calix beneUiclionis, oui benedicimus, noune communicatio san- III. 0
qne le signe et non la réalité du corps de Jésus- Christ, scint Paul aurait-il pu l'ignorer? Comment se serait-il accordé avec les évangélistcs pour nous laisser ignorer un aussi important secret? Pourquoi ni hii, ni aucun de ces écrivains sacrés, ne s'est-il donné la ppiue de dire un mot pour nous prémunir co lire une crriur énorme, s'd en était ainsi? Pourquoi aucun d;s écrivains de l'ilvangile is'.i-t-il employé le mot sirjne, au lieu de celiù de corps? La nature de leur niinislcre ne devait-elle pas leur suggérer cotte expression, si elle avait é;é conforme à la vérité? Se pourrait-il qu'ils aient voulu nous refuser une parole d'éclaircissement à laquelle nous avions droit par noire humilité et notre conûance en leur témoignage? Pourquoi, au contraire, se sont-ils tous servis de tenues si forts, si positifs, si capables de nous entraîner nécessairement dans une erreur qu"il était de leur devoir de prévenir et d'cmpcciicr ? Pourquoi ont- ils tous unanimement conspiré dans un langage propre à nous séduire? Est-il possible qu'ils se soient tous entendus pour abuser de notre ignorance et de notre crédulité? Qu'ils aient voulu, de propos délibéré, tendre un piège aux humbles et aux simples; qu'ds aient voulu serxir Terreur et l'imposture, eux qui ont donné leur vie pour soutenir la \érité? Aliu de se soustraire au poids accablant de ces déductions, résultat
guinis Christi est? El panis queiii frangunus, nonne' communicatio corporii Domini est (/ Cor. x)?
— i:jl — nécessaire de ieur erreur, les hérétiques recourent à une autre hypothèse non moins bizarre qu'absurde. « La foi, disent-ils, en la présence réelle est née de la superstition et de l'ignorance dans les siècles ignoraiits et superstitieux de l'Eglise chrétienne : dans le principe, on croyait autrement, les apôtres ayant transmis de vive voix aux premiers chrétiens le sens vrai de la parole évangélique. » 0 subterfuges vains et insensés! Voilà que les protestants, en parlant ainsi, se prennent a reconnaîlre, sans s'en apercevoir, la nécessité de la parole divine transmise pour expliquer la parole écrite, tandis qu'ils ont abjuré orgueilleusement l'autorité de la tradition, pour ne s'attacher qu'a la parole unique et simple de l'Ecriture! Voilà que ces contempteurs superbes des traditions admettent une tradition contraire au sens littéral, manifeste des livres saints! Les voila qui mettent les évaogélistes et les apôtres en contradiction avec eux-mêmes, puisque, dans cette supposition insensée, les apôtres auraient écrit une chose avec la plume, taudis qu'ils en auraient enseigné une autre de la voix, ayant écrit : « Que \e corps est réellement dans le pain; » ayant enseigné : « Qu'il n'y a que la figure du corps du Seigneur. » Les voilà qui imputent a ces écrivains sacrés le tort d'avoir laisse subsister dans leurs écrits des expressions faites pour tromper: conséquence qu'ils pouvaient prévenir par un seul mot. Mais comment et en quel temps se fit un pareil changement, en vertu de quoi l'Eglise passa de la
croyance au signe et à la ligure a la croyance en la réalité de ce nicme corps divin dans rEucliaristie? En quel lieu celte (rreiirélonnante, qui infecta l'Eglise d'Orient et d'Occident, commença-t-clle à gornu r et ù se développer? Quels en furent les moyens de propagation? Est-ce que ce fut par renseignement ou par les armes, par la sciei cj ou par la force? Qui en fui l'auteur? Est-ce que ce fut un homme ou une femme, un grec ou un lilin, un laïque ou un prêlrc? Si cette erreur naquit clicz les Grecs, comment les Latins rucceptèrent-ils aussi docilement? Si ce fut chez les Latins en Occident, comment les Grecs l'adoptèrent-ils en Orient? II n'en sub>-istc aucune tnxc : aucune tradiîion ne l'atteste, aucun historien ne le raconte, aucun écrivain ne l'alUrme. INêanmoius il n'est point d'erreurs qui, de siècle en siècle, soient venues altérer la pureté de la foi ou la sniiileté do la loi, que nous ne sachions, par l'histoire tcclésiastiquc, l'époque où elles naquirent, les personnes qui les invenlcrent, les peuj)les qui les nccu( illireîit, les princes qui lis appnvoront» les ecclésiastiques qui les répandirent, les écrivains qui les soutiurcnl, les Pères qui les combattirent, les pontifes qui les coi damnèrent, les conciles qui les anéantirent. Or, comment et pourquoi cette erreur seule n'i -t-elle point laissé a|)rès elle un seul mot dans les histoires des siècles chrélier.s par où nous pni>sions co jcctnrer coiî:meni, où et par qui elle a |)n commei.ci r? Est-il possible qu'une erreur au3:>i grave ait cuvuhi l'Eglise tout culière , sans
qu'aucun évêque ne l'ait découverte, aucun Ihéololojîien, aucun Père ne l'ait combattue; sans que nulle Eglise parliculicre n'ait fait de [ rotcstatioiis? Est-il possible que, parmi tant de Stii;its, tant de sa- \ants, îrôs-i ilércs^cs à la pureté de la foi, qiii se sont succélé sans intcrrui)tion ('ans le sein du christianisme, il ne s'en soit point trouvé un seul (jui ait signalé culte grande innovation en un point si grave de la croyance anticjue, et qui ne se soit point le\é pour la combattre; que l Lglise tout entière ait passé d'une croyance à une autre, de la vérité à l'erreur, de l'absence à la présence réelle de Jésus Christ dans l' eucharistie; d'une simple croyance au signe qui ne rencontre aucune opposition chez la rai-ion, à la croyance d'un dogme si profond, si abstrait, si incompréhensible pour elle; sans que ce grand événement ait jamais provoqué disparité d'avis parmi les chrétiens, discussion entre les écrivains, controverse entre les savaiits, réclanialions chez les évèqnes. jugement des conciles, décrets des pontifes, schi-me dans l'Eglise? Se peut-il que cette immense altération de la foi primitive ait eu lieu dans l'Eglise univcrsille, SLcrèiemcnt, pociliq'icment, en silence, avec une parfaite hurmo.iie, sans (pie l'iiiilise universelle, ni aucune Eglise par:iculière ne s'en soit aperçue? Si, au conîraire, il y a eu, comme nécessairement il devait y en avoir, des contruver.>es, des réclamations, des protestations, des divisions, des schismes, des persécutions, des violences, des massacres, ainsi qu'on l'a vu à la naissance de toute er-
reur nouvelle ; se peut-il, je Je répète, que lous ce« bouleversements n'aient laissé après eux ni la trace la plus légère, ni le souvenir le plus obscur? Est-il possible qu'aucun écrivain n'en ait jamais fait mention? 11 demeure donc clair, évident, que ce prétendu passage de l'Eglise entière, de la foi au signe seul du corps du Seigneur, à la croyance de la présence réelle de ce corps divin dans le sacrement; que celte prétendue altération, cette immense apostasie de la foi priaiitive n'est qu'une invention arbitraire démentie par la raison et par l'histoire; un rêve sacrilège, une assertion impudente, téméraire, audacieuse, inspirée par l'orgueil de la raison, qui dédaigne de se soumettre à l'iuimble croyance d'un grand mystère et qui s'appuie sur la mauvaise foi : il est impossible, en effet, qu'ils en soient sincèrement persuadés, intimement convaincus, et qu'ils y croient fermement, ceux-là mêmes qui la proclament avec tant d'assurance et qui la soutiennent avec tant de fanatisme.
S'il est prouvé par Ih que l'Ëglise n'a jamais modifié sa croyance concernant l'Eucharistie; que ce qu'elle en croit aujourd'hui est ce qu'elle en a cru dès le commencement, ce qu'on en a toujours cru dans toutes les Eglises particulières du monde; il est évident aussi qu'une telle conformité, une telle harmonie de croyances chez tant d'Églises, si différentes par le caractère, par la culture, par les mœurs, par le langage, en une croyance aussi extraordinaire, aussi éloignée des pensées et des passions humaines
que l'est la présence réelle de Jésus-Christ en l'Eucharistie, et par elle, la continuation de son sacrifice, n'a pu être que l'effet d'une révélation uniforme de l'enseignement donné par les apôtres et par leurs premiers disciples; l'effet de la même révélation du même enseignement donné par Jésus-Christ dès l'origine du christianisme.
Cette doctrine se montre appuyée sur les témoignages les plus authentiques , les plus universels. Toutes les hisloircs en parlciît, tous les écrivains l'altesient, tous le? monuments la {trouvent. Le plus grand des mystères de la religion e.st le nlus universellement et le plus communément professé. Prédictions et figures, apôtres et évangélistes, conciles et traditions uniformes , soutenus , tout dépose avec un accord admirable en faveur de la croyance de l'Eucharistie. C'est là le dogme pour la preuve duquel la divine Providence a bien voulu joindre la tradition des faits et des usages commniïs à toutes les Eglises, à celle des Pè^es et des écrivains ecclésiastiques, et détermisier la foi par une double certitude, un double témoignage. Les anciens Pères, tels que saint Ignace, saint Justin, saint îrénée, TertuUien, saint Cyprien, Origène, saint Eucher, saint Zenon, saint Gaudence, saint Grégoire de Kazianze, saint Basile, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Cyrille, saint Epiphane ; tous les Pères, en un mot, des cinq premiers siècles ont pris dans k sens littéral et réel les paroles de Jésus-Christ : « Ceci est mou corps; ceci est mon sang. » On ne voit chez
eux ancun dissentiment ; il n'y en a pas un seul qui les ait entendues dans un autre sens, dans le sens des hérétiques, dans le sens métaphorique et idéal. Tousmenlioiinent, dans les termes les plus clairs, les plus explicites, la présence réelle de Jésus-Christ en l'Eucharistie; c'est avec le zèle le plus ardent, l'unanimilé la plus mcr\e:i!cusc, qu'ils attestent, exaltent, enseignent et défendent ce dogme très-consolant; en sorte que les hcréliques mêmes avouent (aveu qui les condamne) que les Pères des cinq premiers siècles (siècles nommés par les hérétiques les siècles d'or de l'Eglise) ont tous cru unanimement à ce dogme sacramentel.
Quart aux Pères des siècles postérieurs, tout' doute devient impossible. Tous les écrivains ccclésiasliqucs forment ainsi une cluiîiie constante, uniforme, qui remonta jusqu'aux apôlres, et par où la foi de l'Eglise CMlhoIique en l'Eucharistie remonte des apôtres jusqu'à Jésus Christ lui-même. C'est là ce qui fai>ait dire à l'niter, rète , que de tous les articles de la foi catholique, il n'}' en a aucun qui soit cru et confirmé au>si universellement par l'accord de l'Eglise et des Pères, que ci lui de la >érilé du corps de Jésus-Clirisl dans le sacrement (I).
Dieu a voulu réunir à ce témoignage des écrits celui des faits. 11 constate, puisque des témoignages iuuombriiLlcs le prouvent (et les hérétiques u'oseut
. (1) Nullus fidei articulus ita omnium Patrum totiusque Ecclesiœ conaensu firmalus est, ul i-c de verilale corporis Christi in Eucharistia (/n 7 Cor. XI] .
le nier) que, dans les temps de persécution, on donnait aux chrétiens primitifs la faculté d'emporter l'Eucharistie dans leur maison, de la porter sur euxmêmes, afin de pouvoir s'eu nourrir aux moments terribles où ils devaient coi fesser Jôsus-Christ à la fiice des tyrans et donner leur vie pour lui ; que les chrétiens attribuaient à cet «iliment divin le |)ro(lig;e de leur courage, de leurs forces, d^,- leur joie à souffrir les tourments et la mort la plus cruelle : prodige qui enfantait la stupeur et le désespoir des Gentils. 11 n'e^t donc pas besoin de renoncer au bon sens pour penser et pour dire qu'alors l'Église ne pensait point de donner aux martyrs, et que les martyrs pensaient bien moins encore ne trouver dans l'Euchuristie qu'un pain commun, un pain bénit, un signe stérile du corps du Seigneur. C'est ainsi qu'aux temps des marlyr>, les martyrs eux-mêmes croyaient à la prései.ce réelle de Jésus-Christ dans le paiu eucharistique.
Il constate c;:a!cmcnt que , dans les premiers siècles du chri.siiaiiisnie, noii-scnlenient la coiumunion, mais encore la simple conllai•^sa!lce du dogme eucharistique était inîrjrditc aux catéchumènes; que, pour Cette raison, on n'eu parlait point, en leur piéseiice ; qn'oii leur en faisait un niyslcre , et que leur instriiclion sur cel arlicle était d.fférée j isqn'uprès leur baptême. Or, | ourqnoi cettediscrélion, ce secret chez les pasteurs de l'Eglise, s'ils considéraient l'Eucharistie comme uu sigue simple, une figure morte, un rite stérile commémoratif de la passion? Quel
— t3R — obstacle, dans cette hypothèse, à donner aux catéchumènes la connaissance de ce mystère, comme on leur donnait celle des autres? La réserve de l'Eglise primitive n'avait et ne pouvait avoir sans doute d'autre raison que celle-ci : qu'elle croyait, comme l'Eglise actuelle, au mystère de la présence réelle de Jésus- Christ en rEucharislie. La crainte de décourager, par un dogme aussi extraordinaire, aussi profond, des hommes encore incapables de jorter le joug d'une telle croyance, avait fait adopter la précaution de n'en instruire les catéchumènes que longtemps après être devenus chrétiens par le baptême.
Il constate encore que toutes les Communions chrétiennes reconnaissent dans l'Eucharistie le double don d'un grand sacrement et d'un grand sacrifice. Toutes croient que, dans le pain consacré, se trouve réellement le même corps que Jésus-Christ prit dans le sein de la Vierge Marie et qui fut ensuite crucifié pour le salul du monde. Toutes l'y adorent parle culte suprême de latrie, tontes conservent le pain eucharistique pour les malades ; tontesTadministrent aux moribonds, attribuant à l'cfficaciléde la chair de Jésus-Christ ressuscité la résurreclioii heureuse que se promellent ceux qui s'en nourrissent dans ce s;tcrement. Toutes ont des autels sur lesquels elLs croient que Je us-Christ est véritablement immolé, sur lesquels se continue le sacrifice du calvaire, iontes considèrent le ministère de l'offrir co;i)me lu fonclioii la plus distinguée et la plus au^^^usle du sa cerdoce.
Toutes ces Eglisei- ont, au surplus, des liturgies qui inioateut à l'aDliquité la plus reculée ; toutes ont des prières publiques, des rites, des céréraouies, des usages universellement observés, publiquement pratiqués, qui attestent et rendent cette foi, même chez le peuple, certaine et sensible, peu[jle chez qui la croyance en ce mystère est aussi éclairée que chez les évêqncs et les prélrc?;. 11 suffit d'entrer dans les temples des chrétiens, d'assister à leurs cérémonies religieuses, de voir ce qu'ils disent et ce qu'ils font, pour apprendre et pour se coin aiiicre que tous croient au même mystère : tout y est semblable, hormis le langage. Les fonctions du prêtre sont partout les mêmes, sauf les rits divers; et la diversité même des rits, dans la célébration de ce mystère, rend l'o rigine divine de l'unité en la même croyance encore plus certaine. Les Églises uestoriennes de l'Orient, qui se sont séparées de l'Eglise catholique au Y** siècle, n'en ont pas moins conservé la foi de l'Eucharistie dans son intégrité, telle qu'ils l'avaient professée dès les premiers temps. Les Eglises grecque, syrienne, arménienne, indienne, éthiopienne, abyssinienne, divisées entre elles et ^ép^.rées de nous sur certains articles de loi, de moniîo, de discipline, sont toujours demeurées entre elles et avec nous d'accord sur cette croyance.
Tous les ch! étions ont cru, tous les martyrs ont confessé, tous les évêqucs ont maintenu, tous les Pères ont enseigné, tous les apologistes ont défendu, hait conciles généraux ont confirmé cette foi. Elle a
été durant quinze siècles, sans variation ni interruption, la croTaiice de toutes les Kglises chrétiennes unies ou scliismatiqucs, l.i croyance de tous les siècles, de tous les âp;rs et de tous les lieux. Durant qniiizo siècles, elle s'était maintenue toujours [)ure, ferme, \ivante dans tout le monde chré'.icn: nul hérétique ne l'avait attaquée. Scott et Bjrtran sonlinrcnt seuls obscurément une doctrine contraire. Bcran<;er, qui la combattit, rétracta so;i erreur ; son hérésie s'éiait dissipée sans laisser trace de son passage. Wicl f, au XV® siècle; Carlosladt, au XVI*, et leurs disciples Zwingie et Calvin ont é é les premiers hérétiques qui aient osé nier le dogme consolant de la présence réelle dans le sacrement eucharistique. Au moyen des passions, ils ont eutruîué dans leur erreur des nations entières.
Mais qui y ont-ils substitué? Est-ce une croyance nniforme? Hélas! unanimes à n jeter la doctrine catholique, ils n'ont jamais pu admettre une opinion commune sur cet ar icie. D'accord pour nier, ils ont toujours é é et ils sont encore discords pour affirmer. La première secte était a peine formée qu'on la vit bientôt divisée en cent autres; et cclhs-ci se subdivi.-èrent sous peu en autant de sectes diverses qu'on y comptait d'i.idividus. Chacun voulut avoir, sur l'Eucharistie, son o; inion j articnlière. Celui-ci y reconn-ît la | résence seule de l'ânie de Jésus-CJirist sans son corps; celui-là, celle du corps sans l'âme* l'un, la divinité sans l'humanité; l'autre, l'humani é sans la diviuité. Ici, on n'admet que le signe du corps
dn SeitîTienr; là, que la figure; l'un, l'énergie seule sans la chair ; l'autre, la chair sans l'énergie. En présence du niaîîrc, enseignant que l'iùicharistie ne contenait que le gage et la promesse de la grâce, suis son auteur, les disciples souti -.reut qu'il ne s y trouve ri(.n de surnaturel, dj divin, de sacré; q -c ce u'ist qu'uu pain commun. Cellaimin rapporte plus de deux cent vingt interprétations diverses dnnlîécs par les héréîifjues à ces seules paroles si simples et si claires î « Ceci est mon corps ; ceci est mou sang. » A peine ces sectes avaient-elles abandonné la lumière de la foi, qu'elles furent plongées dans de profoîides téi;èbres. A peine avaient-elles renoncé à la vraie doctrine de l'Eglise, qu'elles devinrent le jouet de mille doctrines, de mille opinio.^s, de mille sjsîèmes extravagants, contradictoires, absurdes. A peine avaient-elles nié la vérilé une, que l'on \it surgir mille erreurs qu'ils se pass^iient les uns aux autres. Aiusi le lien unique qui les unit n'est plus la foi commune en une erreur commune, mais la tolérance de toutes les erreurs, l'indifférence en matière de culte et de religion, soit l'athéisme pratique, auquel toite hérésie aboutit tôt ou tard.
Dans les contrées dominées par cette hérésie, le peuple ignore toutes ces variations et n'en fait point la remarque, parce que ceux qui le séduisent ont intérêt a ce qu'il ne les connaisse ni ne les remarque point. Quant aux prédicants, aux ministres, aux personnes instruites, elles les connaissent et les apprécient. Commeut doue, infortunés, pouvez-vous être
— l4-i — de bonne foi dans cette erreur ? A qui prétendezvous faire croire que vous croj'cz vous-mêmes véritablement que les évangclisles, saint Paul, tous les apôtres, tous les docteurs, tous les marlvrs, toutes les Eglises, tous les chrétiens de Tunivers ont mal compris les paroles du Seigneur et se sont trompés ; que Wiclef,(^arlostadt, Zwingle, Calvin soient les seuls q<\[ les aient comprises et bien expliquées? A qui prétcndez-vons faire croire que vous admettiez sincèrement que l'Eglise universelle, si désintéressée, si pure, si sainte, composée de tant d'évcques, de tant de docteurs et de fidèles, ait été privée de la lumière divine pour bien saisir ce point de la révélation évangélique, et que cette lumière divine n'ait été accordée qu'à vos hérésiarques, hommes de toutes les erreurs et de tous les vices ?
Cerveaux malades et cœurs corrompus! à qui prétendez-vous persuader que vous croyez ce qu'Erasme, un des plus libres penseurs du XVP siècle, ne put jamais se résigner à croire, c'est-à-dire que Jésus- Christ, vérité, charité infinie, ait abandonné durant quinze siècles l'Eglise, son épouse chérie, dansune erreur aussi déplorable que celle d'adorer un morceau de pain, par un culte divin, comme si Dieu y était pré seat(l); et qu'il ait choisi des monstres de débauche..
(1 Nunquani niihi persuadere potui Christum, qui veritas est cl charitas, taindiu passuruin lui.Nsu Jilcctam sponsaiii i^uaiii in errore tai» aboiiiiuando baerere, ut crustulum farinas pro ipso adoraret {Epist. ad Ludov, Berutn.),
de cruauté , pour leur confier la charge, la missiou d'éclairer l'univers sur uu tel point?
M;tis si vous séduisez les hommes parles apparences d'une conviction affocléc, pourrcz-vous également séduire Dieu? Il viendra, il \ieudra, ce grand jour où, catholiques et protestants, nous serons traduits au tribunal de Jésus pour lui rendre compte de notre vie et de notre foi (1). Sup[)osez, si vous le voulez, que le catholique se soit !ro;npé en croyant à la présence réelle du corps de iXotre-Seigncur dans I'Kl;cliarislie : le divin Juge ne pourrait ni le punir ni le condamner pour ce motif ; car le catholique pourrait lui répondre : « Seigneur, je l'ai cru, parce que \ous l'avez dit en termes formels, vous qui êtes la vérité infaillible ; parce que vos apôtres, vos évangélistcs, vos docteurs, vos martyrs, vos saints et priucipalement votre Eglise, que vous m'avez ordonné d'écouter sous peine de n'être plus qu'un païen et un pécheur, me l'ont dit; cette Eglise que votre Apôtre a nommée la colonne et le fondement de la vérité. » Mais la présence réelle étant une vérité incontestable, quelle excuse le malheureux disciple de Calvin pourra-t il alléguer à son juge, afin de se justifier, lorsqu'U lui reprochera son incrédulité? Pourra-t-il dire peut-être qu'au temps de Calvin, l'Église se trouvant partagée en deux opinions, il s'est conformé à celle qui a paru plus plausible à l'un et à l'autre, puisque, à cette époque, il ny avait ni Eglise, ni
(1) Ouiues nos manifestari oportet aute tribunal Christi.
peuple, ni cité, ni village chrétien, qui ne crût à ITucharistie, puisque personne ne l'avait jamais nié; puisqu'eiifin Cahin, en se séparant de TE-ilise c;itlioli(jnc, ne trou\a aucune communion chrélienne (jui r.cciicillit conini'i ficrc ? i*oiirr i-t-il avai cor (pi'il a conserxé la foi antique des a|)ôtrcs, pui-que IVrreur de Ciihin n'a commencé qu'en lui el avtc lui ; que sa racine date dosa naissance et que, jusqu'alors, elle était iico inue au monde chrétien ? Pouria-t-ii dire qu'il a élé entraîiié pj^r le consentement des |jeu| les, I uisque, môme dans la secte ù laquelle il appartient, il n'a trous é personne qui criit exactement comme lui ; pu'>;que, à l'exception de deux ou trois peuples qui i.e s'accordent pas môme entre eux, il était démenti partons les chrétiens de l'unis ers? Pourra-t-il dire quj nu.lo autorité religieuse n'a parlé pour le tirer ce l'erreur , quand il s^avait que l'Église réunie à Trente avait anathématisé quiconque ne croit pas à la présence réelle de Jésus-Christ tout entier dans le sacrement ; que, par cet anathème déjà prononcé par les siècles antérieurs et [)ar toutes les Églises, elle I i avaii fermé la bouche par la parole et par les langues du monde entier (1)?
Il n'aura doue d'autre réi)onse à faire, si ce n'est que la doctrine d'un Calvin l'mcestueux, d'un Henri) Qui iiegaveril in sanctissimae Euiharistiae sacramcnto vcr\ realiter fl sul)S'anii:iliUT coniiueri cor|ius et san,-;iimeiii Uha cuin aiiiiiia «it diviiiilale Doiiiiiii iioslri Jt-su Chiisli, ac proin e loiiim ( hri.-.iuii); sed dixtril laiilunimoda esse in eo ut in signo vel figura, aul Tirlule, ana- Ihtmasit [He^s. xni, car». 1}.
ri Vni le polygame, d'une Elisabeth la cruelle, dTune assemblée de laïques débauchés, usurpateurs des biens derÉ^Iisc, lui a paru plus raisonnable que la doclrinc de l'Ei^lisc en iôrc cl tic ses concil 's. lin prononçant CCS mots : // m'a paru, Jé>us-Christ, ainsi qu'il Ta prédit par riicrc.sian|uc Mêlai. ch'.lion , lui opposera ces p.-.rolcs si chiires et si précises où il a nflirmc que son corps e t \ rainient dans riiiicliaristie : que pourra-t-il répondie à ce langage û\\'\\\ qui, pareil à la foudre, Niendra le terrasser et le confondre*? Où sont les passages do rÉcriture, les paroles de Dieu propres à justifier sa prèle;. tioii téméraire, que ces mots : « Ci.ci est mon corps, » devaient i:écessairement s'entendre dans un sens niélai,ljo''ique? Que deviendra alors son uni(pie excuse? Parce (pic c'est ainsi qu'il en a semblé à ma raison. Pourra-t-il se flatter que cette excuse sera admissible ? Pourra-til espérer qu'elle sera pour lui une défense triomphante et sûre, et que le péché de son orgueil, en voularjt soumettre ce divin mystère à sa raison, sera compté comme un motif d'mduljjencc et de pardon (I)?
Oh: malheureux! qu'il médite sérieusement dans le silence de sa co.iscicncc d'aussi graves intérêts ;
(1) Si oh rationes huiiii:.na!> negas Chribtum esse in Eucharistia, tune ista verbu : Uoc est corpus iiicuiu, fulniini eriinl : qiiiil liis oiiponc ûicns prrlorrefacia? Quibus Scripluris, qi:a <e voce Uei imiuict ac s.bi persuadcbit uecessano hic fui&se >rilcr|ireiandum nielaj horice , c.im vrrbuni Dei proforri debeat judicio ralionis (,Lib. de YerUate Corp. et Sang. Domin.)^
qu'il songe au jugement qui l'attend, au châtiment qui lui est réservé, à la confusion, à la douleur élerncllt! qu'il se préparc ; pendant qu'il est encore dans le temps, qu'il revienne à la foi antique, à la foi de l'Eglise une et vraie ; à Tliglise hors de laquelle il n'y a ni vérité, ni grâce sauctitiaute, ni salut.
SECONDE PARTIE
Demander le pourquoi et lecoinment^ en opposition à la parole de Dieu, est une invention diabolique, nn péciié infernal. Ce fut le démon qui, le premier, prononça ce comment et ce pourquoi en matière de révélation divine, lorsqu'il dit à nos premiers parents : «t Comment et pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger de ce fruit? »
Hélas! c'est de cette époque si funeste à notre race, que cette parole sacrilé<;e, proférée par Lucifer, pour la première fuis dans l'Eden, et que l'orgueil s'est appro|)riéc, a commencé a retentir dans le monde, à y enfanter l'ii. crédulité. Dn effet, comme le dit fort bien saint Jean CInysoslome, lorsque, en matière de réxélalion divine, on commence par rechercher le comment, ou par douter, on iinit toujours par ne rien croire (I).
Jésus-Christ, en établissant l'église, n'a point voulu former une école de soplnslis, mais une famille de croyants. 11 n'a point dit aui apô.rcs : « iJiscutcz; »
(1) Qiiando subit quaestio : Quoiuodo aliquid fiât? simul subit «t iacredulius.
mais: «Prêchez avec simplicité mon Evangile (1).» Il a en-uite ajouté : « Quiconque croira à votre prédicaliou et recevra le baptême, sera sauvé; quiconque ne croira pas, sera coiiduraiic (2). »
Oh! combieu le j.lan de la Sagesse divine, pour attirer les hommes a la vérité, est simple! Il en a confié le dépôt auguste à son Ejj,lise, qui, par ses évoques et ses prêtres, successeurs des apôtres dans le ministère apostolique, la fuit annoncer par tout le monde. Les hommes dociles qui raccueillent avec humilité et qui s'y soumettent avec promptitude, sont éclairés et sauvés ; taudis que le téméraire, Torgucilleux, le superbe philosophe, le présomjitueux hérétique qui ne veut admettre cette vérité que selon et a'aprés ce qu'il en semble à sa raison, demeure aveugle et se perd. Considérez, dit saint Cyrille d'Alexandrie, les Juifs et les disciples de Capharnaiim : c'était pour eux un devoir d-uccueillir avec docilité les paroles du Seigneur qui promettait de leur donner son corps en nonrriture; mais, dans leur sotte et orgueilleuse présomption, au lieu de demeurer les discii les, ils se constituèrent les juges de Jésus-Christ ; au lieu de croire, ils se mirent à disputer; au lieu de s'écrier : « Il en est ainsi. Seigneur, puisque vous le dites, » ils murmurèrent : « Comment est-il possible qu'il eu soit ainsi? a Us proféièreut ce
(1) Prsdicate ETangeliam.
(2) Qui credideril et baptizatus fuerit, saWus erit ; qui tero non rrediderit, condemnabitur.
comment et ce pourquoi funeste qui, lorsqu'il s'agit de la parole de Dieu, n'est plus que la source de tous les Llasiphènics et de tou'es les erreurs (I). KHeclivcmeiit, si, coiitiinie à dire saint Cyrille, eu s'ailressaut aux Juifs de Capijarii.iUtn , si vosis vous obstinez à répéter celte phrase funeste : Comment cela est-il possible? imitant votre folio, je vous réduirai au si« lei-ce eu cm; runtaut votre | ropre lan^-^ai^e (2) : je vous demanderai de ra'expliquer comment la verge de Mohc se changea eu si'rj)ent? comment l'eau du Kil se convertit en sang? comment l'eau aniôre du désert devint douce ? comment des eaux limpides jaillirent du sein d'un roclier ? comment la manne tomba du tiel? comment l'tlrythrée s'ouvrit, pour devenir un mur solide? comment, aux seuls cris de vos pères, les tours inexpugnables de Jéricho s'écroulèrent? Et si vous n'avez rien à répondre à ces questions, devez-vous chercher, à plus juste titre, le pourquoi et le comment des œuvres de Dieu? Vous finiriez par détruire la vérité et la foi de toulcs les Ecritures (3). Comment se fait-il que les héré iipies et les faux catholiijucs ne com[)renneMl pas qu'en disant : a Comment cslil possible que Jésus-Christ i.ous donne vé-
(1) Tn hoc verhiim Jiidœi inrilcrint. Nani cum Salvatoris sermonem susripere ilehereiit, .lud tjitomodo siulie «le Deo luvicruiil, quasi nescircnt liof loqui nili pinus > mni scaiore I la-|ilit'iiiia.
Ci) Si perbisiis, o Julifc, usurpaie il.uJ quomoJo, c^i luam imperiliuin i:iiitans, tibi re|ioiiain.
'5) Si (uuiii illud fjuomodo subin<le inférai, omni plauc Scriplura (liviuae (idem deio^abis l,Comm. in Evang., lib. IVj.
ritablcment son corps à manger dansl'Fucharistie? » Us osent renouveler l'insolente qiieslion des Juifs (I); pt cela nial|:ré la foi de tons les siècles, malgré la tradition de l'iglise entière? Comment ne voient-ils pas que cette question fut précisément le crime des Juifs et des disci;,lc'S apostats? que ce fut précisément l'audace à faire déjiendre leur foi de leur intelligence, et non des paroles du Sauveur? Comment ne voient-ils pas qu'en imitant leur témérité, leur résistance et leur schisme, ils encourent le même châtiment? Comment ne voient ils pas qu'à celte question téméraire on peut faire la sage réponse de saint Cyrille, et leur dire avec lui : Vous voulez savoir comment le corps de Jésus Christ peut se trouver simultanément dans toutes les hosties consacrées? Dites-nous donc comment ce même Verbe de Dieu s'est trouvé simultanément dans le sein du Père et dans les entrailles très-pures de Marie? comment un seul Dieu est en trois personnes distinctes? comment le Verhe éternel de Dieu s'est fait homme sans cesser d'être Dieu? comment l'auteur de la vie est mort? comment est ressuscilée une humanité sujette au trépas? Si vous ne savez que répondre à ces dcniandis; si, sans comp-rcndre ces profonds mystères, vous les croyez ou feignez de les croire, vu que Dieu les a ré\é.és dans les tentures; pourquoi voulez-vous iii'.T le niy.itèra de l'Eucharislie qui y est couleuu au même titre? Ah! si, pareils aux Juifs,
(I) Qnomodo potest hic uobis eameni sMam dare ad manducaidum?
vons persistez à dire : Comment cela est-il possible? Quomodo? Si vous vous obstinez à vouloir comprendre ce mystère avant de Taimettre, vous serez conduits à nier tous les mystères, et avec eux, toute rKcrilure et tout le christianisme : y a-t-il un seul myslcre clirétien dont vous puissiez rendre raison (1 )? C'ist ainsi que votre cowwcn/ engendre aussi tous les blasphèmes (-2).
S'a,i;it-il, dit encore ce Père éloquent, des mystères de Dieu, il n'y a qu'a croire humblement, sans scruter curieusement ; qu'à se soumettre, sans disputer (3). Chercher le comment et le pourquoi d'un mystère est la même chose que le détruire : un mystère qui ne surpasse pas la raison cesse d'être un mystère. Lors donc que l'Eglise propose un mystère, quelque inscrutabie qu'il soit, nous sommes forcés de l'admettre, en nous gardant bien de prononcer la parole judai pje ou plutôt diabolique -.«Comment cela peut-il se faire?» En agir autrement, c'est rompre les digues au torrent de riiicrédulité ; ce comment ferme les portes du ciel et ouvre celles de l'abîme (4).
L'opposition de rhérclique, dit encore saint Cyrille, qui rejette l'enseignement de l'Eglise comme adultérin ; de l'incrédule qui déduiguc, comme iuad-
(1) Si tuuin...{Ut supra).
(2) Qiiubi ncscireiil... (Loc. cit.).
(ô) In myslenorum suicepiioiie oporlel habere (Idem curiositatis txperlem.
(i Ncque cum aliquid dicitur, subjicere illud : Quon^odo? Judaicum euini c&t illud vocabulum, et e&tremi causa supplini.
missibics les dogmes du ch istianisme, témoimc d'im esprit indocile bien plutôt que d'une intelligence éclairée ; ils annoncent une folle témérité, jointe à un orgueil immense ; c'est l'esprit de Lucifer, reproduit dans les Juifs et continué par les incrédules et les hérétiques, qui les anime, les iuspirc, les conduit, les aveugle et les perd (I).
Heureux ceux qui croient avec humilité d'esprit, avec joie de cœur, avec ferveur de sentimen's toutes les vérités proposées par rKglise, et qui les retracent fidèlement dans leur conduite! leur salut est assuré, puisque c'est par la folie apparente de la foi de l'csuril et du cœur à la parole divine prêchée par l'Eglise, que la Sagesse éternelle a voulu guider l'homme dans ie temps et le sauver daus l'éteruité (2) Aiuîsi soit-il !
(1) Indocilis animus. si quod ipsum fagiat, lanquam »dnUerinnra rejicil, ex indocla leœerilate in exlrem m superbiam ela'.us (Loc. cit.j.
(2) Placuil Deo per stultitiam pradiraiionis salvos facere credenles (I Cor.).
TREKT£-DElJXl£!(IE nOlIÊLIE.
Sur rEucIiaristic.