‹ École des miraclesChapitre 11 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

qui avez mis loule votre gloire à plaire à Dieu, vous avez trouvé ce que vous avez toujours cherclié. Vous êtes plus gracieuse à ses yeux que tous les saints qui vous ont précédée et que toutes les plus nobles créatures réunies (1). Ah! quel trésor, quelle précieuse marguerite la Vierge , avant de connaître l'Evangile, s'est procurée en s'offrantet se consacrant entièrement à Dieu (2) ! Elle a obtenu la grâce et la vertu de mériter, comme l'enseignent les théologiens , entre autres Suarez et Vasquez , la divine maternité , sinon de condirjno, au moins de congruu. Et la preuve, c'est l'ange qui la donne : « Voici que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un fils (3). »

Rappelons ici tout d'abord ce grand oracle dlsaïe: « Dieu vous montrera un prodige : voici que la Vierge concevra et enfantera un fils (4). >» Or l'auge, en disant précisément à Marie : « la Vierge: Voici que vous concevrez et enfanterez un fils,» lui disait équivalemment : Vous êtes, ô Marie, la Vierge dont a parlé le prophète; voici que le grand prodige d'une vierge mère s'accomplit en^ous aujourd'hui.

L'ange continua : « Vous donnerez à ce fils le nom de Jésus. Il sera grand, et il s'appellera le Fils du

(1) Ne timeas , Maria , invenisti enim gratiam apud Deum {Luc. 1,30).

(2) luvenisti quod quœrebas, quod ante te nemo potuit invenire (S. Bern., Serm. 3 sup. Miss.).

(3) Ecce concipies in utero, et paries Fxlium {Luc. i, 8).

(4) Dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce Virgo concipiet «t pariet Fiiium.

Très-Haut (l).Isaïc avait dit aussi :« Il lui sera imposé le nom d'Emmanuel (2). » L'ange donc ne fit encore ici que répéter et expliquer plus clairement les paroles du prophète, en développant dans son langage ce que Isaïe avait dit d'un seul mot ; car Emmanuel signifie Dieu avec nous, ou homme-Dieu^ c'est-à-dire, Fils de Dieu et en même temps Fils de l'homme ; il signifie donc Jésus , ou sauveur des hommes , puisqu'il n'est Jésus ou sauveur, et partant grand dans la puissance et dans la bonté, qu'autant qu'il est Emmanuel, soit homme-Dieu ou Dieu avec nous.

L'ange reprend encore : « Dieu donnera à votre fils le trône de David son père , et ce fils régnera dans la maison de Jacob , et son royaume n'aura d'autres confins que ceux de l'univers, d'autres limites que celles de l'éternité (3). » Ce sont aussi les paroles dont Isaïe s'est servi : « Il s'asseyera sur le trône de David maintenant et pour l'éternité ; et son royaume pacifique ne connaîtra point de bornes. Le Seigneur a envoyé son Verbe à Jacob, et il a été accueilli par Israël (4).» 0 saint ange de Dieu, combien nous vous sommes obligés ! Combien il est beau pour nous, fidèles, d'entendre de votre bouche céleste

(1) Et vocabis nomen ejus Jesum. Hic erit magnus et Filius Altissimi vocabitur {Luc. i, 31, 32).

(2) Et vocabitur nomou ejus Emmanuel (Isa.).

(3) Dabit illi Dominus sedem David patris ejus, et regnahit in domo Jacob in œternum ; et regni ejns non erit finis {Luc. i, 32).

(4) Et pacis ejus non erit finis. Super solium David, et reguum ejus sedebit a modo usque in sempiternum. Verbum misit Dominus in Jacob, et cecidit in Israël {Isa.).

~ 84 — l'application et l'interprétation de cette magnifique pro[)hctie, qui est le fondement et la preuve de notre foi!

Et voyez, en effet, mes frères, comme ces admirables paroles de l'ange annoncent clairement et établissent solidement le dogme si important de rincarnalion L'auge dit à Marie : « Vous concevrez un fils : » Concipies filium. Le fils de Marie est donc un vrai homme, un vrai fils de l'homme, puisqu'un fils qui est conçu est vrai fils, et qu'un fils conçu par la femme est vrai homme. Voilà donc confondue à l'avance l'hérésie des Manichéens, qui nient que Jésus- Christ ait eu une chair véritable et réelle, et qu'il ait véritablement été homme et fils de l'homme. Toutefois, Isaïe avait dit seulement : « La Vierge concevra : concipiet ; » mais l'ange ajoute : « Vous concevrez dans votre sein : Concipies in iitero. » Ce qui veut dire : Vous concevrez de votre substance, de votre chair, de votre sang. Voilà donc confondue, avant qu'elle eût vu le jour, l'hérésie des ValentinienS;, qui osaient dire que Jésus-Christ n'a pas pris son humanité sur la terre, mais qu'il l'a apportée du ciel et auil n'a fait que la faire passer, comme par un canal, par le sein de Marie. L'ange ajoute encore: «Et vous enfanterez fad viryinem) : Concipies et paries. » Il indique manifestement par cette conjonction et que le mot vierge doit se prendre et s'appliquer et à la conception, et à l'enfantement de Marie, dans le sens composé, et non dans le sens divisé; c'est comme s'il avait dit : Vous qui êtes à présent vierge.

— 85 ~ vierge vous concevrez et vous enfanterez vierge ; c'est-à-dire, vous êtes vierge et demeurerez toujours vierge. Yoilà doue établie la perpétuelle virginité de Marie, avant, pendant et après l'enfantement ; voilà donc réduits à néant les blasphèmes d'Elvidius et de Calvin, qui ont eu l'audace delà nier. L'ange dit enfin : «Yous enfanterez un fils, qui est le Fils même du Très-Haut : Paries filium, vocabitur AltissimiFilius (1).'» Voilà donc Marie proclamée Mère de Dieu, et détruite à l'avance l'hérésie de Nestorius, qui n'a pas craint de lui disputer la maternité divine. Car, bien que Marie n'ait point engendré la personne divine, mais seulement la chair de Jésus-Christ, cependant, comme dans Jésus- Christ l'homme et Dieu ne sont qu'une seule personne, un seul supposé substantiel, indissoluble, un seul et même Jésus- Christ, Marie , la vraie mère de l'homme , est aussi la vraie Mère de Dieu, dans le Sauveur : tout comme les pères de la terre sont vraiment pères, non-seulement de leur fils, mais aussi de leur âme, qu'ils n'ont point engendrée, mais qui forme avec le corps un seul sujet, un seul homme (2).

(1) n faut observer ici qu'on trouve souvent dans l'Écriture cette figure : Telle chose s'appellera ainsi, au lieu de dire que telle chose sera ainsi. L'expression s'appellera, en parlant du Fils de Dieu, équivaut à celle-ci: il sera réellement. Une preuve, entre mille, que l'on peut citer, est ce que l'ange, dans ce même passage de l'évangile, dit d'Elisabeth : «C'est le sixième mois de celle qui est appelée stérile, c'est-à-dire qui était stérile.» Elle s'appelait telle, parce qu'elle était telle.

(2) Sicut anima rationalis et caro unus est homo, ita Deus et homo unus est Gliristus (S. Atban., Sijmb.).

Chez les Juifs, le porc seul avait le droit d'imposer le nom au fils qui lui était né ; pourquoi donc l'ange fait-il une exception en faveur de Marie et la cliarget-il expressément de donner un nom à son fils : Et rocobis nomcn ejus ? C'est parce que ce fils, qui allait être formé du plus pur sang de Marie , ne devait point avoir de père sur la terre, comme il n'a pas de mère dans le ciel ; ainsi son heureuse Mère devait, pour ainsi dire, lui tenir lieu de l'un et de l'autre^ et en remplir les fonctions. Voilà donc prouvé encore une fois le mystère de la virginité de Marie.

Toutefois,ron pourrait dire que cette coutume des Juifs fut rigoureusement observée dans cette circonstance. En effet, le même évangéliste, en parlant de la circoncision du Sauveur, dit : u II lui fut imposé le nom de Jésus, nom qui fut prononcé par l'ange, avant môme que l'enfant fût conçu (1). » Mais l'ange, dans cette circonstance mémorable, ne fut que l'envoyé , l'ambassadeur de Dieu , chargé d'annoncer ses oracles et de manifester sa volonté : Missus est angélus a Deo. Il ne dit, pour cela, rien de son propre chef; le nom même qu'il indique à Marie lui a été, comme tout le reste, révélé par Dieu, qui l'a envoyé. Ce nom si auguste, qui retentit en ce jour aux oreilles de Marie, est donc sorti de la bouche môme du Très-Haut, il est sorti du sanctuaire de l'amour infini. Quoique la mère terrestre ait été chargée d'imposer ce nom, c'est cependant le Père

(1) Vocatum est nomen cjus Jésus, quod vocalum est ab ange lo priusquam in utero concipcretur {Luc. m).

céleste qui la réellement imposé. Le fils de Marie est donc aussi le Fils de Dieu ; car c'est Dieu qui a révélé le nom sous lequel il est connu parmi les hommes.

Le même mj'stère est encore indiqué par ces paroles : « Il sera grand. » En efifet , le même ange avait dit à Zacharie que son fils serait grand : Erit enim magnus; mais en ajoutant : « devant le Seigneur: coram Domino. » Il dit de même à Marie que son fils serait grand : Hic erit magnus ; mais il ajoute : « parce qu'il sera le Fils du Très-Haut. » Jean est donc grand devant le Seigneur , et Jésus est grand parce qu'il est le Seigneur. Jean est grand parce qu'il est homme et qu'il est saint ; Jésus est grand parce qu'il est homme et Dieu. L'ange voulut doue indiquer par ces paroles , selon saint Grégoire , que Jésus, quoique conçu et né de Marie, n'avait cependant pas cessé pour cela d'être grand, ne cessant pas d'être le Fils du Très-Haut, attendu que le Verbe éternel, en prenant la nature humaine, loin de faire injure à la majesté et à la grandeur de la nature divine, a, par sa nature divine, élevé et ennobli la nature humaine (1).

Ce qui suit du discours de l'ange démontre toujours de plus en plus le même mystère. En effet, quand il dit : « Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, » il affirme que le Christ descend de David, c'est-à-dire qu'il est vrai homme. Quand il

(1) Neque carnis assumptio deitatis derogat celsitudiui, imo potius humanitatis humilitas subliraatur ; unde sequitur : Et Filius Altissimi vocabitur (S. Grég., Homil. 37).

ajoute : « II n^'gnera dans la maison de Jacob, » il déclare que le règne, qui fui temporel pour David, serait en Jésus-Christ spirituel et divin. Les saints Pères enseignent que la maison de David n'est autre que la vraie Eglise, composée déjà des descendants selon la cliairde ce patriarche, et qui devait, sous peu, être formée de ses descendants selon la grâce. Car, saint Paul a écrit que les vrais enfants de Jacob ne sont pas tant les Juifs, ses descendants charnels, que ceux des Gentils, qui en ont la religion et la foi gravées dans le cœur. Cette maison de Jacob est encore celle dont Isaïe a parlé en des termes i)lus clairs, quand il dit : « Le Seigneur a envoyé son Verbe à Jacob, et il a été recueilli dans Israël. Saint Grégoire fait, sur ce passage, cette réflexion : sous le nom de Jacob, le prophète fait allusion au peuple juif, et sous celui d'Israël au peuple gentil. Le Verbe donc qui est envoyé à Jacob, et qui est tombé en Israël, c'est Jésus-Christ, qui, venu parmi les Juifs, a été rejeté par eux, tandis qu'il a été reçu, accueilli par nous. Gentils (I). Enfin, l'ange conclut par ces paroles : « Le règne de votre Fils sera éternel et infini. » Il proclame donc que ce Fils est Dieu ; car il n'y a que le règne seul d'un Dieu qui puisse être éternel et infini ; or, tel est celui de Jésus- Christ, qui commence par la grâce sur la terre et se

(1) Quid per Jacob,msi judaicus populus? Quid per Israël, nisi gentilis populus designalur? Ad Jacob ergo Verbum missum, cecidit ia Israël, quia, quem ad se venientein judaicus populus respuil,liunc repente populus goutilis invejiit [Mural. II, 30).

-- sa —

perpétuera étenicUemenl dans la gloire des deux. Mais l'humble et chaste Marie répond modestement : « Comment arrivera ce que vous dites ; car je ne connais point d'homme ? » Les saints Pères et les interprètes concluent communément de ces paroles que Marie avait déjà fait au Seigneur vœu solennel de -virginité ; ils pensent que saint Joseph, en ayant été par elle informé avant de l'épouser, nonseulement consentit à ce qu'elle observât sa promesse, mais qu'il se consacra lui-même, par un semblable lien, à la virginité. Ecoutons le grand Augustin : il dit que Marie épousa Joseph le juste par excellence, parce que l'usage des Juifs ne comportait pas que les filles d'Israël restassent sans époux ; elle l'épousa toutefois, non pas pour lui faire le sacrifice de sa virginité^ mais pour trouver dans ce chaste conjoint un témoin, un protecteur, un gardien de la chasteté qu'elle avait juré de conserver a Dieu (1). Sa réponse voulait donc dire ceci : Comment arrivera-t-il que je conçoive et que j'enfante le fils dont vous me parlez, puisque je suis vierge et que je veux toujours l'être? Je ne connais point d'homme et n'eu dois jamais connaître. Joseph est bien mon légitime époux, mais c'est pour protéger ma virginité et non pour me la ravir. Le Seigneur ne sait-il pas ce que je lui ai promis par

(1) Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco [Luc. I, 34)? — Quia hoc Israelitarum mores adhuc recusabant. Desponsata est viro justo, non violenter ablaturo, sed potius contra violentes custodituro quod ipsa voverat(3.Aug.,De Sanct.Virg.).

serment? Quelle résolution magnanime, s'écrie ici saint Gré!?oirc de Nvsse ! Oh! généreux accents d'un cœur brûlant d'amour pour la pureté ! 0 sainte virginité ! 6 pudeur angélique ! quelle plus noble victime fut jamais offerte sur vos autels! D'une part, la gloire d'être Mère de Dieu se présente à l'esprit de Marie ; de l'autre, le sacrifice de la vertu la plus chère à son cœur. Mais, sans hésiter un seul instant, elle préfère la grâce qui la sanctifie à la grâce qui l'élève ; clic choisit de préférence un état plus parfait à un état plus sublime. Elle aime mieux plaire à Dieu que de lui commander; elle renonce au titre de sa Mère pour garder celui de son épouse (1). Combien j'admire une si sublime résolution, s'écrie saint Jérôme ! Quelle est noble cette constance invincible de conserver la virginité qui n'hésite pas un instant à rejeter la dignité d'avoir pour Fils celui qui a Dieu pour Père (2) ! Combien donc est sublime cette conduite de Marie en opposition à celle d'Eve! La première femme résista et fut en proie à la crainte avant de céder à la séduction du serpent. Toutefois, elle se décida à encourir la disgrâce de Dieu en violant son commandement ; de plus, l'objet de sa crainte était d'encourir la mort, dont Dieu l'avait menacée. Elle se serait mise peu en peine de commettre la faute, si

(1) Audi pudicam Virginis vocem : angélus partum nuntiat, ipsa viiginitati inhasret, et integritatem augelicae demoastrationi anleponendani judicat {Orai. de Christ.).

(2) Immobile ^^^ginilatis propositum, quod nec angelo uimtiantc, et Dei Filium prouiiUente, aliquatenus titubavil (Jér., De Assumpt.).

elle avait pu éviter la peine. Ce n'était pas le péché qui l'arrêtait, mais la mort qui pouvait s'en suivre, si bien que, si elle eût pu s'assurer qu'elle ne mourrait point, elle eût été^, dès le commencement de la tentation, prête à prévariquer : Ne forte moriamur. Que la conduite de Marie est dififérente ! L'unique chose qu'elle craint en devenant Mère de Dieu, c'est de manquer à la promesse faite à Dieu de demeurer vierge. Elle ne veut point la dignité de Mère du Sauveur au dépens de la virginité ; non pas qu'elle redoute les sacrifices que cette fonction sublime pourrait lui imposer : la cause unique de ses angoisses, c'est la perte de la vertu qu'elle chérit le plus. Elle est prête à se soumettre à ce que Dieu veut d'elle, mais à la condition de pouvoir tenir ce qu'elle lui a promis : Virum non cognosco.

La crainte d'Eve fut donc l'effet de son excessif attachement à la vie, tandis que la crainte de Marie naquit de son amour légitime pour la chasteté. Ainsi la crainte d'Eve fut une crainte d'amourpropre, une crainte sensuelle et servile, la crainte de mourir ; ce qui fut un nouveau péché pour elle, peut-être le plus grand : la crainte de Marie, au contraire, fut une crainte généreuse, sainte, qui lui était inspirée par l'intérêt seul de la gloire de Dieu, la crainte de pécher ; et cette crainte fut pour elle un nouvel acte de vertu sublime et la plus grande de ses vertus. Combien, ô mon Dieu! il dut vous être sensible de vous voir ainsi aimé par celle que vous aviez tant aimée ! Qu'il fut agréable pour vous

de vous voir ainsi noblement préféré à vous-même ! Mais tout ce que l'ange dit à Marie et ce qu'elle lui répondit fut l'effet d'une particulière disposition de la Providence. Dieu voulut par là donner occasion il Marie de faire une profession solennelle de virginité, afin d'accorder au mérite de cette profession trénéreuse l'honneur delà maternité divine (I). Par cet acte sublime, le cœur de Marie resta dédié et consacré à Dieu : c'est la belle pensée de saint Grégoire de iVazianze, Comme les temples matériels sont consacrés et dédiés au Seigneur avant qu'il n'y vienne habiter corporcllement par l'Eucharistie ; de môme, avant que le Verbe de Dieu vînt habiter corporellement, par le mystère de l'Incarnation, dans le chaste seiu de Marie, il voulut que ce temple auguste lui fût solennellement consacré. Or, la solennelle proclamation de son vœu de virginité fut pour Marie la formule de cette consécration. Elle accomplit ainsi la prophétie de David, qui annonçait que le Très- Haut sanctifierait son tabernacle et qu'il le rendrait digne de lui avant de venir l'habiter sur terre (2).

Yoici la réponse solide et pleine de sens qu'un ancien Père de l'Eglise fait aux Juifs stupides et aux incrédules insensés, qui se scandalisent du dogme ineffable de l'Incarnation dans le sein d'une vierge. Si le Fils de Dieu, dit-il, avait choisi pour 3Ière la fille

(1) Hoc audire volpbat Deus, ut ipsa per professionem virginitatis mererelur fieri Mater Doi (A Lap.). C2) Sanctificavit tabernaculuui suum Altissimus {Ps. xi.v). .

d'un monarque puissant, et, pour naître, la cité maîtresse de l'univers,, qui est-ce qui n'aurait pas attribué au prestige, à la force de la puissance humaine le changement étonnant que l'Évangile devait opérer dans le monde (1)? Mais voyez ce Dieu Sauveur : il choisit pour Mère une pauvre vierge de Juda, que Sion rougit d'admettre au nombre de ses filles; il vient naître dans un endroit inconnu, que la Judée se garde bien de compter au nombre de ses villes : il veut que tout soit humble et pauvre autour de lui, aiin qu'il soit manifeste que la conversion prochaine du monde est l'œuvre de la puissance de Dieu et non celle de l'homme.

Nous pouvons ajouter, avec saint Augustin, que, dans la manière même dont le Acerbe divin a disposé toutes choses dans son incarnation, il n'a pas oublié sa propre gloire, ni les convenances et les égards qu'il se devait à lui-même ; il s'est humilié, il est vrai, mais il ne s'est pas avili ; il est descendu bien bas pour nous racheter, mais il ne s'est point dégradé (2). L'unique ornement de Dieu, celui qui l'honore dans la maison qu'il veut habiter, l'unique richesse qui contente ses regards et ravit son cœur, dit l'Ecriture,

(1) Si masimam Romam elegisset, potentia civium mutation em orbis ten'arum factam putarent; si filiam impei'atoris, potestati utilitatem adscriberent. — Sed quid fecit? Pauperculam elegit matrem, pauperiorem patriam : oinnia vilia elegit, ut divinitas cognosceretur orbem transformasse terrarum (Theoph., Serm. in conc. Epiph.).

(2) Non cecidit, sed descendit.

c'est la haute sainlcté (I) dont le Très-Haut a voulu embellira profusion Marie avant i'incarnaliou de son divin Fils. 11 l'a remplie, en effet, de grâces dès le premier instant de son existence, en la préservant du péché originel, en la gardant ensuite de l'ombre même du péché, en sorte que Tango a pu lui dire en toute vérité : (jratia plena. Oui, Dieu s'est intimement uni à sou cœur ; il y a habité par sa grâce avant d'y habiter en personne : Dominus tecum. Il en a fait la plus pure de toutes les créatures, il l'a bénie entre toutes les femmes : Benedicta tu in midieribus. Il l'a donnée, par un vrai mariage, au plus juste de tous les hommes (2). Enfin, il a voulu que ces deux époux, missent la dernière main à leur sanctification par le vœu de virginité : Virum non cognosco. C'est de ces lis admirables qu'est sortie la fleur nazaréenne, et qu'elle a grandi : Qui pascitur inter lilia. Si donc le Yerbe divin dédaigne l'appareil des grandeurs humaines pour illustrer et ennoblir sa naissance, il s'entoure de la grandeur spirituelle de sa Mère et de Joseph. Comme une vierge ne peut, en demeurant vierge, concevoir que par la vertu de Dieu, et comme un Dieu ne pouvait et ne devait avoir qu'une vierge pour Mère, en considérant que le Christ ne ressemble à aucun roi du siècle, nous comprenons qu'il ne ressemble à aucun d'eux dans son règne et qu'il n'est point un roi de ce monde ; en un mot, en

(1) Domum tuam decet sanctitudo [Ps. xcxii).

(2) Joseph autem vir ejus cuin esset justus {Matt/..). — Qui pascitur inter lilia {Cant.).

voyant de qui il naît, nous voyons clairement quel il est (1). Qu'importe donc que tout soit humble et pauvre dans la maison de Joseph, puisque tout y est saint? Qu'importe que Marie soit négligée, ignorée, privée de toute grandeur profane, si elle est ornée de la grâce, le reflet et la splendeur de la grandeur divine? Le Verbe de Dieu s'est donc préparé, parla sainteté qui règne dans la maison de Joseph et dans le sein de Marie, une habitation digne [de congruo) de lui. Cette humble demeure est riche et magnifique comme le ciel. L'honneur de sa divine majesté est sauvé, sa gloire est hors d'atteinte. La bassesse de la nature humaine à laquelle il s'unit, et qui l'hurniHe profondément, annonce que c'est un Sauveur ; la sainteté qui l'environne, et dont il se montre jaloux, manifeste que c'est un Dieu.

Ces paroles de Marie : « Je ne connais pas d'homme » ne nous découvrent pas seulement la sainteté et la grandeur de ce mystère ; elles fournissent encore à l'ange l'occasion de nous révéler la manière ineffable dont il s'est opéré. Car le messager céleste répliqua : « Le Saint-Esprit descendra sur vous, ô Marie! et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : c'est pourquoi celui qui naîtra de vous sera saint et s'appellera le Fils de Dieu (2). Quelles sublimes pensées!

(1) Non ita natus est, ut nascuntur in saeculo, quia et ille natus est, cujus regnum non erat de hoc sseculo. Nobilitas fuit uascentis in virginitate parientis; et nobilitas parientis in divinitate nascentis (S. Aug.).

(2) Spiritus Sanctus superveniet in te,etvirtus Altissinai obum-

— OG — Quelles admirables paroles! Quelles expressious! Ah! je comprends maiuteuaut ! Le mystère de l'Incariiatioii étant le fondement de tout le Christianisme, il a {)lu à Dieu de nous en révéler, par ce discours de l'ange, eu termes les plus clairs, toute l'économie. En effet, l'ange, en disant à Marie : « L'Esprit-Saiut descendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de sou ombre, » nous a fait connaître bien clairement que, quoique ce mystère ait été réalisé, comme toutes les œuvres de Dieu qu'on appelle ad extra, à l'action des trois personnes divines, il l'attribue cependant, d'une manière particulière, au Saint-Esprit, qui s'appelle la vertu de Dieu ; l'Incarnation^ en effet;, est le chef-d'œuvre de la bonté infinie. Or, les œuvres de l'amour sont attribuées particulièrement au Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils comme leur amour substantiel. De même on attribue la sagesse au Fils, qui est engendré du Père comme parole, Verbe, et la puissance au Père comme le principe de la Trinité et de toutes les choses.

Mais quels mystères sont renfermés dans cette simple phrase : « Le Saint-Esprit vous couvrira de son ombre. » Selon saint Hilaire, c'est une phrase d'une admirable réserve; car, sous ce mot l'ombre, elle désigne la fécondité opérée en Marie par la vertu de l'Esprit (1). Saint Augustin explique ainsi ces mots :

brabit tibi; ideoque quod nascetur ex te sanctum vocabitur {Luc. I, 35).

(1) Obumbrabit, id est amplexabilur te et sua virtute fœcun-

__ 97 ■— Comme l'ombre est proporliomiée au corps qui lu produit, de même le Saint-Esprit s est conformé à la faiblesse naturelle de Marie, incapable de soutenir toute son efficacité et sa vertu infinie (1). Théophile les commente de la sorte : La vertu du Très-Haut vous couvrira comme d'un voile ; le plus grand des secrets divins s'opérera eu vous de la manière la plus cachée ; en sorte qu'il n'y aura ni ange, ni homme qui puisse jamais en avoir la plus simple notion, et bien moins encore la claire intelligence, sans une révélation divine (2). Maldonat et d'autres interprètes disent qu'ils signifient : Tous serez investie de nuages, c'est-à-dire remplie d'une pluie divine qui vous rendra féconde ; les nuages, en effet, se condensent d'abord, puis s'évanouissent en pluie féconde qui fertilise , la terre. Il semble, partant, que l'ange ait voulu faire allusion à ces prophéties : « Les nuages donneront le Juste (3). » « Il descendra du ciel dans le sein de la Vierge comme la pluie tomba seulement sur le voile de Gédéon, laissant à sec le terrain environnant (4). » Comme la chaleur fait dissoudre les nuages en pluie, de même l'Esprit-Saint, l'amour infini, fera descendre du ciel le Verbe éternel dans le sein de Marie.

dam cfficiet, sicut vxv feminam obumbrat et fœcundat in opère generatioûis (S. Hil.).

(1) Attemperabit se tibi, sicut umbra corpori; nam totam eju3 virtutem et efficaciam capere non poteris (S. Aug.).

(2) Obvelabit te ; arcane arcanum maximum in te operabitur, ut nullus bomo vel angélus illud penetrare possit (Theoph.).

(3) Nubes pluant Justum {Isa.).

(4) Descendet sicut pluvia in vellus {Ps. Lxxi).

Page 1