II
Combien est admirable et pleine de charmes cette génération unique dans laquelle la pureté du Fils s'unit à la chasteté incorruptible de la Mère (I)! C'est pour cela que l'ange a pu dire : « Celui qui naîtra de \ous, ô Marie ! sera chose sainte : Quod Tuiscetur ex te sanclut/i ; » car Jésus-Christ est saint non-seulement par l'union hjposlalique de la nature humaine avec la personne du Verbe, qui est la sainteté même ; mais il est encore saint par le miracle de sa conception toute divine, entièrement saint par conséquent. Remarquez encore, dit saint Bernard, cette expression de l'auge : « Celui qui naîtra de vous sera chose sainte, dans le sens absolu et substantiel : Sanc' tum, parce que si l'ange avait dit : Il sera une chair sainte, ou toutes autres expressions semblables, il n'aurait pas tout dit. Mais, en disant d'une manière indéfinie chose sainte, sanctum, il indique que leFds de Marie est la sainteté par essence (2). Et, parce qu'il n'y a que Dieu qui soit la sainteté par excellence, l'ange put ajouter encore : « Et il sera appelée le Fils de Dieu : Quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Films Dei. »
Finalement, pour rassurer Marie et pour nous confirmer de plus en plus dans la foi en ce grand mystère, l'envoyé de Dieu termine ainsi : « Et voici qu'Elisabeth, votre cousine, quoique âgée et stérile,
(1) Quam pulchra est casta goneratio cum claritatc {Sap. iv).
(2) Si diccret, sancla caro, sauctus homo, sanctus iiifans, quidqnid taie ponoret, paruui sibi dixisse videretur. Posuit iudciiiiitum, sanctum, quia quidquid illud sit, quod Virgo geuuit, sanctu?n ac singulariler sanctum fuit (S. Bern., Serm. 4 siqj. Miss.).
a conçu un fils et se trouve dans son sixième mois, afin qu'on voie par là que nulle parole n'est impossible auprès de Dieu (1 ) . Ces mots équivalaient à ceci : Que vous importe, ô 3Iarie ! que vous ne connaissiez aucun homme , Dieu n'est-il pas tout-puissant? N'a-t-il pas déjà montré sa vertu^ en faisant que votre cousine, stérile et vieille, a conçu un fils? Six mois ne sont-ils pas écoulés depuis ce prodige ? Or, celui qui, par sa toute-puissance, a fait qu'Elisabeth ait conçu, vous rendra aussi féconde sans le concours d'aucun homme; comme il a suppléé pour elle au défaut de la nature, il suppléera pour vous à l'exigence de votre vertu ; et le miracle qu'il opérera en votre faveur ne sera que la répétition plus noble et plus parfaite de celui qu'il a déjà opéré, malgré la vieillesse et la stérilité. Mais remarquez , avec saint Bernard , combien est belle cette expression, « nulle parole n'est impossible auprès de Dieu ; » ce qui doit s'entendre ainsi, dit-il : En Dieu, la parole ne contredit point l'intention, car Dieu est vérité ; ni l'œuvre la parole, car il est tout-puissant; ni le mode l'œuvre, car il est la sagesse infinie (2). Et, au lieu de dire, en effet : ISulle chose n'est impossible auprès de Dieu, le céleste messager dit bien mieux : aucune parole n'est impossible ; ce qui est mieux, en effet, car cela signifie
(1) Et ecce Elisabeth cognata tua, et ipsa concepit filium in senectute sua; et Lie meusis sextus est illi, quae voratur sterilis quia non erit impossUjile apud Deum omue verbum {Luc. i, 36).
(2) Apud Deum nec verbum dissidet ab intentioue, quia veritas est; nec faclum a verbo, quia virtus est; nec modus a facto, quia sapientia est (S. Beru.).
qu'il est aussi facile à Dieu de faire ce qu'il veut que de parler sa pensée et que de penser sa parole (1). C'est dans ce sens qu'il est écrit que la création entière est TelTut immédiat et instantané de la parole divine: l2)se dixitj et facta sunt (2).
Après avoir rempli sa céleste mission, l'ange se tut en attendant, dans un respect plein d'espérance, que Marie donnât la réponse qui devait consoler le ciel et sauver la terre. La sainte Vierge avait été, durant le discours de l'envoyé céleste, comme absorbée dans un silencieux recueillement, dans une profonde extase, en considérant la grandeur et la condescendance infinie de Dieu et sa propre bassesse. Elle rompt enfin le silence et répond : « Voici la servante de mon Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole (3).» Considérons cette réponse. Ce fiât, qu'il soit fait, sorti de la bouche d'une humble créature, fut, en quelque sorte, plus puissant que celui prononcé par le Créateur, quand il tira le monde du néant.
Il fut comme une parole sacramentelle par laquelle, à l'instant même, la Vertu du Très-Haut forma du plus pur sang de la plus pure vierge le corps de Jésus-Christ, qui, par suite, est vraiment homme, puisque sa chair u clé formée de la réelle substance de la mère (4) ; il lui donna une âme et unit, par un
(1) Apud Deum tam facile est omne quod vult, quam verbum pronuntiare (A Lap.).
(2) Ips" dixit, et facta sunt [Ps. cxLvm).
(3) Dixit autom Maria : Ecce ancilla Domini, fîat mihi secundum Verliiiui tuum {Luc. i, 38).
(4) Factum ex mulierc (fiow.). — Qaod in ea natura est, da
— lOi — nœud admirable et indissoluble, cette humanité parfaite à la personne du Fils de Dieu. C'est ainsi qu'en un seul et même moment fut complété le mystère, que naquit, pour me servir de l'expression évangélique, dans le secret des chastes entrailles de Marie, tout Jésus -Christ, par l'opération du Saint-Esprit : Quod in ea natiim est, de Spiritu sancto est {\). C'est-àdire qu'en ce moment même Dieu descendit de son trône, le Très-Haut s'humilia, l'Eternel se manifesta dans le temps, le Créateur reçut un être nouveau dans l'ouvrage de ses mains ; le Yerbe éternel se fit chair sans sortir des mains de son Père. C'est ainsi que le verbe intérieur, la pensée de l'homme, se manifeste au dehors dans la parole, sans sortir de l'intellect qui la conçoit; Dieu, en un mot, devint homme par amour des hommes, et il commença à habiter en eux et avec eux : Verbum caro factiun est, et habitavit in nobis.
Telle est cette admirable histoire. Comme elle est sublime dans sa bassesse, magnifique dans sa simplicité! Que de mystères, que d'harmonies on y découvre! Que de prophéties y sont accomplies, et combien de vertus y sont recommandées ! Si l'homme
Spiritu Sancto est {Matth. i). — Verbum caro factum est, et habitavit in nobis {Joan. i).
(1) Ainsi, bien qu'on ne puisse dire que cet ouvrier divin de l'bumanité de Jésus-CUrist en soit le père, puisque cette humanité n'est point formée de sa divine substance, quoiqu'elle soit son ouvrage, il fut cependant l'époux invisible de Marie, parce que c'est lui qui l'a rendue féconde par miracle, et qui l'a fait devenir mère sans cesser d'être vierge.
eût pu l'invciUer, il aurait aussi pu faire les choses qu'elle raconte ; comme il n'y a qu'une puissance infinie qui ait pu les accomplir, il n'y a qu'une infinie sagesse qui ait pu en concevoir l'idée. La raison n'invente point ce qui surpasse la raison, ni ce qu'elle ne saurait comprendre. L'homme invente, ou plutôt répète^ diversement combinés, les desseins, les pensées et les opérations de l'homme ; Dieu seul peut révéler les desseins, les pensées et les œuvres de la sagesse et de l'amour de Dieu. La raison n'a donc pas créé le dogme consolateur de Dieu fait homme; elle l'a appris , elle l'a reçu , et cela en dépit d'elle-même , après qu'il lui a été clairement manifesté par celui qui le maintient toujours dans vraie Eglise, qui en perpétue le témoignage, les preuves^ la connaissance, la foi, l'espérance et l'amour.
0 doux et grand mystère d'un Dieu fait homme! mon cœur te réclame impérieusement; sans toi, je retombe aussitôt dans la pauvreté et l'épouvante. Ma misère infinie en a besoin; mais ma timidité, mon néant ne me permetteut pas même d'oser m'approcher d'un ange ; il me faut recourir à un homme. Mais cet homme n'est pas Dieu, il ne peut ni me sauver ni me secourir, comme un Dieu qui n'est pas homme ne m'encourage pas, ne me soutient pas, ne me rassure point. Je n'ai donc de salut, de confiance, et d'espoir que dans ÏHomme-Bieu. Quiconque, par conséquent, tente d'affaiblir en moi cette croyance est aussi cruel contre moi-môme qu'impie envers
Dieu. Reçois donc en ce jour, grand et incomparable mystère, reçois l'entier et parfait hommage de mou esprit et de mon cœur. Je te crois et je t'aime, ou plutôt, croyant en toi, je t'aime, et, en t'aimant, je te crois ; ainsi l'amour est ma foi, et ma foi est mon amour. 0 foi! ô amour de V Homme-Dieu! combien ■vous êtes doux, suaves, ravissants! Nul ne pourra jamais vous ravir à mon cœur. Je veux me consacrer pour toujours et, s'il le faut, m'iramoler, avec tout ce que j'ai et tout ce que je suis, à cet amour et à cette foi!
SECONDE PARTIE
Saint Bernard, ce grand admirateur du mystère, aujourd'hui l'objet de nos méditations, dit que cette parole : « Voici la servante du Seigneur, » prononcée par Marie, après avoir recule glorieux salut de l'ange, offre un contraste surprenant, digne de l'étonnement des hommes, de l'admiration des anges et des complaisances de Dieu. Reconnue pleine de grâces, Marie ne considère que son néant ; comblée de trésors, elle ne pense qu'à glorifier le Très-Haut, et elle s'abaisse par humilité, d'autant plus qu'elle se voit plus élevée par grâce. L'ange la salue et la proclame Mère de Dieu, et elle ose à peine s'appeler sa servante. Là brille surtout sa perfection, à elle en qui tout est extraordinaire ; car elle est grande, parce qu'elle est vierge ; elle est plus grande encore, parck quelle est vierge et mère; elle est très-grande,
^ 101 — parce qu'elle est mère du Dieu qu'elle adore. Et, pourtaut, elle s'élève plus haut encore, en s'eslimant, elle si magnifique aux yeux de Dieu, l'égale d'une servante à la lumière des siens! C'est ainsi que Marie, par son humililé, se surpasse et se grandit, par sa propre vertu, plus haut que ne l'avait fait Dieu lui-même (1).
C'est ])ar le prodige de cette humilité de Marie que s'accomplit le mystère de notre salut^ comme le mystère de notre perte s'était accompli par le prodige de l'orgueil d'Eve. La sainte Vierge, rei)rend saint Bernard, avait plu au Verbe élerncl par les charmes de sa pureté; mais elle ne le conçut, dans le temps, que par la confession de son néant, comme le Père céleste l'engendre dans l'éternité par la connaissance de sa propre excellence (2). Cette humilité si nouvelle, si singulière et si sublime donne à celte parole prono'.icée par Marie : « Qu'il soit fait : /■7a/,»refiQcacité de restaurer le monde créé autrefois par le Fiat divin. 0 sainte humilité! combien ta force est immense ! mais aussi combien est grande la nécessité de te posséder ! Comme c'est par le moyen de l'humilité que s'accomplit le mystère de la Réparation de l'homme, c'est par elle aussi qu'on peut seulement en goûter le fruit. L'orgueil de l'ancien Adam et d'Eve nous avait ouvert l'enfer ; l'humilité du nouvel
(1) Mater Dei salutatur, et aticilla se uoiiiiuat. — Magiuim, quia Virgo ; inajus, quia Mater et Virgo ; maximum, quia Mater Dei ; sed longe maximum, quod talis cum sit, putat se uiliil esse (S. Bern.).
(2) Virginilate placuil, lumiililale concepit [Ihid.].
Adam et de la nouvelle Eve nous a ouvert le ciel ; et comme les portes de cet houreux séjour nous sont ouvertes par l'humilité, c'est par cette même vertu qu'on y pénètre . Le divin Maître Ta dit : « Si nous ne descendons jusqu'à la bassesse, à la candeur et à la simplicité des petits enfants, nous n'entrerons point dans le royaume des cieux (1). »
Remarquez bien, mes frères, cette expression du Seigneur •: « Si vous ne devenez comme des petits enfants; » cela veut dire de même que la Mère de Dieu s'est considérée comme une servante, que le Yerbe de Dieu s'est fait chair, ainsi l'homme doit se faire petit enfant pour se sauver. Ah! les superbes, ces orgueilleux, épris de leur propre opinion, qui ne peuvent supporter de correction ni de frein, qui croient se suffire à eux-mêmes et n'avoir besoin de personne, qui censurent les autres, réservant l'adulation, la gloire pour eux seuls, dans tout ce qu'iU disent et dans tout ce qu'ils foiît ; qui se regardent et vcuîeiit passer [oar les seuls savants, les seuls habiles, les seuls prudents, les seuls infaillibles ; ces victimes de la vaine estime de soi-même, malgré leurs apparences chrétiennes, ne sont que les fils de Lucifer, le père de l'orgueil ; ils ont au fond du cœur une infernale sympathie pour le vice et l'erreur ; levain funeste résistant à l'action secrète de la grâce, corrompant lentement l'intelligence, finissant par cor- Ci) NLsi converti fueritis, et ftfficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum {MattJt. xviii). — Omnis qui se exaltât, humiliabitur, et qui se humiliât, exaltabitur {Luc. xiv)
— lOG — rompre le cœur. Telle est la cause cachée de ces chutes que Thisloire ecclésiastique rappelle avec horreur dans tant dechréîieusqui, après avoir rendu hommaye à la loi de Jésus-Christ, par la générosité de leur confession, l'ont ensuite deshonoré par le scandale de leur apostasie ; telle eslThisloirc de tant de savants qui, après avoir défendu l'Eglise parTécIat de leur doctrine, l'ont attaquée avec les blasphèmes de l'erreur ; tel est l'origine du malheur de tant de hauts personnages qui, après avoir édifié le peuple chrétien par l'héroïsme de leurs vertus, l'ont affligé par la turpitude de leurs vices.
Au contraire, les humbles, qui ne présument pas d'eux-mêmes, se défient de leurs propres lumières et de leurs forces, et cherchent ailleurs qu'en eux la vérité pour s'instruire, un aide pour se soutenir, un conseil pour se guider, et qui aiment mieux croire que disputer, écouter que discourir, obéir que commander ; ces hommes, dis-je, s'ils viennent à tomber dans l'erreur ou dans le vice, à la longue s'en relèvent. Même au milieu de leurs désordres, ils tiennent, par une fibre secrète, à Jésus-Christ, le Maître et le modèle de l'humilité ; ils ont une céleste sympathie pour la vérité et pour la vertu ; ils conservent ouverte à la grâce la voie qui conduit au cœur et à l'intelligence. Cette voie, en effet, c'est l'humilité, par où peut toujours s'introduire et s'introduit réellement l'inspiration salutaire à laquelle ils doivent plus tard leur changement et leur pardon. Telle est la cause secrète de ces conversions éclatantes que l'histoire
ecclésiastique rapporte avec admiration et avec joie, de la soumissiou àTEglisede taut de persécuteurs de la religion, devenus eux-mêmes des martyrs ; de tant de partisans de Terreur, cliangés en apologistes de la vérité ; de tant de pécheurs devenus des saints. Ah ! mes frères, descendons des hauteurs où nous place notre orgueilleuse raison ; quittons ces régions de la prétention et de la vaine gloire ; ah ! défionsnous de nous-mêmes^ humilions- nous d'esprit et de cœur devant les hommes : voilà le moyen le plus convenable d'honorer le mystère que nous célébrons aujourd'hui, mystère par excellence de l'humUité du Fils et de la Mère de Dieu. C'est le moyen le plus sûr d'acquérir la grâce et de la conserver, lorsqu'on la possède. C'est la pratique la plus efficace pour TÏvre en bons chrétiens ou pour le devenir sous peu ; c'est enfin la voie royale qui conduitau ciel ; car on accomplit ainsi, non-seulement pour le temps, mais pour l'éternité, cet oracle de Jésus-Christ : « Quiconque s'exalte, sera humilié, et quiconque s'abaisse sera élevé : Omnis qui se exaltât^ humiliabitur , et qui se humiliât, exaltabitur, » Ainsi soit-il.
DIX-HUlTlÊME
La Femme adultère (I).
s. Joan., cap. vin, 1-H.
Ipso autcm transicns pcr mi"'diuni illoruni ibat. Luc. IV.
[Evang. fcriœ II post dom. III Quudrag.).
Voilà donc où va aboutir la fureur infernale dont la Synagogue était enflammée contre Jésus-Christ, au dire de l'évangile de ce jour : Et repleti siint
(1) On peut dire que l'évangile de saint Jean est le livre des Para/i^o»2èwe5 du Nouveau Testament,c'est-à-dire le livre des choses laissées : car ce grand évangéliste, qui éci-ivit le dernier de tous, y a raconté des miracles, des discours, des événements que, par la permission de Dieu, ses collègues avaient omis, et dans lesquels la divinité de Jésus-Christ brille d'une lumière et avec une grâce particulières. C'est pour cette raison que l'on ne trouve que dans ce seul évangéliste la plupart des choses sublimes et touchantes qui y sont racontées. Tel est le premier miracle du changement de l'eau en vin, aux noces de Cana, celui de la guérison du paralytique et celui qui est l'objet de la présente homélie. Cet évangile se lit h la messe du samedi de la troisième semaine de Carême. Ce fait eut iieu la deuxième année de la prédication du Sauveur, la trente-deuxième année de son âge, sous le vestibule du Temple (5^ homélie, note 3), le 7 d'octobre, le lendemain du dernier jour des l'êtes desTabernaclos, qui, cette année-là, commencèrent le 27 septembre et finirent le 6 du mois suivant. Jésus-Christ était expressément venu de la Galilée à Jérusalem pour les célébrer.
omnes in Synagoga ira. Le peuple et les magistrats se lèvent comme un seul homme contre le Sauveur ; ils le chassent hors de la ville et l'entraînent sur le sommet d'une montagne voisine pour l'y faire mourir. Mais une puissance secrète et irrésistible les empêche d'accomplir un si barbare dessein ; malgré leur animosité et leurs forces, ils ne peuvent faire aucun mal au Fils de Dieu qui, à leur rage, passe et circule paisiblement au milieu d'eux : Ipse autem transiens per médium illorum, ihat. Ils ne pourront pas le sacrifier, dit saint Augustin, avant que l'heure soit arrivée où il daignera consentir lui-même à être sacrifié (1). Jusque-là, le divin Maître déjoua les demandes insidieuses par lesquelles ses ennemis cherchaient à l'embarrasser et à le surprendre, aussi facilement qu'il rendit vaine leur aveugle fureur ; il démasqua leur noire hypocrisie, et toujours, quand il lui plut, il sortit libre et triomphant de leurs mains, et confondit leurs sophismes.
Nous en avons vu déjà une preuve dans la guérison del'hydropique. L'évangile de ce jour en donne une autre plus éclatante dans la conversion de la femme adultère. Je me fais un devoir de vous la rapporter comme l'un des traits le plus beau et le plus important de la vie du divin Fils de Marie.
Le Prophète avait dit que le Messie devait admirablement conduire à bonne fin le grand ouvrage du Salut des hommes, en résumant merveilleusement
(1) Non tenebatur, quia adhuc pati non dignabatur {Tract. 33 in Joan.).
— 1 1 0 — en lui la justice, m niaiisucUide et la vérité : Propter vcr/tdtcui, inaiistielitdhicin cl jiistilium dcducct te mirahiliter dcxtera lita.Lc Docteur de la grâce nous apprend que le Sauveur des hommes apparut,cu effet, dans le monde, revêtu de ces trois vertus : de la justice, par laquelle il pénétrait les cœurs; de la vérité, par laquelle il était maître des esprits ; de la mansuétude, par laquelle il rachetait le genre humain (I). Or, ces trois vertus caraclerisliques du divin Messie ne se trouvent réunies, ne brillent de leur éclat un et triple tout ensemble, dans aucun trait de sa vie précieuse, comme dans celui de la régénération, par l'absolution, de Fépouse infidèle. Considérons donc attentivement le prodige, pour apprendre à écouter Jésus comme notre maître, à le craindre comme notre juge et à l'aimer comme notre libérateur.