PREMIÈRE PARTIE
Ce n'est d'abord pas sans un mystérieux dessein que l'évangéliste fait précéder cette admirable histoire de ces paroles : a Jésus vint sur la montagne des Oliviers, et, au commencement du jour, il parut de nouveau dans le temple (2). » La montagne des Oliviers signifie, dit le Vénérable Bède, la sublimité de la divine miséricorde, et le temple de Jérusalem, la Synagogue et aussi l'Eglise. Jésus-Christ^ après
(1) Altulit veritatem, ut doctor; mansuetudinem, ut liberalor; juétitiam, ut cofçnitor {Tract, in Joan.).
(2) Porrexit in moatem Oliveli, et diluculo iterum venit iu tciuj lum (Joan. viil, 1, 2).
avoir passé la nuit sur la montagne des Oliviers, en descendant au point du jour dans le temple, montre qu'après avoir passé les quatre mille ans de la nuit du péché, caché sur la montagne de sa miséricorde, il en descend enfin au jour de la Rédemption, apportant dans ses mains cette miséricorde, pour la répandre sur les vrais fidèles réunis dans son Eglise (1). Le texte sacré dit que le Seigneur vint une seconde fois dans 'le temple : Venit iterum in îempliim, parce que, la première fois qu'il y était descendu, c'était dans l'obscurité des figures et des symboles; cette seconde fois, ce fut en personne et à découvert; non plus comme la première, en maître sévère et puissant, mais en libérateur indulgent et compatissant. Cesse donc de tenir tes regards fixés sur les monts éternels d'où pouvait seulement venir ton secours, ô humanité affligée (2) ! La miséricorde en personne est descendue de la montagne de la miséricorde ; Dieu l'a envoyée pour ton salut : Misit Deus misericordiam sitam. Le véritable Orient est venu, avec toutes ses tendresses, visiter son peuple (3). Comme il est plein de douceur et de bonté! L'évangéliste a soiu de nous en prévenir;,en disant que le divin Maître
(1) Mons quippe Olive ti sublimitatem dominica? pictatis et misericordiae désignât. — Venit diluculo in templum, ut misericordiam, cum iacipiente Novi Testament! lumine, fidelibus in templo videlicet suo pandeudam praebendamque signifîcet [Cuten.).
(2) Levj.vi oculos meos in montes, unde veniet auxilium mihi (Ps. cxx).
(3) Per viscera misericordiae Dei nostri, in quibus visitavit nos Oriens ex alts {Luc i, 78).
s'assit pour instruire le peuple : FA scdcnsy docebat eos.
Jôsus-ChrisL dcboul si|^Miifie, dans Je luiiL;ane sacre', qu'il est dans la i;loire de sa majesté, et Jésus-Glirist assis, y indique riiumiliation de son incarnation, i)ar laquelle il a répandu les trésors de sa miséricorde sur notre pauvre humanité (I). Tout le peuple qui se presse religieusement autour de sa personne adorable, précisément parce qu'il la voit assise dans un maintien propre à exciter sa confiance : Et oinnis populus vcnil ad cuin, figure dés lors la multitude des Gentils qui devaient accourir entendre sa parole et croire en elle, du jour où elle se serait rendue visible dans la bassesse de notre nature (2). Jésus est donc maintenant assis , confirmant soleiuiellement dans le temple les dispositions pleines d'amour avec lesquelles il est descendu vers nous , par sa miséricorde envers la femme adultère, gage de celles dont il usera, à l'égard de la gentilité, dans son Eglise.
Les Scribes et les Pharisiens lui présentèrent donc cette femme coupable, et ils dirent : « Voici une infâme créature, tout-à -l'heure surprise enfante, convaincue d'infidélité envers son légitime époux. Il nous est ordonné par la loi de la faire lapider. Or, qu'en dites-vous (3) ? »
(1) Sessio DomiDi humilitalem incarnationis insinuât, per quam nobis misereri dignatus est (Beda).
(2) Sedente Domino, vonil ad cum populus; quia postquam pfr susceptam humauitateiu viail)ili6 apparuit, ex omuiljus gcntibus crfdideruut in cum (Alcuinus, Calen.).
(3) Magister, hsec mulier modo deprehensa est in adulterio. lu lege autem Moyses mandavit nobis hujusmodi lapidarc. Tu ergo, quid dicis [Joan. vm, 4, 5)?
Quelle hypocrite vénération, s'écrie le Vénérable Bède ! Quel respect simulé, pour cacher la perver site de leur esprit plein d'artifices (1)! L'évangéliste lui-même observe que ces traîtres interrogent Jésus comme un maître^ afin de pouvoir ensuite l'accuser comme un ennemi ; c'est ainsi qu'ils dressent des embûches à son innocence, en se montrant pleins de zèle pour la justice (2) !
Ils savaient par expérience que le Sauveur était aussi miséricordieux que juste ; car la mansuétude sans la justice est faiblesse, et la justice sans la mansuétude est dureté et oppression. Ils n'ignoraient pas combien le Christ compatissait à toutes les misères des hommes, et quel était son zèle pour l'observation de la loi de Dieu. Et, par cette insidieuse demande, ils lui tendent un piège dont il ne pourra, c'est leur secrète espérance, sortir sans démentir en lui l'une ou l'autre de ces vertus, devant nécessairement se montrer ou injuste, ou sans pitié (3) : si ce Jésus-Christ, se disaient-ils entre eux, ordonne que cette femme soit lapidée, il contredira sa réputation d'homme indulgent et compatissant, qui lui a valu une si grande popularité et tant d'affection ; si, au contraire, il s'oppose au supplice de cette mal-
(1) 0 captiosa veueratio! o simulatum captiosae mentis obsequium (Beda)!
(2) Hoc autem dicebaut tentantes eum , ut possent accusare pum {Joa7i. VIII, 6).
(3) luierrogant, non ut quod rectum est discant, sed ut veritati laqueos ncctant. Sperabant posse se ostendere vel immiseiicordem, vel iiijustum (Beda).