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DIX-NEUVIÈME HOMÉLIE

La Barque de Pierre (1)^ ou l'unité, la sainteté, l'infaillibilité de l'église ,

{Matth,, c. IV ; Marc, ci; Luc, c. v; Jo«??., c. xxi.)

Si Ecclesiam non audierit , sit tibi sicut sthnicus et publicanus.

[Fer. III post Dom. III. Matth. xvii.)

C'est Taccusation et la condamnation de tous les hérétiques que le Sauveur du monde prononce aujourd'hui en ce peu de mots ; c'est leur péché et leur

(1) Saint Pierre, saint André, saint Philippe, saint Jacques, saint Jean et plusieurs autres, qui s'étaient déclarés disciples du Sauveur, le reconnurent pour le Messie et pour vrai Dieu au miracle du changement de l'eau en vin, aux noces de Cana : Et crediderunt in eum discipuli ejus; toutefois, même après cet événement, ils restèrent simplement disciples de Jésus-Christ et ses auditeurs les plus assidus, pour autant du moins que le permettaient leurs occupations journalières et leur condition. Cependant le Sauveur,voulant faire ses apôtres de quelques-uns d'entre eux, les appela à sa suite d'une manière toute particulière. Saint Matthieu et saint Marc racontent en abrégé cette vocation par rapport à Pierre, à André, à Jacques et à Jean, se contentant de dire qu'elle eut lieu sur la mer de Tibériade, où ces quatre disciples étaient occupés à la pêche. Saint Luc, de son côté, raconte dans toutes ses circonstances le miracle de la pèche qui

il. y

châtiment qu'il formule de la sorte. A vrai dirc^ les hérétiques judaïsont, puisque, au lieu de recomiaître l'Eglise, ils la méprisent, refusent d'admettre sa doctrine ; comme les Juifs dédaignent Jésus-Christ, le méconnaissent et ne croient pas eu lui. Ainsi, comme il ne sert à rien aux Juifs d'admettre la loi, en reniant Jésus-Christ, la lin, la réalité, la solution divine des mystères, des figures et des énigmes de la loi (1); de même il ne sert à rien aux hérétiques de confesr ser l'Evangile, en reniant l'Eglise du Dieu vivant,seule dépositaire fidèle, seule interprète infaillible, seule colonne et appui de toutes les vérités contenues dans l'Evangile (2). Quoiqu'ils se disent chrétiens, on doit, selon une terrible sentence, les considérer comme

la précéda. Il faut donc, comme l'interprète nous en prévient, suppléer avec saint Lue ce que saint Matthieu a passé sous silence, si nous voulons avoir l'histoire complète de ce prodige. On lit la narration de saint Matthieu à la messe du jour de saint André, apôtre ; celle de saint Luc, à la messe du IV^ dimanche après la Pentecôte. Mais, comme il s'agit ici de la pèche miraculeuse, par rapport principalement à la barque de Pierre, sur laquelle elle fut faite, ou à l'Église, nous dirons aussi quelque chose de cette seconde pêche, dont parle saint Jean, parce qu'elle a des rapports avec le même mystère. — On lit cet évangile le mercredi après Pâques. — Le miracle de la première pêche, dont on parle principalement ici, arriva la première année de la prédication de Jésus-Christ, la trente-unième de son âge, sur la fin de février, qui précéda immédiatement la seconde pàque depuis qu'il avait reçu le baptême de saint Jean, et après avoir couve rli la Samaritaine, guéri le fils du petit roi, et après avoir opéré plusieurs autres miracles à Capharnaûm et prêché dans toute la contrée.

(1) Finis legis Christus est {Rom. x).

(2) Ecclesia Dei vivi, columua et firmamentum veritatis (/ Tim m).

des publicaius, comme excommuniés et hors du christianisme : Si Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus.

Comme saint Paul l'enseigne, si un voile impénétrable empêche les Juifs d'entendre les mystères de l'Ancien Testament,un voile impénétrable aussi cache aux hérétiques l'intelligence des mystères du Nouveau. Chose surprenante, mes frères! Ils ont continuellement l'Ecriture entre les mains, et ni les uns ni les autres ne voient ce qu'il y a de plus clair dans l'Ecriture : les Juifs n'y voient point Jésus-Christ, que le doigt de Dieu a dépeint, et par les faits et par les paroles , à chaque page de l'ancienne loi ; les hérétiques, de leur côté, n'y voient pas l'Église, que Jésus - Christ lui - même a décjite à chaque page de l'Evangile et par ses œuvres et par son langage. En effet, dit le savant Bède^, qu'est-ce qu'expriment les prodiges que le Sauveur opéra sur la Barque de Pierre, sinon l'histoire de son Église, de tout ce qui est survenu jusqu'à présent, de ce qui s'y passe chaque jour et de ce qu'il y arrivera jusqu'à la fin du monde (1).

Les hérétiques n'y voient et n'y entendent rien, parce que leur bandeau ne tombera que lorsqu'ils rentreront dans l'Eglise, tout comme le voile des Juifs ne deviendra transparent que lorsqu'ils seront convertis à Jésus-Christ (2). Et comme il faut avoir

(1) Totius hujus facti ordo, quid quotidie in Ecclesia geratur osteudit {In Luc).

(2) Gvim convertantur ad Dominum, auferetur velamen (// Cor. m).

vu une personne une première fois pour [)ouvoir reincltreses traits, de nièincil faut auparavant avoir cru en Jésus-Christ et en son Ei;lisc i)our pouvoir les reconnaître l'un et l'autre dans les dilTérents passages de l'Ecriture où ils sont dépeints.

Nous, mes frères, qui avons le bonheifr de croire à cette Eglise, nous pouvons dire que nous avons déjà vu des yeux de la loi ses trails majestueux et enchanteurs, tous ses divins linéaments ; profitons de cette heureuse condition pour la recoiniaîlre et la contempler dans le portrait fidèle tracé par Jésus-Christ, dans les grands miracles qu'il a opérés sur la Barque de Pierre, afin que de l'amour de l'Epouse nous puissions nous élever jusqu'à l'amour de l'Epoux, et que nous sojoiis remplis de sollicitude pour accomplir ce qu'elle prescrit, comme nous sommes heureux d'en professer la foi.

Et comme il n'est pas possible de développer dans un seul discours tous les mystères représentés dans ce prodige, nous nous bornerons ici à considérer, dans la Barque de Pierre, les trois grands caractères de l'unité, de l'infaillibilité et de la sainteté de l'Eglise, nous réservant d'expliquer, dans la suite, ses autres caractères, figurés dans cette mystérieuse nacelle.

Appelé à prêcher la divine parole dans cet auguste temple (1), dépositaire des ossements sacrés

(1) Il nfi faut pas oublier que le célèbre prédicateur prêchait dans la basilique du Vaticau, par conséquent sous les yeux du

de Pierre et de la pierre sur laquelle tout l'édifice chrétien s'élève, c'est un devoir pour moi de consacrer quelques discours à l'exposition des privilèges et des grandeurs de l'Eglise de Pierre. Je le ferai donc dans un vrai transport de cœur,et vous m'écouterez, j'en suis sûr, avec une vraie dévotion.

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