PREMIÈRE PARTIE
Le Fils de Dieu, dans le cours de sa vie et de sa prédication, ravissait les esprits et enchantait les cœurs, non-seulement par l'éclat de ses miracles et par la sublimité de sa doctrine, mais encore par l'amabilité de son visage, par la mansuétude de son regard, par la douceur de sa parole, par la grâce
Vicaire de Jésus-Christ, de l'Église même. Le lecteur a déjà compris de quelle autorité sont revêtues les vérités qu'il proclame si éloquemment. Que ces prédicateurs prudents, si réservés, quand i s'agit d'annoncer aux fidèles les privilèges et les gloires de Pierre et de l'Église, ne l'oublient jamais! Le Père Ventura, dans les discours qui suivent et qui sont peut-être les plus beaux qu'il ait jameùs prononcés, nous donne .un admirable modèle d'exposition des vérités sur l'Église catholique.Puisse-t-il trouver beaucoup d'imitateurs! Qu'on nous permette de le dire : l'ignorance de ces vérités, occasionnée par une prudence toute humaine, a fait un mal immense. On le verra dans ces discours : les Pères de l'É glise n'ont plus été nos modèles; nous avons cru devoir être plus sages que ces grands savants, sinon en laissant la lumière sous le boisseau, du moins en évitant de la présenter au peuple chrétien dans toute sa clarté, afin de ne pas éblouir des yeux habitués aux ténèbres! Et la parole de Dieu, devenue la nôtre seulement, a perdu sa divine efficacité pour devenir im airain retentissant, plus ou moins au gré des mondains.
infinie de toute sa personne; c'est saint Chrysostome qui nous ra|)|)rend (1). Saint Jérôme, qui le tenait d'Orip:ône, lequel l'avait reçu de la tradition, dit ù ce sujet que la face adorable du Sauveur reflétait la splendeur et la majesté du Dieu caché sous les traits de riiomme (2).
Voilà pourquoi l'évangéliste dit, en annonçant le récit, que, le Sauveur se trouvant un jour prés du lac deGénésareth (3), la foule s'attroupa autour de lui, se pressant à ses côtés, de toute part, pour écouter ses paroles (4), Or le bon Maître, appréciant le désir de ce peuple avide de l'entendre, monta sur l'une des deux barques qu'il voyait amarrées' au rivage (les pécheurs à qui elles appartenaient étaient descendus à terre pour laver et raccommoder leurs lilets), précisément sur celle qui appartenait à Pierre; puis il pria celui-ci d'éloigner sa nacelle quelque peu du bord, et, s'étant assis, il commença à instruire la foule déroulée sur les rives du lac (5).
(1) Neque solum cnim in agendo mirabilis fuit; sed visus ejus abundat plurima gratia {Hom.).
(2) Gerte fulgor et majestasdivinitatisoccultaeetiam inhumana facic rolucebat {Com. in ix Matth.).
(3) Ce lac était situé près de la ville de Capliarnavim, dont on a déjà parlé; l'Evangile, à cause de son étendue, lui donne aussi le nom de mer, et de mer de Galilée, parce qu'il baignait une grande partie de cette province. On l'appelait aussi mer de Tibériade.h. cause du voisinage de la ville de Tibéria, qu'Evode avait fait bàlir à l'iionneur de l'empereur Tibère, qui régnait alors.
(4) Gum turbae irruerent in eum, ut audirent verbum Dei, et ipse stabat sccus stagnum Genesareth {Luc. v, 1).
(5) Vidit duas naves stantes secus stagnum. Piscatores autem dcsccuderant, et lavabant retia. Ascendens autem in unam ua
ft Quand il eut fini de parler : Ut cessavit autem loquî, » il dit à Pierre : « Pousse ta barque et dirigela sur la haute mer ; déployez tous vos filets de pêche et jetez-les à Teau : Duc in altinn, et laxate retia ves" ira in capturant piscimn. » « Maître, répondit Pierre, nous avons péché toute la nuit dans les environs, et, malgré tous nos efforts, nous n'avons pu prendre un seul petit poisson. Mais, puisque vous me l'ordonnez, sur votre parole, je jetterai de nouveau mon filet, et serai assurément plus heureux (1). »
L'excellent apôtre ne fut pas trompé dans son espérance. A peine eut-il jeté son filet, que celuici se trouva si rempli de poissons de toutes sortes, qu'il menaçait de rompre sous son propre poids. Les compagnons de Pierre , quoique nombreux, ne pouvaient le retirer, et durent appeler à leur aide les pêcheurs de l'autre barque ; puis, joignant leurs efforts, ils réussirent à ramener le filet, dont le contenu rempUt les deux nacelles, à tel point qu'elles menaçaient de submerger sous leur charge (2)
Yoilà, remarque saint Ambroise, un beau prodige ; une seule parole de Jésus suffit pour faire prendre
vem, quae erat SLmonis, rogavit eum a terra reducere pusillum;
et sedeus, docebat de navicula turbas {Luc. v, 2, 3).
(1) Prœceptor, per totam noctem laborantes, nihil cepimus; in vorbo autem tuo laxabo rete {Luc. v, 5).
(2) Et cum hoc fecissent, concluserunt piscium multitudinem copiosam; rumpebatur autem rete eorum. Et annuerunt sociis, qui erant in alia navi,ut venirent et adjuvarent eos. Et veoerunt, et impleveruut ambas naviculas, ita ut pêne mergereutur (Imc, loco cit.").
— i;^G — une grande abondance de poissons dans un lieu où,; maliïré les efforts de toute une nuit, on n'avait pu en prendre un seul (1). Mais il ne faut pas s'en étonner (2), ajoute saint Grégoire de Nyssc : la parole de Jésus-Christ est la parole du Verbe éternel, et la parole du \erbe est toujours puissante de toute In puissance du Verbe (3).
Pierre et ceux qui montaient les deux barques restèrent frappés de stupeur durant cette pèche ])ro(ligieuse, accomplie si promptement sous leurs yeux (4). Alors le premier, éclairé par cette lumière qui lui révéla plus tard la divinité de Jésus-Christ, guidé par l'instinct de son cœur rempli d'amour, élevé par la grâce qui lui faisait comme deviner les mystères; Pierre, dis-je, ne se trompe pas un instant sur l'auteur de ce î)rodige ; mais, tremblant et confus, balançant entre l'étonncmcnt et la reconnaissance, entre la pensée de la grandeur de Dieu et le sentiment de sa propre indignité , il vint se jeter aux pieds du Sauveur. « Seigneur , dit-il , que faitesvous donc avec moi, qui suis un homme misérable et un grand pécheur? Ah ! éloignez-vous, car Dieu et
(1) Qui aute nihil ceperant, magnam in verbo l'omini conclujîunt piscium mulliludluem [Com.).
(2) On connaît ce que saint Antoine do Padoue fit à Riniini : comme les lialjitants ne voulaient point l'écouter, ce saint eppcla les poiosons de rAdrialicpie, et ils accoururent eu foule pour l'entendre [Ilistor.).
(3) Ouia vox Verbi, Verbi scmpcr virtutis est {Calen.).
(k) Slupor ciioUHidederat eum, et onines qui c.im illo cranLin captura pi^ciiuii, quàui (.c(-ciauL {^Ljc. U;,
riionime, la suliitclé et le péché ue sont pas bien ensemble (1). Voilà un admirable aveu, une confession sublime, s'écrie un interprète! Sans doute, c'était le Fils de Dieu qui opérait cet autre miracle ; cependant Pierre l'avait en quelque sorte mérité par sa récente obéissance : In verbum tuum laxaho rete; toutefois, il ne s'attribue rien, il renvoie toute la gloire au Sauveur, et il ne réserve pour lui-même que la confusioii et l'humilité, en se reconnaissant et se déclarant pécheur (2). Mais le bon Maître reprit aussitôt affectueusement : « Ne crains pas, ô Pierre, ta misère et tes péchés n'empêcheront pas les desseins de ma miséricorde de s'accomplir en toi. De preneur de poissons, je te ferai pêcheur d'hommes. » D'après saint Matthieu, la même promesse fut faite par le Sauveur à André, à Jacques et à Jean, qu'il appela à sa suite pour les rendre pêcheurs d'àmes (3).
Jacques et Jean étaient accompagnés de Zébédée leur père ; ils avaient des capitaux engagés sur leur barque. Mais n'importe : ils renoncent à leur père, à leur nacelle, à tout ce qu'ils possédaient (4) ; puis, le disputant en générosité et en zèle à Pierre et à An-
(1) Quod cum videret Simoa Petrus, procidit ad genua Jesu,dJcens : Exi a me, qiuahomo peccator sam, Domine [Luc. v, 8).
[%) Quod Petrus in verbo Cbristi cepit, negat suum mimus esse, quia ait : Homo peccator sum.
(3) Et ait ad Simouem Jésus : Noli timere; ex hocjamhomines eris capiens [Luc. v, 10). — Venile post me : faciam vos fieri piscatores homiuum {Matth. i\, 19).
(4; Uelicto pâtre suo ^ebedaeo, cum mercenariis iu navi {Marc :■ 20).
— ir>s — dré, d'un commun accortl, ils liirnt à terre l'esquif et ce qu'il conlient, cl quillent tout, sacrifient tout pour suivre Jcsus-Clirist (1). C'est ainsi, remarque saint Cyrille, que la même parole qui fit jeter dans les filets des pêcheurs tant de poissons, pécha les pêcheurs eux-mêmes, en les attachant à la suite du Sauveur (2). Celui-ci appelle les Mages à lui par le miracle de l'étoile, parce qu'ils étaient astronomes; il attira les Apôtres par le miracle de la pêche, parce qu'ils étaient pêcheurs. 11 agit ainsi, dit saint Chrysostomc, pour nous faire comprendre l'amoureuse économie de sa grâce : il veut triompher de notre cœur, le prendre par ses propres inclinations et par ses propres habitudes ; il commence en quelque sorte par se soumettre à lui, pour ensuite s'en rendre maître (3). Et ce second prodige est encore plus merveilleux que le premier ; car ce fut certainement un plus grand miracle d'avoir, en un seul instant, détaché ses disciples du monde, que de leur avoir fait prendre tant de poissons.
Tout ce récit est mystérieux , figuratif et prophétique, comme le proclame le témoignage unanime des Pères, des docteurs, des interprètes et des théologiens. En effet , la mer de Génésareth signifie le monde, et les poissons, les hommes qui, durant cette vie, nagent dans cet océan. C'est l'in-
(1) Et subductis ad terram navibus, relictis omnibus, secuti sunt cum [Luc. v, 11).
(2) Per piscatoria mystoria piscatur discipulos [Corn.).
(3) Condescendons honùnibus, sicut ma^os per sidus, ita piscatores per piscatoriam arlem vocavil {Cuten.).
terprétation ae saint Ambroise (I). Les filets représentent heureusement la prédication, parce que le discours oratoire est composé de paroles, de phrases et de sentences liées, cousues entre elles comme les mailles différentes d'un même filet (2). Ce sont les propres expressions d'Haimon (évêque d'Haberstat au IX' siècle, disciple d'Alcuin, qui siégea au concile assemblé à Mayence en 858, et mourut le 25 mars 863). Ils indiquent donc bien la prédication de l'Evangile, dont la doctrine céleste attire les esprits, enlace les cœurs et rend l'âme fidèle captive de Dieu (3). Ainsi s'exprime le Vénérable Bède, Il dit encore que comme le rets tire son nom du mot retenir, parce qu'il retient les poissons qu'il prend, de même, et beaucoup mieux, la prédication évangélique, nonseulement attire les âmes, mais les retient dans la foi, afin qu'elles ne se perdent pas.
Qu'on ne croie point que ces interprétations des Pères ne soient que de pieux commentaires, formulés arbitrairement ; car, continue le même interprète, c'est Jésus-Christ lui-même, l'auteur du miracle,, qui nous en a révélé le sens allégorique et le mystère. N'a-t-il pas dit à Pierre : « Désormais, tu deviendras
(1) Mare est mundus, pisces ii qui par liane enatant vitam {Corn.).
(2) Par rate designatur pi-œdicatio, quia rate divarsis nodia texitur : similiter et sermo diversis sententiis adornatur {Com.)^
(3) Retia evaugelia sunt, quorum sentantiis capiuntur et illaqueantur fidèles animoe. — Quasi retia piscantium sunt dictiones prtedicantium, quae eos, quos copariut, in fide non amittunt : unde retia, quasi a retinendo sunt vocata (Cu//i.).
— KiO — pécheur d'hommes. » Or cela, évidemment, signifie que la pêche miraculeuse du lac fut, dans les vues de sou inlinie sai;;esse el sa grande boulé, la figure prophétique de la pêche infiniment plus importante des Ames ; que l'heureux filet de Pierre symbolise la prédication par laquelle l'aiJÛlre saurait sous peu attirer les hommes, et que ce qui arrive aujourd'hui dans sa barque est l'histoire et la description anticipées de ce qui devait bientôt avoir lieu dans la vraie Eglise (1). C'est à la clarté de cette divine lumière, donnée par le Sauveur lui-même, que nous essaierons d'étudier et de pénétrer ces sublimes ymstères.
Et d'abord, écoutons Bède. Dans ces différentes foules de peuple qui se pressent aujourd'hui autour du Sauveur, pour entendre sa sainte parole, sont figurées les diverses nations, particulièrement les Gentils, qui, au temps de la venue du Rédempteur, avaient le plus grand besoin d'être instruits et qui désiraient et cherchaient partout et avec un désir ardent l'Envoyé de Dieu, pour en recevoir la connaissance et la foi des vérités célestes (2).
Les deux barques que le Sauveur trouva près du rivage, marquent la réunion des deux peuples juif et gentil. C'est avec une intention réfléchie que l'évangéliste dit : « Jésus-Christ les vit ; » car voir, pour
(1) Exponit ipse Dominus quid hœc piscium captura signilîcet : quod videlicet Petrus, sicut mine per relia piscos, sic aliquando per verba homiues esset capturus [Coin.).
(2) Turbarum conventus ad eum, genlium in lide coucurrentium t>pus est (Loco cit.).
— T^r — Dieu, est la même chose que discerner les bons des méchants, ses disciples de ses ennemis ; dans l'un et l'autre peuple il connut donc et choisit , comme il a été prédit dans les Ecritures, ceux qui devaient être les siens ( l ) .
Ces barques étaient vides ; leurs maîtres, pêcheurs de profession, étaient descendus à terre, et là ils étaient occupés à laver et à réparer leurs filets. Or, cette circonstance exprime au vif l'état de corruption dans lequel étaient tombés les Pharisiens : l'esprit de cupidité, de sensualité où gisaient les docteurs, les prêtres, les guides spirituels du peuple chez les Juifs, comme nous l'avons vu ailleurs, aussi bien que chez les Gentils, au temps de la venue du Sauveur. Ces docteurs prétendus, en effet, oubliaient le ciel; ils étaient descendus à terre, ils ne s'occupaient plus que des intérêts matériels ; ils s'efforçaient , comme ils pouvaient, d'orner, par leurs idées^ leurs maximes et leurs principes charnels, leur langage, véritable filet au moyen duquel ils attiraient les hommes à leur secte, à leurs opinions,, et finalement pour l'avantage de leurs intérêts particuliers, au lieu de travailler à leur bien spirituel et céleste ; si bien que les deux barques ou les deux peuples étaient comme sans maîtres et sans pilotes, abandonnés à tout vent de doctrines et aux flots des plus honteuses passions.
Mais voici le mystère le plus agréable pour nous:
(1) Bene Jésus vidisse naves perhibetur, quia, in. ulroque populo novit l>omiijiis qui suut cjus {îlnd.)^
entre les deux barques, Jésus-Christ choisit celle de Pierre. Or la barque de Pierre, continue l'interprète, fi^'ure en premier lieu l'Eglise naissante (1). Il est dit que cette heureuse barque est uke : In u>am navem^ parce que, selon le récit de saint Luc, dans la primitive Église, la multitude des croyants ne formait qu'»;?e seule et même famille, n'ayant (\\xun cœur et (\\iun esprit (2). L'autre barque appartenait à Zébédée, et c'est de celle-ci que Jacques et Jean sont appelés. Maintenant que nous avons entendu B6de, écoutons saint Ambroisc. La nacelle do Zébédée, diLil, figure la Judée. Jacques et Jean, qui se réunissent au Sauveur, en passant de leur barque dans celle de Pierre, montrèrent dès lors que ceux qui appartenaient encore à la Synagogue judaïque et à Israël, devaient se réunir aux Gentils dans l'Église où Pierre préside, et ne former ainsi qu'un seul peuple (3).
Ce Jésus-Christ, qui monte sur une seule barque : Super xmktii. navem,(\\x\ appelle les patrons de la nacelle voisine dans celle où il se trouve, et qui de deux navires n'en fait qu'wre seul, est le même Jésus-Christ qui déclare, dès ce moment, que l'Église dans laquelle il se trouvera aura pour premier caractère l'unité ; car, sous le gouvernement d'un Dieu un, il ne peut y
(1) Navis Simonis est Ecclesia primit/va (Loco cit.).
(2) Multitudinis autem credenlium erat cor unum et anima una {Act. Ap.).
(3) Alia navis est Judaea, ex qua Joannes et Jacobus eliguiitur. Hi ergo de Synagoga ad uaveui Pelri, id est ad Ecclesiam conveniunt (Corn.).
avoir qu'un seul symbole, qu'wwe seule loi, qu'un seul culte, qiïuîie seule religion, qu'wwe seule Eglise.
Or, où se trouve cette précieuse unité, ce caractère indélébile, essentiel de la vraie Église? Les peuples idolâtres, s'ils sont coupables du même crime de l'adoration des créatures, s'ils injurient de la sorte le Créateur de la même manière, sont néanmoins divisés entre eux par une variété infinie de cultes honteux ', cruels et absurdes. Les Juifs dispersés sur la surface du globe croient tous à Moïse et à sa loi; ils sont toutefois divisés en autant d'écoles qu'il y a de synagogues ; chacune de celles-ci entend cette loi à sa mode et la pratique comme elle l'entend; ils n'ont de commun qu'un déisme plus ou moins grossier, la circoncision, l'esprit d'intérêt et la haine de Jésus- Christ. Les Mahométans se vantent de croire à Mahomet et au Coran ; mais ils forment autant de sectes qu'il y a de chefs politiques auxquels ils obéissent ; ils n'ont de commun entre eux que leur amour eifréné des plaisirs de la chair et leur mépris pour les chrétiens. Imitateurs des Juifs et des Mahométans, les peuples, séparés de nous par le schisme ou l'hérésie, disent qu'Us croient à Jésus-Christ et à l'Évangile ; mais ils n'ont d'autre unité, d'autre fraternité que la fraternité de la haine et de l'injure contre l'Église catholique. Au reste, qui dit hérésie dit opinion particulière, privée; qui dit hérésie dit multiplicité, variété, discordance dans la foi ; qui dit hérésie dit chaos, Babel, confusion. En effet, les hérétiques comptent autant de sectes, non-seulement diverses, mais contra-
— i44 — dictoires et rivales, qu'il y a dans le monde d'Etats non catholiques; bien plus, (lu'il y a de laniillcs dans chacun de ces Etats, ou plutôt qu'il y a d'individus dans chacune de ces familles: ce n'est même pas assez; autant qu'il y a dans chaque individu de manières (l'opérer dans les divers à[;es, dans les diverses conditions de la vie, d'aprùs les études et leslectures différentes. Où est donc, hors de l'Église catholique, l'unité de caractère de l'Église de Jésus-Christ?
Le protestantisme, en particulier, s'est défini luimême : La religion dans laquelle l'on croit ce qui plaît à chacun^ etdans laquelle l'on vit comme on croit. Chaque individu des sectes protestantes a sa propre manière de penser, par suite sa propre rehgion. 11 n'y a pas, dans ces sectes, deux manières de croire qui soient conformes, comme il n'y a pas deux visages semblables. Cependant, là oîi le symbole de l'hérésie forme une partie de la constitution de l'État, ce symbole présente une espèce d'unité extérieure. Mais, dans ces pays mêmes où tous le professent, tous le jurent, aucun ne le croit. L'unité qui eu résulte est purement politique dans son principe, extérieure dans ses formes ; elle n'a d'autre garantie que la force, d'autre ressort que l'intérêt. Et. sous le voile trompeur de cette unité, toute de convention, de cérémonies et d'apparence, combien se cachent de manières diverses de croire? C'est le cadavre qui semble encore conserver l'unité vitale du corps hu main, tandis que des milliers de vers attaquent déjà les jomtures des membres, se cachent dans les pores,
rougent lout à leur aise le squelette qu'ils finissent par anéantir.
Où se trouve donc, encore une fois, Vunité, caractère de la vraie Eglise ? Ah ! elle n'est que dans l'Eglise catholique; elle seule présente, en effet, le majeslueiix spectacle de plusieurs centaines déraillions d'hommes dispersés surtoute la surface du globe, séparés les uns des autres par un immense espace de terre et de -mer, et par les différences encore plus grandes de génie, d'habitudes, de constitutions politiques et littéraires, et qui cependant professent le même symbole dans leurs langages si divers, observent la même loi au milieu de leurs coutumes si disparates, offrent à Dieu le même sacrifice dans des rites si variés. Hélas! hors de cette Eglise, il n'y a que membres desséchés, qu'ossements arides! Les Catholiques forment seul un corps plein de force, de santé et de vie^, parce qu'il est seul animé par l'Esprit de Dieu, le seul vivificateur. Il n'y a, hors de l'Eglise, comme le remarque saint Cyprien, que des tlambeaux apparents, qui, grâce à mille artifices, donnent une lumière qui éclaire peu, mais qui coûte beaucoup. La seule Eglise catholique est une, comme la lumière du soleil est une , quoique ses rayons soient infinis et se prolongent à travers l'espace. Hors de l'Eglise, il n'y a que des branchages brisés, que des rameaux séparés de la vigne, bois aride gisant de tous côtés sur le sol. La seule Eglise catholique est une, comme un est l'arbre dont les racines sont fermes, le tronc solide, quoique II. . 10
— lUi — ses branches st-lLMideiil au loin v\ au larj^o de tous côtés autour ilc lui (1).
3Iais la barque de Zébédéc a aussi des marins et un pilote; elle a aussi part à la poche et se remplit de poissons jusqu'aux bords. Cela voudrail-il dire que les Eglises, hors de l'unilé catholique, i)arlicipent aussi aux mêmes grâces et attendent les mêmes récompenses? Kon, non, il n'est pas ainsi. La barque de Zébédée ne s'éloignedu rivage qu'en compagnie de celle de Pierre. Ses bateliers sout appelés compagnons par les bateliers de celle-ci: annuerunt socils, et ils concoururent à retirer les filets. Les deux barques font le même chemin, respectent le même signe, obéissent au même chef et travaillent à une même œuvre. Elles ne sont distinctes que matériellement ; en réalité, elles ne forment qu'une seule barque: super unam nuvem. De même, il y a deux Eglises principales : l'Eglise grecque unie, et l'Église latine; l'Eglise d'Orient et l'Eglise d'Occident. Bien plus, il y a autant d'Eglises catholiques diverses qu'il y ade diocèses dans la Catholicité. Mais toutes ces Eglises sont en communion , en société, en unité de foi et d'œuvre avec Pierre ; elles le reconnaissent pour chef suprême et universel; elleg dépendent de lui et lui obéissent ; à un seul signe de sa main (2), elles se réunissent ensemble pour jeter ou
(1) Ecclesia una est, quœ in multitudinem latius incremento fecunditatis extenditur : quomodo solis multi radii, et unum lumen ; et rami arboris multi, sed robur unum, tcnati radiée fundatum {De Unitat. EccL).
(2) Cela s'est littéralement réalisé encore une fois de plus, même de nos jours, quand, à un seul signe du Saiut Père, le pape
tirer le même filet ; c'est-à-dire, comme l'expliquent les Pères^ que les prêtres et les évéques de toutes les Eglises travaillent de concert à étendre l'œuvre de la religion, à annoncer au monde les mêmes vérités et à condamner les mêmes erreurs (1). C'est donc dire que toutes les Eglises catholiques travaillent à la même pêche des âmes, emploient les filets de la même prédication, administrent les mêmes sacrements et tendcî.t à la même fin. Elles ne sont, par conséquent, distinctes que parle nom et le lieu; en réalité, elles ne forment qu'zme seule Église. Ces deux barques, qui se réunissent en ce jour en une seule, nous apprennent donc, selon la remarque d'Origène, que nous, qui professons la vraie foi, nous avons tous le bon- ]icur,en naviguant sur la mer orageuse de ce monde, d'être dans la nacelle de la sainte Église, en compagnie de Jésus- Christ (2). Elles nous font connaître qu'il n'y a plus deux peuples, mais un seul peuple: qui fuit utraque iinum; qu'il n'y a pas deux arches, mais une seule arche, dans laquelle le vrai Noé est entré avec sa petite famille ; qu'enfin, de même qu'il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême, il n'y a qu'une seule Eglise, et que quiconque est hors de son sein, n'échappe pas au naufrage éternel.
Pie IX, tous les évêques du moûde catholique sont accourus à Rome et ont rt-pondu à son appel pour proclamer le dogme de l'immaculée conception de la sainte Vierge.
(1) Venorunt socii, qui erant in alia navi, quia ex omnibus F.cclf'siis episcopi et sacerdotes convenerunt in unum; verilatem nsserunt, hccrclicos damnant (Tlieoph., Expos.).
(2) Omucs in sancla Ecclesiœ uavicula cum Domino per huuc niundum s,uperualâ;uus (Orig., Hom. 6).
C'est dans une ijcilscu très-mystérieuse que, dans ce roènic jinssaLM', lïvanpélistc, après avoir dit que JOsus-Christ monta sur une seule barque : super vnam )}avem, a expressément observé que cette barque, à laquelle se réunit celle dcZébédéc, était îa barque de Simon Pierre : Et hic crat Si)nonis. L'Esprit-Saint, dit saint Ambroisc, a voulu nous déclarer parla que lai:acellc mystérieuse, dans laquelle Jésus-Christ habite exclusivement, est la nacelle dont Pierre est le chef et le maître (1); c'est-à-dire^ que l'Esprit- Saint a voulu montrer non-seulement que I'ukité est le caractère de la vraie Eglise, mais que Pierre est le lien mystérieux, le fondement de cette précieuse uinité.
Or, Jésus-Christ n'a pas établi son Eglise pour un temps, mais elle doit durer jusqu'à la consommation des siècles : vscji/e ad consununationcui sœculi. Lors donc qu'il dit à Pierre : « J'édifierai mon Eglise (2), » il est de la dernière évidence qu'il ne fit pas allusion seulement à la durée de la \ie de l'ierre et à sa seule personne ; un homme mortel, en elTet, ne pouvait être appelé le fondement d'une Eglise immortelle. Jésus-Christ parlait donc de la dignité du suprême })ontificat de Pierre, qui ne devait jamais finir. En parlant à la personne de l'apôtre, dit saint Chrysostome, Jésus-Christ parla à tous ses successeurs; à ceux-ci, non moins qu'à Pierre, il confia le soin de toutes ses
(1) Hanc solam EcclesiiB navem ascendit Domious, in qiia Pc triis magUter p^t {Serm. 11).
(2) Super hanc petram œdificabo Ecclesiam {Matth. xvi, 18).
— i49 — brebis (i). Celui, d'ailleurs, qui a donné un roi à chaque peuple (2), ne pouvait manquer de donner un chef suprême à son Eglise. S'il n'y a pas de corps sans tête^ de famille sans chef, d'armée sans général, de vaisseau sans pilote, de troupeau sans pasteur, d'édifice sans fondement, comment y aurait-il une Eglise sans pontife suprême ? Les évêques, sans la communion avec le souverain Pasteur et hors de sa juridiction , seraient chefs absolus et indépendants. Or, chaque société qui a un chef indépendant et absolu est une société une, réellement distincte des autres. Il n'y aurait donc plus alors TEglise vne, mais des Eglises midtiples, autant qu'il y aurait d'évôchés. Cependant Jésus- Christ n'a pas institué des Églises, mais V Église qu'il appelle sienne : Ecclesiam meam ; il a prié son Père afin que ses disciples formassent, non pas des assemblées séparées, mais un seul corps, une seule famille, une seule armée, un seul royaume de Dieu sur la terre, un seul édifice, une seule barque, une seule Eglise, en un mot, dans la mystérieuse tiniié de la grâce, comme il est lui-même le Verbe, au sein de son Père, dans une parfaite unité de nature (3). Donc il a dû préposer à cette Eglise un pontife souverain, terrestre et visible comme elle; un chef unique, par lequel l'Eglise est une.
Or, quel est ce chef? Où est- il? Où réside-t-il? Peut-être à Constantinople? à Saint-Pétersbourg? à
(1) Curam omniiim ovium tum Petro, tum Pétri successoribus committebat (Lib. II de Sacerd.).
(2) In unamquamque gentem praeposuit rectorem {Eccli.).
(3) Ut sint unum, sicut et ego et tu unum sumus (Joan,).
Berlin? à Genève? à Londres? Hélas! les hérétiques eux-mêmes ont mieux aimé dire que le souverain Pontificat, ou n'a pas été conféré à Pierre par Jésus- Christ, ou qu'il a fini avec Pierre, plutôt que d'admettre l'une de ces absurdités, tout en niant qu'il réside à Komc. Opinion très-absurde, dureste, parce que, de cette manière, ils nient dans l'Eglise chrélicnue le pontificat perpétuel et successif qu'ils reconnaissent dans la Synagogue judaïque, et ils refusent d'accorder à la réalité ce qu'ils concèdent à la figure, puisque saint Paul nous apprend que l'antique sacerdoce était le symbole du nouveau.
Puisqu'un suprême Pontificat a été établi par Jésus- Christ et a été réellement conféré pour la première fois à saint Pierre, il est clair et évident que sou successeur en hérite. Le pontife qui occupe le poste de Pierre et lui succède dans le siège de Rome, lui succède donc dans la sublime dignité de chef de l'Eglise.
Le Pontife romain est donc, comme l'appellent unanimement les Pères et les Conciles, le Vicaire de Jésus-Christ, le Père des pères, l'Évèque des évéques, le Maître des maîtres, le souverain Prêtre des chrétiens, le grand Président, le Juge suprême, le Recteur, le Pasteur universel, la pierre fondamentale de l'Eglise de Jésus-Christ, et, à cause de tout cela, le centre et le soutien de V unité catholique.
Et, de fait, la multitude des Eglises répandues dans le monde sont unies entre elles, parce qu'elles fixent leurs regards sur Pierre, et elles sont unies ix celui-ci, parce qu'elles reçoivent de luilcur iuridictiou, qu'elles
l'exercent sous sa dépendance et lui en rendent raison : c'est à cette seule condition qu'elles forment l'Eglise une, qu'elles représentent la barque de Pierre où est Jésus-Christ.
Les Eglises grecques schismatiques sont la barque de Photius ; les Eglises dites réformées, celle de Luther; les Eglises évangéliques, celle de Calvin; les Eglises anglicanes, celles d'Henri VIII et d'Elisabeth, parce qu'elles ont les doctrines et l'esprit de ces hérésiarques! Loin donc d'être la barque de Pierre, elles lui font au contraire la guerre; elles réunissent leurs efforts diaboliques pour lui donner la chasse infernale, pour la surprendre, pour la démanteler, pour la coulera fond. Les choses allant évidemment de la sorte, il n'en faut pas davantage pour conclure que Jésus-Christ, le vrai patron de la barque de Pierre, n'est point dans les nacelles ennemies; qu'eu un mot, l'Eglise qui reconnaît pour chef le Pape est unie à îa chaire de Pierre, en dépend, en retient, dans son intégrité et dans sa pureté, la foi ; que cette Eglise seule est la vraie barque de Pierre, dans laquelle Jésus-Christ vit (1) et a promis de demeurer jusqu'à lafm du monde (2).
Continuons. Lorsque notre divin Sauveur fut dans la barque de Pierre, il la fit quelque peu éloigner de terre : a terra rediicere pusillum. Par là, il voulut montrer,d' une part, que l'Eglise devait s'éloigner des Intérêts et des maximes terrestres ; et, de l'autre,
(1) Ascendit super uaam navem, et haec erat Simonis.
(2) Ëcce ego vobiâcum sum usque ad coQsximmationem sœcoli.
— iol — que lui-même, par son ascension au ciel, s'éloignerait de ce monde, mais fort peu et i;our très-peu de temps, pusillum. S'il devait, en effet, s'en éloiiïner d'un côté, il devait y rester, de l'autre, avec son espril; s'il s'en relirait d'une manière visible, il devait y demeurer invisiblcment par sa doctrine, par ia grâce et principalement par la présence réelle de son corps adorable dans la divine Eucharistie.
Remarquons encore cette autre circonstance : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, ne donne pas un ordre à Pierre, à l'homme, mais il lui adresse une prière ; il le prie d'éloigner sa barque de la terre : Tio^/avit eum a terra reducere. C'est qu'il voulait enseigner à ses apôtres et à tous leurs successeurs qu'en attirant les hommes des choses terrestres à celles du ciel, ils ne devaient pas employer la force brutale, mais plutôt la douce persuasion et même l'humble prière : il révéla quel est l'esprit et quels sont les moyens de la prédication évangélique et du ministère ecclésiastique. C'est pourquoi saint Paul, qui s'était formé à cette école, dit ceci aux Centils : « Nous, apôtres, nous avons une légation à remplir auprès de vous, au nom de Jésus-Christ : c'est de vous supplier de vous réconcilier avec Dieu (1). »
Donc le divin Maître,assissur la barque de Pierre, à quelque distance de terre, instruisait la foule qui l'écoutait du rivage. Yoilà, dit Haimon, d'après saint Augustin, voilà le ministère toujours permanent que Jésus-Christ, même après avoir quitté la terre
'1) Pro Cl::i-lo legatione fungimur, obsecrantca vos : rocoudliamiui Deo {11 Cor. v).
par son ascension, a continué jusqu'à ce jour et continuera encore du haut de la barque de Pierre, c'està-dire, par la Yoix et l'autorité du Pape et de l'Eglise, pour instruire et éclairer le monde (1). Théophile fait ici cette gracieuse réflexion : Le divin Maître, accueilli avec tant de bonté par Pierre, qui lui facilita de la sorte le moyen de prêcher le peuple de la Galilée, ne le quitta sans doute point sans le récompenser. Or cette récompense, toujours permanente, consiste à continuer de prêcher sans interruption !a terre du haut de la chaire de Pierre.
Cette figure, en vérité, est à la fois délicieuse et magnifique. La barque d'où vient la parole qui instruit la foule répandue sur le rivage, est celle du grand apôtre ; mais cette parole sort de la bouche de Jésus-Christ. Or, de même c'est de l'Eglise fondée sur Pierre, de cette Eglise à laquelle ce dernier préside toujours par ses successeurs; c'est, dis-je, delà chaire de Pierre que retentit la doctrine évangélique, la parole de vie se répandant sur le monde; mais cette parole sort de la bouche de Jésus -Christ toujours assis sur la nacelle symbolique ; et, quoiqu'elle soit articulée par l'homme, elle est verbe de Dieu. Estil possible, mes frères, de prouver plus clairement parle langage, ou par tout autre moyen, la divinité de la doctrine de l'Eglise catholique ? Par le seul fait que raconte l'Évangile, mieux peut-être que par de longs discours, il nous est démontré, comme le dit le savant
(1) De nayicula Pétri docebat turbas, id est de auctoritate Pétri, hoc egt Scelesiœ, docet geates {Corn.).
Bellarmin , (jue Jésus- Christ se trouve et enseigne seulement dans l'Ei^lise, dont Pierre est le chef suprême (1). Ainsi, nous pouvons le dire avec un interprète, quand, dans la sainte Eglise, l'évéque ou le prôtre prêche l'évangile de saint Matthieu, ou de saint Marc, ou de saint Luc, ou de saint Jean, ce n'est pas l'homme, mais c'est Jésus-Christ qui instruit le monde par l'autorité donnée à Pierre et par le ministère qu'il a lui-même établi à la naissance derEglise(2). Bien au contraire, dans les Eglises que, pour leur très-grand malheur, l'hérésie et le schisme ont séparées de nous, si l'on y prêche les évangiles, ce ne sont point les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, de saint Jean ; ce sont plutôt les évangiles selon Photius, Luther, Calvin et Henri VIIL Ce ne sont point les évangiles que l'Eglise, dépositaire infaillible des traditions de leurs auteurs, a expliqués, reconnus et maintenus dans le saint Concile de Trente ; ce sont ceux qu'ont interprétés, je voulais dire altérés et corrompus, les conciliabules, les synodes des Grecs schismatiques, les téméraires hérésiarques de la Germanie dans leurs confessions, ou les parlements anglais dans leurs XXX IX articles. Et lors même que, dans ces Eglises dégradées, on lirait par hasard l'Evangile
(1) lulravii iu uaviculaui Siuionis, et ex ea docebat, ut iiitelligeiemus iu ca laiiluiii Kcclesia esse cl doccre Cliristum, cujus {,'uberuator usl Pc'.rns {Coniroc. (ta Soni. Pont., lib. 11, c. xx).
(2) Quando ovaiigoliiiiii Maltba,'i, Mai ci, Lucœ, Joaiiui» al> episcopo, aut a picab} lujo luuidicatur, Cbvistus docet de uuctorilaie Pétri, id est de magisterio primilivae Ecckai* (Expos,).
dans la pureté do son texte primitif, la lettre de cette parole seraitj à la vérité, matériellement divine, puisqu'elle serait tirée du véritable Evangile; mais l'enseignement serait toujours humain, étant privé de la grâce de Dieu. Oui, Jésus-Christ ne prêche point de ces barques aventureuses, parce qu'il n'y est pas en la compagnie de Pierre ; c'est plutôt, c'est Satan qui y mugit, Satan, présent toujours aux côtés des hérésiarques, qui les gouverne.
Combien donc sont insensés ou méchants, ou l'un et l'autre tout ensemble, les hérétiques, quand ils nous reprochent, à nous calholiques, de croire d'une foi divine à la parole de l'Eglise et de son chef, parole, selon eux, purement humaine! Sur ce point encore les hérétiques judaïsent. Ils imitent, en effet, les Juifs, accusant les chrétiens d'adorer un homme^ en rendant à Jésus le culte qui n'est dû qu'à Dieu ; ils ont la même mauvaise foi pour principe, font la même fausse supposition ; ils méritent donc la même réponse, ou plutôt le même mépris. Les Juifs supposent que Jésus-Christ est un simple homme, afin d'accuser d'idolâtrie les chrétiens qui lui rendent les honneurs divins; de même les hérétiques supposent que le successeur de Pierre est un maître faillible comme tout autre maître, afin d'accuser les catholiques de stupidité, parce qu'ils croient en lui d'une foi divine. Or Jésus-Christ, par sa prédication sur la barque de Pierre, convainc à l'avance de fausseté cette supposition des hérétiques, et nous fait connaître d'une manière sensible que c'est de l'Eglise romaine, du
— !;)(; — siège du Pape, de la chaire, que lui-même, ImIs de Dieu, instruit le monde par l'oriiane de l'homme.
Pour nous catholiques, lorsque nous croyons au Souverain Pontife, qui n'invente ni les dogmes qu'il faut croire, ni les diverses règlcsde morale qu'il faut suivre ; mais qui, avec l'aide de l'Ecriture, dont il est l'interprète fidèle, et de la tradition^, dont il est le gardien vigilant, décide quelles sont les vérités que Dieu nous ordonne de croire et de pratiquer; quand nous catholiques, dis-je, nous croyons au Souverain Pontife, nous ne croyons pas à un maître qui ressemble aux maîtres de la terre : nous croyons au maître à qui le Fils de Dieu a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (1), » Cela signifie, comme l'explique saint Grégoire de Kaziauze, que l'Eglise est fondée sur la foi de Pierre, comme sur un roc immobile (2) ; ou, selon la pensée de saint Athanase, que les colonnes de l'Eglise, les évoques, s'appuient sur la foi de Pierre comme sur un fondement inébranlable (3). Nous croyons à un maître auquel Jésus-Christ a dit : « Et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'édifice élevé sur toi.» Origène reconnaît que, par cesparoles, il a été accordé à Pierre non-seulement un privilège personnel,
(1) Tu es Petrus. Pt super hanc petram aedificabo Ecclesiam mcam {Matth. xvi, 18).
(2) Yocatur petra, atquo Ecclesiae fundamenta fidei suœ crédita habet (Orat. de Moder. serv.).
(3) Super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam , id est super fundamenlum luum Ecclesiae columnae, id est episcopi, sunt confirmalaB (Apud Bellarm., loco cit.).
celui de ne jamais perdre personnellement la foi ; mais de plus un privilège attaché à sa dignité, qui Tempéchcrait, comme Pontife, de jamais enseigner l'erreur, de sorte que l'hérésie ou le mensonge, qui sont les portes de l'enfer, ne corrompront jamais^ d'après cette promesse, sa doctrine. Si Pierre, en effet, pou- \uit enseigner Terreur, les portes de l'enfer prévaudraientcontre lui, partant contre l'Eglise universelle, qui est fondée sur sa personne (1).
iXous croyons encore à un maître auquel Jésus- Christ a dit : et J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaillisse jamais. Lors donc que tu seras converti, je t'ordonne de confirmer par ta foi tes frères dans la leur (2). » Ces paroles, remarque saint Léon, signifient clairement qu'en priant pour la foi seule de Pierre, Jésus a suffisamment pourvu au maintien de celle des autres (le péril de la tentation devait être commun à tous), et que la foi de Pierre, comme chef et comme pontife, ne faillirait jamais (3). Enfin, nous croyons à un maître auquel Jésus-Christ a dit : « Si tu m'aimes, Pierre, pais mes agneaux, pais mes brebis (4). » Il faut entendre par ce texte, dit saint
(i) Manifes'ium est, et?i non expriinitur, quod nec adversus petrum portte iiifororum prœvalere poterunt; nam sipraevalerent .nlversuà Petrum, in quo fundata est Ecdesia, jam contra Ecclesiam prœvalereut (Orig., Hom. in Mafth. x\i).
(2) Rogavi pro te, Petre, ne deficiat fides tua. Et tu aliquando con versus, confirma fratres tuos {Liœ.\xn).
(3; Pro fide Pétri proprie supplicatur, tanquam aliormn status tertior futurus, si mens principis victa non fuerit (Serm. 3 de sua Assumpt.).
{4; ïjidiligisnWjpasce agnos mecs, pasce oves raeas {Joan.xw,
— I..» — Chrysoloiruc, que c'est à î^icrrc que le soi:i d'inslruiie toute l'Etilise a été confié et que Pierre, toujours vivant sur sou siét;e et toujours vigilant, sait tracer une règle toujours sûre, distribuer une doctrine toujours salutaire non-seulement aux agneaux, mais encore aux brebis, non-seulement aux fidèles, mais encore aux évèqucs, par lesquels les fidèles sont engendrés à Jésus- Christ (1).
Donc, de même que les chrétiens adorent en Jésus-Clirist non pas l'homme, mais Thommc-Dieu; pareillement les catholiques ne voient pas un maître ordinaire dans le successeur de Pierre, mais un maître miraculeuseuraent iufaillible : ils croient à l'oracle des jours anciens et aux promesses divines; ils croient à la puisance du Verbe éternel. Ils savent que si Dieu a pu sanctifier la parole profane d'un Balaam, miposteur idolâtre, et la conserver pure ; que s'il a pu confiera Caïphe, pontife impie, l'interprétation de la loi et la faire maintenir intacte, il a pu accorder, à plus forte raison, comme il l'a fait réellement, à sou auguste Vicaire sur terre le haut privilège d'expliquer infaiUiblement l'Evangile, et le rendre, par l'assistance de sa grâce comme pontife, toujours véridique et toujours fidèle.
Qu'importe donc, s'écrie saint Augustin, si, dans le cours des siècles, il s'introduit dans la série des Souverains Pontifes un pasteur infidèle! L'Eglise n'en recevra aucune atteinte essentielle, et, pour cela, ses
(1) Petrus, qui in propria sede vivit et prsesidet, prœstat quaerectibus fidei veritatem [Epist. ad Euthyc).
— 159 ~ fils n'en courront aucun périi. Ce Dieu, qui a dit des mauvais supérieurs : « Pratiquez ce qu'ils vous disent, et ne vous inquiétez pas do ce qu'ils font, » a pourvu à ce que nul de ces Pontifes n'enseignât Terreur et n'entraînât l'Eglise à se briser aux écueils d'un schisme sacrilège. En effet, la sécurité des fidèles, en croyant à renseignement de Rome, ne se fonde point sur l'autorité de l'homme, qui peut errer, mais sur la providence de Dieu, qui lui vient en aide afin qu'il n'erre point (I).
Que nous atteste, d'ailleurs, l'histoire catholique? Elle proclameque, tandis quetouteslesEglisesfondées par les apôtres, comme celle de saint Jean à Ephèse, celle de saint André en Scvthie, celle de saint Jacques à Jérusalem, celle de saint Matthieu eu Ethiopie, celle de saint Marc à Alexandrie, sont tombées dans l'erreur, se sont livrées d'elles-mêmes aux portes de l'enfer (leurs fondateurs n'avaient point les promesses divines faites à Pierre); taudis que toutes ces Eglises se sont ensevelies dans l'abîme de l'erreur, le siège seul de Pierre à Rome, dit saint Grégoire de Nazianze, a conservé et enseigné la vérité toujours pure, toujours sincère, telle qu'il l'a reçue des temps les plus reculés. Placé par Dieu à la tête des Eglises dispersées par tout l'univers, il était nécessaire q*ie ce siège au
(1) In illum ordinem episcopornm, qui ducitur ab ipso Petro, etiamsi quisquam traditor irrepsisset, nibil prœjudicaret Ecclesise et innoceiitibus Christiania , quia Deus provideus ait de prœpositis malis : « Omnia quœcunque dixerint vobis facile ; secundum autem opéra eorum nolite facere; » ut certa sit spes fidelis, quae non in bomine, sed in Domino colloeata, nunquam tempestate sacrilegi schismatis dissipatur (JEpist. 36 ad Gêner.).
— IGO — moins conservât dans son iDlégrité la vraie foi (1). C'est ce qui faisait dire à saint C}i)ricn que Rome est la seule Ei;lise dans laquelle tout accès à l'hérésie est interdit pour toujours (2).
L'histoire nous apprend en outre que, dansl'espace de dix-huit siècles, jamais une {jurole [)rofane ou erronée n'est tombée de la bouche des Souverains Pontifes; elle nous faitconnaîtrc qu'ilsontconlinnellement enseigné la vérité, encouragé la vertu, réi)rimé le vice, condamné l'erreur. Elle nous atteste enfin que, non-seulement dans les siècles qu'illustrèrent les deux Grégoire, les plus grands de ce nom, le premier et le septième, mais dans ceux encore où la conduite de certains Papes ne fut pas très-exemplaire, leurs décisions dogmatiques restèrent cependant conformes àla tradition et àTEvangile. Sileurvie montra qu'ils étaient hommes, leur doctrine prouva qu'ils étaient les vicaires de Dieu ; s'ils se courbaient d'un côté vers la terre, ils parlaient de l'autre le langage du ciel: jamais les passions, qui parfois se traînèrent autour de la chaire éternelle, n'ont obscurci la vérité.
Or, ce fait unique dans l'histoire du monde, ces hommes si différents par leur origine, leur science, leur aptitude, leur caractère, sujets aux passions et aux illusions de l'esprit comme les autreshommes ; exposés au choc de doctrines, d'intérêts si divers et à
M) Roma ah antiquis tomporibns liabot rectam fifletn, et somyior para relinet; sicut decet urbom, quœ toti mundo prœsidet, spmper do Deo intcgram fidem liabere (Carra, de vita sua).
(2) Apud Roinanoâ non potest accessum liabere perfidia(Lil». I, Epist, m).
l'entraîucmeut des plaisirs ierresLros ; ces iiomincs si unanimes pourtant durant le cours de dix-liuitsièclcs, pour donner un enseignement orthodoxe, pour parler avec un accord si constant, qu'on les eût jugés un seul homme, une seule âme, une seule bouche ; ce fait, évidemment miraculeux , puisqu'une pareille harmonie est hors des conditions de l'humanité ; ce fait^. digne de l'admiration des philosophes et de la yénération des chrétiens, est une preuve sensible, palpable, évidente, que c'est la même lumière qui les a guidés, le même Esprit qui les a inspirés, le même Verbe qui les a fait parler, et que cette lumière, cet Esprit, cette parole, en un mot que celte assistance est et ne peut être que surnaturelle et divine; elle n'est et ne peut être que l'assistance de Jésus-Christ. Ainsi, quand le Souverain Pontife , de sa Chaire, enseigne comme docteur de l'Eglise universelle , c'est encore Jésus-Christ qui, de la barque de Pierre, enseigne le monde; c'est sa lumière qui éclaire, sa sagesse qui instruit, sa vérité qui se manifeste aux hommes ; c'est sa parole qui se fait entendre et à l'esprit et au cœur : donc, croire à l'enseignement du Pape, c'est croire à l'enseignement de Jésus-Christ, dont le Pape est l'interprète infaillible, l'organe fidèle. Oh! précieux privilège , conclurai-je avec saint Cyrille ! ô gloire ineffable de l'Eglise apostolique de Pierre ! tu es la seule qui, selon les promesses du Très-Haut, reste toujours vraie, immaculée, te balançant avec majesté au-dessus des floLs infectés de l'hérésie : ni leur courroux, ni leur iirofondeur ne sauraient empêcher 11. ' H
ta course. Et, tandis que les autres l^i^Iiscs sont forcées de jeter sur elles-nièmes un regard de honte, pour les erreurs dans lesquelles elles sont niisérablenicut tombées, fiére de ton passé intact, toi, la seule fondée sur le roc de Pierre,turcgncs,ôE;j,lise romaine! avccgloire et splendeur; lu fermes la bouche aux novateurs, tu imposes silence aux erreurs, au nom de la vérité dont tu demeures toujours l'infaillible interprète. Que nous sommes donc heureux, nous cathohques, lils obéissants de cette Eglise ! Nous sommes les seuls qui, eu elle et par elle, conservons , confessons et prêchons l'Evangile dans son intégrité originale, et la tradition apostolique dans sa sincérité et dans sa pureté!
Lorsque notre divin Sauveur eut cessé de parler au peuple, la barque de Pierre reprit sa course sur la haute mer et commença la pèche miraculeuse. Nous expliquerons, dans la suivante homélie, le mystère signifié par cette pêche. Remarquons seulement que cette barque, courant sur la mer de Tibériade,cst encore une ligure de l'Eglise catholique. Origène, saint Hilaire, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Grégoire de Naziaiize, saint Léon, saint Grégoire, le Vénérable Bède, en un mot tous les Pères, tous les docteurs et tous les interprètes sont
(l) Secundum liane Doaiini proinisiionem, Ecclesia apostolica Pétri ab omni seduclione et haeretica circumvcûtione mauet immaculata. Et cnm aliaj Ecclesiae quorumdam errore sint verecundatœ, ip;a slabilia inquassabiliter régnât, sileulium imponens, omnium obturans ora bœreticorum. Et nos typmn veiilatis et sanctaj apostolicaj traditionis una cum ipsa coulitemur et praedicamud [In xxvi Matth).
— iG3 — unanimes dans cette iulcrprétaiioii. L'un d'eux dit spécialement qu'il est certain que cette barque symbolisait l'Eglise dans son pèlerinage à travers le monde, attendu que c'est de cette Eglise que l'Esprit -Saint parle, quand il dit, par la bouche de Salomon: « Elle est devenue semblable à la barque d'un marchand qui apporte de loin son pain(I). Beau symbole, en vérité! L'Eglise est réellement un navire de négoce, courant sur la mer, dans la personne de ses missionnaires et de ses apôtres, autour du monde. Elle aborde aux rivages les plus reculés et les plus barbares; ses objets de négoce, c'est son pain; pain délicieux, fortifiant et substantiel, mais nouveau, inconnu sur la terre, possédé par elle seule, qui l'a chargé sur sa carène dans une bien lointaine région, c'est-à-dire au ciel; c'est le pain delà vérité, aliment nécessaire de l'intelligence; c'est le pain de la grâce des sacrements ; c'est le corps et le sang de Jésus-Christ ; pain divin, d'un prix inestimable et d'une valeur infinie, avec lequel Jésus a racheté nos âmes et enrichi l'univers.
(1) Nou dubium est navem ipsam Ecclcsiam figurasse, secun» dum quod per Salomouein de eaSpiritus Sauctus loc[uitur,dicoû3 : «Facta est quasi navis institoris de louge portans pauem suum.» Quce navis, id est Ecclesia, prcedicationis verbo ubique discuiTil; portaus secum magnum et iaeslimabile prctium, quo omne geuus humanum, vel potius totum mundum sanguine Christi mercala est. — Ndvigat iustructa fidei gubernaculo, felici cursu, per hujus saeculi mare, habeus gubernatorem Deum, navigantes apostolos, rémiges angeios, portans clioros omnium sanctorum; erecta in medio ipsius salutari arbore crucis, in qua Evangelicaî fidei vêla suspeudeus, fiante Spiritu Sancto, ad portum paradisi et securitatem quietis œternœ pcrduciLur {Expos.).
~ IC'i —
Uh! navire vraiiuciii, maj^iiiiitiac et cùlcslc! boa
i,M'an(l mal, élevé comme la nue, c'est le bois salulaiic
(le la croix; à ce màt se déploient les voiles de la doc-
rine évangéliquc, qu'enfle et pousse la vivilianle ha-
einc de l'Esprit-Saint; son gouvernail, c'est la foi; son
^apitainc, c'est Jésus-Christ ; son pilote, c'est Pierre et
les autres apôtres qui naviguent en sa compagnie; ses
rameurs, ce sont les anges; ses passagers, ce sont
les fidèles et les saints : il vogue ainsi à travers la
mer du siècle; sa course sera toujours boinie; là-bas
le port s'ouvre, c'est le paradis, oîi il fera sa statioû
[)crmanente dans la bienheureuse éternité.
3Iais quelles sont ces barques qui fendent aussi la mer avec lui, s'efforçant vers le même rivage, et cherchant en vain, il force dévoiles et de rames, à gagner le même port? Ah! je les reconnais! l'arbre de la croix leur manque (1); leurs voiles, leurs croyance? incohérentes, pendent en lambeaux le long des verguetî brisées ; leur gouvernail n'est plus qu'une foi d'aventure , l'Esprit-Saint ne les accompagne plus, Pierre ne les dirige pas, et Jésus-Christ ne les préside point. Je les reconnais à leur pénurie spirituelle , à la confusion qui y rcgnc^ à l'aquilon infernal qui ks enveloppe, au choc des doctrines co)itraircs qui les agitent, aux flois des honteuses passions qui les flagellent ; oui, je les reconnais : ce sont quelques ramas
(1) Les modernes liéréliques ont presque tous renouvelé les sacriléf^es des Iconoclastes : ils ont aboli uou-seulcment le cuite des saints, mais encore celui du Saint des Saints. Dans leur zèle infernal, ils n'ont pas même épar^'ué le si,!une auguste de la ré« demptiou, la croix, qu'ils ont parlout abattue I
— ÎG5 — d'hérétiques, qui osent Lien usurper le nom d'Eglise, se \antcr d'être la barque sûre qui conduit les âmes au port de l'éternité (1); ce sont ces barques qu'Isaïc (selon les Septante) a appelées barques de la mer, ou Au siècle; ces Eglises prétendues ne viennent, en effet, ni de Dieu, ni du ciel ; elles viennent des hommes; sorties de la terre, nées du siècle et pour le siècle, elles périront avec le siècle.
Ces Eglises se vantent, il est vrai, de prêcher aussi [a vérité, le mystère de la croix évangélique ; mais comment peuvent-elles compter sur l'arbre divin Iqu'elles ont elles-mêmes abatUi? Ah ! c'est vainement qu'on s'arroge le privilège de prêcher les doctrines de la croix, quand on ne professe plus la foi du Cru- 'cifié (2). C'est en vain qu'on fait acte d'existence et de prédication par le monde, dans la personne de soi-disants missionnaires, quand ceux-ci, hélas! au lieu de la vérité, répandent le mensonge; au lieu des vertus, sèment les vices ; au lieu de l'amour du ciel, inspirent toujours plus vivement l'amour des choses terrestres, et sont plutôt les agents de la politique que de la religion, de l'avarice que de la charité, en multipliant les esclaves d'un pouvoir tout humain, •ju lieu de procurer la liberté des enfants de Dieu; en étendant les confins du royaume temporel d'une
(1) Sunt coUectiones hœreticomm, quaî sibi hujus nomen Ecclosiae viudicant. — Has naves maris Isaias dicit, quia hujusmodi Ecclesite non Dei sunt,sed sseculi [Ibid.).
(2) Quae, licet habere in se prœdicationem dominicae cruels vidomilur, invalidani tamen banc ejus arborera ostendunt; quia abi non est veritas Cdei, infirma crucis assertio est {Ibid.).
— fCG — compagnie de marchands, au lieu de propager rempire de Jésus-Christ. Ces Eglises, cm vérité', par une pareille j)ropagaiule, soiil comme des navires de pirates, armés et dirigés par Lucifer, le grand corsaire, riiomicidc éternel ; elles perdent les âmes au lieu de les sauver, et, loin de les conduire au ciel, elles leur ouvrent les portes de l'enfer.
0 barques malheureuses et funestes ! Privées de la vraie foi, répudiées par Jésus -Christ, elles vont de la sorte, sur la mer en furie du siècle, au caprice des vents eL des tempêtes, jusqu'à ce que, usées, démantelées, rasées jusqu'à la carène, elles s'enfoncent une à une sous l'abîme mouvant, avec tout leur équipage, dans un naufrage éternel (1).
Toutefois,quelqucs-uncsdcces barques infortunées, comprenant que les dangers encourus déjà ne sont que les avant-coureurs de périls plus grands encore, semblent renoncer à ce métier de pirate et chercher du regard la barque de Pierre : on dirait qu'elles l'ont aperçue de loin et qu'elles s'efforcent de l'atteindre, pour courber le front devant l'étendard de leur souverain légitime, Jésus-Christ, et faire route ensemble vers l'éternité.
0 Angleterre ! c'est toi que j'aperçois là-bas, dans le lointain des flots! Oui, l'Eglise anglicane, autrefois si riche, et aujourd'hui si pauvre en vérités et en vertus, lasse d'être, depuis trois siècles, le jouet de
(1) Et ideo liujusmodi naves, quae gubernari a Chriâto Domino non merentur, amisso verae fidei gubernaculo, dominantibus adversis spiritibus, in naufraijiom esternaj mortis demerguntur Uôid.) .
— IG7 — Terreur, de ses passions et de ses tempêtes, cherche l'unité catholique, la barque de Pierre ; elle soupire après le moment où elle sera admise à sa suite et dans sa compagnie. Déjà elle a arboré le drapeau de détresse, eUe appelle au secours; déjà un grand nombre de ses ministres ont relevé dans leur temple la croix et lui rendent un culte ; déjà Ton s'y tourne vers ïétoile de la mer, l'espérance et le salut de ceux qui vont faire naufrage ; déjà l'on y expose l'image de Marie à la vénération publique , et les passagers de cette barque égarée, les protestants mêmes^, les bras étendus implorent à grands cris les prières de la charité cathohque, afin que le grand événement de la réunion s'accomplisse au plus tôt, Ah ! encore un effort, barque désormais intelligente et sage, encore un dernier effort contre l'aquilon de l'orgueil, le seul obstacle qui te retient, t'attarde sur le sillon de la barque de Pierre^ dont tu n'es éloignée que de quelques pas! Et courage! vois son pilote, le successeur de Pierre, qui dirige vers toi la proue du navire béni ! D vient à ta rencontre ; il veut t'aider à surmonter les vents contraires, il abrège ta route. Ah! encore un eifort, et tu déposeras en sûreté, au sein de sa nacelle, tes passagers par là échappés au naufrage. Ne crains rien; il y a, sous les ponts solides, une vaste enceinte, des provisions suffisantes, des aliments pour tous ; et tous y trouvent et repos et bonheur. Ah ! je t'en conjure, hâte-toi d'accourir à nous, pour continuer avec nous, dans la paix et la sécurité, le voyage vers le port de la bienheureuse éternité.
IGS —
SKCONDE PARTIE.
Noire adorable Maîlrc ne s'est ^las contenté de représenter d'une manière sensible, par la barque de Pierre, l'unité de son Eglise, il a aussi figuré par elle la sainteté, l'une de ses marques exclusive. Or quel fut, cil effet, le résultat de la pêche miraculeuse? Pierre n'hésite pas un seul instant à reconnaître Jésus-Christ pour l'auteur du prodige. Prosterné à ses pieds, il l'invoque, l'adore comme son Seigneur et son Dieu : quelle foi en lui ! Il se reconnaît ]iéchcur,homme charnel et, comme tel, indigne de rester un seul instant dans la compagnie du Sauveur : quelle humilité! Enlin, confus, mais rassuré, frappé de stupeur, mais pénétré de reconnaissance, mais impatient de montrer son amour pour Jésus, le voilà qui quitte barque, filets, famille ; et, non content de sacrifier tout à son maître, il veut se donner à lui, devenir son serviteur et son disciple, bien décidé à vivre et à mourir à sa suite : quel amour !
Puis son amour, son humilité et sa foi se communiquent à ses associés ; ceux-ci, à son exemple, font le même abandon, les mômes promesses et adressent au Sauveur les mêmes adorations, en lui offrant les mêmes sacrifices (1).
Le bon Jésus ne se borne pas à sanctifier de la sorte Pierre, son disciple chéri; mais il lui donne de plus la mission de sanctifier les autres. En effet, ne lui
(1) Et subducUs ad tcrram navibus, relictis omnibus, secuti u nt eum.
— iG9 — adresse-t-il poial ces paroles :« Jusqu'ici, tu as été pêcheur de poissons, mais désormais tu seras pêcheurs d'hommes?» Or, ces paroles voulaient dire: Dès ce jour tu inspireras en mon nom la même croyance que ma grâce t'a inspirée ; tu prêcheras les vérités du salut aux enfants de la terre, et comme tu as rempli ta barque des poissons du fond de la mer, tu rempliras l'Eglise de fidèles arracliés à l'abîme de leurs vices, tu les fonneras à la pratique des plus généreux sacrifices, delà sainteté la plus parfaite. Tout est donc saint dans cette barque fortunée : Jésus-Christ qui y préside est saint, la sainteté par essence ; Pierre qui la guide est déjà saint ; les autres apôtres, en l'imitant, deviennent saints. Leur pêche enfin est sainte par sa signification mystique. Cette barque est donc l'école, le temple, le tabernacle de la sainteté! Et, puisqu'elle représente l'Eglise, il s'ensuit que Jésus-Christ ;, dès cette heure, imprime à son épouse son propre sceau, ses propres armes, la sainteté en un mot, attribut nécessaire de la divinité. Dieu, en effet, n'est Dieu que parce qu'il est saint. Ainsi Jésus-Christ communique dès -lors à l'Eglise sa sainteté comme l'un des caractères le plus éclatant auquel on puisse la distinguer et la reconnaître.
Rappelons-nous,en effet,que Jésus-Christ a dit, dans l'évangile de ce jour : « Où se trouvent deux ou trois personnes réunies en mon nom^ je suis au milieu d'elles (1 ) . » Or, le nom de Jésus signifie Sauveur. Etre
(1) Ubicunque fuerint duo vel très congregati in nomine meo,
ibi suin ego in inedio eorum {Matth, xviii).
— !70 — réuni au uoiii de Jésus ou du Sauveur, c'est donc être réunipourcroirc à la véritéet pour pratiquer la vertu, qui sauvent. 11 n'en est pas ainsi des hérétiques, qui ne se sont constitués à part que pour professer librement l'erreur, |)Our favoriser l'ambition, l'orgueil, les sacrilèges, les incestes, les adultères et les rapines de leurs auteurs. C'est un fait écrit en caractères liurriblcment lumineux dans riiisLoire des premiers auteurs de toutes les hérésies. Ils ont renié lEsprit saiictilicaleur, la confession, la présence réelle, le célibat ecclésiaslique, les vœux religieux, la stabilité du lien conjugal, les jeiînes, les mortifications, les pénitences , la nécessité de la prière et des bonnes œuvres. Ils ont proclamé la liberté de conscience , c'est-à-dire , ils ont fait la couscience libre de tout frein, de toute soumission, et ils l'ont autorisée à croire ce qu'il lui plaît et à vivre comme elle croit. Ils ne se sont, en un mot, séparés de nous que pour flatter les passions des grands et les instincts grossiers des masses ; et c'est uniquement à cette licence permise aux vices, a cette tutelle facile, à ce patronage honteux accordé, au nom de l'Evangile, aux passions humaines, qu'ils ont dû leurs passagers succès. De la sorte, leurs Eglises sont unies, non pour réformer les mœurs, mais pour les corrompre ; non pour encourager la vertu, mais pour la bannir ; non pour réprimer les vices, mais pour leur faire libre carrière. En un mot, ces tristes Eglises n'existent point pour le salut des âmes, mais pour leur perte, pour leur ruine éten.eiie. 11 est donc évident qu'elles ne sont pas
réunies au nom du Sauveur, mais au nom du démon, l'ennemi, l'homicide éternel: non, Jésus-Christ n'est point, il ne peut être avec elles. Or comment, privées de la grâce, de la préseîice du Dieu principe et auteur de la sainteté, pourraient-elles être saiiites?
Mais l'Eglise catholique persévère, depuis dix-huit siècles, à mériter la promesse écrite dans l'Évangile, la promesse de T assistance de Jésus. Depuis dix-huit siècles, elle combat sans relâche les erreurs, le vice, les passions; elle propage la vérité, elle persuade de pratiquer la vertu ; en un mot, depuis dix-huit siècles, elle sauve les âmes. Elle seule est donc réellement unie dans le nom du Sauveur; c'est pourquoi Jésus-Christ, selon sa promesse , se trouve en elle et avec elle. Comment alors, puisqu'elle est unie à Jésus, possédée, présidée par lui, comblée, inspirée par sa grâce, sa sainteté, comment ne serait-elle pas sainte ?
Puis, disons-le, parmi les autL-urs de schismes, les fabricateurs d'hérésies, il n'y en a pas un seul auquel ou puisse donner le nom d'honnête homme; oui, pas un seul! Ils furent tous, sans exception (leur histoire le dit assez), des hommes de péché; ils furent tous des monstres d'ambition, d'avarice, de luxure et de cruautés. Comment serait-il donc possible que leurs Églises fussent saintes ? Dans la seule Eglise catholique, évidemment, la prédication de l'Evangile, commencée par les apôtres, a été continuée sans interruption des évêques, des missionnaires, pour la plupart irréprochables, envoyés dans le monde par
— 17-2 — les Souverains Pontifes, dont le caractère et la mission ont donc toujours clé en rapport avec la sainte doctrine de Jésus-Christ. Or, comme saint Paul l'a dit, des ])rincipes saints produisent des effets saints, comme uue raciue saine porte des rameaux vigoureux.
Mais les faits, ici, confirment unanimement la logique. Voyez la Grèce, la Germanie, rAnglcterre : aussi longtemps que ces contrées restèrent unies à la racine de l'Eglise, qui dispense le suc de la sainteté, l'on vit fleurir dans leur sein des hommes illustres par leurs vertus, des saints de tout âge, de toute condilioM, de tout sexe, qui ont fait la gloire de la religion et l'admiraliou du moiide ; tandis qu'une malédiction visible a frappé les peuples hérétiques. Horriblement féconds jjour le vice, ils sont d'une stérilité radicale pour la vertu. Ils n'ont pas donné, et ils ne le pouvaient, un seul saint à la terre. En renonçant au symbole de la vraie Eglise, ils ont clos leur Martyrologe. Ils ont perdu, avec la foi, jusqu'au nom même de la sainteté. Ils ne citent que des honnêtes hommes parmi eux ; jamais ils ne parlent des saints, qu'ils ne peuvent produire, qu'ils n'espèrent point.
Dans tous les temps, au contraire, et dans tous les lieux, les pays catholiques voient surgir ces derniers dans leur sein, à la confusion des vicieux, à Tétonnement de l'univers; ils enfantent des âmes vraiment sublimes, héroïques, de vrais saints, dont ils parent, enrichissent leur 31arty reloge. L'esprit de Pierre et
— ils — des apôtres n'a jamais faibli dans la barque où Jésus- Christ est monté et où il s'est assis. Les mêmes prodiges de vertu se répètent chaque jour. Journellement, IVa voit des hommes de tous les âges, ie tous les états, de toutes les conditions et de tous les sexes, renoncer aux douceurs, aux espérances, à tous les biens du monde, pour suivre Jésus-Christ dans la pratique de la perfection évangélique , afin de vivre avec lui et de mourir généreusement pour lui (l). £t,tandis que h s Eglises séparées sont toutes plus ou moins tarées iaus leurs principes, leur morale et leur mission ; tandis que leur corruption a quelquefois débordé jusque sur les contrées catholiques ;, l'on voit, dans notre Eglise, manifestement resplendir le caractère auguste de la sainteté ; on la voit régner en souveraine sous cette glorieuse auréole, aux yeux ravis du monde, par la vertu de Jésus-Christ, dans laquelle elle opère toutes ses œuvres. En un mot, elle est sainte dans sa fin. Dieu, vers qui convergent toutes ses puissances; elle est sainte dans la majeure partie de ses pasteurs ; elle est sainte dans la multitude des membres qui la composent ; elle est sainte dans la foi qu'elle professe ; elle est sainte dans les sacrements qu'elle administre ; elle est sainte dans les lois qu'elle impose ; elle est sainte dans les sacrifices qu'elle inspire ; elle est sainte dans les œuvres qu'elle persuade ; elle est sainte, enfin^ dans les récompenses qu'elle attend; et, par suite de cela, elle
(1) Et subductis ad tes^aui Davibus, relictis omnibiu, secut simt eum {Ibid.).
est hoiilc la barque de Pierre, la véritable Eglise de Jésus-Christ.
De là (lùcouk- pour nous tous, ses heureux entants, r()bliij;aii()M d'être saints. Si nous devons croire l'imité, la calliolicilé, raposlolicilé de ri"^glise, nous tlcNons encore pratiquer sa nioraio. Non, mes frères, il no suUit point, pour être ses membres vivants, de bien croire, il faut encore bien vivre. Il ne suffit l)oint de la reconnaître, de s'en faire gloire en parole, il faut encore l'honorer par les œuvres. Ce n'est pas assez d en partager les doctrines, il faut, de plus, avoir son esprit : il faut être humble par le cœur, chaste de corps, détaché du monde, sévère envers soi-même, charitable pour le prochain, religieux, dévot, aimant Dieu; suion, nous ne lui appartiendrons pas, nous ne lui serons pas unis comme il convient; car ses membres, à ce corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, ne sont véritablement tels que par la grâce, en un mot, par leur sainteté. Autrement,ou est du corps et non de l'esprit de l'Eglise; on est catholique de nonj, quant a la jtrofessiou extérieure de la foi devant les liommcs; mais, dans le cœur,on estschisnialiciue, on est séparé du Christ. Or, il ne nous servira de rien d'avoir été pris dans les lilets de la barque divine, si nous ne lui restons pas unis par les liens de la chanté. Si nous paraissons appartenir aujourd'hui à l'Eglise militante, demain nous ne serons pas moins exclus à tout jamais de l'Eglise triomphante.
Ah! mes frères, ne rendons pas inutile la grâce si
partic'JÎière que Dieu lions a fuite eu nous faisant naître dans rEgiise catholique! Que notre vie soit sainte, comme notre foi est sainte, et notre mort sera sainte et précieuse aux yeux de Dieu (1).
(1) Pretiosa in coaspectu Domini mors saûctorum ejus (P^.cxxv)