PREMIERE PARTIE
Lorsque notre divin Maître, assis sur la barque de Pierre, cul fini de parler au peuple de Galilée, qui I écoutait du rivage , il dit à Pierre : « Dirige ta barque sur la haute mer, où tous déployez et jetez vos filets. » Dans le sens qu'il s'agit d'approfondir, CCS paroles signifient que le Sauveur, après sa passion^ devait cesser de parler au peuple par lui-même, mais qu'il chargerait ses apôtres de l'exercice de ce ministère par tout le monde, en leur disant : « Allez dans le monde entier prèclier l'Evangile à toute créature (1). »
Mais la barque de Pierre, comme nous l'avons vu, c'est l'Eglise. Or, en considérant le langage du divin Maître , qui, après avoir parlé au peuple, commande à Pierre de diriger sa barque sur la haute mer, il est aisé de voir clairement exprimé le mystère de justice et de miséricorde qui allait sous peu s'accomplir. En effet, après que Jésus-Christ, assis sur la barque, c'est-à-dire dans la primitive Eglise formée par le zèle et sous la présidence de Pierre , eut prêché aux Juifs, il ordonna au même apôtre de pousser sa barque vers la haute mer, c'est-à-dire vers les Gentils.
C'en est donc fait, Jérusalem, ô malheureuse cité!
(1) Tune Dominus cessavit loqui, quando post passionem a prœdicatione quievit. Tune quidem praeccpit Simoni aliisque apostolis ut in allum ducerent et laxarent retia, cum dixit : « Euntes iu muadum universum, praedicate Evangelium ornai creatufiE {Expos.),»
le pécheur qui ({uillc les riva|;cs de Galilée et prend le lari;e avecJésiis-Ciirisl elscscom|)a|^iioiis, avec les lilels seuls ellicaces pour uue pèche miraculeuse, c'est \*ieni' : sous peu, il te quittera pour ne plus te revoir, et, en i)arlant, il te ravira, t'enlèvera, pour le faire prosi)ércr aux rives ètrant;èrcs, le royaume de Dieu, la vraie Eglise, que tu persécuteras d'ailleurs, loin de l'accueillir avec amour et reconnaissance. Mais, ô Pierre ! où conduis-tu ta nacelle, qui porte le fils de Dieu, avec ses trésors de grâce et de salut? En avant, en avant ; tel est le commandement qu'il a reçu de Jésus- Christ : Duc in altitm. Oh! barque céleste, heureux le rivage où elle aborde î heureux le port qui lui olï'rc un asile ! heureux le peuple qui l'accueille! Mais quel est ce port, quel est ce rivage, quel est ce peuple? 0 saint pilote! et vous ses pieux rameurs, ô Esprit- Saint! qui gonflez ses voiles, ô souffle d'Orient! douce brise de la divine miséricorde, ah! dirigez, poussez 'cette précieuse et fortunée nacelle vers l'Itaheau ciel bleu ! Nous sommes tout disposés à la recevoir au milieu de nos acclamations et de nos cris de bonheur !
Oh! touchant mystère! oh! suavessouvenirs! Home païenne était vraiment la cité superbe, non moins par la grandeur, les richesses, la force de son empire, que par son orgueil sans bornes; liome était en même temps la villo dégradée, non moins par la profondeur de sa corruption, que par le nonibre iiilinide ses vices ; c'était une nier sans rivages, sans bornes ; un océan déroulé, sans fond, sans cesse agité, soulevé par la li'îence ou par l'ambition ; tel est l'abîme sur lequel
Jésus-Christ ordonne à Pierre de lancer sa barque : ïhic in altiim. c'est-à-dire de tranporter la vraie Eglise loin de Jérusalem. 0 Rome! considère attentivement, dans un esprit d'humilité, l'histoire de la mer de Tibériade ! applaudis avec amour et reconnaissance au fait prodigieux par lequel fat fixé ton destin et furent prédites ta félicité et ta gloire nouvelle ! Reconnais le mystère de ton élévation dans Pierre tournant vers toi sa proue, s'aventurant sur tes eaux orageuses, loin de la Judée ; il vient f orner de ses vertus, de ses privilèges et de sa sublime dignité ; il vient établir au milieu de tes palais le centre de la vraie Eglise, la Chaire éternelle, et t'enrichir d'une pêche aussi abondante que variée, qui durera jusqu'à la fin du monde ! Et vous, ô peuples de l'univers! rassurez-vous; ne craignez point que Pierre, en franchissant les hauteurs de Rome , oublie vos rivages ; n'ayez aucune crainte d'être privés pour toujours des richesses divines qu'il porte dans sa barque avec Jésus-Christ. Oh ! non, vous ne serez ni oubliés, ni abandonnés. Ouvrez, vous aussi, vos cœurs à l'espérance: Rome est la cité reine, la cité qui a l'empire terrestre du monde; c'est pourquoi Jésus-Christ a envoyé ses deux princes, Pierre et Paul, pour y établir son royaume céleste (î ). Le divin pilote, par ces paroles générales : « Avance en pleine mer, » sans désignation spéciale, a montré qu'en envoyant son apôtre à Rome, il ne l'envoyait pas seulement à un peuple , mais à tous les peuples,
(i) Ubi mundus caput habet imperii, ibi regni sui principes coUocavit (S. Max., in Nativ. Petr. et Paul.).
— !82 — à une ville, mais à toutes les cités, et il figura par là le caractère do la calhoUcitc ou de l'universalité csscnliel à son Eglise.
Notre divin Sauveur a symbolisé le même mystère par le mode prescrit pour la pêclic miraculeuse dont nous parlons. Dans celle qui se lit, selon ses ordres, après sa résurrection, il leur commanda seulement de jeter leurs filets à droite de la barque (1) ; mais aujourd'hui il ne désigne aucun lieu particulier. Que les disciples jettent les filets d'un côté ou d'un autre, où il leur plaira, peu importe ; ils prendront toujours du poisson. Tous les points de la mer seront également favorables ; la pêche sera partout abondante et heureuse, parce qu'elle est faite en son nom et par ses ordres. Par là encore Jésus -Christ n'assigne dor.c que les limites de l'univers pour limites à la prédication future des apôtres ; il leur donne le monde entier à convertir, et imprime ainsi à son Eglise un caractère tout particulier : la catholicité ou Vîtniversalité.
J'ai dit un caractère tout particulier ; car il ne convient à aucune autre société religieuse , quelque nombreuse qu'elle soit ; il ne se rencontre que dans l'Eglise romaine, appelée catholique par ses ennemis eux-mêmes. Cela est clair : notre doctrine seule, d'abord, et notre seul culte sont universels. Les religions séparées, si toutefois il est permis de donner ce nom auguste au fruit monstrueux du délire, de l'orgueil et de la corruption humaine ; les autres rc-
(1) Mittite in dexteram navigii rete [Joan. xxj, 6).
ligions (ridoltïtrie, le malioinétisme, le schisme grec, le protestantisme anglais et allemand), lors même qu'elles seraient mille fois plus répandues qu'elles ne le sont, qu'elles seraient étendues à tout l'univers, ne seront jamais des religions universelles, mais de simples instihitions dépendantes du lieu où elles re curent le jour, des hommes qui les inventèrent, et des constitutions politiques qui les maintiennent. Elles seront-toujours les religions d'un certain peuple pour un certain temps, au profit de certains préjugés , de certains intérêts et de certaines passions. Elles seront toujours, comme elles le sont en effet, des religions particulières et privées. 11 n'est donné à nul pouvoir humain, si grand qu'il soit, de fonder des institutions propres à tous les hommes. Il n'est donné à aucune créature d'inventer un ensemble de dogmes, de lois et de cérémonies du culte en harmonie avec l'universalité des êtres, pas plus qu'il ne lui est possible de les faire adopter au monde entier. L'erreur, née avec le temps, est nécessairement bornée par le temps et l'espace; la vérité seule, qui est éternelle, est imiverselle. La religion catholique, partant la seule qui a pour auteur l'Homme-Dieu, le Créateur, le maître, le monarque de tous les hommes, est l'institution propre de toute l'humanité. Elle seule s'adapte aux climats de tous les pays, au génie de toutes les nations, au degré de civilisation de tous les peuples, aux formes politiques de tous les Etats. Elle seule, parce qu'elle est descendue du ciel, peut embrasser, embrasse réellement dans son sein toute
la terre. Elle seule, indépendante des circonstances de temps et de lieu, est pour tous les lieux et pour tous les temps. Ses dogmes, ses lois, son culte, magnifique révélation des attributs de Dieu, do la nature et de la condition de l'horame ; expression fidèle des rapports naturels, nécessaires, immuables et éternels entre le créateur et sa créature, sont seuls propres à satisfaire tous les besoins, à secourir toutes les misères et à contenter tous les instincts légitimes de riuimanité. Elle n'est point dite calhoHque, parce quelle se trouve répandue partout, mais elle se trouve partout, précisément parce qu'elle est, par elle-même, catholique et universelle. L'universalité n'est point pour elle une condition accidentelle, passagère, accessoire; mais elle est sa nature, son essence, son principe, ce qui la constitue. Quand elle ne serait connue, pratiquée que dans un coin de la terre^ dans une petite cite, dans une obscure famille, elle n'en serait pas moins la religion de tous les siècles et de tous les peuples. Il ne faut que la foi pour la connaître, que l'obéissance pour la pratiquer. Et quel peuple, quel homme, quel que soit son âge, son sexe, sa condition, n'est capable de croire et d'obéir? Aussi règne-t-elle seule dans l'univers. Les nations les plus policées de l'Europe (1), comme les contrées les plus barbares de TOcéanie, sont soumises à son empire. La seule barque privilégiée de Pierre aborde, prend terre partout; partout elle sé-
(1) La guerre actuelle le prouve par la supériorité des nations catholiques.
journe, partout elle se charge d'une pêche miraculeuse. Le successeur de Pierre seul a des sujets dans tout l'univers ; il peut faire entendre la parole de vie dans les îles les plus éloignées, dans les contrées les plus inhospitalières et jusqu'aux extrémités de la terre. Sa monarchie spirituelle et sa juridiction sont sans bornes, parce que Jésus-Christ n'a pas assigné de; limites à Pierre, aux pécheurs de la mer de Tibériade,! dont il leur a abandonné, au contraire, toute la surface, et par là^ je le répète, l'univers entier, pour y prendre des poissons de toutes qualités et de toutes grandeurs : « Va en ayant , et jetez vos filets pour prendre du poisson : Bue in alium, et laxate retia in capturam piscium. »
Quand le Sauveur eut prononcé ces paroles, Pierre reprit aussitôt : « Mais, Seigneur, mes compagnons et moi nous avons péché toute la nuit dans cette même mer sans rien prendre. » Cette déclaration de Pierre est, selon Bède, la figure de l'inutilité des efforts tentés par les savants et les sages pour attirer les hommes à Dieu durant la nuit séculaire qui précéda la venue de Jésus-Christ (1). De sorte que la pêche abondante qui suivit l'obéissance des disciples au commandement de Jésus, est la figure de l'éclatant miracle opéré par les apôtres, substitués aux anciens docteurs, quand ils prêchèrent et convertirent en
(1) Tempus ante Domini adventum nox erat. Laboraverunt autem doctores, qui ante Christum fuerant, et nihil comprehenderunt (Beda, Com.).
peu de temps une si grande multitude de peuples (1), au soleil de l;i résurrection, au nom du Crucifié du Calvaire.
Déjà Jérémie avait annoncé ce grand prodige en des termes Irés-clairs, quand il prophétisait : «Voici ce que dit le Seigneur : Un jour viendra où j'enverrai une troupe de pécheurs, qui pécheront les hommes ; où j'enverrai une troupe de chasseurs, qui les chasseront sur toutes les montagnes, sur toutes les collines et sur tous les rochers (2). »
Cependant la surprise de Pierre et de ses compagnons fut extrême, à la vue de la fécondité soudaine de cette mer rebelle, toute une nuit, à leurs eiïorls, à la vue, dis-je, de l'abondance de poissons qu'ils avaient pris (3). Mais combien est plus étonnant le proJige figuré par cette pêche! Quoi! des hommes si pauvres, si ignorants et si grossiers ont pu confondre la sagesse du siècle, triompher de l'orgueilleuse philosophie païenne, convertir un monde si dépourvu de vérités et de vertus, et enfin capturer tant de peuples à l'aide des filets de lavraie foi, pour la barque de la vraie Eglise ! Et tout cela sur la parole et au
(1) Postquam autem venit Christus, et dies factus est, apostoli in locum lo^iis doctorum subrogati, iu verbo ejus, hoc est, iu prœcepto ejus taxant retia, et maguam hominum mullitudioera vcnanlur [Ihid.).
(2) Ecce ego mittam piscatores multos, dicit Dominus, et piscabmitur eos, et multos venatores, et venabuntnr oos de omui monte, do omui colle et de cavernis pelrarum (Hier. xvi).
(3) Stupor circumdrderat eum, et oiunes qui cum illo crant iu captura piscium quam ccperant {Luc. v, 9).
— 187 ~ nom seul de Jésus-Christ ; c'est-à-dire, eu prêchant Jésus-Christ et Jésus-Christ cruci/fé, le scandale des Juifs, la folie et l'opprobre des Gentils (1 ) !
Que l'économie de la Providence est admirable, dit saint Augustin ! Jésus-Christ, afin de briser l'orgueil des sages du siècle, ne se sert point des éloquents pour triompher des pêcheurs, mais de ceux-ci pour vaincre ceux-làj et avec eux les rois et les empereurs (2). Cyprien filt certainement un grand philosophe et un grand orateur, et cependant il a, lui aussi, courbé le front devant Pierre le pêcheur (3).
Voyez , continue le même Docteur de la grâce, la sagesse de Dieu dans ce choix des pêcheurs pour ac-
(1) Quis non stupescat per taies praedicatores mnndiim conversum, philosophos superatos, mundi sapientiam deslructam, et intra fidei retia tantam piscium miiltiiudinem esse coUectam; prsesertim cum prœdicarint Christum, et liunc crucifixum, Judeeis quidem scandalum, Gentibus autem stultitiam (Tlieopli., Com.).
(2) Saint Paul insistait sur ce miracle, quand il disait: «Chose admirable ! Dieu a converti le monde, non point par l'art de la rhétorique, de la sagesse humaine, mais par la simple manifestation de sa doctrine, qui est esprit et vérité. » « Il ne s'est pas prévalu, continue le même apôtre, des savants selon la chair, ni des puissants, ni des nobles pour établir son Évangile sur la terre; mais il a choisi quelques hommes les plus faibles, les plus grossiers, les plus abjects et les plus méprisables aux yeux du monde, pour confondre les forts; il a choisi les plus misérables et ce qui n'était rien pour détruire ce qui est, afin que nul ne se glorifiât d'avoir réussi dans une si grande entreprise, mais que tout fût attribué à la puissance de Dieu pour sa gloire. »
(3) Volcns Christus superborum cervicem frangera, non quœsivit per oratorem piscatorem; sed per piscatorcm lucratus est imperatorem. Magnus orator Gyprianus, sed prius Petrus pisca» tor (Aug., Tract, in Joan.).
complir son œuvre et changer la face du monde ! Cet artisan obscur n'emploie pas la violence, dans son labeur ; il jelle son lilet h la mer et il lire à lui les poissons qui s'y prennent volontairement. Or, Dieu l'a choisi pour convertir la terre, afin que, dans celte condition nouvelle, il se comportât de la même manière, et qu'en changeant de profession, il ne changeât pas de conduite. C'est ce qui arriva: les apôtres ne contraignirent personne à embrasser le christianisme ; ils ne violentèrent aucun homme. Tant de peuples divers ne se trouvèrent réunis dans la môme Eglise que parce qu'ils vinrent librement se précipiter dans les filets delà prédication apostolique. La parole, voilà l'arme des convertisseurs, et non l'épée; iln'y eut point de menaces,, mais d'aimables invitations; la ruse n'y eut aucune part, la vérité seule fut montrée aux yeux des peuples (1).
Mais ce miracle (digne de l'étonnement des cieux) de la propagation rapide de l'Eglise, sans rem[)loi ni de la séduction, ni de la fraude, ni de la violence, ni d'aucun des moyens qui attirent ou assujettissent le monde; ce miracle, dis-je, est lié, par une merveilleuse dépendance, au caractère de la calholicilé deVE'^lise . Il faut que tous se plient à admettre une religion qui se présente, se déclare et se prouve instituée pour le bien de tous; car l'efficacité d'une religion est la
(1) Piscatores erant apostoli; ncminem coegerunt, neminem impulerunt; quia pijcalor miUit in mare, et non cogit, sed trahit quod incurrit. Ita infidèles in Ecclesia congregati sunt (Serm. 12 de Util, jejun.).
— Tô3 — preuve ae la cathoUciié de sa nature, amst, parmi toutes les communions chrétiennes, celle-là seule sera vraiment catholique et universelle^ qui, lorsqu'elle est libre dans son action, se propage et s'étend avec facilité, en dépit de toutes les passions. Or, cette merveilleuse efficacité, ce pouvoir surhumain de dominer les esprits et d'attirer les cœurs se trouve dans la seule Eglise romaine.
Les instruments qui servirent dans cette pêche des hommes ne pouvaient, par leur nature, s'user avec l'usage ni vieillir avec le temps. Pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas été fabriqués par l'art de l'homme, mais par la grâce de Dieu (I). Les apôtres ont reçu du divin Maître des fdets que le temps ne consume point,, des cannes que la vermoulure n'attaque jamais, des hameçons que la rouille n'atteint pas. Ils se sont assis sur une pierre inébranlable que les flots heurtent vainement ; ils se sont embarqués sur une nacelle qui affronte, sans crainte de se briser, et les vagues et les tempêtes (2). Mais où trouver, depuis les apôtres, ces instruments qui ne s'usent pas, ce roc qui n'est jamais ébranlé, cette barque qui se rit du naufrage? Ah ! cette barque c'est l'Eglise, et ce rocher c'est Pierre ; car c'est à Pierre qu'il a été dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise ; » et ces ins-
(1) Non veterascunt tempore illa piscatiouis instrumenta, quae non humana arte, sad clivina gratia sunt effecta (fmp., Com.).
(2) Non sinum possederunt qui vetustate putrescit; non arundinem quem tempus corrumpit; non hamum quem rubigo consumit; non in petra considerunt, quae uudis quatitur; non m Bcapha uavigarunt, quam tempestas dissolvit [kl. ilid.).
tnimcnts précieux, c'est la prédication catholique, lik'l divin dont ri"]ij;lisc a hérilé des apûlrcs el qu'elle jette toujours sur cette même nier du monde, et toujours avec le même succès.
C'est pourquoi le miracle annoncé en figure sur la mer de Géuésaretli, accompli en partie dans les contrées delà Judée, se continue, s'achève à mesure dans l'univers, par l'Eglise. Les pêcheurs, dit Bèdc, sont encore les docteurs, les i)rédic.atcurs del'Kglise, ceux qui prennent les hommes dans les filets de la foi et les conduisent comme au rivage, à la terre des vivants, dans le ciel (1). Maintenant encore, chaque jour, se jette dans la mer du siècle le divin filet de l'Evangile. Chaque jour Jésus -Christ renouvelle le miracle de la pêche, enremp-Iissantle ret céleste par la conversion, par le salut des âmes gisant au fond de l'océan, c'est-à-dire daks le gouffre du vice et de l'erreur (2).
Or, c'est Pierre qui fait principalement cette pêche dans l'Eglise (3). Du jour oîi, par sa prédication à
(1) Piscatorcs suot Ecclesiae doclores, qui uos per rele fidei comprchenduut , et quasi littori advehunt terrae viveutium (Beda> Corn.).
(2) Jacitur etiam nunc Evangelii rete, Christo Domino illud impleutc, eosque ad conversionem vocante, qui in profundo pelago, hoc est, in mundi liujus commotioue versantur (Bostr., Expos.).
(3) Qu'on fasse attention à la belle expression dont le Sauveur s'est servi en confiant à Pierre et à ses successeurs une semblable poche, quand, selon le texte grec, il lui dit : «Dès ce moment lu prendras les hommes vivants ; » ou bien, comme traduit camt Ambroise : « Tu vivifieras les hommes : Vivi/icatis homines. » Par là, dit le même Père, nous a été montrée ladifTérence
Jérusalem, il couvcrlit ImiL mille personnes dans doux sermons ; du jour où, sur Tordre du ciel, il attira, par le filet de la foi, dans la barque de l'Eglise, comme prémices des Gentils, le centurion Corneille; iîe cet instant, dis-je, où commença, par de si heureux auspices, la noble pêche des âmes, Pierre n'a jamais cessé de pécher dans la personne de ses successeurs. En effet, le Souverain Pontife est encore aujourd'lKii celui à qui il a été dit, comme autrefois à Pierre : Tu es pêcheur d'hommes. C'est donc au Souverain Pontife qu'il appartient de convertir les âmes ; aussi est-ce lui qui, dans l'Eglise, jusqu'à présent, en personne ou par ses légats, les évêques, les prêtres, les missionnaires qu'il envoie par toute la terre, convertit les infidèles et les hérétiques, tout comme les premiers Pontifes convei« irent d'abord Rome,puis envoyèrent convertir les autrcspeuples(l). Mais, hors de l'Eglise, qu'est-ce que la prédication? Le schisme, convaincu de son impuissance, y a renoncé. A't-on jamais entendu parler de missionnaires
entre les filets apostoliques et les filets ordinaires : ceux-ci prennent vivant le poisson, mais pour le faire périr; ceux de l'Eglise prennent des âmes mortes par le péché, mais pour leur redonner et pour leur conserver la vie; ils les retirent de l'abîme des ténèbres, de l'erreur et du vice, et les élèvent à la grâce, à la lumière de la vérité, et des portes de l'enfer, ils les élèvent jusqu'à celles du ciel.
(1) Pontifex est primus piscator cui dicitur : Eris homines capiens. llli incumbit per se, vcl per suos legatos, sacerdotes, religiosos, episcopos, convertere infidèles et haereticos, uti primi pontifices converterunt Romanos, et ad alios populos convertendos miserunt (/« Luc).
schismaliqucs qui aicul quitté, par exemple, la Grèce l^our s'en aller convertir les conlrées idolàlrcs? Le schisme ne cherche qu'à faire des prosél}' les parmi les catholiques qui l'entourent, sans s'inquiéter des inlldôles éloignés. Quant à l'hérésie protestante, elle a entrepris, pour contrefaire lîomo, d'envoyer, elle aussi, de [ir étendus missionnaires dans le monde. Mais des missionnaires de comédie ne fout que des conversions de théâtre. Quelques idolâtres, séduits de loin en loin par l'appât de l'or, par l'espérance d'une existence moins misérable, ou intimidés par la crainte des mauvais traitements, se laissent baptiser et appeler chrétiens sans contracter l'obligation de pratiquer le christianisme : voilà à quoi se réduisent les succès des missions des Sociétés bibliques, des Anglicans, des t'vangélistes,des Quakers et des Méthodistes. Il y a plus d'un siècle que ces sacrilèges profanateurs du plus auguste ministère sont répandus en Asie, en Afrique, dans l'Amérique. Eh bien ! où est, je ne dis pas l'empire, le royaume, la province, mais la ville, la bourgade dont on puisse dire que d'idolâtre elle est devenue vraiment chrétienne ? Et, tandis que la vraie Église, de nos jours même, peut montrer;, avec une sainte fierté, et les villes , et les provinces, et les royaumes que ses envoyés attirent encore à l'Évan^ gile, qu'ils transforment en chrétientés qui, par la sainteté de la vie, par la constance et par la générosité de la foi, par la ferveur de la piété, rappellent le premier âge du christianisme; l'hérésie est forcée de rougir et de gémir en secret sur la stérilité de ses
efforts et sur les misères de ses conquêtes. Et cependant CCS missionnaires par le nom seul, se présentent entourés de luxe, de richesses, de force matérielle, ious le patronage puissant d'une grande autorité; iandis que les envoyés de F Eglise catholique n'ont d'autres richesses que leurs vertus, d'autres subsides que leur zèle, d'autre force que leur confiance en Dieu, d'autres protections que le nom du Seigneur (1).
Ah! c'est qu'il n'est point donné à l'hérésie de persuader le cœur. La divinité de Jésus-Christ, par exemple, est une vérité que beaucoup d'hérétiques paraissent croire encore et qu'ils semblent vouloir prêcher à autrui. Mais cette vérité, comme toutes celles du christianisme , perd , en passant par leur bouche, toute son efficacité, toute sa grâce; scmblab!c au démon, dont elle a l'esprit pervers, l'hérésie ne peut que précipiter d'un mal moindre dans un mal plus grand ; elle ne saurait élever ses adhérents d'un état bon à un meilleur, à une condition parfaite. Elle réussit parfaitement à détruire, à pervertir et à corrompre ; elle ne sut jamais ni convertir, ni édifier, ni sanctifier. On l'a vue souvent attirer à elle quelques mauvais catholiques sans foi et sans mœurs et eu faire de très-mauvais protestants ; mais on n'a jamais vu qu'elle ait gagné un seul infidèle pour en faire uu fervent chrétien.
Pourquoi ne le dirais- je pas ? Les missionnaires hérétiques, privés de la lumière de la foi, travaillent
(1) Hi in curribus, et hi in equis; nos autem in nomine Do-. mini (Ps. xix).