VINGT-UNIÈME HOMÉLIE
La Tempête apaîsée,
ou LA STABILITÉ ET LA PERPÉTUITÉ DR LEGLISB.
{Matih. VIII ; Marc, iv; Luc, vill.)
Tu es Petrus, et super hanc pelram œdifieabo Ecclesiam meam, et portae inffri non prœvalcbuDt advcrsus eam. (Mattii. xvi.)
Avez-vous admiré, mes frères, le raagnilique prodige que vous venez d'enteudre raconter par l'évangile de ce jour? La bcile-mcre de Pierre, usée par les années, exténuée par l'inlirmilé et consumée par la fièvre ardente, était déjà sur le point d'exhaler le dernier soupir (1); mais aussitôt que le céleste Médecin se fut incliné vers elle et qu'il eut commandé à la fièvre de la quitter, elle fut à l'insiant guérie et se sentit si bien rajeunie, qu'elle put, pleine de force, préparer des aliments au Sauveur et à ses disciples.
Mais quelle est, dans le sens spirituel, cette heu-
(1) Socrus Simonis tcnebalur magnis fcbribus. — Stauâ super illam, imperavit febri; et dimisit illam. Et contiuuo ministrabat illiâ {Luc. IV ; Feria v post. Dom. lll Quadrag.).
relise femme si admirablement arrachée à la tombe? Pour le comprendre, il faut auparavant, dit un interprète, savoir quelle est la véritable épouse de Pierre (1). Or, cette épouse c'est l'Eglise, que le Fils de Dieu, avant de monter au ciel, a confiée au zèle et à l'amour du chef des apôtres. Ainsi la bellemère de Pierre, c'est la Synagogue, puisque celle-ci est la mère dont l'Eglise est née. La Synagogue est donc cette pauvre malade gisant dans la maison du futur apôtre, aux prises avec la fièvre la plus obstinée et en grand danger de mourir. N'est-ce pas, en effet, son triste sort, même de nos jours? n'est elle pas encore, parmi nous chrétiens, dévorée par la fièvre mortelle de l'envie, de l'avarice, travaillée par une haine et un amour tout profanes? A la fin du monde, cependant, le Seigneur, qui vit dans la maison de Pierre, c'est-à-dire dans l'Eglise, étendra vers elle sa main miséricordieuse ; il lui rendra la santé et la vie, et les Juifs alors s'uniront à l'envi avec les chrétiens pour bénir le Seigneur.
C'est un admirable mystère! La mère guérira un jour par le moyen de la fille ; la Synagogue, dans les temps lointains, trouvera son salut dans la maison de Pierre. Donc, celle-ci sera toujours saine,, vigou-
(Ij Scire oportet quae sit uxor Pétri, ut possimus scire qu8B eit socrus ejus. Pétri namque uxor Ecclesia est, quoniam ei a Domino specialiter tradita. — Ejus autem socrus, Synagoga est,' quia ipsa est mater Ecclesiae. — Haec jacet in domo Pétri, et febricitat , quoniam usque hodie inter Christianos intlrma moratur. — Suis auteni manilnis in fine muudi l>ominus langet; et tune, febre fugata, surget et ministrabit Doniiuo (Emis., Expos.). II. li
rcusc, rayonnante de grâce et de jeunesse jusqu a la fin du monde; et, jusqu'au dernier des jours, comme Jésus-Christ lui-même Ta prédit, celte maison, fondée sur Pierre qui la gouverne sans cesse, subsistera, restera toujours immobile, victorieuse des assauts de l'enfer et des injures du temps : Tues Petnis, etc. Cette précieuse et importante promesse sur laquelle reposent toutes les espérances des Juifs et des chrétiens; cette promesse de la stabilité et de la perpétuité de l'Eglise se trouvait déjà figurée dans le miracle arrivé peu de temps avant la guérison de la belle-mère de Pierre, et lorsque Jésus-Christ sauva la barque de ce dernier d'un inévitable naufrage. Ce miracle sublime dans sa réalité, le fut donc plus encore par ce qu'il prédisait; nous en ferons l'objet du discours de ce jour.
Considérons dans le péril couru i)ar la fragile nacelle, dans la tcnipête miraculeusement calmée qu'elle vainquit, la prophétie des i)ersécutions que l'Eglise a souffertes et des triomphes qu'elle a remportés. Après avoir prouvé que l'Eglise romaine est la vraie Eglise, puisqu'elle seule est une, infaillible, sainte, catholique et apostolique, pour compléter le tableau de ses grandeurs et de ses privilèges et pour nous confirmer de plus en plus dans notre foi, nous établirons donc aujourd'hui que cette Eglise est encore la vraie Eglise, parce qu'elle est la seule immuable et éternelle, la seule dans laquelle s'accomplit sans fin cet oracle du Fils de Dieu : « Tu es Pierre, » etc.